[33] Les O-Taïtiens ont une danse semblable, et les Espagnols ont le

_fendango_. Voyez le voyage en Espagne par le marquis de Langle,

tom. I, page 145.

Arnobe, livre 2. «Une troupe lubrique formoit des danses dissolues,

sautoit en désordre et chantoit, tournoit en dansant et à certaine

mesure, soulevant les cuisses et les reins, donnoit à leurs fesses et à

leurs lombes un mouvement de rotation qui auroit embrâsé le spectateur

le plus froid[34].» Voyez dans les lettres grecques celle qui est

intitulée, _Megara à Bacchides_ sur la Thryallide.

[34] _Nous valons bien les Romains pour la débauche. Nous avions, il y

a cent ans, les danses de caractère, la fricassée, et les rondes de

société. Nous avions les danses lascives que les princes du sang et

la reine faisoient exécuter à Brunoy, à Trianon et à Compiègne, par

les acteurs et actrices qui jouoient le _théâtre gaillard_, pour

ranimer leurs majestés épuisées._

Perse fait allusion à cette danse, lorsqu’il dit des vers licencieux qui

remplissent l’esprit de l’auditeur des idées les plus voluptueuses:

«Qu’il fait beau voir là nos grands de Rome s’agiter de lascive manière,

et murmurer d’une voix tremblante, lorsque ces vers libidineux pénètrent

jusqu’au siège des plaisirs (les lombes), et qu’une molle prononciation

chatouille leurs sens!»

Juvenal, satyre 6, vers 314, dit, en parlant des flûtes des prêtresses

de la bonne déesse:

«On sait à présent ce qui se passe aux mystères de la bonne déesse,

quand la flûte agite ces ménades, et fait tremblotter voluptueusement

leurs reins; lorsqu’également ivres de sons et de vin, elles laissent

voler leurs cheveux en tourbillons, et invoquent Priape à grands cris.»

Isidore prétend que le mot lombes, _Lumbus_, vient de _libido_, _desir_,

parce que c’est dans les lombes que réside chez les hommes la cause de

leurs désirs et l’aiguillon de la volupté.

Nicolas Perrot, dans son ouvrage intitulé _Cornucopia_ (O) leur donne la

même étymologie. Il fait dériver _lumbi_ de _lubendo_, en intercalant

une lettre, comme on le pratique assez ordinairement: ainsi de _cubo_ on

fait _cumbo_; de _pago_, _pango_; de _frago_, _frango_, etc. (Voyez le

savant Matth. Martinius, dans son _lexicon etymologicum_.

Les lombes et les reins qui en forment la plus grande partie ont tous

deux les mêmes fonctions, pour peu que vous fassiez attention à leur

conformation. On voit dans le livre des rois, ch. 7, v. 12, qu’ils

servent à la génération. «Le fils qui est sorti de tes reins.»

Tertullien (P) dans son traité de _la résurrection de la chair_, nomme

les reins les réservoirs de la semence.

Le prêtre Hésychius (ou autrement dit par corruption, Isicius) dans ses

commentaires sur le _Lévitique, liv. I_, dit que les reins sont les

dispensateurs de la liqueur séminale dans le coït; et plus loin: c’est

dans les reins que se forment et se conservent les fluides destinés à la

génération.

St.-Augustin, pseaume 7. v. 2, dit que par les reins, on entend les

plaisirs de l’amour.

St.-Jérôme commentant Nahum, dit que tout ce qui a rapport au coït émane

du ministère des reins, et répète à peu-près la même chose dans son

commentaire sur Ezéchiel, chap. 16.

On lit dans Jérémie[35] et dans l’apocalypse[36], sondant les reins et

les cœurs: ce que Nicolas de Lyre (Q) explique par, examinant et

punissant nos concupiscences et nos mauvaises pensées; l’écriture sainte

désignant par le _cœur_, nos pensées, et par les _reins_, les mouvemens

de la chair. C’est par cette raison que David[37] prie le seigneur de

brûler ses reins et son cœur, expressions adoptées par l’église dans ce

passage d’un hymne:

[35] Chap. 17, vers. 10.

