Ce trafic ne se faisait probablement pas par caravanes partant des lieux

d'origine pour se rendre directement à Suse et dans les vieilles cités

du Tigre et de l'Euphrate; des intermédiaires se passaient de main en

main le précieux métal; car un échange de relations directes eut

entraîné l'introduction de l'influence chaldéenne dans les régions

montagneuses du nord et nous n'en trouvons que des traces très fugitives

aux temps de l'industrie du fer, alors même que les métallurgistes de la

Transcaucasie avaient adopté les poids assyriens pour le métal qu'ils

exportaient.

Le trafic fut de bonne heure très intense entre la Chaldée et les côtes

phéniciennes; la grand'route suivait l'Euphrate jusqu'à la hauteur

d'Antioche; puis elle s'infléchissait vers le sud. Une autre voie

naturelle, la vallée du Tigre, mettait la plaine basse en communication

avec les pays de l'Ararat, riches en obsidienne, nous l'avons vu; là, de

grands et nombreux gîtes de cuivre étaient travaillés dans leurs

effleurements, et exploités pour l'exportation, car les lingots, sous

forme d'anneaux, sortes de monnaies de poids réguliers, étaient, dans

les siècles de l'industrie du fer en Arménie, taillés suivant la mine

assyrienne et ses divisions[220].

[Note 220: Cf. J. DE MORGAN, _Mission scientifique au Caucase

(1889)_, I.]

L'Égypte commerçait surtout avec les Asiates de la Phénicie et de la

Chaldée, ainsi qu'avec les Libyens; ses vaisseaux parcouraient les îles

de la Méditerranée orientale; mais il ne semble pas qu'elle se soit

beaucoup éloignée vers l'Ouest africain, au delà de l'oasis d'Ammon.

C'est vers l'Afrique centrale que se portait plus particulièrement son

négoce: elle en recevait l'or, l'ivoire, et probablement aussi ces

belles matières minérales qu'elle savait transformer en vases, en

amulettes, en bijoux. Le Nil était sa voie naturelle: dieu pour ses

prêtres, dieu également pour ses marchands; mais le Nil, d'après ce que

nous en savons, ne lui apportait pas l'étain dont elle avait besoin pour

sa métallurgie du bronze et, tout comme la Chaldée, elle n'allait pas le

chercher dans les brumes de l'Océan.

La presqu'île du Sinaï, riche en turquoises, mais pauvre en cuivre, ne

fournissait à l'Égypte qu'une bien modeste proportion de métal,

quoiqu'on ait débité bien des fables à ce sujet; c'est pourquoi, plus

tard, les gens du Nil allèrent s'approvisionner en Chypre. Cependant la

presqu'île du Sinaï n'en était pas moins le boulevard de l'Égypte, c'est

elle qui protégeait Péluse contre un ennemi venu de l'Asie; de là lui

vint sa réputation, et non pas de ses gisements de cuivre qui, nous

l'avons vu, sont d'importance très minime, presque nulle, part rapport

aux besoins de l'empire pharaonique.

Il ne semble pas que l'Égypte ait jamais communiqué directement avec les

pays de l'Occident méditerranéen. C'est par les Crétois, par les

Phéniciens, par les Hellènes, que son influence et parfois aussi ses

produits sont entrés en Italie, en Gaule méridionale et en Espagne.

Quant au monde égéen, sa vie était sur la mer, ses routes, celles de ses

vaisseaux. Au nord, nous l'avons vu, les Grecs continentaux étaient en

relations indirectes avec les contrées du nord et de l'occident de

l'Europe, mais les insulaires demeuraient tributaires pour leur commerce

de la côte phénicienne et de l'Égypte: aussi cherchèrent-ils à trafiquer

avec des pays neufs, et se lancèrent-ils à la conquête de la toison

d'or, sur les deux côtes du Pont-Euxin, sur le littoral de l'Italie, de

la Gaule, de l'Espagne dans les grandes îles.

