C'est à ce double sentiment d'instinct de la gloire et de peur du
bruit dans ces hommes délicats et exquis, appelés _amateurs_ ou
_dilettanti_, qu'on doit ces petits volumes diminutifs du génie,
sourdines de la gloire, qui se publient de temps en temps à un si
petit nombre de pages et à un si petit nombre d'exemplaires qu'on ne
les affiche pas sur les étalages de libraires, mais qu'on les glisse
seulement de la main à la main entre quelques amis discrets, comme une
confidence du talent échappée à l'imprudence du poëte.
Mais il faut y prendre garde cependant: quand cette confidence mérite
d'être divulguée par les lecteurs d'élite, étonnés et charmés de ce
qu'ils découvrent d'inattendu dans ces pages, la confidence ne reste
pas longtemps un secret entre l'auteur et ses amis; le public écoute
aux portes, l'admiration passe du dedans au dehors par les trous de la
serrure, et la France se dit avant qu'on y ait pensé: «J'ai un vrai
poëte de plus.»