[36] Chap. 2, vers. 20.

[37] Ps. 26, vers. 2.

«Brûlez nos reins et nos cœurs, ô mon dieu, du feu de l’esprit saint,

afin que nous vous servions purs et chastes de corps et de cœur, et que

nous nous rendions dignes de votre amour par l’innocence de notre vie.»

On voit dans l’exode XII, V. 2, qu’il étoit prescrit aux Israélites qui

mangeoient l’agneau pascal, de ceindre leurs reins, et tous les

théologiens s’accordent à entendre par-là qu’ils devoient se garder de

toute action et pensée charnelle.

Ausonne, épigramme 13, dit, se servir de ses reins, pour _se livrer à la

volupté. «Sers-toi de tes reins.»_ On dit chez nous, en badinant, que

ceux qui sacrifient à la déesse de Cythère, _purgent leurs reins_.

Hyppocrate, dans son traité des maladies internes, Aristote dans ses

problêmes[38], Galien[39], Aëtius[40], dans son _Tetrabiblos_,

Avicenne[41], (R) et quantité d’autres médecins, nous apprennent que les

jouissances trop fréquentes ruinent les reins; ce qui a fait dire à

Fulgence (S) dans sa mythologie[42] que les reins sont consacrés à

Vénus. Fulgence, liv. 5 de sa mythologie, dit dans la fable de Thétis et

Pelée, d’après la physiologie de Démocrite, que les payens avoient

consacré chaque partie de notre corps à une divinité particulière: la

tête à Jupiter, les bras à Junon, les yeux à Minerve, la poitrine à

Neptune, la ceinture à Mars, les reins à Vénus, et les pieds à

Mercure[43].

[38] Section IV, probl. 2.

[39] Lib, VI, comment. VI.

[40] Disc. 3, c. VIII, lib. I.

[41] Liv. III, fen. XII. trait. II. c. XI.

[42] Liv. III.

[43] _C’est ainsi que les anciens mettoient la morale à la portée de

tout le monde, par des emblêmes ingénieux, et sous le manteau du

culte religieux._

_Varron_, celui des Romains qui avoit le plus d’érudition, au jugement

de Quintilien[44], si vous voulez remonter à la source pour trouver la

véritable étymologie du mot, fait dériver _Renes_ du grec _Upo tou

rein_, c’est-à-dire, ruisseaux d’où coule l’humeur obscène, nom qu’il

donne au fluide séminal, ne vous y trompez pas, si nous devons en croire

Isidore[45] et Lactance[46]. Il ne faut donc pas entendre par humeur

obscène, cette sérosité saline contenue dans la vessie, ainsi que

plusieurs l’ont cru. Isidore expliquant Varron, dit que les veines et la

moëlle de l’épine, filtrent dans les reins une liqueur claire et subtile

qui, détachée et provoquée par la chaleur que communique l’acte

vénérien, descend des reins dans les testicules, et personne ne peut,

avec un peu de bon sens, imaginer qu’il s’agisse ici de l’urine.

[44] Institut. orator. lib. 10, cap. I.

[45] Orig. lib. 10. chap. I.

[46] Ouv. de dieu, chap. 14.

Les Hébreux, par le mot _reins_, désignant la concupiscence, emploient

deux mots qui signifient en français _desirer ardemment_. Les reins

étant situés dans les lombes, vers les parties latérales de la région

supérieure du bas-ventre, on les a crus nécessaires à la génération.

Dans Ovide, livre I des amours, Elégie XII, la plus chaste des femmes,

ou du moins qui passoit pour telle, voulant éprouver la vigueur de ses

prétendans, leur montre un arc et leur ordonne d’essayer de le bander.

