Il faut contempler, dans l'admirable histoire _du Consulat et de
l'Empire_, par M. Thiers, l'annaliste le plus scrupuleux et le plus
complet des temps modernes, il faut contempler le tableau vivant avec
les portraits historiques de toutes ces négociations du consulat.
C'est le dictionnaire universel en action de la diplomatie de deux
siècles; ce sont les archives de la France exhumées et sortant avec
leurs mystères et leurs interprétations vraies de ces cartons,
catacombes révélatrices de nos affaires étrangères. Sous ce rapport,
le grand historien français est à la diplomatie savante ce que
Champollion fut aux hiéroglyphes de l'Égypte. En relisant ce
chef-d'oeuvre d'exposition historique dont nous avons déjà entretenu
nos lecteurs, nous ne nous reprochons qu'une chose, c'est de ne
l'avoir pas assez admiré. Ce livre sera le _Carmen sæculare_ de notre
époque.
Nous ne lui reprochons que d'avoir sacrifié, dans M. de Talleyrand,
l'homme d'État au grand général, M. de Talleyrand à Bonaparte: mais M.
Thiers a le culte du sabre plus que le culte de l'esprit; il immole
tout à la bataille gagnée, même la paix, seule liquidation des
batailles.