Toutefois, à ces conditions commerciales venaient certainement se

joindre des éléments venus de l'Asie centrale. D'ailleurs le commerce

des Égéens est de beaucoup plus récent que celui des pré-pharaoniques et

des Proto-Chaldéens. Ces considérations se trouvent singulièrement

renforcées par ce fait que depuis les temps les plus anciens pour

lesquels les traditions et l'histoire nous documentent, nous assistons

à une véritable ruée de peuples barbares qui, sortant du Centre

asiatique, envahissent non seulement l'Europe, mais l'Asie antérieure

elle-même. Tous suivent la même direction; ils marchent avec le soleil.

Pourquoi voudrait-on que cet Océan ne se fût mis en mouvement qu'au

moment où débute l'Histoire, et pourquoi ne pas admettre que ces peuples

n'aient pas conservé des attaches avec leur pays d'origine et continué à

commercer avec lui, fait venir des plaines sibériennes, de plus loin

peut-être encore, les marchandises qui manquaient dans leur nouvelle

patrie, ne les aient pas répandues autant en Europe que dans l'Asie

antérieure et l'Égypte? Jadis on attribuait à ces étrangers toutes les

inventions, toutes les relations commerciales; aujourd'hui on leur

refuse tout, on cherche même leur berceau dans quelques-uns de nos pays,

alors que l'enchaînement des faits montre qu'ils sont venus de très loin

à l'Est, par vagues successives et qu'aujourd'hui encore beaucoup de ces

hordes sont prêtes à reprendre la marche vers le couchant.

Il y a lieu de tenir grand compte de ces influences extrême-orientales;

certes nous ne pouvons encore en apprécier toute l'importance, parce que

l'étude de l'Asie centrale reste encore à faire; mais ne cherchons pas à

tout rapporter à nos pays, parce que la documentation nous fait encore

défaut pour d'autres régions; nous nous exposerions à de graves

méprises. N'est-il pas préférable d'avouer que nous ne sommes pas encore

assez documentés pour trancher de ces questions? que nous en sommes

encore réduits à des hypothèses?

CONCLUSIONS

Si nous portons sur la carte les indications que donne l'archéologie

préhistorique, en ce qui concerne les temps glaciaires, et si nous

ajoutons à ce tracé les renseignements fournis par la géologie, quant à

l'extension des glaces quaternaires, nous nous trouvons en présence de

révélations vraiment inattendues; malheureusement les confidences que

nous fait l'étude du sol, dans ses parties aujourd'hui accessibles, ne

sont pas complètes, car nous ne savons rien des continents disparus, et

fort peu de chose seulement des modifications subies par les côtes des

terres que nous habitons. Quoi qu'il en soit, nos renseignements sont

sûrs en ce qui regarde les parties de l'écorce terrestre émergeant

encore de nos jours; et s'il demeure de grandes incertitudes quant à

l'essaimage des premières colonies humaines, au sujet des influences

qu'exercèrent les tribus primitives les unes par rapport aux autres,

nous ne disposons pas moins de données suffisantes pour esquisser les

premiers pas de l'humanité dans la voie du progrès.

Je ferai tout d'abord observer que, dans tous leurs travaux, les

préhistoriens prennent, comme types des diverses industries, les formes

qu'on rencontre dans l'occident de l'Europe et que, pour la plupart ils

font de ces régions le foyer de diffusion. Ce mode de procéder,

absolument anti-scientifique, est dû à ce que l'occident de l'Europe est

mieux exploré que les autres parties du Monde. Nous sommes encore

obligés de conserver à l'Europe une importance disproportionnée avec le

rôle qu'elle a joué; mais, le jour viendra, où son exacte valeur

provinciale lui sera rendue, alors les termes que nous employons

aujourd'hui dans la nomenclature en usage perdront l'importance

illusoire que nous leur accordons.

[Illustration: Fig. 186--Les glaces et l'expansion de l'industrie

paléolithique (Types chelléen et acheuléen).]

