[73] Les Thesmophories étoient des sacrifices et des fêtes en

l’honneur de Cérès _Thesmophore_ ou _Législatrice_, pendant toute la

durée desquelles on s’envoyoit par toute la Sicile des gâteaux faits

avec du miel et de la graine de Sésame. On donnoit à ces gâteaux la

figure des _parties naturelles de la femme_, pour lesquelles les

Syracusains avoient tant de vénération et d’amour qu’ils les

portoient en cérémonie à ces fêtes célèbres. Les Romains, lorsque

leurs mœurs furent dépravées, firent construire des vases dont ils

se servoient à leurs repas et auxquels ils donnoient la figure de la

partie virile pour laquelle ils avoient tant de passion. Ce qui a

fait dire à Juvenal, satire 2: _Vitreo bibit ille Priapo_: _Celui-là

boit dans un Priape de cristal_.

Le Sésame est une espèce de bled, selon Pline, et de légume, selon

Columela, que les apothicaires d’Italie nomment _Gingeoline_. Il

ressemble au millet. Son huile est fort estimée et a la vertu de

rendre stérile. Pline dit qu’il fut apporté des Indes. Ses feuilles

sont rouges et ses fleurs vertes. Sa graine est blanche et renfermée

dans de petits boutons, comme celle du pavot et sa racine est

blanche pareillement. On n’en sème guère, parce qu’on prétend qu’il

rend la terre stérile. Son nom en latin est _Sesamum_.

Ovide en parle ainsi, livre II de ses métamorphoses, fable IX. «Elles

mettoient au nombre des choses defendues les plaisirs de l’amour, et les

attouchemens des hommes dont elles se sevroient pendant neuf jours.»

Elles dressoient leurs lits avec les branches et les feuilles de

_l’agnus-castus_[74]. Le Vitex est un arbrisseau dont l’odeur combat les

pensées amoureuses et écarte les songes lascifs. C’est pourquoi elles

jonchoient leurs couches solitaires, des feuilles de cet arbrisseau,

pour altérer la force et la chaleur du fluide séminal, rafraîchir leurs

reins et les parties voisines, et émousser les aiguillons de l’amour.

Voyez à ce sujet Dioscoride[75], Pline[76], Ælien[77] et Galien[78].

[74] _L’agnus-Castus_, nommé par les Grecs _chaste_, par les Latins,

_Vitex_, est un arbrisseau qui ressemble beaucoup à notre _Saule

d’Amérique_. Il croît sur le bord des rivières et des torrens. Ses

branches sont noueuses, longues et flexibles, ses feuilles assez

ressemblantes à celle de l’olivier, ce qui l’a fait nommer par

Mathiole _olivæ agnus_, mais plus molles. Ses fleurs sont purpurines

et quelquefois blanches. Son fruit est comme le poivre, chaud et

astringent. Il y en a de blanc et de noir.

_Arnaud de Villeneuve_ exagère les propriétés de l’agnus-castus avec

une confiance qui étonne dans un homme instruit. Il assure que le

moyen le plus sûr de conserver sa chasteté, est de porter

habituellement un couteau dont le manche seroit fait avec le bois de

cet arbrisseau. Le préjugé des anciens sur ce végétal s’est perpétué

jusqu’à nous, et l’on fait encore dans les monastères, usage

intérieurement et extérieurement des semences et des feuilles de cet

arbrisseau, en se faisant une ceinture de ses branches ou une

émulsion de sa semence avec l’eau de nénufar. Voyez ce que rapporte

à ce sujet M. de Lignac dans son traité de l’homme et de la femme,

considérés physiquement dans l’état du mariage... Lille 1773.

_in_-12. tom. premier, pages 102 et suivantes.

[75] Liv. 1. Chap. CXVI.

[76] Lib. XXIV. cap. IX.

[77] De anim. lib. IX. c. XVI.

[78] Lib. VI. de Simp. med. fac. chap. 34.

On emploie aussi pour donner la vigueur nécessaire aux exercices de

Vénus, les reins de certains animaux, et principalement du bouc.

