Je suis amoureux de la poétesse Tchou Chou Tchenn qui vivait en Chine il
y a plusieurs siècles. Quand elle mourut, tous les corroyeurs de
Raé-Ning furent en deuil et son mari, l’homme vulgaire, qui était gros
devint pareil à un saule en hiver.
Il pleurait sans cesse, songeant qu’il ne l’avait pas assez aimée et il
se repentait de ne pas avoir uniquement, avec ses peaux, fait des robes
de fourrure pour la couvrir.
Il disait: «Quand elle parlait, j’étais transporté dans un pays
merveilleux, mais nous étions loin l’un de l’autre. Comment peut-on
aimer à ce point ce qu’on a perdu sans l’avoir compris.»
Et moi, peut-être, dans une vie antérieure, j’ai été cet homme vulgaire
et c’est pourquoi j’aime la poétesse Tchou Chou Tchenn et je la pleure
encore après des siècles. Je la cherche sur la balustrade de ma maison
quand je vois des cigognes s’éloigner et si un pas résonne sur le
chemin, je m’imagine que c’est elle qui s’en va silencieusement porter
ses pavots blancs sur la montagne déserte.