«Pénélope éprouvoit la force de ses amans en les défiant de bander un

arc de corne, afin de voir celui d’entr’eux qui avoit les reins les plus

forts.»

Pénélope le dit elle-même, dans l’épigramme 69 du _Priapeia_, où le

poëte la fait parler ainsi à ses galans assemblés.

«Personne ne bandait mieux que mon cher Ulysse, l’arc que je vous

présente, soit l’effet de la force des reins (_laterum_) ou de

l’adresse. Puisque je l’ai perdu, essayez de le bander, et celui que je

trouverai vraiment homme, mâle et vigoureux, et digne de le remplacer,

sera mon époux.» Martial, liv. VII, épig. 57, dit, _essayer ses reins_,

pour éprouver ses forces aux combats de Vénus.

Ovide, liv. II, élégie 10 _des amours_, dit: donner de la force aux

_reins_ pour exciter à la volupté.

«La volupté donnera à mes reins tout ce qui peut ranimer mes forces.»

Apulée, livre VIII, appelle _industrie, souplesse des reins_, l’avantage

précieux d’une vigoureuse construction pour la lutte amoureuse. Parlant

des débauches des prêtres de la déesse Syrienne: «Ils amènent, dit-il,

souper avec eux, un paysan d’une taille et d’une force de reins

extraordinaires.»

Juvenal et Ovide disent: _ménager ses reins, s’abstenir des plaisirs de

l’amour_. Le premier, sat. VI, dit en parlant d’un Catamite[47]:

[47] Les anciens nommoient _Catamiti, Ganymedes, Concubini_, ces

jeunes garçons qui tiroient un grand profit de la prostitution de

leurs corps. Pétrone leur a fait donner le nom de _Gitons_, et

depuis, les favoris de nos rois furent appelés _Mignons_, de _mi_,

qui signifie _mon_, et de _niño_, mot Espagnol qui veut dire _petit

enfant et caressé_. (Ménage et Futetière.)

«Que ne laisses-tu dormir auprès de toi, cet enfant soumis, paisible et

désintéressé, cet enfant qui jamais ne te reproche d’avoir ménagé tes

flancs, et de ne le pas caresser autant qu’il le désireroit.»

Et le second, livre II, de l’art d’aimer.

«Ne ménagez pas vos flancs, c’est d’eux que dépendent la fidélité de

votre maîtresse, la paix et le bonheur de vos amours.»

Martial, livre XI, épigramme 105, emploie l’expression de rompre ses

reins, pour fournir trop souvent la carrière amoureuse.

«Et tu prolonges jusqu’au grand jour les transports libidineux qui

épuisent et rompent tes reins.»

Et plus loin, livre XII, épig. 99.

«Bassus, tu te romps les reins, mais avec des jeunes gens bien fournis

de poils.»

Tibulle ou quelqu’autre auteur, dans ses Iambes à Priape, s’exprime

ainsi:

«Dans mes vaisseaux enflés la liqueur prolifique

»Trop long-temps ménagée, irrite mes transports;

»Et rien ne peut calmer ma fureur érotique

»Que la tendre Vénus, secondant mes efforts,

»Sur le sein d’une belle amoureuse et lubrique,

»N’ait, en brisant mes reins, dégagé leurs ressorts.

Pétrone, dans sa satyre, dit, _arracher les flancs_. (Je craignois que

Giton ne m’arrachât les flancs.)

Il donne en plusieurs endroits, aux flancs de ceux qui se sont ruiné le

tempéramment, les épithètes de _fatigués_, _invalides_, _épuisés_,

_desséchés_ et _morts_.

Ovide, livre III, des amours, Elégie X, dit:

«J’ai vu sortir de chez vous, votre adultère épuisé, traînant à peine

ses flancs desséchés et sans vie.»

Catulle, Epigramme 7.

«Pourquoi ne nous montres-tu pas tes flancs épuisés.»

