Cette femme illustre et lettrée était l'amie de M. de Talleyrand. Je
ne connaissais pas la princesse; son billet ne m'était pas adressé;
elle l'avait écrit avant le jour à un de mes plus chers amis, M.
Alain, médecin et commensal du prince de Talleyrand pendant dix ans,
aussi tendre et aussi vertueux que savant.
Je le voyais tous les jours; il donnait, par pur intérêt de coeur, à
ma santé encore frêle les soins d'une mère plus que d'un médecin.
Hélas! je l'ai vu mourir avant son malade, à la fleur de ses années,
d'une maladie de trois ans, tête à tête avec un crucifix d'ivoire
suspendu par un chapelet de femme au bois de son lit. J'ai su le nom
de la femme que lui rappelait le crucifix et le chapelet de noyaux
d'olives: je ne le dirai pas. Le pauvre malade mourait d'amour
contenu, pour ne pas faillir à l'amitié et à la vertu; que l'éternité
lui soit douce! Il avait ajourné son bonheur au ciel. C'était un de
ces hommes qui donnent la certitude d'une autre vie; car, si Dieu
trompait de telles espérances et de telles privations par un leurre
éternel, ce ne serait pas seulement le monde interverti, ce serait la
Divinité renversée. Le seul hommage dû à un tel Dieu serait le
blasphème: il ne mériterait que cela.