Cette étude, souverainement intéressante et souverainement morale,
serait une admirable histoire de l'Europe par sa diplomatie, si je
pouvais, sans fatiguer l'attention du lecteur, la faire remonter
jusqu'aux premières transactions diplomatiques connues entre les
grands cabinets et les grands ministres de l'Europe; ce serait un
livre, vous ne me permettez qu'un entretien. Je m'abstiens donc à
regret de ces développements dans le passé; je ne sortirai pas de
notre siècle. La diplomatie du vieux monde a fini son ère le jour où
la révolution française a commencé la sienne. L'ancienne diplomatie
était entièrement dynastique; elle se résumait dans les intérêts,
l'ambition, la grandeur des familles royales occupant les trônes; elle
se composait des rivalités entre ces maisons royales; des mariages,
des hérédités, des _pactes de famille_, nouaient ou dénouaient cette
diplomatie. En 1789, tout change, tout s'élargit à la proportion des
intérêts des nations, prenant la place des intérêts individuels. La
diplomatie féodale, matérielle ou domestique disparaît: la diplomatie
intellectuelle commence.