XXXVI

La répugnance vengeresse de l'Europe entière contre l'événement de

Bayonne fit ce que l'horreur du meurtre du duc d'Enghien avait fait à

une autre époque. Les cours et les peuples frémirent, se turent,

tremblèrent pour eux-mêmes, et se préparèrent à la ligue solidaire

contre l'ennemi commun. Des victoires et des défaites, depuis ce jour,

furent les seuls actes diplomatiques de Napoléon. Essling fut son

premier revers militaire, masqué sous un semblant de victoire; cette

bataille, bien combattue, mais mal donnée, prouva à l'Europe qu'il

pouvait être vaincu. Wagram effaça cette défaite, mais à condition de

se hâter d'en tirer une paix douteuse. L'Espagne dévorait quatre cent

mille de ses soldats et discréditait ses lieutenants par des

capitulations et des retraites. Moscou anéantissait huit cent mille

hommes pour conquérir un monceau de cendres. Dresde et Leipsick le

punissaient d'avoir refusé la paix au monde et à lui-même. Il rentrait

presque seul à Paris de ces deux campagnes.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 122 / 171 题