VIII

Donc la princesse T.... écrivait à M. Alain: «Le prince de Talleyrand

m'envoie à mon réveil le billet ci-joint; je vous l'adresse pour votre

jeune ami, afin que le plaisir que cette impression du grand juge vous

fera soit double. Communiquez le billet du prince au jeune homme, et

remerciez-moi du plaisir que je vous donne, car je sais que votre

seule joie est dans la joie de ceux que vous aimez.»

J'ouvris le second billet; il était écrit d'une main évidemment

précipitée et lasse d'insomnie, sur un chiffon de papier large comme

cinq doigts et taché de gouttes d'encre. Ce billet disait en cinq ou

six lignes: «Je vous renvoie, Princesse, avant de m'endormir, le petit

volume que vous m'avez prêté, hier soir. Qu'il vous suffise de savoir

que je n'ai pas dormi, et que j'ai lu jusqu'à quatre heures du matin,

pour relire encore.»

Le reste du billet était une prophétie de succès en termes brefs, mais

si exagérés que je ne voudrais pas les transcrire ici. Cette âme de

vieillard, qu'on disait de glace, avait brûlé toute une nuit d'un

enthousiasme de vingt ans, et ce feu avait été rallumé par quelques

pages de vers imparfaits, mais de vers d'amour.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 70 / 171 题