III

--Vous avez désiré me parler, monsieur, dit la prieure avec douceur. Me

voilà prête à vous entendre.

--Vous êtes bien madame Nicolette Suarez, veuve du lieutenant Frédéric

de Varimpré? demanda le visiteur.

--C’est ainsi que je m’appelais, en effet, quand je vivais au milieu du

monde. Mais depuis longtemps, je suis morte pour lui.

--Allez-vous me condamner à vous parler sans vous voir, madame, et ne

pouvez-vous tirer ce rideau qui me cache vos traits?

--A quoi bon? Vous n’apercevriez rien qu’une femme voilée, à qui la

règle qu’elle a fait vœu d’observer interdit de montrer son visage.

--Je voudrais vous voir, madame, reprit-il, suppliant.

--C’est impossible, répondit la prieure; nous ne pouvons nous découvrir

que devant nos proches parents. Puis elle ajouta plus bas:--Ici, ceux

qui m’adressent la parole m’appellent ma mère.

Le jeune homme s’était levé brusquement, les bras tendus, des larmes

dans les yeux, la bouche entr’ouverte, comme s’il voulait faire entendre

une supplication nouvelle. Mais le cri monté à ses lèvres n’en sortit

pas. Il retomba sur sa chaise, accablé, et reprit avec une tranquillité

feinte:

--Eh bien, ma mère, je vous apporte des nouvelles de votre fils, Adrien

de Varimpré.

A ces mots, les anneaux qui fixaient le rideau en haut de la grille

roulèrent en grinçant sur leur tringle de fer, et une ombre noire se

jeta contre les barreaux, impétueusement, en s’écriant:

--Mon fils! Vous connaissez mon fils! Il est vivant?

--Il est vivant, ma mère.

--Mon Dieu! mon Dieu, soyez béni, fit-elle en joignant les mains... Vous

le connaissez, monsieur?... Parlez-moi de lui... Le verrai-je bientôt?

--Oui, bientôt, madame, dans quelques instants... Il a redouté pour vous

une émotion trop forte. Il a voulu que vous fussiez préparée à le

recevoir. Mais il n’est pas loin de vous... Non, il n’est pas loin.

--Alors, monsieur, allez le chercher... Mon fils! Mon Adrien!

L’ombre noire s’agitait. Sous son voile, elle poussait des sanglots, et

laissait deviner la fièvre de ses mains tremblantes, à tout instant

portées à ses yeux.

--J’irai le chercher tout à l’heure, répondit le visiteur; mais vous me

demandiez de vous parler de lui...

--Vous êtes son ami, n’est-ce pas, puisqu’il vous a envoyé près de moi?

Vous le connaissez bien, alors. Il a vingt-trois ans maintenant. Il doit

être beau, mon cher enfant, superbe et fier.

--La souffrance flétrit la jeunesse et abat la fierté. Il a beaucoup

souffert.

--Beaucoup souffert, répéta la prieure d’un accent lamentable.

--Il ne connaît pas sa mère. Il avait douze ans quand son père mourut au

Brésil, où il s’était établi. Il se trouva seul alors avec celle que M.

de Varimpré appelait Irène. Les soins maternels de cette femme avaient

protégé la jeunesse d’Adrien. Il ressentait pour elle une tendresse

filiale, ardente et profonde. Il croyait qu’elle était sa mère. Après la

mort de M. de Varimpré, ils se rendirent aux États-Unis, à Boston, où un

premier séjour leur avait donné quelques amis. Ils vécurent là,

pauvrement, car M. de Varimpré ne laissait qu’une fortune déjà

compromise. Votre fils allait au collége; il s’appliquait à l’étude,

ayant hâte de venir en aide à la chère créature qui s’était dévouée à

son bonheur. Parfois, il la suppliait de retourner en France avec lui;

il n’ignorait pas que la France était leur patrie à tous deux; il

souhaitait passionnément de la connaître et d’y vivre. Mais celle qu’il

appelait sa mère reculait sans cesse l’époque du départ. Un jour qu’il

insistait auprès d’elle afin de la décider à partir, elle lui déclara

que le cher mort avait exprimé la volonté formelle que son fils n’allât

pas en France avant d’avoir atteint sa vingt et unième année.

