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Le 18 brumaire ne tarda pas à le rappeler à la direction du cabinet

français. Il avait pressenti Bonaparte avec le même tact qui lui avait

fait pressentir Mirabeau et Barras. Avant même que le jeune général

d'Italie et d'Égypte eût déclaré son ambition de dictateur civil et

militaire à ses confidents, M. de Talleyrand s'était insinué

résolument dans sa pensée, et lui avait montré en perspective un coup

d'État facile, un abandon certain de la France à toute usurpation de

puissance qui lui promettrait la paix, la réconciliation avec

l'Europe, la reconstruction d'un ordre civil personnifié dans un

héros.

Le lendemain de brumaire, Bonaparte, ébloui par la lucidité d'esprit

et séduit par l'admiration de M. de Talleyrand, le rapprocha de lui en

l'élevant de nouveau au poste de ministre des affaires étrangères.

Ce jeune maître de la France ignorait les cours; ses entretiens de

toutes les heures avec M. de Talleyrand lui apprirent sur les hommes,

les choses, les négociations, les intérêts réciproques des puissances,

tout ce qu'un grand diplomate pouvait enseigner à un grand homme de

guerre. Bonaparte voulait très-sincèrement, à cette époque, donner la

paix à la France; car la paix était la grande popularité à mériter

d'un pays épuisé de crimes sur les échafauds, d'or et de sang sur les

champs de bataille. Bonaparte livra donc le monde à pacifier à son

ministre, devenu son oracle. Bonaparte, très-aristocrate d'esprit et

très-antidémagogue de caractère, trouvait dans M. de Talleyrand un

charme de plus, un parfum de hauts lieux, un écho de grands noms; qui

épuraient, à ses yeux, la république de ces subalternités vulgaires et

de ces séides sanguinaires dont la présence lui répugnait dans ses

conseils et dont il rougissait devant l'Europe. Le nom, le ton,

l'élégance de son ministre des affaires étrangères, donnaient à son

campement militaire et consulaire aux Tuileries l'apparence d'une

cour. En s'entretenant avec un si illustre courtisan, il se croyait

d'avance sur un trône.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 108 / 171 题