Après les quelques mots d'accueil rapidement échangés, tout fut dit
entre nous; on ne pouvait être longtemps banal avec ce jeune homme.
Nous nous serrâmes les deux mains, qui ne se desserrèrent jamais plus.
Laprade, désormais fils et frère de la maison, s'assit avec nous; et
la conversation familière continua, tant que le soleil nous fit
rechercher l'ombre, comme si un convive seulement de plus était venu
serrer les rangs autour de la table.
Laprade connaissait Listz: ces deux génies se convenaient par le goût
du surnaturel. Car Listz est un musicien métaphysique, semblable à ses
compatriotes Mozart et Beethoven: il chante plus de symphonies du ciel
que de mélodies de la terre; il n'a point de rapport avec Rossini.
Rossini chante des sensations et des ivresses; il a plus de verve que
de sensibilité: c'est le Boccace de la musique. Laprade est en poésie
ce que Beethoven et Listz sont en musique: ce sont des esprits
aériens. Rossini est plus homme: ils sont plus anges.