_Aëce_, déjà cité, recommande l’usage de la chair du _seine-marin_[79],

prise de ses reins ou des environs, comme très-propre à opérer

l’érection de la verge. Peut-être est-ce une espèce d’analogie et une

conformation semblable à ceux de l’homme, qui a fait attribuer aux reins

de cet animal la propriété de les aider et de les exciter à remplir le

devoir de la génération; de même que l’on ordonne à ceux qui sont

inhabiles à s’en acquicter, entr’autres médicamens, les frictions, les

emplâtres chauds, non-seulement sur les parties honteuses, mais encore

aux reins, les diurétiques violens, comme les cantharides, et le soin de

se coucher sur le dos, pour maintenir la région des lombes dans un degré

de chaleur nécessaire pour rappeller les forces languissantes, rendre la

semence prolifique, et précipiter sa descente dans les testicules.

Rhasès[80] dit que toutes les fois que l’on se frottera les reins avec

des médicamens chauds, le membre viril augmentera de grosseur et de

fermeté, et l’érection sera complette.

[79] Le _Seine-marin_ est une espèce de petit crocodile terrestre, que

sa qualité anti-vénéneuse a fait entrer dans le fameux Mithridate,

et sa vertu aphrodisiaque dans l’électuaire _Diasatyrion_. Ce lézard

en Egypte et en Arabie, ne se nourrit que de plantes aromatiques.

Les paysans d’Egypte portent de ces lézards au Caire, d’où par

Alexandrie, on les transporte à Venise et à Marseille, pour les

disperser dans toutes les pharmacopées de l’Europe. Les Arabes et

les Egyptiens s’en servent pour s’exciter à l’amour. Les Européens

le rejettent, parce qu’il rend maniaque; au reste le seine-marin

résiste au vénin, et augmente la semence. Dioscoride recommande la

chair qui est autour de ses reins. Galien dit que ce sont les reins

mêmes qu’il faut employer. Pline veut que ce soit la dépouille et

les pattes. M. Lemery s’est déterminé pour l’usage des reins, qu’il

ordonne de réduire en poudre, il en fixe la dose à 72 grains. On ne

sauroit enfin être trop en garde contre la violence de ce remède.

[80] Lib. XI, _Contin._ c. V.

Misish, médecin arabe, dans sa somme de Rhasès, dit aussi que le seul

moyen de s’exciter aux plaisirs de l’amour, est de donner beaucoup de

chaleur au dos, comme celui de diminuer la fougue d’un tempéramment

lascif, est, en prenant cette sage précaution en sens inverse, de l’en

priver, en se couchant sur des feuilles froides. Nous concluons donc de

tout ceci, que les lombes sont les premiers instrumens de la génération,

selon leur constitution et l’emploi que la nature leur a confié; et

suivant Cagnati, les veines et les artères y portent la matière et les

esprits; que le premier organe des reins est le parenchyme[81], où le

fluide séminal commence à s’élaborer, à devenir prolifique et recevoir

enfin dans les vases séminaires le degré de perfection qui lui est

nécessaire: c’est l’opinion de Sennert et la nôtre. Il ne faut pourtant

pas rejetter celle de Némésius, d’Isidore, de Matthæus et de Laurenberg,

qui prétendent qu’il se mêle à ce fluide une certaine sérosité saline,

une humeur mordicante filtrée des reins dans les testicules, et dont

l’effet est de causer le prurit vénérien et l’érection avec de violens

desirs de la jouissance. Ce que le grammairien Papias a répété, sur leur

autorité, dans son vocabulaire.

[81] Mot grec qui signifie _engendré par la masse et l’épaississement

d’un suc_. Le foie est le premier de tous les parenchymes.

Nous avons, je crois, suffisamment prouvé que la flagellation sur le dos

ou sur les lombes est du plus grand effet pour rendre la vigueur éteinte

par les excès de la volupté, et vous ne devez plus être surpris que ces

hommes, que la débauche a mis au rang des bêtes, ces monstres épuisés de

luxure, et victimes d’un honteux désordre, ayant cherché dans

l’opération douloureuse de la flagellation, un remède à l’épuisement, à

la foiblesse de leurs reins, et à la perte totale de leurs forces, sans

parler de ceux qui, moins coupables à la vérité, ne doivent ces accidens

qu’à un trop violent amour pour une épouse, ou à un physique froid,

vicieux et mal organisé. Il est probable que la flagellation donne aux

parties relachées et refroidies, une commotion violente, une irritation

voluptueuse qui les embrâse et se communique à la semence, ajoutez à

celà que le sentiment aigû de la douleur des parties frappées, subtilise

et précipite le sang avec plus d’abondance, attire les esprits, et

fournissant aux parties de la génération une chaleur excessive, procure

à l’homme libidineux qui cherchoit en vain le plaisir, le moyen de

consommer l’acte de la génération, malgré la nature même, et de

multiplier ses jouissances criminelles au-delà des bornes qu’elle a

assignées à ses forces[82].

