Ils sont grands et nombreux ces inconvénients et ces obstacles. D’abord,

pour nous approprier l’Égypte, il faudra soutenir _trois guerres_: la

première, _de la part de la Turkie_; car la religion ne permet pas au

sultan de livrer à des infidèles ni les possessions ni les personnes des

vrais croyants: la seconde, _de la part des Anglais_; car l’on ne

supposera pas que cette nation égoïste et envieuse nous voie

tranquillement faire une acquisition qui nous donnerait sur elle tant de

prépondérance, et qui détruirait sous peu toute sa puissance dans

l’Inde; la troisième enfin, _de la part des naturels de l’Égypte_, et

celle-là, quoiqu’en apparence la moins redoutable, _serait en effet la

plus dangereuse_. L’on ne compte de gens de guerre que six ou huit mille

Mamlouks; mais si des Francs, si des ennemis de Dieu et du prophète

osaient y débarquer, Turks, _Arabes_, paysans, tout s’armerait contre

eux; le _fanatisme tiendrait lieu_ d’art et de courage, et le fanatisme

est toujours un ennemi dangereux; il règne encore dans toute sa ferveur

en Égypte; le nom des Francs y est en horreur, et ils ne s’y

établiraient que _par la dépopulation_. Mais je suppose les Mamlouks

exterminés et le peuple soumis, nous n’aurons encore vaincu que les

moindres obstacles; il faudra gouverner ces hommes, et nous ne

connaissons ni leur langue, ni leurs mœurs, ni leurs usages: il

arrivera des malentendus qui causeront à chaque instant du trouble et du

désordre. Le caractère des deux nations, opposé en tout, deviendra

réciproquement antipathique: nos soldats scandaliseront le peuple par

leur ivrognerie, le révolteront par leur insolence envers les femmes;

cet article seul aura les suites les plus graves. Nos officiers même

porteront avec eux _ce ton léger, exclusif, méprisant_, qui nous rend

insupportables aux étrangers, et ils aliéneront tous les cœurs. Ce

seront des querelles et _des séditions renaissantes: on châtiera, on

s’envenimera, on versera le sang_, et il nous arrivera ce qui est arrivé

aux Espagnols dans l’Amérique, aux Anglais dans le Bengale, aux

Hollandais dans les Moluques, aux Russes dans les Kouriles; nous

exterminerons la nation: _nous avons beau vanté notre douceur, notre

humanité_; les circonstances font les hommes, et à la place de nos

voisins nous eussions été barbares comme eux. _L’homme fort est dur et

méchant, et l’expérience a prouvé sur nous-mêmes que notre joug n’était

pas moins pesant qu’un autre._ Ainsi l’Égypte n’aura fait _que changer

de Mamlouks_, et nous ne l’aurons _conquise que pour la dévaster_: mais

alors même il nous restera un ennemi vengeur à combattre, le climat. Des

faits nombreux ont constaté que les pays chauds nous sont funestes: nous

n’avons pu nous soutenir dans le Milanez et la Sicile; nos

établissements dans l’Inde et les Antilles nous dévorent: que sera-ce de

l’Égypte? Nous y porterons notre intempérance et notre gourmandise; nous

y boirons des liqueurs; nous y mangerons beaucoup de viande; en un mot,

nous voudrons y vivre comme en France; car c’est un des caractères de

notre nation, qu’avec beaucoup d’inconstance dans ses goûts, elle est

très-opiniâtre dans ses usages. Les fièvres ardentes, malignes,

putrides, les pleurésies, les dyssenteries, nous tueront par milliers:

