On peut dire que cette résurrection des jours, des choses, des amitiés
éteintes, à la lueur de cette lampe de la mémoire, est d'autant plus
douce que le présent est plus amer. On se réfugie dans ses souvenirs
pour échapper à ses angoisses. À quoi servirait la mémoire si ce
n'était qu'à pleurer? Elle sert aussi à jouir; par un don de la
Providence, elle perpétue le plaisir comme elle éternise la douleur.
Tant qu'un homme se souvient, il revit. C'est encore vivre.