l’honneur de Cérès _Thesmophore_ ou _Législatrice_, pendant toute la
durée desquelles on s’envoyoit par toute la Sicile des gâteaux faits
avec du miel et de la graine de Sésame. On donnoit à ces gâteaux la
figure des _parties naturelles de la femme_, pour lesquelles les
Syracusains avoient tant de vénération et d’amour qu’ils les
portoient en cérémonie à ces fêtes célèbres. Les Romains, lorsque
leurs mœurs furent dépravées, firent construire des vases dont ils
se servoient à leurs repas et auxquels ils donnoient la figure de la
partie virile pour laquelle ils avoient tant de passion. Ce qui a
fait dire à Juvenal, satire 2: _Vitreo bibit ille Priapo_: _Celui-là
boit dans un Priape de cristal_.
Le Sésame est une espèce de bled, selon Pline, et de légume, selon
Columela, que les apothicaires d’Italie nomment _Gingeoline_. Il
ressemble au millet. Son huile est fort estimée et a la vertu de
rendre stérile. Pline dit qu’il fut apporté des Indes. Ses feuilles
sont rouges et ses fleurs vertes. Sa graine est blanche et renfermée
dans de petits boutons, comme celle du pavot et sa racine est
blanche pareillement. On n’en sème guère, parce qu’on prétend qu’il
rend la terre stérile. Son nom en latin est _Sesamum_.
Ovide en parle ainsi, livre II de ses métamorphoses, fable IX. «Elles
mettoient au nombre des choses defendues les plaisirs de l’amour, et les
attouchemens des hommes dont elles se sevroient pendant neuf jours.»
Elles dressoient leurs lits avec les branches et les feuilles de
_l’agnus-castus_[74]. Le Vitex est un arbrisseau dont l’odeur combat les
pensées amoureuses et écarte les songes lascifs. C’est pourquoi elles
jonchoient leurs couches solitaires, des feuilles de cet arbrisseau,
pour altérer la force et la chaleur du fluide séminal, rafraîchir leurs
reins et les parties voisines, et émousser les aiguillons de l’amour.
Voyez à ce sujet Dioscoride[75], Pline[76], Ælien[77] et Galien[78].
[74] _L’agnus-Castus_, nommé par les Grecs _chaste_, par les Latins,
_Vitex_, est un arbrisseau qui ressemble beaucoup à notre _Saule
d’Amérique_. Il croît sur le bord des rivières et des torrens. Ses
branches sont noueuses, longues et flexibles, ses feuilles assez
ressemblantes à celle de l’olivier, ce qui l’a fait nommer par
Mathiole _olivæ agnus_, mais plus molles. Ses fleurs sont purpurines
et quelquefois blanches. Son fruit est comme le poivre, chaud et
astringent. Il y en a de blanc et de noir.
_Arnaud de Villeneuve_ exagère les propriétés de l’agnus-castus avec
une confiance qui étonne dans un homme instruit. Il assure que le
moyen le plus sûr de conserver sa chasteté, est de porter
habituellement un couteau dont le manche seroit fait avec le bois de
cet arbrisseau. Le préjugé des anciens sur ce végétal s’est perpétué
jusqu’à nous, et l’on fait encore dans les monastères, usage
intérieurement et extérieurement des semences et des feuilles de cet
arbrisseau, en se faisant une ceinture de ses branches ou une
émulsion de sa semence avec l’eau de nénufar. Voyez ce que rapporte
à ce sujet M. de Lignac dans son traité de l’homme et de la femme,
considérés physiquement dans l’état du mariage... Lille 1773.
_in_-12. tom. premier, pages 102 et suivantes.
[75] Liv. 1. Chap. CXVI.
[76] Lib. XXIV. cap. IX.
[77] De anim. lib. IX. c. XVI.
[78] Lib. VI. de Simp. med. fac. chap. 34.
On emploie aussi pour donner la vigueur nécessaire aux exercices de
Vénus, les reins de certains animaux, et principalement du bouc.