[82] Rabelais faisant allusion à cette manière de se procurer des

forces pour la lutte amoureuse, dit _se frotter le cul au

panicaut[83] vrai moyen d’avoir au cul passion_.

Une femme en mélancolie

Par faute _d’occupation_,

Frottez-moi lui le cul d’ortie,

Elle aura _au cu passion_.

_Extrait du Ducatiana._

Nous ne pouvons nous refuser au plaisir d’ajouter encore une preuve

aux observations de Meibomius, en faisant part à nos lecteurs d’une

anecdote, non-seulement étroitement liée au sujet que nous traitons,

mais encore intéressante par la réputation de celui qui en est le

héros. Il s’agit d’un chevalier romain, gouverneur d’Egypte, ami

d’Auguste et de tous les beaux esprits de son temps; d’un poëte

charmant qui a servi de modèle aux _Barth..._, aux _Dorat_, aux

_Parny_, aux _Chabanon_, enfin de _Cornelius Gallus_, l’ami de

_Virgile, Horace, Tibulle_ et _Catulle_, qui, comme ces derniers, a

chanté l’amour, au milieu de ses extases, et qui, au rapport de

Pline, mourut d’une douce mort, ou plutôt s’endormit pour toujours

sur le sein de celle qui faisoit le bonheur de sa vie. M. de Lignac

nous apprend que ce favori des Grâces ne devoit les transports et

les faveurs enivrantes d’une jeune fille passionnée pour lui, qu’au

fouet qu’elle recevoit fréquemment d’un père rigoureux qui, croyant

la punir par ce châtiment, des fautes que lui faisoit commettre un

tempéramment trop lascif, ne travailloit au contraire qu’à

l’augmenter, et servoit ainsi, sans le savoir, les vues du

voluptueux poëte.

Ce trait m’en rappelle un autre dont j’ai été le témoin. Un écolier

de rhétorique, et mon condisciple, menacé du fouet par le régent,

trouva le moyen de s’y soustraire par cette réponse hardie et

indécente. «Vous me rendriez un grand service, je n’osois vous le

demander, mais vous devriez savoir qu’à mon âge on ne le craint

plus.»

[83] Le _Panicaut_ est une espèce de chardon qu’on appelle _à cent

têtes_, en latin _eryngium_. Ses feuilles sont bonnes à manger,

lorsqu’elles sont tendres et confites dans le sel. Elles sont

aromatiques, et deviennent en croissant, épineuses et piquantes.

Voilà mon avis, mon cher Cassius; mais, direz-vous, cet expédient

honteux n’est mis en usage que par les libertins dont vous m’avez parlé,

afin que remediant à l’extinction de leurs facultés, fruit de leurs

excès de débauche, ils puissent les continuer, et se vautrer de plus

belle dans la fange du crime. Je demande donc maintenant si cette

fustigation ne devient pas un remède aussi innocent que quantité

d’autres employés tous les jours, et si la conservation de l’espèce ne

le rend pas non-seulement excusable, mais même nécessaire, lorsqu’il

s’agit d’un homme qui, voulant savourer les voluptés d’une jouissance

permise, et se reproduire dans un second lui-même, n’éprouveroit avec

une épouse aimable et tendrement aimée, que le désespoir de

l’impuissance, et dont tous les efforts seroient vains pour consommer le

mariage, par la foiblesse et le défaut de chaleur des parties que nous

avons détaillées ci-dessus, et qui seroit précisément le coursier dont

parle Virgile, liv 3 de ses géorgiques.

«Quand des ans ou des maux il sentira le poids,

»Des travaux de l’amour dispense sa foiblesse;

»Vénus ainsi que Mars demande la jeunesse.

»Pour son corps dévoré d’un impuissant désir,

»L’hymen est un tourment et non pas un plaisir,

»Vieux athlète, son feu dès l’abord se consume:

»Tel le chaume s’éteint au moment qu’il s’allume.

