Donc la princesse T.... écrivait à M. Alain: «Le prince de Talleyrand
m'envoie à mon réveil le billet ci-joint; je vous l'adresse pour votre
jeune ami, afin que le plaisir que cette impression du grand juge vous
fera soit double. Communiquez le billet du prince au jeune homme, et
remerciez-moi du plaisir que je vous donne, car je sais que votre
seule joie est dans la joie de ceux que vous aimez.»
J'ouvris le second billet; il était écrit d'une main évidemment
précipitée et lasse d'insomnie, sur un chiffon de papier large comme
cinq doigts et taché de gouttes d'encre. Ce billet disait en cinq ou
six lignes: «Je vous renvoie, Princesse, avant de m'endormir, le petit
volume que vous m'avez prêté, hier soir. Qu'il vous suffise de savoir
que je n'ai pas dormi, et que j'ai lu jusqu'à quatre heures du matin,
pour relire encore.»
Le reste du billet était une prophétie de succès en termes brefs, mais
si exagérés que je ne voudrais pas les transcrire ici. Cette âme de
vieillard, qu'on disait de glace, avait brûlé toute une nuit d'un
enthousiasme de vingt ans, et ce feu avait été rallumé par quelques
pages de vers imparfaits, mais de vers d'amour.