La répugnance vengeresse de l'Europe entière contre l'événement de
Bayonne fit ce que l'horreur du meurtre du duc d'Enghien avait fait à
une autre époque. Les cours et les peuples frémirent, se turent,
tremblèrent pour eux-mêmes, et se préparèrent à la ligue solidaire
contre l'ennemi commun. Des victoires et des défaites, depuis ce jour,
furent les seuls actes diplomatiques de Napoléon. Essling fut son
premier revers militaire, masqué sous un semblant de victoire; cette
bataille, bien combattue, mais mal donnée, prouva à l'Europe qu'il
pouvait être vaincu. Wagram effaça cette défaite, mais à condition de
se hâter d'en tirer une paix douteuse. L'Espagne dévorait quatre cent
mille de ses soldats et discréditait ses lieutenants par des
capitulations et des retraites. Moscou anéantissait huit cent mille
hommes pour conquérir un monceau de cendres. Dresde et Leipsick le
punissaient d'avoir refusé la paix au monde et à lui-même. Il rentrait
presque seul à Paris de ces deux campagnes.