--Hélas! il redoutait mon influence! soupira Nicolette.

--Le temps s’écoulait tristement, continua l’inconnu; les ressources

s’épuisaient de jour en jour, la détresse devenait plus grande, et la

santé de madame Irène s’altérait. Elle s’éteignit un soir doucement,

entre les bras de l’enfant désespéré. Avant de mourir, elle lui remit

une lettre écrite par son père, et qu’il ne devait ouvrir qu’à l’époque

de sa majorité. C’est ainsi qu’à dix-huit ans il se trouva orphelin,

pauvre et seul, sans ressources. Il fallait vivre, il travailla. Il

donnait des leçons de français, car sa langue maternelle, longtemps

parlée devant lui, lui était familière. Oh! les dures années de misère

et de solitude! Si elles n’ont pas abrégé ses jours, c’est qu’il fallait

qu’il vécût, qu’il vécût pour revoir son pays. C’est aussi que Dieu

voulait qu’il vous retrouvât, ma mère.

Sous son voile, sœur Thérèse de Jésus pleurait à chaudes larmes, en

écoutant ce récit.

--Apaisez-vous, reprit le narrateur, et veuillez m’entendre jusqu’au

bout. Avant d’embrasser votre fils, il faut que vous connaissiez sa vie

passée, que vous n’ignoriez pas surtout pourquoi il vous revient.

--Mais, pour parler de lui, ainsi que vous le faites, qui êtes-vous?

--Son ami, vous l’avez dit tout à l’heure.

--Vous êtes pâle, attristé, las.

--Oui, pâle comme lui, attristé comme lui; nous avons souffert ensemble.

--Achevez, monsieur, j’ai hâte de le revoir, de vous faire oublier vos

maux à tous deux. Puisqu’il vous aime, je vous aimerai.

L’inconnu, défaillant, fit un effort pour se roidir contre son émotion

grandissante; puis il continua:

--Sur son mince revenu, ma mère, l’orphelin économisait, sou par sou, la

somme nécessaire aux frais du voyage qui devait le ramener en France. Il

avait calculé qu’il lui faudrait trois ans pour réaliser cette somme.

Elle se grossissait lentement, et il se serait bien gardé d’y toucher.

Plus d’une fois, il lui arriva de s’endormir, l’estomac vide et les

membres glacés, à côté de ce trésor, qui représentait pour lui la

délivrance, un avenir plus heureux, et qu’il redoutait de diminuer.

Enfin, sonna l’heure de sa majorité. Ce jour-là, il ouvrit la lettre de

son père.

--Que disait cette lettre? demanda la prieure anxieuse.

--Elle racontait à Adrien l’histoire de Frédéric de Varimpré et de

Nicolette Suarez.

--Tout entière?...

--Tout entière; elle le faisait juge de la conduite de ses parents.

--Comment les a-t-il jugés?

--Avec le respect qu’il leur doit. Il n’a pu méconnaître les fautes

graves du mari, mais il lui a été impossible de n’en pas faire remonter

la responsabilité jusqu’à la femme. Elle appartenait à son époux; elle

ne devait pas se donner à Dieu, ainsi qu’elle l’a fait, et par les excès

de sa dévotion, rendre le séjour de sa maison intolérable à l’homme dont

elle avait reçu la foi, en lui donnant la sienne.

--Mon fils a-t-il su qu’après sa disparition, j’ai remué ciel et terre

pour le retrouver? A-t-il connu l’étendue de mon désespoir? Ignore-t-il

que je ne suis pas encore consolée, et que la faute qu’il me reproche,

je l’expie ici depuis longtemps?

