Nous venons de dire que la matière se composait de tourbillons d’éther.
Qu’est-ce que l’éther?
La plus grande partie des phénomènes de la physique: lumière, chaleur,
électricité rayonnante, etc., sont considérés comme ayant leur siège
dans l’éther. La gravitation, d’où dérive la mécanique du monde et la
marche des astres, semble encore une de ses manifestations. Toutes les
recherches théoriques formulées sur la constitution des atomes
conduisent à admettre qu’il forme leur trame. Il est le substratum des
mondes et de tous les êtres qui vivent à leur surface.
Bien que la nature intime de l’éther soit à peine soupçonnée, son
existence s’est imposée depuis longtemps.
Elle s’est imposée lorsqu’il a fallu expliquer la propagation des forces
à distance. Elle parut expérimentalement démontrée quand Fresnel eut
prouvé que la lumière se propage par des ondulations analogues à celles
produites par la chute d’une pierre dans l’eau. En faisant interférer
des rayons lumineux, il obtint de l’obscurité par la superposition des
parties saillantes d’une onde lumineuse aux parties creuses d’une autre
onde. La propagation de la lumière se faisant par ondulations, ces
ondulations se produisaient nécessairement dans quelque chose. C’est ce
quelque chose qu’on appelle l’éther.
Sans doute, l’éther est un agent mystérieux que nous ne savons pas
isoler, mais sa réalité s’impose puisque aucun phénomène ne pourrait
s’expliquer sans lui. On ne peut l’isoler, mais il est impossible de
dire qu’on ne puisse ni le voir ni le toucher. C’est, au contraire, la
substance que nous voyons et touchons le plus souvent. Quand un corps
rayonne de la chaleur qui nous échauffe et nous brûle; quand nous
regardons sur le verre dépoli d’une chambre noire un paysage verdoyant,
par quoi sont constituées cette chaleur et cette image, sinon par des
vibrations de l’éther?
Le rôle de l’éther est devenu capital et n’a cessé de grandir avec les
progrès de la physique. La plupart des phénomènes seraient inexplicables
sans lui. Sans éther, il n’y aurait ni pesanteur, ni lumière, ni
électricité, ni chaleur, rien, en un mot, de tout ce que nous
connaissons. L’univers serait silencieux et mort, ou se révélerait sous
une forme impossible même à pressentir. Si l’on pouvait construire une
chambre de verre de laquelle on aurait retiré entièrement l’éther, la
chaleur et la lumière ne pourraient la traverser. Elle serait d’un noir
absolu et probablement la gravitation n’agirait plus sur les corps
placés dans son intérieur. Ils auraient donc perdu leur poids.
Ainsi les plus importants phénomènes de la nature: chaleur, lumière,
électricité, ont, comme nous venons de le voir, leur siège dans l’éther.
Ils sont engendrés par certaines perturbations de ce fluide immatériel
sorti de l’équilibre ou retournant à l’équilibre.
La lumière, par exemple, n’est qu’une altération d’équilibre de l’éther
caractérisée par ses vibrations; elle cesse d’exister dès que
l’équilibre est rétabli. L’étincelle électrique de nos laboratoires
aussi bien que la foudre sont de simples manifestations des changements
du fluide électrique sorti de l’équilibre pour une cause quelconque et
s’efforçant d’y retourner. Tant que nous n’avons pas su tirer le fluide
électrique de l’état de repos, son existence a été ignorée.
La chaleur dite rayonnante est due, elle aussi, à des vibrations de
l’éther. Ce terme de chaleur rayonnante est d’ailleurs un des plus
erronés de la physique, malgré sa justesse apparente. En s’approchant
d’un foyer, on est échauffé; il rayonne donc quelque chose. Que
serait-ce, sinon de la chaleur?
On mit fort longtemps pour découvrir qu’un corps chaud ne rayonne rien
qui ressemble à de la chaleur. On sait aujourd’hui qu’il produit des
vibrations de l’éther, n’ayant par elles-mêmes aucune température. Il
nous échauffe à distance, parce que les vibrations de l’éther qu’il
engendre, étant arrêtées par les molécules de l’air ou les corps placés
devant lui, engendrent de la chaleur. Ces vibrations ne sont pas de la
chaleur, mais simplement une cause de chaleur, comme le serait un
mouvement quelconque.
Ce qu’on désigne du nom très impropre de chaleur rayonnante a pour
unique origine des vibrations de l’éther. Elles produisent de la chaleur
lorsque leur mouvement est détruit, comme une pierre par son choc, mais
ne possèdent, je le répète, aucune température. On le prouve facilement
en interposant une lentille de glace sur le passage d’un faisceau de
chaleur rayonnante. Si intense que soit ce faisceau, la lentille n’est
pas fondue, alors qu’un morceau de métal placé à son foyer devient
incandescent. L’éther n’ayant aucune température, et la glace étant très
transparente pour ses vibrations, elles ont traversé l’eau congelée sans
provoquer sa fusion. Le métal les arrêtant, au contraire, est devenu
incandescent par l’absorption des vibrations de l’éther.
Puisque les vibrations de l’éther qualifiées de chaleur rayonnante ne
produisent de la chaleur qu’après leur absorption par un corps, il est
évident que, dans les espaces célestes, où n’existe pas, comme autour de
la terre, une atmosphère absorbante, un froid considérable doit régner,
même dans le voisinage d’astres incandescents, tels que le soleil. Le
thermomètre, plongé dans ces espaces, y marquerait cependant une
température très élevée, parce qu’il intercepterait des vibrations de
l’éther. La température qu’il indiquerait alors ne serait pas du tout
celle du milieu ambiant, mais sa propre température. La glace n’y
fondrait pas, laissant passer, sans les arrêter, les vibrations de
l’éther; mais un métal deviendrait incandescent, parce qu’il absorbe les
mêmes vibrations.
La vie elle-même n’est possible sur notre globe qu’à cause de
l’absorption des vibrations de l’éther par l’atmosphère et la terre.
S’ils étaient transparents pour ces vibrations, un froid intense
régnerait à la surface de notre planète.
Toutes les réactions chimiques qui se passent dans le sein des végétaux,
la transformation de l’acide carbonique en carbone notamment, ont
également pour origine cette absorption de l’éther. Le végétal
représente, en réalité, une transformation de l’éther lumineux. C’est
l’éther absorbé et transformé par les végétaux qui fait mûrir les
moissons et verdir les forêts. La vie représente donc une de ses
transformations.