_Trad. de l’abbé de Lille._

De sorte qu’il ne pourroit, je ne dis pas s’acquitter totalement envers

sa créancière, mais même payer la moitié de la dette. Pourquoi non, mon

cher Cassius? Je sais que vous n’êtes aucunement dans le cas de recourir

à un remède de cette nature, et je suis prêt à l’affirmer par serment et

sous peine de privation des plaisirs de l’amour pendant la cinquantaine.

Je sais depuis long-temps, comme votre médecin, et je ne me trompe pas,

que vous êtes pourvu des plus brillantes qualités pour remplir les

devoirs d’époux; les règles infaillibles de mon art, et la connaissance

qu’il me donne de votre constitution physique, me permettent et me font

même un devoir d’en juger. J’ai d’ailleurs pour garant de la vérité de

mes conjectures, un témoin irrécusable et au-dessus de toute exception,

qui depuis peu commence à se remuer dans les entrailles de votre douce

et tendre moitié, et pour qui j’implore les faveurs de Lucine, au temps

marqué pour son élargissement. Pour ce qui est de communiquer à d’autres

le remède que je vous indique, s’il en est qui aient besoin du ministère

d’un homme qui d’un bras vigoureux leur décharge sur le dos une ample

provision de coups de verge, je ne le défends à personne, et ne leur

envie pas ce plaisir. Non-seulement ceux qui habitent le temple des

Muses, comme on le dit ordinairement des savans, doivent être

inaccessibles à la jalousie, mais plus encore les médecins.

_L’envie_, dit Scribonius Largus, dans une lettre à C. Julius Callistus,

_est un crime affreux qui déshonore les hommes, et doit être en horreur

à tout l’univers, et principalement aux médecins; car si leur ame

n’étoit pas le séjour de l’humanité et de la tendre pitié, qui sont le

premier devoir, la base et le but de leur profession, ils devroient être

l’objet de la haine et du mépris des dieux et des hommes._

C’est uniquement pour vous être agréable, ô l’ami de mon cœur, et

satisfaire votre curiosité, que je me suis hasardé de traiter ce sujet

et de vous dire mon avis, un peu librement à la vérité. Quel que soit

son sort, tirez-en le meilleur parti possible, continuez-moi l’amitié

dont vous m’honorez, pardonnez à ces plaisanteries innocentes, qui

cependant conduisent à des réflexions importantes et sérieuses, et

conservez précieusement une santé qui m’est aussi chère que la mienne.

Adieu.

OBSERVATIONS

_Extraites d’une lettre de Thomas Bartholin à Henri Meibomius._

La traduction que nous avons entreprise du traité de Meibomius, étant

principalement destinée aux savans, nous croyons qu’il est fort inutile

de leur offrir en entier la lettre de Bartholin au fils de l’auteur;

nous nous contenterons d’en extraire toutes les réflexions qui peuvent

ajouter à la singularité de l’ouvrage, et nous renverrons nos lecteurs à

l’édition latine, où cette lettre a été insérée toute entière avec la

réponse de Meibomius.

Bartholin, après une énumération des ouvrages et un magnifique éloge des

talens de Meibomius, dit que Paulin, son imprimeur, l’ayant prié

d’ajouter quelques observations, le desir d’être utile au public et de

faire cause commune avec ses amis Meibomius et Cassius, l’a engagé à

rassembler quelques cordes et quelques brins (ce sont ses termes) pour

augmenter les verges.

Très-peu de personnes, dit-il, aiment la flagellation: les anodins étant

en général plus du goût des malades que les caustiques; mais telle est

la condition humaine, qu’on ne peut pas toujours employer les topiques

bénins.

La flagellation est propre sur-tout à guérir ceux qui feignent d’être

malades; elle est utile dans l’épilepsie; on l’employa souvent avec

succès pour rendre l’activité aux esclaves qui se disoient malades pour

ne point travailler. Il paroît qu’elle est propre aussi pour guérir les

maladies de l’ame, comme celles du corps, puisqu’on a vu dans l’Italie

une secte de flagellans qui s’assembloient pendant le carême pour expier

leurs fautes par une copieuse discipline. Claudion, liv. 1, sur Eutrope,

dit que cette coutume se pratiquoit aussi dans les fêtes de Cybèle.

Les Syriens avoient des mercenaires qui pour une certaine rétribution,

se chargeaient d’expier les fautes des autres, en se flagellant

eux-mêmes, suivant le plus ou moins de bénéfice.