--Votre fils ne vous reproche rien. Lorsque la vérité lui fut révélée,

il n’eut d’abord pour vous que des paroles de colère et que compassion

pour les morts. Il s’était promis de ne pas tenter de vous revoir. Si

vous étiez sa mère par le sang, vous ne lui apparaissiez pas encore

comme sa mère par le cœur, une autre ayant reçu de lui les témoignages

de son amour filial. Il vint en France avec la ferme volonté de vous

oublier, de ne jamais se mettre à votre recherche. Longtemps il se tint

parole. Mais une curiosité plus forte que ses résolutions le poussait

vers vous. Sa mère vivante, et rester ignoré d’elle, était-ce possible?

Et puis, dépossédé de toute affection, il était si malheureux! Comment

résister à son cœur? Un vague désir de vous voir de loin, sans vous

parler, le conduisit à Tarascon. Il ne vous connaissait pas d’autre

domicile. C’est là qu’il apprit que madame de Varimpré, depuis douze

ans, vivait dans un cloître. Alors, de nouvelles incertitudes

s’emparèrent de lui. Si vous aviez embrassé la vie religieuse, c’est que

vous le supposiez perdu pour vous; c’est que vous aviez renoncé à

l’espoir de l’embrasser. Viendrait-il troubler votre quiétude?

Viendrait-il réclamer sa place dans ce cœur à qui Dieu suffisait? Il

hésitait, et son infortune vous eût fait pitié!

L’attendrissement montait dans la voix de l’inconnu. Il regardait

l’ombre noire debout devant lui. Il devinait les yeux de la mère

anxieusement fixés sur les siens. A travers l’étoffe épaisse, il sentait

ces yeux pénétrer son cœur d’une caresse, tout embrasée d’amour

maternel. Soudain, il la vit se redresser, saisir fiévreusement les

barreaux de fer, les secouer à les briser, et il l’entendit l’appeler,

dans un élan irrésistible:

--Mon enfant! mon enfant! Je veux voir mon enfant.

--Il est devant vous, ma mère! s’écria-t-il, saisissant à son tour les

extrémités acérées de la grille.

--Toi! toi! je m’en doutais.

D’un bond, lâchant les barreaux, elle disparut dans l’obscurité. Adrien

la cherchait des yeux, quand brusquement elle entra dans le parloir.

Elle avait enfreint la règle pour accourir vers son fils, dont elle

sentait maintenant, dans un ravissement de bonheur inénarrable, la tête

pâlie rouler sur sa poitrine, dans les plis du voile déchiré.

--Mon Adrien, mon chéri, mon sang, murmurait-elle dans un débordement de

sanglots et de baisers, je t’ai retrouvé! Te voilà; tu m’es rendu. Je ne

te quitterai plus; désormais, nous vivrons ensemble. Je te dédommagerai

de tout ce que tu as souffert; j’effacerai les traces de tes peines dans

ton pauvre cœur meurtri... Tu sauras ce que vaut la tendresse d’une

mère.

Et passionnément, elle l’embrassait, l’attirait sur son sein, l’y

retenait, puis l’écartait tout à coup pour le regarder plus longtemps,

sans rassasier ses yeux de cette longue contemplation. Heureux, il se

baignait dans ces témoignages de maternel amour qui le dédommageaient

des maux passés et faisaient luire à ses yeux un avenir meilleur.

--Vous dites, ma mère, que vous ne me quitterez plus, fit-il soudain.

Serez-vous libre de ne plus me quitter? N’êtes-vous pas retenue ici par

les vœux que vous avez prononcés? Ne vous engagent-ils pas pour

toujours?

Cette question la ramenait à la réalité, lui rappelait la solennité de

ses engagements, la faute qu’elle commettait à cette heure contre la

règle. Toute sa joie s’évanouit.