Nous avons vu que les industries paléolithiques, les plus anciennes dont

la connaissance certaine nous est parvenue, se décomposent en trois

sous-industries: le Chelléen, l'Acheuléen et le Moustiérien; qu'il

semble que ces trois formes du travail de la pierre sont contemporaines,

dictées à l'homme par des besoins locaux. Or les instruments chelléens

et acheuléens se rencontrent dans bien des parties du monde fort

éloignées les unes des autres dont certains districts,

vraisemblablement, n'ont pas eu de contact avec les autres régions de

même industrie (_fig. 186_). On est donc amené à conclure de la grande

extension géographique de ces types et que les mêmes causes ont produit

les mêmes effets en des temps divers, dans des régions différentes, que

l'industrie paléolithique est tout aussi bien née en Amérique du Nord

qu'aux Indes, en Australie où elle est encore en usage, que dans

l'Afrique méridionale, que dans l'Europe occidentale, et peut-être

encore en beaucoup d'autres lieux. D'autre part on remarque que le «coup

de poing» ne se rencontre pas dans un grand nombre de régions, telles la

Sibérie, l'Asie orientale et centrale, la Grèce et ses îles, l'Asie

mineure, l'Amérique du Sud, le Mexique, certaines parties de l'Afrique

centrale, ainsi que dans les contrées du Nord, le plateau iranien et

celui de l'Arménie, pays couverts de glaces pendant la majeure partie

des temps quaternaires et, par suite, inhabitables.

[Illustration: Fig. 187.--Expansion du type moustiérien.]

L'Europe occidentale était alors séparée du monde oriental par une

véritable barrière naturelle; en Russie, les mers polaires de glace

descendaient jusqu'au sud de l'Oural, et l'espace qui les séparait des

glaciers irano-caucasiens était occupé par le lac aralo-caspien, dont

les eaux couvraient toute la Turkomanie de nos jours, et dont la mer

Caspienne et la mer d'Aral ne sont que les derniers témoins, les

dépressions les plus profondes. Mais si les voies de communication

étaient fermées entre l'Asie centrale et l'Europe, il n'en était pas de

même dans la mer Méditerranée; là, les chemins étaient libres, plus

faciles même à suivre qu'aujourd'hui, car certainement il existait alors

des terres reliant notre continent aux côtes africaines; les Baléares,

la Corse, la Sardaigne, la Sicile, l'île de Malte ne sont que les ruines

de ces immenses digues par lesquelles les animaux se sont retirés devant

les rigueurs toujours croissantes du climat de la Gaule et qui,

peut-être, ont permis à l'homme de répandre ses premières découvertes

industrielles. En quelques semaines on pouvait en ces temps passer de la

vallée du Rhône aux territoires africains, soit en descendant par

l'Italie ou par l'Espagne, comme l'ont fait plus tard les envahisseurs

germaniques, soit en traversant des terres aujourd'hui disparues.

La diffusion des industries paléolithiques dans tout le bassin

méditerranéen s'explique donc aisément par la facilité des

communications; et celle des formes moustiériennes, spéciale à l'Ancien

Monde, vient appuyer cette hypothèse (_carte, fig. 187_) car son habitat

semble avoir pour centre la mer Méditerranée; mais on ne peut faire état

de la déduction que nous venons de tirer en ce qui regarde les régions

plus lointaines dans lesquelles se rencontrent les instruments

paléolithiques. Existait-il encore à cette époque un continent joignant

le pays des Somalis à la péninsule hindoue? C'est chose possible; mais

d'autre part les Somalis étaient séparés des Pré-Égyptiens par de grands

espaces et de hautes montagnes peu favorables aux relations des peuples

entre eux. Quant à l'Amérique du Nord, elle communiquait peut-être avec

l'Europe par l'Atlantide: quant au continent dont Terre-Neuve et

l'Islande ne seraient aujourd'hui que des points culminants demeurés

hors des eaux, il était couvert de glaces. Cette supposition de la

communication par l'Atlantide, semble être bien peu fondée, bien qu'elle

soit basée sur la répartition géographique des mers aux derniers temps

tertiaires.

Quoi qu'il en soit, s'il a jamais existé un foyer unique des industries

paléolithiques, peut-être sur des terres aujourd'hui disparues, la

propagation de ces industries n'a pas été l'affaire d'un jour et, par

suite, en aucun cas, le synchronisme ne peut être admis pour la même

industrie dans toutes les régions.