Priape, s’exprime ainsi, épigramme 25 du _Priapeia_, déjà cité:

«Vous voyez comme je suis arrangé et dans quel état déplorable la

débauche m’a conduit. Je suis absolument ruiné, pâle et décharné. Mes

flancs sont entièrement épuisés, une toux affreuse m’arrache la poitrine

et je crains de cracher ma vie avec cette salive dangereuse.»

Suétone, dans la vie de Caligula, chap. 37, dit que Catulle, jeune homme

de maison consulaire, reprocha à ce monstre de lubricité «d’avoir

assouvi sur lui sa brutale passion et de lui avoir épuisé les reins par

ses criminels embrassemens.»

Dans Apulée, livre VIII, le jeune homme qui servoit aux plaisirs infâmes

de la déesse Syrienne, dit à l’âne qui venoit le remplacer dans cette

fonction:

«Puisses-tu vivre long-temps, plaire à tes nouveaux maîtres, et me

donner le temps de réparer mes forces et _mes reins_ qu’ils ont

épuisés.»

Tous les passages que j’ai déjà cités rendent la chose aussi claire que

les rayons du soleil dans un beau jour d’été, pour me servir ici des

expressions de Plaute.

Nous ne pouvons donc regarder comme nouvelle et suspecte, une opinion

adoptée et confirmée par le suffrage unanime de toute l’antiquité et le

témoignage des saintes écritures, que les lombes, les parties voisines,

et les reins sont les instrumens de la génération. Or une chose

généralement reconnue et avouée des savans, comme disent vos

jurisconsultes, mon cher Cassius, ne peut être absolument fausse. Il n’y

a de probable, dit Aristote, liv. 1 de ses topiques, chap. 1, texte 7,

que ce qui paroît tel à tout le monde ou au plus grand nombre, et

sur-tout à ceux dont on connoît la prudence et le génie, et qui se sont

illustrés par les profondes connoissances. Il est donc important d’en

chercher la raison avec la plus scrupuleuse attention, et d’établir,

quand nous l’aurons trouvée, comment les coups de verges appliqués sur

le dos ou sur les lombes, subtilisent, embrâsent les esprits et nous

rendent habiles à savourer les délices de la jouissance[48].

[48] Nous ne pouvons mieux faire pour appuyer les observations faites

jusqu’ici par Meibomius, sur l’utilité de la flagellation, que de

citer M. l’abbé Chappe d’Auteroche, de l’académie des sciences. Ce

savant abbé mourut en Californie, quelques jours après son

observation du passage de Vénus sur le soleil, en 1760. Il avoit

accompagné dans cette importante mission, MM. de la Condamine,

l’abbé de la Caille, Joseph de Jussieu, Godin des Odonnais, Couplet,

Lemonnier, Bougues, Verguin, Morainville, Clairaut et le Camus. Il

remarque dans son voyage en Sibérie, fait par ordre du Roi en 1761,

tome 1, page 339, que les coups de verges que l’on donne dans les

bains de vapeurs, en Russie, donnent de l’activité aux fluides et du

ressort aux organes. _La flagellation_, dit-il, _anime les

passions_; et nous devons en croire cet estimable littérateur, qui

voyageant en philosophe, ami de l’humanité, s’est attaché à observer

tout ce qui peut influer sur la population.

Le lecteur qui désireroit de plus grands détails sur cette matière,

peut consulter l’excellent ouvrage de l’abbé Boileau, qui a pour

titre: Histoire des flagellans, où l’on fait voir le bon et le

mauvais usage des flagellations, etc. _Amsterdam_ 1701, _in_-12.