année commune, l’on pourra compter sur l’extinction d’un tiers de

l’armée, c’est-à-dire, de huit à dix mille hommes; car pour garder

l’Égypte, il faudra au moins vingt-cinq mille hommes. A ce besoin de

recruter nos troupes, joignez les émigrations qui se feront pour le

commerce et la culture, et jugez de la population qui en résultera parmi

nous; et cela pour quels avantages? Pour enrichir quelques individus à

qui la faveur y donnera des commandements; qui n’useront de leur pouvoir

que pour y amasser des fortunes scandaleuses; qui même avec de bonnes

intentions ne pourront suivre aucun plan d’administration favorable au

pays, parce que la défiance et l’intrigue les changeront sans cesse. Et

que l’on ne dise point que l’on préviendra les abus par un nouveau

régime: le passé prouve pour l’avenir. Depuis François Ier pas un

seul de nos établissements n’a réussi; au Milanez, à Naples, en Sicile,

dans l’Inde, à Madagascar, à Cayenne, au Mississipi, au Canada, partout

nous avons échoué: Saint-Domingue même ne fait pas exception; car il

n’est pas notre ouvrage; nous le devons aux Flibustiers. Croira-t-on que

nous changions de caractère? On nous séduit par l’appât d’un commerce

immense; et que sont des richesses qui corrompront nos mœurs? qui

accroîtront nos dettes et nos impôts par de nouvelles guerres? qui en

résultat se concentreront dans un petit nombre de mains? Depuis cent ans

l’on a beaucoup vanté le commerce; mais si l’on examinait ce qu’il a

ajouté de réel au bonheur des peuples, l’on modérerait cet enthousiasme.

A dater de la découverte des deux Indes l’on n’a pas cessé de voir des

guerres sanglantes causées par le commerce; et le fer et la flamme ont

ravagé les quatre parties du globe pour du poivre, de l’indigo, du sucre

et du café. _Les gouvernements ont dit aux nations qu’il s’agissait de

leurs plus chers intérêts_; mais les jouissances que la multitude paya

de son sang, les goûta-t-elle jamais? N’ont-elles pas plutôt aggravé ses

charges et augmenté sa détresse? Par un autre abus, les bénéfices

accumulés en quelques mains ont produit plus d’inégalité dans les

fortunes, plus de distance entre les conditions, et les liens des

sociétés se sont relâchés ou dissous; l’on n’a plus compté dans chaque

état qu’une multitude mendiante de mercenaires, et un groupe de

propriétaires opulents: avec les grandes richesses sont venus la

dissipation, les goûts dépravés, l’audace et la licence: l’émulation du

luxe a jeté le désordre dans l’intérieur des familles, et la vie

domestique a perdu ses charmes: le besoin d’argent plus impérieux a

rendu les moyens de l’acquérir moins honnêtes, et l’ancienne loyauté

s’est éteinte. Les arts agréables devenus plus importants ont fait

mépriser les arts nécessaires; les campagnes se sont dépeuplées pour les

villes, et les laboureurs ont laissé la charrue pour se rendre laquais

ou artisans; l’aspect intérieur des états en a été plus brillant; mais

la force intrinsèque s’en est diminuée: aussi n’est-il pas un seul

gouvernement en Europe qui ne se trouve épuisé au bout d’une guerre de

quatre ou cinq ans; tous sont obérés de dettes; et voilà les fruits des

conquêtes et du commerce. Pour des richesses lointaines l’on néglige

celles que l’on possède: pour des entreprises étrangères on se distrait

des soins intérieurs: on acquiert des terres et l’on perd des sujets: on

soudoie des armées plus fortes: on entretient des flottes plus

nombreuses; on établit des impôts plus pesants: la culture devient plus

onéreuse et diminue: les besoins plus urgents rendent l’usage du pouvoir

plus arbitraire: les volontés prennent la place des lois: le despotisme

s’établit, et de ce moment toute activité, toute industrie, toute force

dégénère; et à un éclat passager et menteur, succède une langueur

éternelle: voilà les exemples que nous ont offerts le Portugal,

l’Espagne, la Hollande; et voilà le sort qui nous menace nous-mêmes, si

nous ne savons profiter de leur expérience.

