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De ce jour, ce n'est plus la diplomatie qui pense, c'est la passion

qui veut. Napoléon, devenu empereur et décidé à ne borner son empire

qu'aux bornes de son ambition, c'est-à-dire à la monarchie

universelle, ne consulte plus M. de Talleyrand, dont la sagesse

l'importune; il se contente de l'appeler de temps en temps à lui, pour

rédiger en traités les décisions de la victoire. Le ministre des

affaires étrangères voyage dans le bagage des armées.

C'est ainsi que Napoléon l'appelle après Austerlitz, pour rédiger le

traité de Presbourg, traité qui impose trop d'humiliation à l'Autriche

en Italie pour être autre chose qu'une pierre d'attente de guerre

nouvelle.

C'est ainsi qu'après la déroute de la Prusse, à Iéna, il appelle M. de

Talleyrand en Pologne, pour déchirer la carte de la Prusse, en

laissant trop de territoire encore pour l'anéantir, trop peu pour la

concilier à ses intérêts. Les traités, pour être sûrs, ne doivent

jamais être implacables. Effacer la Prusse valait mieux que la

mutiler.

C'est ainsi qu'il appelle encore M. de Talleyrand en Pologne, pour

promettre une patrie indépendante aux Polonais et pour ne faire de la

Pologne qu'un champ de bataille: faute égale des deux côtés, faute de

promettre l'impossible, faute de manquer à ce qu'on a promis.

M. de Talleyrand lui objecte en vain le danger de ces promesses: «La

Pologne est de la chevalerie peut-être, lui dit-il, mais ce ne peut

plus être une puissance; c'est le plus triste, mais le plus réel des

faits accomplis. Pour la reconstruire, il faudrait anéantir les trois

plus grandes puissances de l'Europe, et, quand vous l'auriez

reconstruite, il faudrait la soutenir tous les jours. Or ce peuple,

héroïque dans ses camps, est la plus inconstante des anarchies dans

ses gouvernements.» Napoléon, convaincu, mais cachant ses desseins,

flatte les Polonais pour en être flatté, et les sacrifie sans scrupule

aux conférences de Tilsitt avec l'empereur de Russie.

M. de Talleyrand ne lui sert qu'à donner de la grandeur, de la grâce,

de la décoration à la conférence.

L'empereur de Russie en sort enivré, la Prusse irritée, l'Autriche

ombrageuse, M. de Talleyrand plein de sinistres pressentiments sur la

folie de livrer l'Orient aux Russes. Il médite d'échapper le plus tôt

possible à la responsabilité d'une diplomatie qui méconnaît les

intérêts permanents de la France pour des intérêts transitoires qu'une

bataille crée et qu'une autre bataille détruit. «Ce n'est plus un

ministre qu'il faut à l'empereur, dit-il, ce sont des commis.» À

travers la victoire, il voit la perte de tout système français, en

Turquie comme en Allemagne. Il se laisse nommer à une dignité

inamovible, celle de grand électeur, afin de colorer sa sortie du

ministère par une situation neutre dans le gouvernement des affaires

européennes. Napoléon craint d'aliéner une pensée si vaste et si

profonde de son gouvernement; il la décore en l'éloignant. L'humeur du

soldat et du diplomate couvent et s'enveniment sous les apparences

d'une satisfaction mutuelle. M. de Champagny prend le ministère,

c'est-à-dire que Napoléon le retient à lui seul.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 116 / 171 题