Marsilius Cagnatus et Montuus attribuent tout aux lombes, puisqu’ils

sont composés des parties ci-devant détaillées, c’est-à-dire, des

vertèbres, des muscles, des reins, des veines, des artères et des nerfs,

en donnant néanmoins le premier rang aux veines et aux artères

spermatiques qui fournissent la matière de la semence, contiennent le

fluide qui commence à blanchir et à s’épaissir, est déjà sperme, ou va

le devenir, et de-là le transmettent dans les testicules. Ce fluide

étant trop abondant dans les veines et les artères, s’y trouvant gêné,

et cherchant à se répandre au-dehors, excite des picotemens agréables,

le prurit vénérien, des irritations, le besoin de s’en décharger et des

pollutions nocturnes, sur-tout chez les personnes qui se couchant sur le

dos, communiquent trop de chaleur aux parties génitales. Barth.

Montagnana[49], le philosophe Nemesius[50], (T) Joh. Matthæus[51],

Garyopontus, médecin latin moderne[52], et Sennert, (U) notre professeur

et notre ami, homme respectable, lorsqu’il vivoit[53], Pierre

Lauremberg, _in procestriis annotat. anat. lib. 1. cap. IV_, et enfin

Gaspard Hoffmann, disent tous la même chose, quoiqu’ils ne s’expliquent

pas de la même manière.

[49] Consil. med. 37.

[50] De la nature de l’homme, chap. 27.

[51] _Quæst. medic._ 90.

[52] _Pract._ lib. 3. cap. 34.

[53] _Pract._ lib. 3. c. 1. sect. 1. part. VII.

B. Montagnana, dit en examinant un passage d’Avicenne[54], qu’il faut

remarquer pourquoi ce médecin attribue l’impuissance à la foiblesse des

reins; et après avoir dit que la matière séminale acquéroit le dernier

degré de perfection, en raison du degré de chaleur et de force répandues

dans les testicules, il ajoute qu’elle doit nécessairement être préparée

dans les régions supérieures, dans les parties où la digestion se fait

le plus promptement, comme dans le foie et les reins, et par conséquent

ou plus éloignée ou plus rapprochée, suivant la constitution de chaque

individu. Il conclut enfin qu’il est impossible que la véritable semence

se forme et acquierre toutes les qualités requises, si les parties où

elle doit s’élaborer, c’est-à-dire le foie et les reins, sont vicieuses,

mal organisées et n’ont pas entr’elles un ordre et une connexion

uniformes.

[54] Lib. XIX. _Fen._ 3. c. _de renibus et ren. calc._

Némésius croit que les reins n’épanchent dans les testicules qu’une

sérosité saline qui n’excite seulement dans ces parties que le prurit et

la chaleur du désir, et remplissent ainsi leur ministère dans l’acte de

la génénération. «Les reins, dit-il, servent à épurer le sang, et ne

sont dans le coït qu’une cause irritante et secondaire.» Les veines qui

se rendent dans les _didimes_, puisent dans les reins un acide qui

irrite le désir, de même que les humeurs acres qui se glissent entre

cuir et chair, y causent des démangeaisons. L’enveloppe de ces corps

glanduleux étant plus tendre et plus délicate que la peau du reste du

corps, cet acide irrite et aiguillonne plus vivement les organes de la

volupté, et c’est cette âcreté mordicante qui procure les pensées

lascives, provoque la fureur amoureuse et opère l’éjaculation de la

semence. Voilà mot pour mot ce que dit Isidore ci-dessus cité, et Joh.

Matthæus ne diffère de lui, qu’en ce qu’il attribue plus de faculté au

rein gauche qu’au droit: «la veine gauche séminaire, dit-il, étant

placée avec l’émulgente, près du rein gauche, fournit un sang mêlé d’une

substance aqueuse et salée, qui occasionne le prurit et sert de

stimulant à la jouissance.» Laurenberg donne aux reins l’emploi de la

génération, et ne s’explique pas autrement que Garyopontus.

Il définit les reins un tissu de muscles et de nerfs étroitement liés

aux corps caverneux qui contiennent la liqueur séminale. Il leur

attribue l’opération de la spermatose, et croit que c’est en eux que le

fluide régénérateur est contenu et élaboré. C’est aussi l’opinion de

Sennert, quoiqu’il en donne une toute autre raison, en s’expliquant plus

clairement et d’une manière qui approche plus de la vérité anatomique,

que celle de Garyopontus, qui ne paroît pas la connoître beaucoup.