_Aëce_, déjà cité, recommande l’usage de la chair du _seine-marin_[79],
prise de ses reins ou des environs, comme très-propre à opérer
l’érection de la verge. Peut-être est-ce une espèce d’analogie et une
conformation semblable à ceux de l’homme, qui a fait attribuer aux reins
de cet animal la propriété de les aider et de les exciter à remplir le
devoir de la génération; de même que l’on ordonne à ceux qui sont
inhabiles à s’en acquicter, entr’autres médicamens, les frictions, les
emplâtres chauds, non-seulement sur les parties honteuses, mais encore
aux reins, les diurétiques violens, comme les cantharides, et le soin de
se coucher sur le dos, pour maintenir la région des lombes dans un degré
de chaleur nécessaire pour rappeller les forces languissantes, rendre la
semence prolifique, et précipiter sa descente dans les testicules.
Rhasès[80] dit que toutes les fois que l’on se frottera les reins avec
des médicamens chauds, le membre viril augmentera de grosseur et de
fermeté, et l’érection sera complette.
[79] Le _Seine-marin_ est une espèce de petit crocodile terrestre, que
sa qualité anti-vénéneuse a fait entrer dans le fameux Mithridate,
et sa vertu aphrodisiaque dans l’électuaire _Diasatyrion_. Ce lézard
en Egypte et en Arabie, ne se nourrit que de plantes aromatiques.
Les paysans d’Egypte portent de ces lézards au Caire, d’où par
Alexandrie, on les transporte à Venise et à Marseille, pour les
disperser dans toutes les pharmacopées de l’Europe. Les Arabes et
les Egyptiens s’en servent pour s’exciter à l’amour. Les Européens
le rejettent, parce qu’il rend maniaque; au reste le seine-marin
résiste au vénin, et augmente la semence. Dioscoride recommande la
chair qui est autour de ses reins. Galien dit que ce sont les reins
mêmes qu’il faut employer. Pline veut que ce soit la dépouille et
les pattes. M. Lemery s’est déterminé pour l’usage des reins, qu’il
ordonne de réduire en poudre, il en fixe la dose à 72 grains. On ne
sauroit enfin être trop en garde contre la violence de ce remède.
[80] Lib. XI, _Contin._ c. V.
Misish, médecin arabe, dans sa somme de Rhasès, dit aussi que le seul
moyen de s’exciter aux plaisirs de l’amour, est de donner beaucoup de
chaleur au dos, comme celui de diminuer la fougue d’un tempéramment
lascif, est, en prenant cette sage précaution en sens inverse, de l’en
priver, en se couchant sur des feuilles froides. Nous concluons donc de
tout ceci, que les lombes sont les premiers instrumens de la génération,
selon leur constitution et l’emploi que la nature leur a confié; et
suivant Cagnati, les veines et les artères y portent la matière et les
esprits; que le premier organe des reins est le parenchyme[81], où le
fluide séminal commence à s’élaborer, à devenir prolifique et recevoir
enfin dans les vases séminaires le degré de perfection qui lui est
nécessaire: c’est l’opinion de Sennert et la nôtre. Il ne faut pourtant
pas rejetter celle de Némésius, d’Isidore, de Matthæus et de Laurenberg,
qui prétendent qu’il se mêle à ce fluide une certaine sérosité saline,
une humeur mordicante filtrée des reins dans les testicules, et dont
l’effet est de causer le prurit vénérien et l’érection avec de violens
desirs de la jouissance. Ce que le grammairien Papias a répété, sur leur
autorité, dans son vocabulaire.
[81] Mot grec qui signifie _engendré par la masse et l’épaississement
d’un suc_. Le foie est le premier de tous les parenchymes.
Nous avons, je crois, suffisamment prouvé que la flagellation sur le dos
ou sur les lombes est du plus grand effet pour rendre la vigueur éteinte
par les excès de la volupté, et vous ne devez plus être surpris que ces
hommes, que la débauche a mis au rang des bêtes, ces monstres épuisés de
luxure, et victimes d’un honteux désordre, ayant cherché dans
l’opération douloureuse de la flagellation, un remède à l’épuisement, à
la foiblesse de leurs reins, et à la perte totale de leurs forces, sans
parler de ceux qui, moins coupables à la vérité, ne doivent ces accidens
qu’à un trop violent amour pour une épouse, ou à un physique froid,
vicieux et mal organisé. Il est probable que la flagellation donne aux
parties relachées et refroidies, une commotion violente, une irritation
voluptueuse qui les embrâse et se communique à la semence, ajoutez à
celà que le sentiment aigû de la douleur des parties frappées, subtilise
et précipite le sang avec plus d’abondance, attire les esprits, et
fournissant aux parties de la génération une chaleur excessive, procure
à l’homme libidineux qui cherchoit en vain le plaisir, le moyen de
consommer l’acte de la génération, malgré la nature même, et de
multiplier ses jouissances criminelles au-delà des bornes qu’elle a
assignées à ses forces[82].