Ainsi, me dira-t-on, il faudra rester spectateurs paisibles des succès

de nos voisins, et de l’agrandissement de nos rivaux! Oui sans doute il

le faut, parce qu’il n’est que ce parti d’utile et d’honnête: il est

honnête, _parce que rompre soudain avec un allié pour devenir son plus

cruel ennemi, est une conduite_ lâche et odieuse; il est utile que

dis-je? il est indispensable. Dans les circonstances présentes il nous

est de la plus étroite nécessité de conserver la paix; elle seule peut

réparer le désordre de nos affaires: le moindre effort nouveau, la

moindre négligence, peuvent troubler la crise que l’on tâche d’opérer,

et d’un accident passager, faire un mal irrémédiable. Ne perdons pas de

vue qu’un ennemi jaloux et offensé nous épie; évitons donc toute

distraction d’entreprises étrangères. Rassemblons toutes nos forces et

toute notre attention sur notre situation intérieure: rétablissons

l’ordre dans nos finances: rendons la vigueur à notre armée: réformons

les abus de notre constitution: corrigeons dans nos lois la barbarie des

siècles qui les ont vues naître: par-là, et par-là seulement, nous

arrêterons le mouvement qui déja nous entraîne: par-là nous régénérerons

nos forces et notre consistance, et nous ressaisirons l’ascendant qui

nous échappe: par-là nous deviendrons supérieurs aux révolutions

externes que le cours de la nature amène et nécessite. Il ne faut pas

nous abuser; l’état de choses qui nous environne ne peut pas durer: le

temps prépare sans cesse de nouveaux changements, et le siècle prochain

est destiné à en avoir d’immenses dans le système politique du monde

entier. Le sort n’a pas dévoué l’Inde et l’Amérique à être éternellement

les esclaves de l’Europe. L’affranchissement des colonies anglaises a

ouvert pour le Nouveau-Monde une nouvelle carrière; et plus tôt ou plus

tard les chaînes qui le tiennent asservi échapperont aux mains de ses

maîtres. L’Inde commence à s’agiter, et pourra se purger bientôt d’une

tyrannie étrangère. L’invasion de la Turkie et la formation d’une

nouvelle puissance à Constantinople, donneront à l’Asie une autre

existence: le commerce prendra d’autres routes, et la fortune des

peuples sera changée. Ainsi l’empire factice que s’étaient fait quelques

états de l’Europe, sera de toutes parts ébranlé et détruit; ils seront

réduits à leur propre terre, et peut-être ce coup du sort qui les alarme

en sera-t-il la plus grande faveur; car alors les sujets de querelles

devenus moins nombreux rendront les guerres plus rares; les

gouvernements moins distraits s’occuperont davantage de l’administration

intérieure; les forces moins partagées se concentreront davantage, et

les états ressembleront à ces arbres qui, dépouillés par le fer, de

branches superflues où s’égarait la séve, n’en deviennent que plus

vigoureux; et la nécessité aura tenu lieu de sagesse. Dans cette

révolution il n’est aucun peuple qui ait moins à perdre que nous; car

nous ne sommes ni épuisés de population ou languissants d’inertie comme

le Portugal et l’Espagne, ni bornés de terrain et de moyens comme

l’Angleterre et la Hollande. Notre sol est le plus riche et l’un des

plus variés de l’Europe. Nous n’avons, il est vrai, ni coton, ni sucre,

ni café, ni épiceries; mais l’échange de nos vins, de nos laines, de nos

objets d’industrie, nous en procurera toujours en abondance. Les

Allemands n’ont point de colonies, et les denrées de l’Amérique et de

l’Inde sont aussi répandues chez eux et moins chères que chez nous.

C’est dans nos foyers et non au delà des mers, que sont pour nous

l’Égypte et les Antilles. Qu’avons-nous besoin de terre étrangère, quand

un sixième de la nôtre est encore inculte, et que le reste n’a pas reçu

la moitié de la culture dont il est susceptible? Songeons à améliorer

notre fortune et non à l’agrandir: sachons jouir des richesses qui sont

sous nous mains, et n’allons point pratiquer sous un ciel étranger une

sagesse dont nous ne faisons pas même usage chez nous.

Mais désormais j’ai touché la borne de ma carrière, et je dois

m’arrêter. J’ai exposé sur quels symptômes de faiblesse et de décadence

je fonde les présages de la ruine prochaine de l’empire turk. J’ai

insisté sur les faits généraux plus que sur ceux du moment, parce qu’il

en est souvent des empires comme de ces arbres antiques qui, sous un

aspect de verdure et quelques rameaux encore frais, cèlent un tronc

rongé dans ses entrailles, et qui, n’ayant plus pour soutien que leur

écorce, n’attendent, pour être renversés, que le premier souffle de la

tempête. J’ai expliqué pourquoi l’empire russe, sans être lui-même

robustement constitué, avait néanmoins une grande force relative, et

annonçait de grands accroissements. J’ai détaillé les raisons qui me

font regarder la révolution prochaine plutôt comme avantageuse que comme

nuisible à nos intérêts. Je pense que nous devons éviter la guerre,

parce que, entreprise pour le commerce, elle nous coûtera toujours

beaucoup plus qu’il ne nous rapporte; et que, entreprise pour une

conquête, elle nous perdra aussi certainement par son succès que par son

échec. C’est désormais au temps à vérifier ou à démentir ces

conjectures. A juger par les apparences, l’issue de la crise actuelle

n’est pas éloignée; il est possible que dans le cours de cette guerre,

que sous le terme de deux campagnes, l’événement principal soit décidé;

