XVII

Longue fut la journée par les heures, brève par les entretiens à coeur

ouvert qui nous l'abrégèrent.

Je connaissais, par des fragments recueillis déjà dans des recueils ou

dans la mémoire des amis communs, beaucoup des vers de Laprade. Ces

vers, pensés dans le ciel et écrits sur la terre, m'avaient transporté

en idée au cap Sunium. C'est là que Platon méditait à haute voix, en

prose, sur la nature, sur l'immortalité, sur le Dieu unique, incarné

en esprit et en vérité, dont les divinités sensuelles et successives

de l'Inde, de l'Égypte, de la Grèce, n'étaient que les symboles

adorés par les sens, ces trompeurs de la raison humaine.

Les vers de Laprade m'avaient semblé avoir la transparence sereine,

profonde, étoilée, des songes de Platon. Ils m'avaient rappelé aussi

Phidias, le sculpteur en marbre de Paros de la frise du Parthénon; ces

vers, solides et splendides comme le bloc taillé et poli par le ciseau

de Phidias, avaient à mes yeux la forme et l'éclat des marbres du

Pentélique, et un peu aussi de l'immobilité et de la majesté de ces

marbres. La muse de Laprade était la plus divine des statues, mais une

statue; le poëte était le grand statuaire de notre siècle, un Canova

en vers, taillant la pensée en strophes, un sculpteur d'idées. C'était

un assez beau partage dans un siècle où tant de poëtes avaient voulu

chercher la perfection dans l'_art_, au lieu de la chercher dans son

élément éternel, le BEAU! Il s'est bien animé depuis.

Cours familier de Littérature - Volume 10 · 第 50 / 171 题