[82] Rabelais faisant allusion à cette manière de se procurer des
forces pour la lutte amoureuse, dit _se frotter le cul au
panicaut[83] vrai moyen d’avoir au cul passion_.
Une femme en mélancolie
Par faute _d’occupation_,
Frottez-moi lui le cul d’ortie,
Elle aura _au cu passion_.
_Extrait du Ducatiana._
Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d’ajouter encore une preuve
aux observations de Meibomius, en faisant part à nos lecteurs d’une
anecdote, non-seulement étroitement liée au sujet que nous traitons,
mais encore intéressante par la réputation de celui qui en est le
héros. Il s’agit d’un chevalier romain, gouverneur d’Egypte, ami
d’Auguste et de tous les beaux esprits de son temps; d’un poëte
charmant qui a servi de modèle aux _Barth..._, aux _Dorat_, aux
_Parny_, aux _Chabanon_, enfin de _Cornelius Gallus_, l’ami de
_Virgile, Horace, Tibulle_ et _Catulle_, qui, comme ces derniers, a
chanté l’amour, au milieu de ses extases, et qui, au rapport de
Pline, mourut d’une douce mort, ou plutôt s’endormit pour toujours
sur le sein de celle qui faisoit le bonheur de sa vie. M. de Lignac
nous apprend que ce favori des Grâces ne devoit les transports et
les faveurs enivrantes d’une jeune fille passionnée pour lui, qu’au
fouet qu’elle recevoit fréquemment d’un père rigoureux qui, croyant
la punir par ce châtiment, des fautes que lui faisoit commettre un
tempéramment trop lascif, ne travailloit au contraire qu’à
l’augmenter, et servoit ainsi, sans le savoir, les vues du
voluptueux poëte.
Ce trait m’en rappelle un autre dont j’ai été le témoin. Un écolier
de rhétorique, et mon condisciple, menacé du fouet par le régent,
trouva le moyen de s’y soustraire par cette réponse hardie et
indécente. «Vous me rendriez un grand service, je n’osois vous le
demander, mais vous devriez savoir qu’à mon âge on ne le craint
plus.»
[83] Le _Panicaut_ est une espèce de chardon qu’on appelle _à cent
têtes_, en latin _eryngium_. Ses feuilles sont bonnes à manger,
lorsqu’elles sont tendres et confites dans le sel. Elles sont
aromatiques, et deviennent en croissant, épineuses et piquantes.
Voilà mon avis, mon cher Cassius; mais, direz-vous, cet expédient
honteux n’est mis en usage que par les libertins dont vous m’avez parlé,
afin que remediant à l’extinction de leurs facultés, fruit de leurs
excès de débauche, ils puissent les continuer, et se vautrer de plus
belle dans la fange du crime. Je demande donc maintenant si cette
fustigation ne devient pas un remède aussi innocent que quantité
d’autres employés tous les jours, et si la conservation de l’espèce ne
le rend pas non-seulement excusable, mais même nécessaire, lorsqu’il
s’agit d’un homme qui, voulant savourer les voluptés d’une jouissance
permise, et se reproduire dans un second lui-même, n’éprouveroit avec
une épouse aimable et tendrement aimée, que le désespoir de
l’impuissance, et dont tous les efforts seroient vains pour consommer le
mariage, par la foiblesse et le défaut de chaleur des parties que nous
avons détaillées ci-dessus, et qui seroit précisément le coursier dont
parle Virgile, liv 3 de ses géorgiques.
«Quand des ans ou des maux il sentira le poids,
»Des travaux de l’amour dispense sa foiblesse;
»Vénus ainsi que Mars demande la jeunesse.
»Pour son corps dévoré d’un impuissant désir,
»L’hymen est un tourment et non pas un plaisir,
»Vieux athlète, son feu dès l’abord se consume:
»Tel le chaume s’éteint au moment qu’il s’allume.