il peut se faire que par une hardiesse calculée, les alliés marchent

brusquement sur Constantinople qu’ils trouveront désert et incendié. Ce

coup frappé, ce sera à la prudence de consommer l’ouvrage de la fortune.

Jamais carrière ne s’ouvrit plus brillante: il ne s’agit pas moins que

de former des empires nouveaux sur le sol le plus fécond, dans le site

le plus heureux, sous le plus beau climat de la terre, et pour comble

d’avantage, d’avoir à policer une des races d’hommes les mieux

constitués au moral et au physique. A bien des égards les peuples de la

Turkie sont préférables, pour les législateurs, à ceux de l’Europe, et

surtout à ceux du Nord. Les Asiatiques sont ignorants, mais l’ignorance

vaut mieux que le faux savoir: ils sont engourdis, mais non pas brutes

et stupides. L’on peut même dire qu’ils sont plus voisins d’une bonne

législation que la plupart des Européens, parce que chez eux le désordre

n’est point consacré par des lois. L’on n’y connaît point les droits

vexatoires du système féodal, ni le préjugé barbare des naissances, qui

consacre la tyrannie des aristocrates. Toute réforme y sera facile,

parce qu’il ne faudra pas, comme chez nous, détruire pour rebâtir. Les

lumières acquises n’auront point à combattre la barbarie originelle; et

tel sera désormais l’avantage de toute constitution nouvelle, qu’elle

pourra profiter des travaux modernes pour se former sur les principes de

la morale universelle.

Si donc la puissance qui s’établira à Constantinople sait user de sa

fortune, si dans sa conduite avec ses nouveaux sujets elle joint la

droiture à la fermeté, si elle s’établit médiatrice impartiale entre les

diverses sectes, si elle admet la tolérance absolue dont l’empereur a

donné le premier exemple, et qu’elle ôte tout effet civil aux idées

religieuses; si la législation est confiée à des mains habiles et pures,

si le législateur saisit bien l’esprit des Orientaux, cette puissance

fera des progrès qui laisseront bientôt en arrière les anciens

gouvernements: elle doit surtout éviter d’introduire, comme le tzar

Pierre Ier, une imitation servile de mœurs étrangères. Chez un

peuple comme chez un particulier, on ne développe de grands moyens

qu’autant qu’ils dérivent d’un caractère propre. Enfin cette puissance

doit s’abstenir, pour hâter la population, de transporter le peuple de

ses provinces: l’expérience de tous les conquérants de l’Asie a trop

prouvé que ces transplantations détruisent plus les hommes qu’elles ne

les multiplient: quand un pays est bien gouverné, il se peuple toujours

assez par ses propres forces: d’ailleurs les Arméniens, les Grecs, les

Juifs et les autres nations persécutées de l’Asie, s’empresseront

d’accourir vers une terre qui leur offrira la sécurité; et les musulmans

eux-mêmes, surtout les paysans, sont tellement fatigués de la tyrannie

turke, qu’ils pourront consentir à vivre sous une domination étrangère.

Alors le bien qu’aura produit la révolution actuelle fera oublier les

maux qu’elle va coûter: le bonheur de la génération future séchera les

larmes de l’humanité sur la génération présente, et la philosophie

pardonnera aux passions des rois qui auront eu l’effet d’améliorer la

condition de l’espèce humaine.

Terminé le 26 février 1788.

FIN.

TABLE

DES CHAPITRES

CONTENUS DANS CE VOLUME.