[Illustration: Fig. 188.--Expansion de l'industrie aurignacienne.]

Mais que peut-on penser des pays où ne se rencontrent pas les

instruments paléolithiques, qui cependant, émergeant des eaux, n'étaient

pas couverts de glace? Étaient-ils inhabités, ou les hommes qui les

possédaient vivaient-ils encore à l'état d'_homo stupidus_? La Grèce, la

Macédoine, l'Asie mineure, pour ne parler que des contrées du vieux

monde, n'ont pas connu l'usage du «coup de poing»; et cependant ces pays

ne sont éloignés ni de la Syrie, ou de l'Égypte, ni de la péninsule

Italique, où l'on rencontre quelques témoins de l'industrie

paléolithique. Dans ces régions ainsi que dans les îles, à Chypre, en

Crète, dans l'Archipel, les premiers colons sont des néolithiques,

souvent même des énéolithiques; ils polissent la pierre, ou font usage

du cuivre; ce sont donc des étrangers qui forcément ont évolué dans

d'autres pays, avant d'atteindre ce degré de culture.

Avec le paléolithique, cesse la grande extension industrielle, qu'elle

provienne de la dilatation d'un foyer principal ou de centres multiples;

le régionalisme s'établit après le dépeuplement post-moustiérien, et

c'est en vain qu'on chercherait, et qu'on a d'ailleurs cherché, une

généralisation des types archéolithiques. Chaque région possède dès lors

ses usages, coutumes adaptées à ses besoins et aux ressources locales.

L'Aurignacien (_carte, fig. 188_) sort à peine de la France, le

Solutréen (_carte, fig. 189_) gagne quelque peu dans le nord-ouest de

l'Espagne et en Suisse et certaines analogies ont fait penser qu'il

s'était étendu jusqu'en Moravie et dans la Pologne russe, mais le fait

est encore bien douteux. Le Magdalénien prend plus d'importance (_carte,

fig. 190_); il couvre le nord-ouest de l'Espagne, le sud de

l'Angleterre, toute la Gaule, une partie de l'Europe centrale et

s'étendrait jusqu'à l'Ukraine; toutefois il est permis de se montrer

sceptique, quant à l'homogénéité des industries qu'on groupe ainsi; car

les similitudes dans quelques instruments en silex n'entraînent pas

forcément l'identité des cultures; la hache polie, le racloir simple ou

double, le perçoir, les lames retouchées du type néolithique égyptien

qui se retrouvent en Espagne, en France, en Algérie et dans bien

d'autres pays encore; et, cependant, on ne peut pas attribuer une même

origine aux civilisateurs de ces divers pays. Il faut un ensemble de

faits portant sur des applications multiples pour qu'on soit en droit

d'identifier deux cultures.

[Illustration: Fig. 189.--Expansion de l'industrie solutréenne.]

[Illustration: Fig. 190.--Expansion de l'industrie magdalénienne.]

À la fin de la période quaternaire, les barrières dans lesquelles le

vieux monde était enfermé se rompent, les glaciers se retirent peu à

peu, pour se cantonner près du pôle et sur les hautes montagnes; les

lacs qu'alimentait la fonte des neiges s'assèchent, et les portes de

l'Asie septentrionale s'ouvrent largement. C'est un grand réservoir

d'hommes qui va se vider, si l'on en juge par les événements

post-quaternaires, réservoir qui pendant des milliers d'années déversera

ses flots sur nos pays, où l'apparition des industries mésolithiques

semble en être la première conséquence. Quand se présentent ces nouveaux

venus, nous voyons paraître l'élevage et l'agriculture, on cultivera

désormais les céréales; cependant il n'est pas possible de dire avec

certitude si ces découvertes sont l'oeuvre des autochtones, ou si les

envahisseurs ont apporté ces connaissances de pays lointains. Peu après

ces temps, on polit la pierre en Gaule, en Europe centrale, en

Scandinavie, et l'art du potier se développe; mais les peuples nouveaux

venus, tout en étant probablement plus développés que les aborigènes au

point de vue industriel, ne sont que des barbares dans les questions

d'art et de goût; avec leur arrivée coïncide la disparition de la belle

école magdalénienne de la sculpture et du dessin. On a pensé que les

représentations des cavernes possédaient un sens mystique, une valeur

totémique, et que là serait la cause de leur abandon, de nouvelles

conceptions venant supplanter les vieilles croyances.