_Trad. de l’abbé de Lille._
De sorte qu’il ne pourroit, je ne dis pas s’acquitter totalement envers
sa créancière, mais même payer la moitié de la dette. Pourquoi non, mon
cher Cassius? Je sais que vous n’êtes aucunement dans le cas de recourir
à un remède de cette nature, et je suis prêt à l’affirmer par serment et
sous peine de privation des plaisirs de l’amour pendant la cinquantaine.
Je sais depuis long-temps, comme votre médecin, et je ne me trompe pas,
que vous êtes pourvu des plus brillantes qualités pour remplir les
devoirs d’époux; les règles infaillibles de mon art, et la connaissance
qu’il me donne de votre constitution physique, me permettent et me font
même un devoir d’en juger. J’ai d’ailleurs pour garant de la vérité de
mes conjectures, un témoin irrécusable et au-dessus de toute exception,
qui depuis peu commence à se remuer dans les entrailles de votre douce
et tendre moitié, et pour qui j’implore les faveurs de Lucine, au temps
marqué pour son élargissement. Pour ce qui est de communiquer à d’autres
le remède que je vous indique, s’il en est qui aient besoin du ministère
d’un homme qui d’un bras vigoureux leur décharge sur le dos une ample
provision de coups de verge, je ne le défends à personne, et ne leur
envie pas ce plaisir. Non-seulement ceux qui habitent le temple des
Muses, comme on le dit ordinairement des savans, doivent être
inaccessibles à la jalousie, mais plus encore les médecins.
_L’envie_, dit Scribonius Largus, dans une lettre à C. Julius Callistus,
_est un crime affreux qui déshonore les hommes, et doit être en horreur
à tout l’univers, et principalement aux médecins; car si leur ame
n’étoit pas le séjour de l’humanité et de la tendre pitié, qui sont le
premier devoir, la base et le but de leur profession, ils devroient être
l’objet de la haine et du mépris des dieux et des hommes._
C’est uniquement pour vous être agréable, ô l’ami de mon cœur, et
satisfaire votre curiosité, que je me suis hasardé de traiter ce sujet
et de vous dire mon avis, un peu librement à la vérité. Quel que soit
son sort, tirez-en le meilleur parti possible, continuez-moi l’amitié
dont vous m’honorez, pardonnez à ces plaisanteries innocentes, qui
cependant conduisent à des réflexions importantes et sérieuses, et
conservez précieusement une santé qui m’est aussi chère que la mienne.
Adieu.
OBSERVATIONS
_Extraites d’une lettre de Thomas Bartholin à Henri Meibomius._
La traduction que nous avons entreprise du traité de Meibomius, étant
principalement destinée aux savans, nous croyons qu’il est fort inutile
de leur offrir en entier la lettre de Bartholin au fils de l’auteur;
nous nous contenterons d’en extraire toutes les réflexions qui peuvent
ajouter à la singularité de l’ouvrage, et nous renverrons nos lecteurs à
l’édition latine, où cette lettre a été insérée toute entière avec la
réponse de Meibomius.
Bartholin, après une énumération des ouvrages et un magnifique éloge des
talens de Meibomius, dit que Paulin, son imprimeur, l’ayant prié
d’ajouter quelques observations, le desir d’être utile au public et de
faire cause commune avec ses amis Meibomius et Cassius, l’a engagé à
rassembler quelques cordes et quelques brins (ce sont ses termes) pour
augmenter les verges.
Très-peu de personnes, dit-il, aiment la flagellation: les anodins étant
en général plus du goût des malades que les caustiques; mais telle est
la condition humaine, qu’on ne peut pas toujours employer les topiques
bénins.
La flagellation est propre sur-tout à guérir ceux qui feignent d’être
malades; elle est utile dans l’épilepsie; on l’employa souvent avec
succès pour rendre l’activité aux esclaves qui se disoient malades pour
ne point travailler. Il paroît qu’elle est propre aussi pour guérir les
maladies de l’ame, comme celles du corps, puisqu’on a vu dans l’Italie
une secte de flagellans qui s’assembloient pendant le carême pour expier
leurs fautes par une copieuse discipline. Claudion, liv. 1, sur Eutrope,
dit que cette coutume se pratiquoit aussi dans les fêtes de Cybèle.
Les Syriens avoient des mercenaires qui pour une certaine rétribution,
se chargeaient d’expier les fautes des autres, en se flagellant
eux-mêmes, suivant le plus ou moins de bénéfice.