On voit que Circé employoit une verge pour changer les compagnons

d’Ulysse en pourceaux; on peut conclure de-là que les mêmes verges qui

rendent aux uns le bon sens, peuvent l’ôter aux autres.

J’ai vu à Padoue des religieux employer la flagellation pour chasser le

diable des corps qui en étoient possédés, possession qui, suivant les

médecins, n’étoit autre chose qu’une épilepsie que l’on guérit aisément

par la chaleur que communique la flagellation. St.-Marc, tourmenté par

l’esprit malin, le mettoit à la raison à coups de poing. Haymond, évêque

d’Halberstad, dit que les soufflets sont plus efficaces pour guérir les

tentations du diable, que pour dissiper les douleurs de tête.

Les Romains faisoient fouetter les esclaves qui avoient encouru le

châtiment, comme le dit P. Brisson, liv 3, des antiquités du droit

civil, chap. 9.

La crainte de la douleur nous contient dans les bornes de la raison;

j’ai connu un homme de bonnes mœurs, mais sujet à de fréquens mouvemens

de colère, que l’on rendoit plus doux qu’un agneau, en lui administrant

une ample flagellation, quand les menaces n’avoient pu calmer sa fureur.

Cœlius Aurelianus dit que la plante nommée Férule a la vertu de rendre

l’équilibre des humeurs aux parties irritées; et Dioscoride, liv. 5,

chap. 19, dit que l’eau de la mer produit le même effet, étant par sa

nature chaude et aride comme toutes les choses salées.

Un marchand d’esclaves parvint à rendre en bien peu de temps le plus

brillant embonpoint, à un enfant exténué par la faim, et cela, par le

moyen d’une flagellation modérée qu’il lui donnoit tous les deux jours.

Si le moyen de Cœlius paroît trop violent, on veut employer celui que

propose Æginete, liv. 4, chap. 12, qui est d’appliquer sur le corps

malade, la peau d’un agneau fraîchement dépouillé, et le battre ensuite

de verges.--Les Syriens voluptueux avoient recours à ce moyen. Beroalde

dit que la peau du blaireau est excellente pour guérir les plaies qui

sont les suites de la flagellation et de la morsure des chiens. Quelques

cruels que paroissent les arrêts de la médecine, il faut se souvenir,

non de la douleur momentanée qu’ils procurent, mais de la guérison

qu’ils doivent opérer, et ne jamais les commenter, ni les approfondir.

Les barbiers de Rome avoient mis des fouets à leurs portes, entre autres

instrumens qui composoient leurs enseignes, comme nous le prouve

Martial. liv. 2. ch. 17. Ces fouets étoient faits de cordes de laine, et

pour les rendre plus déchirans, on les hérissoit de nœuds et d’osselets

de mouton, au rapport d’Apulée. Catulle, épig. 25 à Thallus menace de le

punir de cette manière.

Sénèque, épitre 90, dit que la torpeur des membres se guérit par la

flagellation avec de l’ortie, et dont les coups sont si violens qu’un

oie qui en seroit piqué, en mourroit. Columella dit que les fermiers de

Rome ont coutume de déplumer les poules d’Afrique sur le ventre, et de

les fouetter avec de l’ortie, pour les faire couver, en leur mettant

dans le bec ou un bol, ou un os qui leur sert de bâillon, pour les

empêcher de rendre la nourriture qu’elles ont prise. On sait qu’un

soufflet ou un coup de poing bien appliqué sous la mâchoire inférieure,

guérissent promptement un homme à qui un bâillement ou un rire immodéré

ont causé une luxation et un relâchement dans les ressorts de la bouche.

Chez les habitans de la Gaule Cis-Alpine, (aujourd’hui le Milanois) on

comprimoit avec des cercles ou des lames d’étaim, le ventre d’une femme,

pour en faire sortir le fœtus mort dans ses entrailles.

J’ai remarqué que le fouet que l’on donne aux enfans pour les punir

d’avoir uriné dans le lit, est le moyen le plus efficace de les en

empêcher, quoique les parens ne fassent point d’attention aux effets

physiques de ce remède.