CHAPITRE PREMIER.--Précis de l’histoire de Dâher, fils

d’Omar, qui a commandé à Acre depuis 1750 jusqu’en 1776 Pag. 1

CHAP. II.--Distribution de la Syrie par pachalics,

selon l’administration turke 37

CHAP. III.--Du pachalic d’Alep 38

CHAP. IV.--Du pachalic de Tripoli 59

CHAP. V.--Du pachalic de Saide, dit aussi d’Acre 68

CHAP. VI.--Du pachalic de Damas 124

CHAP. VII.--De la Palestine 185

CHAP. VIII.--Résumé de la Syrie 208

CHAP. IX.--Gouvernement des Turks en Syrie 217

CHAP. X.--De l’administration de la justice 231

CHAP. XI.--De l’influence de la religion 235

CHAP. XII.--De la propriété et des conditions 242

CHAP. XIII.--État des paysans et de l’agriculture 245

CHAP. XIV.--Des artisans, des marchands et du commerce 251

CHAP. XV.--Des arts, des sciences et de l’ignorance 264

CHAP. XVI.--Des habitudes et du caractère des habitants

de la Syrie 284

État du commerce du Levant 319

Considérations sur la guerre des Turks 345

FIN DE LA TABLE.

[Illustration: PLAN DU TEMPLE DU SOLEIL A BALBEK.]

[Illustration: CARTE DE LA SYRIE]

[Illustration: VUE DES RUINES DE PALMYRE DANS LE DÉSERT DE SYRIE:]

[Illustration: VUE DE LA COUR QUARRÉE DU TEMPLE DUE SOLEIL A BALBEK.]

NOTES:

[1] Tome III, page 204.

[2] J’ai vu des lettres de Jean-Joseph Blanc, négociant d’_Acre_ qui

se trouvait au camp de Soliman à cette époque, et qui en donnait des

détails.

[3] Les Arabes ont à ce sujet un proverbe singulier qui peint bien

cette conduite: l’_Osmanli_, disent-ils, atteint les _lièvres_ avec

des _charrettes_.

[4] ’Quand Kîor pacha vint en Cypre, il prit nombre de rebelles, et

les fit précipiter du haut des murs sur des crampons de fer où ils

restaient accrochés jusqu’à ce qu’ils expirassent dans les tourments

qu’on peut imaginer.

[5] Cela se pratique dans la plupart des grands pachalics dont les

vassaux sont peu soumis.

[6] Ce sont des Tartares qui font l’office de courriers en Turkie.

[7] Ce mot, qui signifie _noble-seing_, est une lettre de proscription

conçue en ces termes: _Un tel, qui es l’esclave de ma sublime Porte,

va vers un tel, mon esclave, et rapporte sa tête à mes pieds, au péril

de la tienne_.

[8] Pipe à la persane, composée d’un grand flacon plein d’eau, où la

fumée se purge avant d’arriver à la bouche.

[9] Le terme turk _pacha_ est formé des deux mots persans _pa-châh_,

qui signifient littéralement _vice-roi_.

[10] Pantoufles turkes.

[11] C’est le nom dont les anciens géographes ont fait _Xalibon_;

l’_x_ représente ici le _jota_ espagnol; et il est remarquable que les

Grecs modernes rendent encore le _hâ_ arabe par ce même son de _jota_;

ce qui cause mille équivoques dans leur discours, attendu que les

Arabes ont le _jota_ dans une autre lettre.

[12] Les châles sont des mouchoirs de laine, larges d’une aune, et

longs de près de deux. La laine en est si fine et si soyeuse, que tout

le mouchoir pourrait être contenu dans les deux mains jointes: l’on

n’y emploie que celle des chevreaux, ou plus exactement que le duvet

des chevreaux naissants. Les plus beaux châles viennent du Cachemire:

il y en a depuis cinquante écus jusqu’à 1200 et même 2400 livres.

[13] C’est le terme que les géographes grecs ont rendu par _Axios_.

[14] Le local qu’ils occupent répond exactement au château de

_Gyndarus_, qui, dès le temps de Strabon, était un repaire de voleurs.

[15] Cette plaine, qui règne au pied des montagnes sur une largeur

d’une lieue, a été formée des terres que les torrents et les pluies

ont arrachées par le laps des temps à ces mêmes montagnes.

[16] Le nom d’Hiérapolis subsiste aussi dans un autre village appelé

_Yérabolos_, sur l’Euphrate.

[17] Nom grec qui signifie _trois villes_, parce que ce lieu fut

la réunion de trois colonies fournies par Sidon, Tyr et Arad, qui

formèrent chacune un établissement si près l’un de l’autre, qu’ils

n’en composèrent bientôt qu’un.