On voit que Circé employoit une verge pour changer les compagnons
d’Ulysse en pourceaux; on peut conclure de-là que les mêmes verges qui
rendent aux uns le bon sens, peuvent l’ôter aux autres.
J’ai vu à Padoue des religieux employer la flagellation pour chasser le
diable des corps qui en étoient possédés, possession qui, suivant les
médecins, n’étoit autre chose qu’une épilepsie que l’on guérit aisément
par la chaleur que communique la flagellation. St.-Marc, tourmenté par
l’esprit malin, le mettoit à la raison à coups de poing. Haymond, évêque
d’Halberstad, dit que les soufflets sont plus efficaces pour guérir les
tentations du diable, que pour dissiper les douleurs de tête.
Les Romains faisoient fouetter les esclaves qui avoient encouru le
châtiment, comme le dit P. Brisson, liv 3, des antiquités du droit
civil, chap. 9.
La crainte de la douleur nous contient dans les bornes de la raison;
j’ai connu un homme de bonnes mœurs, mais sujet à de fréquens mouvemens
de colère, que l’on rendoit plus doux qu’un agneau, en lui administrant
une ample flagellation, quand les menaces n’avoient pu calmer sa fureur.
Cœlius Aurelianus dit que la plante nommée Férule a la vertu de rendre
l’équilibre des humeurs aux parties irritées; et Dioscoride, liv. 5,
chap. 19, dit que l’eau de la mer produit le même effet, étant par sa
nature chaude et aride comme toutes les choses salées.
Un marchand d’esclaves parvint à rendre en bien peu de temps le plus
brillant embonpoint, à un enfant exténué par la faim, et cela, par le
moyen d’une flagellation modérée qu’il lui donnoit tous les deux jours.
Si le moyen de Cœlius paroît trop violent, on veut employer celui que
propose Æginete, liv. 4, chap. 12, qui est d’appliquer sur le corps
malade, la peau d’un agneau fraîchement dépouillé, et le battre ensuite
de verges.--Les Syriens voluptueux avoient recours à ce moyen. Beroalde
dit que la peau du blaireau est excellente pour guérir les plaies qui
sont les suites de la flagellation et de la morsure des chiens. Quelques
cruels que paroissent les arrêts de la médecine, il faut se souvenir,
non de la douleur momentanée qu’ils procurent, mais de la guérison
qu’ils doivent opérer, et ne jamais les commenter, ni les approfondir.
Les barbiers de Rome avoient mis des fouets à leurs portes, entre autres
instrumens qui composoient leurs enseignes, comme nous le prouve
Martial. liv. 2. ch. 17. Ces fouets étoient faits de cordes de laine, et
pour les rendre plus déchirans, on les hérissoit de nœuds et d’osselets
de mouton, au rapport d’Apulée. Catulle, épig. 25 à Thallus menace de le
punir de cette manière.
Sénèque, épitre 90, dit que la torpeur des membres se guérit par la
flagellation avec de l’ortie, et dont les coups sont si violens qu’un
oie qui en seroit piqué, en mourroit. Columella dit que les fermiers de
Rome ont coutume de déplumer les poules d’Afrique sur le ventre, et de
les fouetter avec de l’ortie, pour les faire couver, en leur mettant
dans le bec ou un bol, ou un os qui leur sert de bâillon, pour les
empêcher de rendre la nourriture qu’elles ont prise. On sait qu’un
soufflet ou un coup de poing bien appliqué sous la mâchoire inférieure,
guérissent promptement un homme à qui un bâillement ou un rire immodéré
ont causé une luxation et un relâchement dans les ressorts de la bouche.
Chez les habitans de la Gaule Cis-Alpine, (aujourd’hui le Milanois) on
comprimoit avec des cercles ou des lames d’étaim, le ventre d’une femme,
pour en faire sortir le fœtus mort dans ses entrailles.
J’ai remarqué que le fouet que l’on donne aux enfans pour les punir
d’avoir uriné dans le lit, est le moyen le plus efficace de les en
empêcher, quoique les parens ne fassent point d’attention aux effets
physiques de ce remède.