Meibomius a cité assez d’exemples qui prouvent combien la flagellation

est utile dans l’impuissance, pour me dispenser de blesser encore les

oreilles chastes, en les répétant ici; mais il n’est pas inutile de dire

que non-seulement ce remède est propre aux hommes, mais encore aux

femmes pour les faire concevoir plus aisément. Aussi les Romaines

s’offroient-elles nues aux prêtres qui célébroient les Lupercales, pour

en être frappées. Ces prêtres se servoient tantôt de la main, tantôt de

la tige de la férule. Les plus chastes se contentoient d’appliquer leurs

coups sur la main, et on devine facilement que la superstition avoit

moins de part à cette cure que la libre circulation du sang, qui, agité

et divisé, remonte vers le cœur, se répand dans les artères avec plus

d’abondance, et porte par-tout un feu pur et nouveau qui excite à

l’amour, et dispose à la conception. Les Romains qui, en célébrant les

Lupercales, couroient nuds par les rues, et frappoient toutes les femmes

qui se trouvoient sur leur passage, se nommoient _Crépi_, du mot latin

qui signifie _bruit_, parce que les verges avec lesquelles ils

frappoient, étoient couvertes de cuir, selon Dempterus, liv. 3, chap. 2,

ou de peaux de chien ou de bouc, qui étant sèches, augmentoient la

douleur ou le bruit de l’opération. Plutarque attribue de bons effets à

cette flagellation. Ovide, Juvénal et Prudence dans l’histoire des

martyrs, se sont égayés sur l’usage considéré comme religieux, mais en

effet utile comme médical; le caractère connu des prêtres qui suivant

leurs termes, frappoient les femmes avec d’autres verges que la férule,

a donné lieu à bien des plaisanteries[84]. Voyez Cardan, liv. 2, de son

traité de l’utilité que l’on peut retirer de l’adversité.

[84] Ce trait nous rappelle un quatrain placé dans l’église de

St.-Hyacinthe, à Paris, et qui prouve la vertu des moines.

«Femmes qui désirez de devenir enceinte,

»Adressez cy vos vœux au grand Saint-Hyacinthe,

»Et tout ce que pour vous le saint ne pourra faire,

»Les moines de céans pourront y satisfaire.»

Entr’autres nations où ces usages sont communs, on distingue les Perses

et les Russes. Ceux-ci battent leurs femmes pour prouver leur amour.

Jean Barclay, dans son _Icon animorum_, rapporte une anecdote qu’on ne

sera pas fâché de trouver ici.

Un homme de basse extraction quitta l’Allemagne et se retira en

Moscovie. Si vous êtes tant soit peu curieux de le savoir, il se nommoit

Jourdain. Le séjour lui ayant paru agréable, il résolut de s’y fixer, et

il s’y maria. Passionnément amoureux de sa femme, il n’épargna rien pour

l’en assurer, mais ses efforts furent inutiles; elle souffroit

intérieurement un chagrin qu’elle vouloit cacher, mais que la rougeur de

ses yeux, ses soupirs et ses sanglots trahissaient à chaque instant. Son

époux lui demandant la cause de cette tristesse et cherchant à deviner

en quoi il avoit manqué au devoir de la tendresse, elle lui parla en ces

termes, après s’être fait long-temps presser. «Pourquoi fais-tu si

bien-semblant de m’aimer? Crois-tu me tromper? Crois-tu me cacher plus

long-temps que je suis vile à tes yeux?» et en même temps elle versoit

un torrent de larmes. Jourdain étonné de ce langage, lui demanda en quoi

il l’avoit offensée; que peut-être il avait manqué en quelque chose,

mais qu’il répareroit cette faute par plus de soins. Enfin, lui

dit-elle, puisque tu fais semblant de l’ignorer, où sont donc les verges

avec lesquelles tu m’as apprise à t’aimer? Ne sais-tu pas que c’est chez

nous l’unique moyen que doivent employer les hommes qui veulent nous

persuader de leur amour? Jourdain à ce discours fut long-temps dans une

stupeur profonde, et eut toutes les peines du monde à s’empêcher de

rire. Bientôt la première surprise passée, et sa femme persistant à lui

parler sérieusement, il fut forcé de croire que ce traitement étoit

indispensable. Mais comment se résoudre à battre une femme qu’on aime?

Il n’y avoit pourtant pas de milieu, il eût été haï; il s’y résolut donc

avec beaucoup de peine. Peu de jours après, il saisit un prétexte

d’humeur de sa femme, et prenant un bâton, lui administra la correction

la plus conjugale. Le remède fit merveille, et sa femme commença à le

chérir de la meilleure foi du monde.

De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs du mariage, et des fonctions des lombes et des reins · 第 3 / 7 段