IV

Je suis amoureux de la poétesse Tchou Chou Tchenn qui vivait en Chine il

y a plusieurs siècles. Quand elle mourut, tous les corroyeurs de

Raé-Ning furent en deuil et son mari, l’homme vulgaire, qui était gros

devint pareil à un saule en hiver.

Il pleurait sans cesse, songeant qu’il ne l’avait pas assez aimée et il

se repentait de ne pas avoir uniquement, avec ses peaux, fait des robes

de fourrure pour la couvrir.

Il disait: «Quand elle parlait, j’étais transporté dans un pays

merveilleux, mais nous étions loin l’un de l’autre. Comment peut-on

aimer à ce point ce qu’on a perdu sans l’avoir compris.»

Et moi, peut-être, dans une vie antérieure, j’ai été cet homme vulgaire

et c’est pourquoi j’aime la poétesse Tchou Chou Tchenn et je la pleure

encore après des siècles. Je la cherche sur la balustrade de ma maison

quand je vois des cigognes s’éloigner et si un pas résonne sur le

chemin, je m’imagine que c’est elle qui s’en va silencieusement porter

ses pavots blancs sur la montagne déserte.

Le livre des lotus entr'ouverts · 第 23 / 92 题