--Attends, dit-elle; je ne peux rester ici plus longtemps.--Elle

l’embrassa encore; puis elle s’éloigna pour reparaître bientôt derrière

la grille. Là, continuant l’entretien commencé:--Oui, j’ai juré de vivre

sous les lois du Carmel et de mourir sous l’habit que je porte,

murmura-t-elle tristement. Hélas! je ne prévoyais pas qu’un jour tu me

serais rendu, mon pauvre enfant. Si j’avais su, j’aurais gardé mon

indépendance, et tu me retrouverais aujourd’hui toute à toi. Mon

implacable égoïsme m’a livrée à Dieu. Je l’oubliais; tu m’en fais

souvenir. Non, il n’est pas vrai que nous pourrons désormais vivre

ensemble.

--Ne vous ai-je donc retrouvée que pour vous perdre aussitôt?

demanda-t-il, étreignant plus étroitement la main de sa mère, passée à

travers la grille.

D’un geste, elle protesta.

--Non, mon fils bien-aimé, non, mon enfant chéri, tu ne me perdras pas,

répondit-elle. Le ciel ne saurait exiger que je t’abandonne. Il ne me

défend pas de m’occuper de toi, en songeant à lui. Assez grande est mon

âme pour contenir deux amours. Je ne peux renoncer à Dieu; mais je ne

dois pas renoncer à mon fils. La règle me permet de te voir tous les

jours, de t’assister de mes conseils. A quelque heure que tu viennes ici

pour t’entretenir avec ta mère, elle accourra à ton appel.

--J’avais rêvé une vie commune.

--Elle est impossible. Mais qu’importe? tu sais bien que jamais je ne te

manquerai. Nous nous verrons.

--C’est que j’avais projeté d’habiter Paris. Là, seulement, je pourrai

travailler, me faire une carrière. Il faut que je songe à l’avenir; je

suis pauvre.

--Pauvre, toi, mon enfant! Mais, au contraire, tu es riche. Quand je

suis entrée ici, je n’y ai porté que la dot d’usage. La fortune que je

tenais de mes parents, grossie de celle que ton père m’avait laissée,

n’a pas été aliénée. Elle est restée aux mains du notaire de notre

famille, et depuis ce temps, elle s’est accrue de ses revenus accumulés.

Ton avenir est donc assuré; tu es à l’abri du besoin. Je comprends

cependant que tu préfères le séjour de Paris au séjour de Beaucaire. A

Paris, tu trouveras des occupations pour ton esprit. Je ne veux pas que

tu restes oisif. L’oisiveté serait indigne d’un homme de ton âge. Mais,

en quelque endroit que tu ailles, il me sera facile de me rapprocher de

toi. Si c’est à Paris, je demanderai à y être envoyée, dans une maison

de notre Ordre. Ce ne sera pas l’existence que tu souhaitais... Mais

nous nous résignerons, en pensant que nous observons la volonté du

Seigneur.

Adrien soupira en disant:

--Je me résignerai.

--Je voudrais t’entendre parler de ton père, reprit bientôt Nicolette.

En mourant, s’est-il souvenu de sa femme?

--S’il s’en est souvenu, c’est le secret de la mort. Ses lèvres

expirantes n’ont pas prononcé votre nom, ma mère; mais peut-être se

l’est-il rappelé dans le suprême entretien qu’il eut avec un prêtre

appelé au chevet de son lit.

--Il a reçu les derniers sacrements?

--Il les a reçus, ma mère.

--Alors, il a dû me pardonner, et je peux espérer que Dieu lui a ouvert

le ciel. C’est pour moi un bonheur infini de le savoir. Et ta tante

Irène?

--Elle est morte chrétiennement, elle aussi, et repentante. Ses

dernières paroles furent des paroles de regret et de contrition. Je ne

les comprenais pas alors, ces paroles émouvantes. Je ne les ai comprises

que plus tard, quand l’histoire de mes parents m’a été connue. Le

souvenir que j’en ai gardé me permet d’affirmer que ma tante Irène n’est

pas restée impénitente.

