Un des charmes de la liberté d’ici, c’est l’emploi de nos soirées, que
nous passons sur la plage.
Pas de lumières, peu de va-et-vient. Des groupes confus, qui font comme
nous et qui respirent.
Le temps est d’une douceur extrême, et le sable reste si chaud, même
après le soleil couché, qu’on peut s’y asseoir ou s’y étendre sans
éprouver l’ombre de fraîcheur.
C’était hier le 12 août. La nuit de la pluie d’étoiles, et je n’ai rien
vu de si beau.
Couchée, mon plaid sous ma tête, sans autre horizon que le ciel, avec ce
bruit d’eau éternel, qui revient toujours dans le même temps, avec le
même choc, je n’avais plus ni pensées, ni paroles; j’étais toute dans
mes yeux et mes oreilles. Et plus je regardais, plus ce nombre
incroyable d’étoiles augmentait. Elles semblaient surgir du ciel, comme
des bulles montent de l’eau.
Puis tout à coup une d’elles se détachait, glissait au milieu du
scintillement; et sa chute avait tant de douceur que, malgré la
distance, c’était le silence de son mouvement qui m’étonnait et me
ravissait le plus. Puis d’autres encore repassaient, et le mot de
«pluie» était littéral.
Oh! l’admirable soirée! Si mélancolique et pas attristante! Pas
attristante enfin à la façon de ces bandes qui nous ont envahis après.
Les choses sont tellement moins pénibles que les gens!
Ils étaient là une vingtaine, gâtant la nuit et le calme par un grand
feu qui éclairait tout, et des cris d’orfraies.
Ils ont fini par danser autour, en se tenant par la main, comme des
sauvages qu’ils étaient; puis ils sont partis en chantant.
On chante beaucoup ici d’ailleurs, sur les routes, sur la plage. En
marchant et assis, tous les refrains en canons, toutes les rondes
d’enfants, tous les airs populaires. C’est une bonhomie et un chez-soi
dont rien ne m’avait donné l’idée; et de loin cela n’est pas laid.
Pour le bain, il en va de même.
A moins que la distance ne devienne une fatigue, on se déshabille au
logis tranquillement; et il n’y a rien de plus comique, que de voir dans
la rue les rencontres et les causeries, des peignoirs et des bonnets
amis...
Jambes à l’air; caoutchouc tiré jusqu’aux sourcils; si paisibles et si
ridicules... Se reconduisant, s’attendant!...
Et encore est-ce leur beau moment!
Il faut les voir au retour. Les lèvres bleues, les joues marbrées,
lancés au trot, de peur du froid; le peignoir claquant sur les
chevilles, laissant deux traces d’eau sur la poussière de la route!...
Mon Dieu! ce serait si bon pourtant de rire sans amertume!
J’ai de tout, des êtres et des actes, une irritation, une impatience, un
sentiment agressif et mauvais, que je voudrais leur montrer pour les
blesser!