On voit, on sent, on respire, on lit le génie restaurateur de M. de
Talleyrand dans toutes les transactions diplomatiques du Consulat,
seule époque où il y eut une diplomatie dans les conseils de
Bonaparte; plus tard, il n'y eut que des ordres du jour à son armée,
des injonctions au _Moniteur_, des proclamations dictatoriales à
l'univers, et de temps en temps, dans le _Moniteur_, des insultes aux
ministres, et des apostrophes outrageuses aux rois et aux reines qui
disputaient leurs trônes ou leurs peuples à l'absolutisme de la
victoire et de l'usurpation.
Mais, tant que l'inspiration du cabinet consulaire vint de M. de
Talleyrand, la diplomatie du Consulat fut aussi grandiose que la
victoire, mais en même temps aussi modérée que la paix. Tout reprit sa
dignité, les vaincus comme les vainqueurs. Les notes et les dépêches
de la main de M. de Talleyrand, retouchées seulement par le consul,
ont un accent d'héroïsme tempéré par un accent de philosophie. On
sent, en les lisant, que l'esprit de l'Assemblée constituante est
rentré dans les conseils de la république, et que l'âme de Mirabeau
respire encore dans son disciple.
Ce fut pendant ces courtes et belles années que la France
diplomatique, interprétée au dehors par l'esprit de la civilisation
pacifique, recueillit sans violence de mains ou de paroles tous les
résultats légitimes des exploits de la république, du Directoire, et
du vainqueur d'Italie.