À cette époque, qui nous apporte les premières notions solides au sujet

des mouvements de peuples, se pose un problème de la plus haute

importance. Nous avons vu que l'industrie paléolithique laisse de grands

vides sur les cartes, et nous constatons que les types européens de

l'archéolithique n'occupent que de faibles parties de l'ancien

continent. Que s'est-il passé dans ces régions? Dans certains pays tels

que la Grèce, l'Asie mineure, les Îles, ces colons se fixent et leurs

premières industries sont celles de la pierre polie souvent accompagnée

du métal comme en Chaldée et dans l'Élam.

Dans d'autres régions, telles que la Tunisie, l'Algérie, des industries

spéciales de la pierre éclatée, très peu nombreuses, mais variées, ont

pris place après la phase paléolithique, jouant le rôle de

l'Aurignacien, du Solutréen et du Magdalénien de nos pays; c'est ainsi

que le Capsien, si bien caractérisé à El Mekta (Tunisie), sert de

transition entre l'Acheuléo-moustiérien et les types néolithiques,

peut-être là aussi accompagnés du métal.

Dans la vallée du Nil, la transition est plus brusque encore. À

l'Acheuléo-moustiérien, très abondant dans les alluvions désertiques,

mais qui, jusqu'ici, n'a pas encore été rencontré _in situ_, succède

immédiatement, sans transition aucune, le type néolithique le plus

accompli qui soit. Il se pourrait cependant que les industries

intermédiaires n'eussent pas encore été retrouvées; mais le fait est

bien douteux car la zone à explorer est très limitée, et jusqu'ici

aucune trace d'archéolithique n'a été rencontrée. En Syrie, on trouve,

dans les cavernes, des restes qui à première vue semblent appartenir aux

cultures archéolithiques mais leur âge et leur nature sont encore bien

sujets à discussion.

De ces observations, qui portent sur de nombreuses contrées, il résulte

que certains pays étaient inoccupés lors de l'arrivée des premiers

colons post-quaternaires, que d'autres en étaient encore aux industries

paléolithiques, que chez certains une forme de l'Archéolithique était en

usage, que nos «âges» de l'Europe occidentale n'ont qu'une simple valeur

régionale, dont bien des archéologues se sont exagéré l'importance;

parce que ces industries faisaient l'objet de leurs études de chaque

jour, ils ont été entraînés à leur accorder un rôle prépondérant.

Il ne faut pas oublier qu'aux temps glaciaires les contrées européennes

médianes étaient exposées à de grands abaissements de température, et

que les régions plus méridionales n'étaient pas soumises aux mêmes

conditions climatériques. Les graffitis relevés sur les rochers de la

Haute-Égypte reproduisent en grossières images la girafe, l'éléphant; et

les vases funéraires peints figurent des troupeaux de gazelles et

d'antilopes, des bandes d'autruches. Dans l'Afrique du Nord, qui ne

s'était pas encore asséchée au point où elle l'est de nos jours, le

climat était chaud et humide, et, par suite, les conditions de

l'existence se montraient tout autres que celles de la même époque dans

nos régions, et ces différences dans la nature de la vie se sont

traduites dans les armes et les ustensiles que l'homme fabriquait pour

répondre à ses besoins.