Sennert dont l’exemple est suivi par Hoffmann, prétend que les reins ne

servent pas seulement à communiquer une irritation voluptueuse aux

parties de la génération, mais encore à perfectionner le fluide séminal

et à le transmettre. Il infère de-là, premièrement, que les reins ont un

parenchyme particulier, qui ne diffère pas beaucoup de la substance du

cœur et du foie, et c’est aussi le sentiment d’Arétée[55].

[55] Lib. 2. c. III. _de morbis diut._

On ne peut refuser à ce parenchyme particulier la faculté que lui donne

Galien[56] d’élaborer le sang: faculté qui lui est commune avec le

parenchyme de tous les autres vaisseaux. Kariesatos et Jean

Beverovicius, chap. 2 de son livre sur la pierre de la vessie, l’ont

démontré d’une manière évidente. La veine émulgente étant la plus

considérable de celles qui prennent naissance dans la veine cave, et

voiturant dans les reins plus de sang qu’il n’en faut pour les

alimenter, et l’artère étant aussi trop grande pour filtrer et dépurer

les sérosités, il est vraisemblable que la nature qui ne fait rien sans

dessein, n’a donné tant de capacité à ces vases, que pour les faire

concourir à ses vues, dans une opération particulière. Il conclut donc

que cette opération n’a d’autre but que de porter dans les reins le sang

des artères, qui se mêlant ensuite, dans leur substance, avec le sang

des veines, et y changeant de nature, forme la base de la composition de

la semence qui descend ensuite dans les testicules. Ce qui confirme

l’opinion de Sennert, c’est que des diverses conformations des reins et

des vases dans lesquels la nature se plaît à créer des bizarreries, pour

s’amuser, il résulte qu’il y a des hommes plus amoureux les uns que les

autres, et d’une complexion beaucoup plus vigoureuse. Salomon Albert et

Jean Riolan[57] nous en offrent des exemples. Tous deux faisant la

dissection d’un criminel, disent lui avoir trouvé trois émulgentes et

les veines spermatiques dans chaque côté, qui sortoient des émulgentes.

Sal. Albert infère de-là que cette prodigieuse abondance de vaisseaux et

de semence devoit nécessairement opérer chez cet homme l’insatiable

salacité et les desirs sans cesse renaissans dont il se plaignoit encore

quelques instans même avant son supplice. Riolan écrit que le sien fut

pendu pour trigamie, parce que son trop plein d’existence et de force

l’avoit contraint à épouser trois femmes à la fois[58].

[56] Lib 6. _de decret. Hippocr. et Plat._

[57] Antrop. liv. 2. chap. 27.

[58] Tel étoit de nos jours Mirabeau l’aîné, député à l’assemblée

constituante. (_Note de l’éditeur._)

Philippe Salmuth ayant fait la dissection de deux hommes morts du mal

vénérien, trouva que les reins du dernier étoient trois et même quatre

fois plus grands que ceux des hommes ordinaires. Sennert demande

ensuite, dans le cas où cette opinion seroit rejettée, d’où proviennent

les sels volatils qui affectent l’odorat à l’approche de plusieurs

animaux non-châtrés, qui s’exhalent de toutes les parties de leur corps,

mais dont la perception est beaucoup plus sensible dans les reins et

sur-tout des adultes, ce qui ne se rencontre pas dans les individus de

l’âge le plus tendre, ou qui n’ont pas encore été accouplés. Il ajoute

encore, d’après Oiribase[59], que la surabondance de liqueur séminale

trop long-temps retenue dans les vaisseaux nuit aux reins; que les

médecins regardent comme la preuve de l’excessive chaleur de ces

parties, le penchant au libertinage, les songes lascifs et les

pollutions nocturnes qui en sont le résultat. Les physiciens disent de

plus que la qualité de la semence dépend de la constitution des reins.