[18] Ces abords maritimes sont ce que les anciens appelaient

_maïoumas_.

[19] Depuis mon retour en France, l’on m’a mandé qu’il a régné

pendant le printemps de 1785, une épidémie qui a désolé Tripoli et

le Kesraouân: son caractère était une fièvre violente accompagnée de

taches bleuâtres; ce qui l’a fait soupçonner d’être un peu mêlée de

peste. Par une remarque singulière, l’on a observé qu’elle n’attaquait

que peu les musulmans, mais qu’elle s’adressait surtout aux chrétiens;

d’où l’on doit conclure qu’elle a été un effet des mauvais aliments et

du mauvais régime dont ils usent pendant leur carême.

[20] Tout pacha à trois queues est titré vizir.

[21] C’est effectivement la prononciation du grec, Βηρυτ.

[22]

1. Mizân el Zâman.

2. Abâtil el Aâlam.

3. Morched el Kâti.

4. Morched el Kâhen.

5. Morched el Masihi.

6. Qoût el Nafs.

7. Taammol el Asboué.

8. Tââlim el Masihi.

9. Tafsir el Sabât.

10. El Mazâmir.

11. El Onbouât.

12. El Endjîl oua el Rasâiel.

13. El Souèïât.

[23]

1. Taqlîd el _Masîh_.

2. Bestân el Rohobân.

3. Elm el Niè l’Bouzembaoûm.

4. Maouâèz Sainari.

5. Lâhoût Mar Touma.

6. Maouâèz Fomm el Dahab.

7. Qaouâèd el Naouamis l’Qloud Firtiou.

8. Madjâdalat el Anba Djordji.

9. El Manteq.

10. Noûr el Albâb.

11. El Mataleb oua el Mebâhes.

12. Diouân Djermanôs.

13. Diouân Anqoula.

14. Moktasar el Qâmoûs.

[24]

1. El Qôran.

2. El Qâmous l’Firouz-àbâdi.

3. El Alf bait l’Ebn-el-malek.

4. Tafsïr el Alf bait.

5. El Adjroumîé.

6. Elm el Baïân l’Taftazâni.

7. Maqâmât el Hariri.

8. Diouân Omar Ebn el Fârdi.

9. Fapâh el Logat.

10. El tob l’Ebn Sina.

11. El Mofradât.

12. Dâouàt el Otobba.

13. Abârât el Motakallamin.

14. Nadim el Ouahid.

15. Târik el Yhoud, l’Yousefous.

[25] Ces vins sont de trois espèces: savoir, le rouge, le blanc et

le jaune: le blanc, qui est le plus rare, est amer à un point qui le

rend désagréable. Par un excès contraire, les deux autres sont trop

doux et trop sucrés. La raison en est qu’on les fait bouillir, en

sorte qu’ils ressemblent au vin cuit de Provence. L’usage de tout

le pays est de réduire le moût aux deux tiers de sa quantité. On ne

peut en boire pendant le repas sans s’exposer à des aigreurs, parce

qu’ils développent leur fermentation dans l’estomac. Cependant il y a

quelques cantons où l’on ne cuit pas le rouge, et alors il acquiert

une qualité presque égale au Bordeaux. Le vin jaune est célèbre chez

nos négociants, sous le nom de _vin d’or_, qu’il doit à sa belle

couleur de topaze. Le plus estimé se cueille sur les coteaux du _Zoûq_

ou _village_ de _Masbeh_ près d’_Antoura_. Il n’est pas nécessaire

de le cuire, mais il est trop sucré. Voilà ces vins du Liban vantés

des anciens gourmets grecs et romains. C’est à nos Français à essayer

s’ils seraient du même avis; mais ils doivent observer que dans le

passage de la mer, les vins cuits fermentent une seconde fois, et font

crever les tonneaux. Il est probable que les habitants du Liban n’ont

rien changé à l’ancienne méthode de faire le vin, ni à la culture

des vignes. Elles sont disposées par échalas de six à huit pieds de

hauteur. On ne les taille point comme en France, ce qui nuit sûrement

beaucoup à la quantité et à la qualité de la récolte. La vendange se

fait sur la fin de septembre. Le couvent de Mar-hanna cueille environ

cent cinquante _kâbié_ ou jarres de terre, qui tiennent à peu près

cent dix pintes. Le prix courant dans le pays peut s’évaluer à sept ou

huit sous notre pinte.

