--Maintenant, monsieur, reprit la blonde charmante, dont le ton
redevint bref et délibéré comme au début de l'entrevue, permettez que
j'aille au-devant de la question, car la nuit s'avance et il faut que
tout soit fini demain matin. J'aborde un fait que vous ignorez encore,
mais qui ne peut tardera vous être révélé et qui vous expliquera la
démarche hardie tentée par ce Jean-Pierre Sévérin, à l'aide d'une
fausse signature du premier consul.
--Fausse? interrogea Dubois.
--Fausse, répéta la comtesse avec assurance, car le premier consul est
parti ce soir, à sept heures, pour le château de Fontainebleau.
--Sans que je sois prévenu! s'écria Dubois, qui bondit sur son siège.
--La dernière personne que le premier consul a vue à Paris, c'est moi,
et j'étais chargée de vous prévenir.
Dubois sonna à tour de bras. M. Despaux entra presque aussitôt.
Il eût fallu un regard encore plus perçant que celui de M. le préfet
de police pour saisir au passage le coup d'oeil rapide qui fut échangé
entre le nouvel arrivant et la comtesse Marcian Gregoryi.
--Aux Tuileries, sur le champ, un exprès! ordonna Dubois, le premier
consul serait parti ce soir pour Fontainebleau...
--On vient d'en apporter la nouvelle, dit Despaux, et j'étais en route
pour l'annoncer à M. le préfet.
Despaux sortit sur un signe de son chef.
--Le fait dont je voulais vous entretenir, reprit tranquillement la
délicieuse blonde, est la mise en chartre privée, par moi, d'un jeune
étudiant en droit, nommé René de Kervoz, gendre futur de Jean-Pierre
Sévérin...
--Que le diable emporte celui-là! s'écria le préfet du meilleur de son
coeur.
--Et propre neveu, poursuivit la comtesse, du chouan Georges Cadoudal.