Mais, pour que ce trône imaginaire devînt une réalité, il fallait que
le sol de l'Europe fût raffermi sous tous les trônes, et que le sol de
la France pût porter le sien. Liquider les guerres de la république et
remettre le gouvernement consulaire en société diplomatique avec
l'Europe entière, c'était donc la nécessité habile du premier consul,
comme c'était l'instinct traditionnel de M. de Talleyrand. L'intérêt
du consul et la pensée du ministre travaillaient dans un parfait
accord à cette oeuvre préliminaire de toute reconstitution d'une
monarchie. Aussi ces premières années du consulat, fécondes en
négociations, en congrès, en traités de paix, en alliances provisoires
au moins avec toute l'Europe, furent-elles les plus laborieuses et les
plus prospères de la vie du prince de Talleyrand. C'est dans ces
négociations incessantes, discutées dans le cabinet avec le premier
consul, élaborées en conférences, en notes ou en dépêches avec les
cours et les ministres, conclues avec les puissances, exposées devant
les corps délibérants, que M. de Talleyrand fonda la haute autorité de
son génie diplomatique. C'est de ce moment que son autorité politique
se consacra aussi en Europe; c'est de ces succès multipliés en
affaires européennes que le nom de la diplomatie et le nom du grand
diplomate ne furent pour ainsi dire qu'un seul nom.