Nous venons de vous parler des propriétés de la matière, mais nous vous
avons dit encore peu de chose des forces dont elle est le siège. En quoi
consistent ces forces? Quel est le mécanisme de leur production?
Toutes les forces de la nature sont engendrées par des perturbations
d’équilibre de l’éther ou de la matière et disparaissent quand les
équilibres troublés sont rétablis. La lumière, par exemple, qui prend
naissance avec les vibrations de l’éther, cesse avec elles.
Deux corps en relation, chargés de chaleur, d’électricité, de mouvement,
etc., ne peuvent, quelle que soit la différence de grandeur de ces
corps, agir l’un sur l’autre et produire de l’énergie que quand les
éléments dont ils sont chargés ne sont pas en équilibre.
Cette rupture d’équilibre provoque une sorte d’écoulement d’énergie. Il
se fait du point où la tension est la plus haute vers celui où elle est
la plus basse, et continue jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli,
c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il y ait égalité de niveau entre les corps en
relation.
Suivant les milieux où se manifestent les perturbations d’équilibre, et
suivant leur forme, ils prennent les noms de chaleur, électricité,
lumière, etc.
Une force est donc toujours le résultat d’une dénivellation. Deux corps
chauds à la même température représentent deux réservoirs au même
niveau, ou deux poids égaux sur les plateaux d’une balance, et il n’en
résulte aucune manifestation d’énergie. Si, au contraire, la température
de l’un des corps est moins élevée que celle de l’autre, il y aura
perturbation d’équilibre et production d’énergie jusqu’à ce que les deux
corps soient au même niveau calorifique.
Ainsi donc, sans une dénivellation d’éther ou de matière, il n’y a
aucune manifestation possible d’énergie. Si le soleil possède dans toute
sa masse une température uniforme de 6.000 degrés et qu’il puisse y
exister des êtres capables de supporter cette chaleur, elle ne
représenterait pour eux aucune énergie. N’ayant pas de corps froids à
leur disposition, ils ne pourraient obtenir aucune chute de chaleur,
condition indispensable de la production d’énergie thermique.
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Admettons maintenant qu’au lieu de se trouver à une température uniforme
de 6.000 degrés, ces êtres imaginaires vivent dans un monde de glace à
la température uniforme de zéro, mais possèdent dans des puits profonds
une provision illimitée d’air liquide. Contrairement à ceux plongés dans
un milieu à 6.000 degrés, ils trouveraient dans les blocs de glace une
source considérable d’énergie. En plongeant, en effet, ces derniers dans
l’air liquide à −180°, ils obtiendraient une dénivellation de
température considérable. Au contact de la glace qui est pour l’air
liquide un corps très chaud, ce dernier entrerait aussitôt en
ébullition, et sa vapeur pourrait être employée à faire fonctionner des
moteurs. Les habitants de ce monde remplaceraient donc le charbon de nos
machines à vapeur par des blocs de glace qu’ils considéreraient, ainsi
que nous le faisons pour la houille, comme des réservoirs d’énergie.
Avec cette glace et cet air liquide, il leur serait très facile de
produire les températures les plus élevées. La tension de la vapeur
obtenue pourrait faire fonctionner des dynamos avec lesquelles on
obtient des courants électriques capables de fondre et volatiliser tous
les métaux.
On voit, en définitive, que toutes les formes d’énergie sont des effets
transitoires résultant de rupture d’équilibre entre plusieurs grandeurs:
poids, chaleur, électricité, vitesse. C’est donc bien à tort qu’on parle
de l’énergie comme d’une sorte d’entité ayant une existence réelle
analogue à celle de la matière.