I
J'ai sur ma table aujourd'hui deux livres que je viens de lire avec un
grand charme, et qui me convient, par ce charme même, à me distraire
un moment de l'antiquité avec mes lecteurs, pour donner un regard à la
jeune France poétique d'aujourd'hui. Ces deux livres sont les poésies
lyriques, philosophiques et religieuses de M. de Laprade, et un autre
dont je vais vous parler après.
Mais avant de parler de ce dernier poëme que j'ai reçu hier, que j'ai
lu d'une seule haleine cette nuit, rappelons-nous deux heureuses
journées déjà loin de nous, qui nous feront connaître Laprade. La
mémoire, c'est la lampe du soir de la vie: quand la nuit tombe autour
de nous, quand les beaux soleils du printemps et de l'été se sont
couchés derrière un horizon chargé de nuages, l'homme rallume en lui
cette lampe nocturne de la mémoire; il la porte d'une main tremblante
tout autour des années aujourd'hui sombres qui composèrent son
existence; il en promène pieusement la lueur sur tous les jours, sur
tous les lieux, sur tous les objets qui furent les dates de ses
félicités du coeur ou de l'esprit dans de meilleurs temps, et il se
console de vivre encore par le bonheur d'avoir vécu.