Tant que subsista le barrage qui, aux temps glaciaires, fermait la route

d'Asie centrale vers l'Europe et vers les pays fertiles du Tigre et de

l'Euphrate, tant que le plateau persan et le Caucase furent couverts de

neige, que le lac Aralo-caspien baigna le front des glaciers polaires,

la civilisation évolua sur elle-même dans chaque pays, progressant

lentement et sans secousses. Il est à croire que c'est dans ce milieu

relativement homogène que des étrangers sont venus apporter des

connaissances nouvelles, dès que les portes de l'Asie centrale furent

ouvertes. Sans nul doute cette barrière, dont l'existence correspond à

l'extension maxima des envahissements glaciaires, a pu se rompre

plusieurs lois, au cours des temps pléistocènes, lors des reculs des

neiges, et c'est à plusieurs reprises que les gens de l'Asie centrale se

seraient présentés dans notre Occident méditerranéen comme dans l'Europe

centrale. Peut-être les arts et les industries primitives de la Chaldée

et de l'Élam, dont nous ignorons d'ailleurs le berceau, ont-ils tiré

leur origine de ces mouvements; peut-être sont-ils venus du Nord de

l'Asie antérieure, du pays des bouquetins et des moutons. Il est, en

tout cas, vraisemblable que des rives du Tigre, de l'Euphrate et de la

Kerkha certaines pratiques ont gagné la Syrie, la Palestine, la vallée

du Nil, puis l'Occident méditerranéen, par l'entremise des îles. Cette

première émigration des gens de l'Asie centrale, ou tout au moins de

leurs idées, serait de beaucoup la plus ancienne; elle aurait trouvé

l'homme usant encore, en Chaldée et dans l'Égypte, des armes et des

instruments paléolithiques, puis des terres sans habitants dans

l'Hellade et dans les îles; plus tard, sur les côtes de l'Afrique du

Nord, elle aurait rencontré des indigènes ayant remplacé les industries

paléolithiques par d'autres, dont le Capsien, plus conformes à leurs

besoins.

Mais les courants qui sont venus de l'Asie centrale étaient forcément

partagés en deux branches par les obstacles que présentaient la mer

Caspienne et le Caucase. La voie du nord, serpentant au milieu des

plaines marécageuses laissées par le recul des glaciers, était plus

longue, plus difficile que celle du sud, et bien des siècles

s'écoulèrent certainement avant que les émigrants, ou tout au moins

leurs inspirations, se soient avancés jusque dans nos pays de l'Europe

occidentale.

Pendant des milliers et des milliers d'années, l'Orient a envoyé vers

l'Europe occidentale et l'Asie antérieure d'innombrables flots humains

qui tous, dans nos pays, ont soit créé, soit détruit, toujours modifié

profondément l'état des choses existant lors de leur venue.

D'ailleurs ces flots successifs qui s'écoulèrent lentement ne portaient

pas tous les mêmes notions. Dans les pays d'origine, certaines peuplades

étaient plus avancées que leurs voisines, souvent elles mêmes très en

retard. Si nous ne considérons que les vagues venues de l'Est dans les

temps historiques, nous constatons de bien grandes différences dans les

goûts et les aptitudes des divers flots, et il en a été de même pour les

invasions beaucoup plus anciennes; les traces que nous en retrouvons le

prouvent.

Toutefois ce ne sont là qu'hypothèses, permises, il est vrai, par l'état

actuel de nos connaissances, mais au sujet desquelles il ne faut pas

s'abuser: car, demain peut-être, elles s'écrouleront en présence de

nouvelles découvertes. Cependant on peut tenir pour certain que la

découverte du métal ne s'est produite ni en Chaldée, ni en Élam, parce

qu'avant leur colonisation énéolithique, ces pays étaient inhabités, ni

en Égypte, pour les mêmes causes et par suite de la pénurie des minerais

cuivreux, ni dans les îles méditerranéenes de l'Orient; mais bien dans

ces montagnes du nord de l'Asie antérieure que nous montre du doigt la

tradition.

Aux deux derniers millénaires avant notre ère, aux influences directes

ou de proche en proche de l'Asie centrale, sont venues se joindre celles

des civilisations de l'Orient méditerranéen, et les complications

deviennent plus grandes encore; car ces cultures ont réagi les unes sur

les autres, sont liées par une multitude de conceptions communes, tout

en conservant leur personnalité, et leur influence sur les peuples

barbares, où elles ont rencontré des aptitudes très diverses, s'est

compliquée de l'influence de ces peuplades sur leurs congénères. Les

relations, très difficiles à restituer, se faisaient le plus souvent de

proche en proche, et produisaient des idées hybrides, parfois fort

éloignées de la pensée originelle.

L'Humanité préhistorique · 第 19 / 22 段