Meibomius a cité assez d’exemples qui prouvent combien la flagellation
est utile dans l’impuissance, pour me dispenser de blesser encore les
oreilles chastes, en les répétant ici; mais il n’est pas inutile de dire
que non-seulement ce remède est propre aux hommes, mais encore aux
femmes pour les faire concevoir plus aisément. Aussi les Romaines
s’offroient-elles nues aux prêtres qui célébroient les Lupercales, pour
en être frappées. Ces prêtres se servoient tantôt de la main, tantôt de
la tige de la férule. Les plus chastes se contentoient d’appliquer leurs
coups sur la main, et on devine facilement que la superstition avoit
moins de part à cette cure que la libre circulation du sang, qui, agité
et divisé, remonte vers le cœur, se répand dans les artères avec plus
d’abondance, et porte par-tout un feu pur et nouveau qui excite à
l’amour, et dispose à la conception. Les Romains qui, en célébrant les
Lupercales, couroient nuds par les rues, et frappoient toutes les femmes
qui se trouvoient sur leur passage, se nommoient _Crépi_, du mot latin
qui signifie _bruit_, parce que les verges avec lesquelles ils
frappoient, étoient couvertes de cuir, selon Dempterus, liv. 3, chap. 2,
ou de peaux de chien ou de bouc, qui étant sèches, augmentoient la
douleur ou le bruit de l’opération. Plutarque attribue de bons effets à
cette flagellation. Ovide, Juvénal et Prudence dans l’histoire des
martyrs, se sont égayés sur l’usage considéré comme religieux, mais en
effet utile comme médical; le caractère connu des prêtres qui suivant
leurs termes, frappoient les femmes avec d’autres verges que la férule,
a donné lieu à bien des plaisanteries[84]. Voyez Cardan, liv. 2, de son
traité de l’utilité que l’on peut retirer de l’adversité.
[84] Ce trait nous rappelle un quatrain placé dans l’église de
St.-Hyacinthe, à Paris, et qui prouve la vertu des moines.
«Femmes qui désirez de devenir enceinte,
»Adressez cy vos vœux au grand Saint-Hyacinthe,
»Et tout ce que pour vous le saint ne pourra faire,
»Les moines de céans pourront y satisfaire.»
Entr’autres nations où ces usages sont communs, on distingue les Perses
et les Russes. Ceux-ci battent leurs femmes pour prouver leur amour.
Jean Barclay, dans son _Icon animorum_, rapporte une anecdote qu’on ne
sera pas fâché de trouver ici.
Un homme de basse extraction quitta l’Allemagne et se retira en
Moscovie. Si vous êtes tant soit peu curieux de le savoir, il se nommoit
Jourdain. Le séjour lui ayant paru agréable, il résolut de s’y fixer, et
il s’y maria. Passionnément amoureux de sa femme, il n’épargna rien pour
l’en assurer, mais ses efforts furent inutiles; elle souffroit
intérieurement un chagrin qu’elle vouloit cacher, mais que la rougeur de
ses yeux, ses soupirs et ses sanglots trahissaient à chaque instant. Son
époux lui demandant la cause de cette tristesse et cherchant à deviner
en quoi il avoit manqué au devoir de la tendresse, elle lui parla en ces
termes, après s’être fait long-temps presser. «Pourquoi fais-tu si
bien-semblant de m’aimer? Crois-tu me tromper? Crois-tu me cacher plus
long-temps que je suis vile à tes yeux?» et en même temps elle versoit
un torrent de larmes. Jourdain étonné de ce langage, lui demanda en quoi
il l’avoit offensée; que peut-être il avait manqué en quelque chose,
mais qu’il répareroit cette faute par plus de soins. Enfin, lui
dit-elle, puisque tu fais semblant de l’ignorer, où sont donc les verges
avec lesquelles tu m’as apprise à t’aimer? Ne sais-tu pas que c’est chez
nous l’unique moyen que doivent employer les hommes qui veulent nous
persuader de leur amour? Jourdain à ce discours fut long-temps dans une
stupeur profonde, et eut toutes les peines du monde à s’empêcher de
rire. Bientôt la première surprise passée, et sa femme persistant à lui
parler sérieusement, il fut forcé de croire que ce traitement étoit
indispensable. Mais comment se résoudre à battre une femme qu’on aime?
Il n’y avoit pourtant pas de milieu, il eût été haï; il s’y résolut donc
avec beaucoup de peine. Peu de jours après, il saisit un prétexte
d’humeur de sa femme, et prenant un bâton, lui administra la correction
la plus conjugale. Le remède fit merveille, et sa femme commença à le
chérir de la meilleure foi du monde.