De même qu’une érection fréquente marque la chaleur des reins, de même

une longue continence et l’éloignement des plaisirs de l’amour désignent

leur température glacée.

[59] Lib. 6, cap. XXXIX. _collect._

Alex. Trallien[60] et Arétée[61] nous apprennent que dans la gonorrhée

simple, on diminue la force et la quantité du fluide séminal, en

appliquant des remèdes qui ont cette vertu, sur les lombes, vers la

région des reins.

[60] Médecin et philosophe du sixième siècle. Liv 2. chap. 9.

[61] Liv. 2. de _ses Chroniq._ chap. 7.

Pline[62] vient encore à l’appui de Sennert, et dit que des lames de

plomb attachées sur les lombes et les reins, tempèrent par leur

fraîcheur les transports de la passion amoureuse, et il cite à ce sujet

l’exemple de l’orateur _Licinius Calvus_ qui se servit avec succès de ce

remède pour arrêter un flux involontaire de semence.

[62] Liv. 34. chap. 18.

Galien[63] rapporte que les athlètes ceignoient pareillement leurs reins

de ces lames de plomb, pour empêcher les pollutions nocturnes et amortir

les feux de l’amour; il ne trouve pas de meilleur remède au priapisme

qu’un emplâtre d’huile rosat épaissi avec de l’eau froide et appliqué

sur les lombes.

[63] Liv. 5 _de tuendâ valet._ c. _ult._ lib 6. _de loc. adf._ c. ult.

et lib. 14. _method. medic._ cap. 7.

Cœlius Aurelianus[64], outre les lames de plomb, ordonne des éponges

imbibées à froid avec le marre de raisin.

[64] Liv. 5. Tard. pass. cap. 5.

Aëce[65] et Théodore Priscien[66] recommandent non-seulement

l’application des lames de plomb sur les lombes et les rafraîchissans,

mais encore défendent de se coucher sur le dos, pour ne pas augmenter le

mal, par l’extrême chaleur que cette position communique à ces parties.

[65] Tetrabiblos I. disc. III. chap. 32 et 37.

[66] Liv. 2. c. XI.

Oribase[67] (V) et Paul Eginæte[68] sont du même avis. Ce dernier défend

même dans la gonorrhée simple, tout médicament qui provoque les urines,

comme très-nuisible aux reins qui sont placés dans la région des lombes.

[67] _Synops._ Lib. 9. c. 39 et 40.

[68] Lib. 3. c. 55 et 56.

Avicenne[69] l’a prouvé, et cite entr’autres symptômes de l’épuisement

et de la défection des reins, le défaut d’érection dans le coït. Il

donne pour cause de la foiblesse de ces parties, la trop fréquente

émission des molécules organiques, et nous apprend[70] que le seul moyen

de leur rendre toute leur vigueur, est l’abstinence des plaisirs qui les

en ont privés.

[69] Lib. 3. _Fen._ XIX. c. IX.

[70] Cap. XI.

Aaron, médecin célèbre, cité par Rhasès[71] dit aussi qu’il faut

attribuer le défaut d’érection, au foie et aux reins.

Aristote[72] dit, qu’excepté l’homme, aucun des animaux n’est sujet au

flux involontaire de la semence, parce qu’ils ne se couchent point sur

le dos. On en excepte pourtant les chevaux de course dont les lombes et

les reins échauffés par le mouvement que leur communique le cavalier,

les rendent plus enclins à l’acte vénérien. Voilà l’origine de la

coutume qu’observoient les dames d’Athènes, pendant les

Thesmophories[73] d’éviter les carresses de leurs époux, et de coucher

seules.

[71] Liv. 2. de la Continence.

[72] _Problêm._ Sect. 10. Prob. 19.

De l'utilité de la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs du mariage, et des fonctions des lombes et des reins · 第 2 / 7 段