Je suis amoureux de la poétesse Tchou Chou Tchenn qui vivait en Chine il
y a plusieurs siècles. Bien rarement elle parlait et elle ne se plaisait
qu’à voir de la balustrade de sa maison décroître le vol des cigognes
dans de ciel.
Elle ne rencontra qu’une fois, au milieu d’autres mandarins puissants,
son père qui l’avait vouée à la misère en la mariant pour la punir et la
faire rétrograder parmi les êtres, à un corroyeur vulgaire.
Elle se prosterna comme il est prescrit, sur le chemin devant son père
et elle prit la main de la malédiction et elle la baisa. Et lui, qui
était un homme mauvais, s’étonna de voir dans les yeux de sa fille une
si belle flamme couleur de jade vert et de l’étoile Ki.
Et il ne savait pas que l’âme est faite d’un métal plus inaltérable que
l’or vierge et que celle qui s’est regardée intérieurement ne fait que
se purifier au contact de la vulgarité.
Et dans son orgueil il dit à sa fille: «Donne-moi ce pavot blanc que tu
as à la ceinture.» Elle le lui tendit respectueusement, mais elle
s’arrangea pour en faire tomber les pétales et qu’il n’en restât plus
que la tige.
«Elle n’a pas changé, dit le père aux autres mandarins. Et le corroyeur
ne doit pas recevoir d’elle plus que son père n’a reçu. Elle donne tout
aux Génies.»