--J’en remercie Dieu. Il me devait bien cette consolation. Je l’ai tant

prié pour ces malheureux!

Elle s’arrêta. A la joie qu’elle goûtait en retrouvant son fils, se

mêlait la joie de penser que ceux dont elle s’était si durement reproché

les fautes et l’infortune savouraient maintenant, grâce à la clémence

divine, les délices de l’éternelle paix.

Durant toute la matinée et jusqu’à l’heure où la cloche du couvent

appela les sœurs au réfectoire, elle resta près d’Adrien. En se séparant

de lui, elle lui fit promettre de revenir dans la journée. Il revint, et

ce fut entre eux un long échange de confidences embrassant à la fois

l’avenir et le passé. Elle insistait sur ce passé; elle en voulait

connaître les détails douloureux; elle n’en interrompait l’émouvant

récit que par des allusions à l’avenir, en vue duquel Adrien formait des

projets dont il lui faisait part. Puis, c’étaient des recommandations

maternelles. Elle le trouvait pâle, malade, l’air minable dans ses

vêtements trop étroits où se révélaient la fatigue des longues routes et

les privations des jours de misère. Elle exigeait qu’il soignât sa

santé, qu’il s’habillât désormais selon sa condition. Elle avait écrit à

son notaire pour lui ordonner de mettre Adrien en possession de son

patrimoine. Elle était impatiente de savoir son fils heureux, dégagé des

soucis matériels contre lesquels depuis si longtemps il se débattait.

Elle lui parlait de son séjour à Paris, du séjour qu’elle y ferait

elle-même. Elle voulait qu’il se créât là une existence paisible et

souriante; résolue à consacrer ses efforts à la lui embellir. Ravie,

elle l’écoutait sans se lasser, s’attendrissant au récit de ses

malheurs, se réconfortant à la pensée des jours fortunés qu’elle rêvait

pour lui.

Ce n’est pas uniquement pour le plaisir de l’entendre qu’elle

l’interrogeait, l’accablait de questions, le poussait à parler. Elle

cherchait aussi à le connaître, à deviner ses qualités et ses défauts,

et surtout ses opinions en matière religieuse. Avait-il la foi?

Songeait-il au salut de son âme? Pratiquait-il ses devoirs de chrétien?

C’est de cela qu’elle s’était préoccupée d’abord. Rassurée par le

langage qu’il avait tenu en racontant les derniers moments de son père

et d’Irène, elle découvrait maintenant que, quoi qu’il eût dit, il était

la proie de l’indifférence, un de ces catholiques tièdes qui s’expriment

avec respect sur leur religion, mais ne l’observent pas. Désireuse de

s’éclairer à ce sujet, elle le pressait de questions. Elle lui demanda

même s’il priait.

--J’ai beaucoup prié, ma mère, répondit-il. Mais lorsque j’ai vu que

Dieu ne m’exauçait pas, que loin de m’exaucer, il se plaisait à alourdir

sans cesse le fardeau de mes malheurs, j’ai douté de sa justice et de sa

bonté, de son existence même; ma ferveur pour lui s’est refroidie. Je me

suis déshabitué de l’invoquer.

Cette réponse la bouleversa. C’était un nuage sur son bonheur.

--Ah! mon pauvre enfant, comme je t’ai manqué! lui dit-elle. C’est

maintenant que je m’en aperçois. Heureusement, rien n’est désespéré,

puisque tu m’es rendu. Désormais, c’est moi qui veillerai sur ton âme.

Il garda le silence. Il se demandait comment elle s’y prendrait pour

tenir cette promesse, alors qu’elle allait rester séparée de lui par la

grille de son cloître et par les dures exigences de la règle du Carmel.

La Carmélite · 第 15 / 22 题