[26] Le nom de _Sidon_ subsiste encore dans un petit village à une

demi-lieue de Saide.

[27] Et non le son du _z_, comme dans _there_.

[28] Chez les Musulmans, le terme de _chaik_ prend les sens divers

de _santon_, d’_ermite_, d’_idiot_ et de _fou_. Ils ont pour les

imbéciles le même respect religieux qui existait au temps de _David_.

[29] La largeur des piles des arches est de neuf pieds.

[30] _Antiq. Judaic._ lib. 9, c. 14.

[31] Josèphe est en erreur lorsqu’il parle de _Tyr_ au temps d’_Hiram_

comme étant bâtie dans l’île. Il confond, à son ordinaire, l’état

ancien avec l’état postérieur. Voyez _Antiq. Jud._ lib. 8, c. 5.

[32] L’on en a récemment découvert une considérable en dehors du mur

de la ville. L’on n’y a rien trouvé, et le Motsallam l’a fait refermer.

[33] Peut-être le mont _Sannîne_.

[34] Buis de _Katim_. Divers passages confrontés prouvent que ce

nom ne doit pas s’appliquer à la Grèce, mais à l’île de Chypre, et

peut-être à la côte de _Cilicie_, où le buis abonde. Il convient

surtout à Chypre par son analogie avec la ville de _Kitium_ et le

pays des _Kitiens_, à qui _Eulalæus_ faisait la guerre du temps de

Salmanasar.

[35] En hébreu _aliché_, qui ne diffère en rien de _Hellas_, ancien

nom de l’archipel conservé dans _Hellespont_.

[36] _Youn_, plaisamment travesti en _javan_, quoique les anciens

n’aient point connu notre _ja_.

[37] _Tobel_ ou _Teblis_ s’écrit aussi _Teflis_, au nord de l’Arménie,

sur la frontière de Géorgie. Ces mêmes cantons sont célèbres chez les

Grecs pour les esclaves et pour le fer des _Chalybes_.

[38] Ce nom s’étendait aux Cappadociens et aux habitants de la

Haute-Mésopotamie.

[39] Aussi Strabon dit-il, _lib._ 16, que les Sabéens avaient fourni

tout l’or de la Syrie, avant que les habitants de Gerrha, près de

l’embouchure de l’Euphrate, les eussent supplantés.

[40] Suivez les planches.

[41] Elle a trois cent cinquante pieds de large sur trois cent

trente-six de long.

[42] _In-fol. d’Atlas, 1 vol._ Cet ouvrage, cher et rare, ne se trouve

que dans les grandes bibliothèques: on peut le consulter à celle de la

nation.

[43] La soffite est cette traverse qui règne sur la tête lorsque l’on

passe sous une porte.

[44] Espèces d’esprits intermédiaires entre les anges et les diables.

[45] Il y appelle _Héliopolis_ ville des _Assyriens_, par la confusion

que les anciens font souvent de ce nom avec celui de _Syriens_.

[46] La caravane de la Mekke porte exclusivement ce nom de _Hadj_, qui

signifie _pèlerinage_: les autres se nomment simplement _Qafl_.

[47] En Syrie et en Égypte l’intérêt ordinaire est de douze ou quinze

pour cent; souvent il va à vingt et trente.

[48] Je tiens ces faits d’un homme qui a connu particulièrement ce

trésorier, et vu Abd-Allah à Jérusalem.

[49] Le baron de Tott appelle Djezzâr un _lion_: je crois qu’il le

définirait bien mieux en l’appelant un _loup_.

[50] _Ruines de Palmyre_, 1 vol. in-fol. de cinquante planches gravées

à Londres, en 1753, et publiées par Robert Wood.

[51] Quoique ces voyageurs eussent visité la _Grèce_ et l’_Italie_.

[52] Ces eaux sont chaudes et soufrées; mais les habitants qui, hors

de là, n’en ont que des saumâtres, les trouvent bonnes; et du moins

elles sont salubres.

[53] _Antiq. Jud._ lib. 8, c. 6.

[54] Jean d’Antioche.

[55] De là le mot espagnol _aldea_.

Voyage en Égypte et en Syrie - Tome 2 · 第 24 / 25 段