Avant d’exposer les idées actuelles relatives à la constitution de la
matière, rappelons brièvement celles dont la science a vécu jusqu’ici.
Suivant des conceptions, hier encore classiques, la matière serait
composée d’éléments indivisibles, nommés atomes. Comme ils semblent
persister à travers toutes les transformations des corps, on admettait
pour cette raison qu’ils sont indestructibles.
Cette notion fondamentale a plus de 2.000 ans d’existence. Le grand
poète romain Lucrèce l’a exposée dans les termes suivants, que les
livres modernes ne font guère que reproduire.
«Les corps ne sont pas anéantis en disparaissant à nos yeux: la nature
forme de nouveaux êtres avec leurs débris, et ce n’est que par la mort
des uns qu’elle accorde la vie aux autres. Les éléments sont
inaltérables et indestructibles... Les principes de la matière, les
éléments du grand tout sont solides et éternels,--nulle action
étrangère ne peut les altérer. L’atome est le plus petit corps de la
nature... Il représente le dernier terme de la division. Il existe
donc dans la nature des corpuscules d’essence immuable... leurs
différentes combinaisons forment tous les corps.»
Telles étaient les idées de Lucrèce et de tous les savants depuis vingt
siècles. Appuyée sur des recherches expérimentales dont nous parlerons
bientôt, la science moderne est arrivée à une conception de la matière
bien différente.
Elle admet maintenant que les atomes sont formés de tourbillons d’éther
tournant autour d’une ou plusieurs masses centrales avec une vitesse de
l’ordre de celle de la lumière. L’atome est comparé à un soleil entouré
de son cortège de planètes.
Mais comment se fait-il que ces tourbillons d’éther immatériel puissent
se transformer en matière aussi rigide qu’un rocher ou un bloc d’acier?
Certaines analogies appuyées sur l’expérience permettent de le
comprendre.
Il est probable que la matière doit uniquement sa rigidité à la rapidité
de rotation de ses éléments et que, si leurs mouvements s’arrêtaient,
elle s’évanouirait instantanément dans l’éther, sans rien laisser
derrière elle. Des tourbillons gazeux, animés d’une vitesse de rotation
de l’ordre de celle des rayons cathodiques, deviendraient
vraisemblablement aussi durs que l’acier. Cette expérience n’est pas
réalisable, mais nous pouvons pressentir ses résultats en constatant la
rigidité considérable acquise par un fluide animé d’une grande vitesse.
Des expériences faites dans les usines hydroélectriques ont montré
qu’une colonne liquide de 2 centimètres seulement de diamètre, tombant à
travers un tube d’une hauteur de 500 mètres, ne peut être entamée par un
coup de sabre lancé avec violence. L’arme est arrêtée, à la surface du
liquide, comme elle le serait par un mur. Si la vitesse de la colonne
liquide était suffisante, un boulet de canon ne la traverserait pas. Une
lame d’eau de quelques centimètres d’épaisseur, animée d’une vitesse
assez grande, resterait aussi impénétrable aux obus que le mur d’acier
d’un cuirassé.
Donnons au jet d’eau précédent la forme d’un tourbillon, et nous aurons
l’image des particules de la matière et l’explication probable de sa
rigidité.
Nous pouvons ainsi comprendre comment l’éther immatériel, transformé en
petits tourbillons animés d’une vitesse suffisante, devient très
matériel. On conçoit aussi que, si ces mouvements tourbillonnaires
étaient arrêtés, la matière s’évanouirait instantanément en retournant à
l’éther.
La matière qui semble nous donner l’image de la stabilité et du repos
n’existe donc que grâce à la rapidité des mouvements de rotation de ses
particules. La matière, c’est de la vitesse, et comme une substance
animée de vitesse est aussi de l’énergie, il faut considérer la matière
comme une forme particulière de l’énergie.
La vitesse étant une des conditions fondamentales de l’existence de la
matière, on peut dire que cette dernière est née le jour où les
tourbillons d’éther ont acquis, par suite de leur condensation
croissante, une rapidité suffisante pour posséder de la rigidité. Elle
vieillit lorsque la vitesse de ses éléments se ralentit. Elle cessera
d’exister dès que ses particules perdront leurs mouvements.
Nous sommes amenés ainsi à cette première notion essentielle: Des
particules d’une substance quelconque, si ténues qu’on les suppose,
prennent, par le seul fait de leur vitesse de rotation, une rigidité si
grande qu’elles se transforment en matière.
C’est dans ces univers atomiques, dont la nature fut méconnue pendant si
longtemps, qu’il faut chercher maintenant l’explication de la plupart
des mystères qui nous entourent. L’atome, qui n’est pas éternel, comme
l’assuraient d’antiques croyances, est bien autrement puissant que s’il
était indestructible et, par conséquent, incapable de changement. Ce
n’est plus quelque chose d’inerte, jouet aveugle de toutes les forces de
l’univers. Ces forces sont au contraire créées par lui. Il est l’âme
même des choses. Il détient les énergies qui sont le ressort du monde et
des êtres qui l’animent. Chacun d’eux est un petit univers d’une
structure extraordinairement compliquée, siège de forces jadis ignorées
et dont la grandeur dépasse immensément toutes celles connues jusqu’ici.