Le culte des morts n'était d'ailleurs pas, aux temps préhistoriques, la

seule croyance religieuse; il en existait une multitude d'autres, mais

la question des idées philosophiques, chez les peuples sans histoire,

est l'une des plus obscures qui soient, parce que nous manquons presque

complètement de documents sur lesquels il nous soit possible de baser

même des hypothèses. Sauf pour les rites funéraires qui, nous venons de

le voir, montrent que dans tous les pays l'homme s'est préoccupé de la

vie future, nous sommes presque toujours contraints, pour nous faire une

idée de ce qu'étaient les cultes primitifs, de faire usage des sources

historiques et de remonter, par la pensée, au travers des âges, en nous

aidant, mais bien faiblement, des rares objets préhistoriques qui

semblent se prêter à l'interprétation. Cette excursion dans les origines

historiques des croyances nous montre les religions infiniment variées,

ce qui n'est pas sans compliquer encore la tâche du préhistorien. En

effet, si nous constatons que les peuples d'une même région, en entrant

dans l'ère historique, possédaient des croyances diverses, que

devons-nous penser de ceux qui successivement, dans les temps plus

anciens, ont foulé le sol de ce même pays?

Les religions naissent, prospèrent, parfois se répandent au loin, puis

entrent en décadence et meurent. Seules, celles qui sont basées sur des

principes vraiment philosophiques survivent; mais plus nous remontons

dans le temps et plus nous nous éloignons des conceptions élevées, plus

nous pénétrons profondément dans les pratiques de la superstition et de

la magie; car l'être humain, devant l'impuissance de ses efforts sur les

phénomènes alors incompréhensibles, guidé d'une part par la crainte,

d'autre part par l'espérance, a forcément attribué la multiplicité des

faits dépassant son intelligence à une foule de causes. Il en résulte

des pratiques compliquées à l'infini: «l'homme peupla d'abord l'espace

de forces libres, passionnées, susceptibles d'être invoquées et

fléchies[207]». Ce n'est que beaucoup plus tard que vint la notion du

dieu unique: parce qu'elle exigeait une généralisation des causes que

seuls des esprits développés étaient aptes à concevoir.

[Note 207: RENAN, _Hist. du peuple d'Israël_. I, 27.]

Le domaine de l'incompréhensible, très vaste au début, se restreignit

peu à peu au fur et à mesure du progrès intellectuel. La pléiade divine

primitive, née de la multiplicité des phénomènes, reçut un maître et,

chez quelques rares esprits plus affinés, naquit la conception d'une

force supérieure à toutes les autres, les englobant. La notion du dieu

unique était née: mais, dans beaucoup de religions, cette conception

supérieure demeura le secret du clergé: c'est ce qui eut lieu en Égypte

et probablement aussi en Chaldée, et c'est, fort probablement, de ces

notions sacerdotales que les Hébreux tirèrent Yaveh. Mais dans toutes

les religions orientales les anciens dieux n'étaient pas destitués, les

clergés les conservèrent longtemps encore, parce que les peuples

n'étaient pas assez développés pour qu'on pût les faire renoncer à leurs

superstitions.

Chez tous les peuples dont nous avons pu étudier les origines

religieuses, ou tout au moins remonter fort loin dans l'examen de leurs

croyances, nous rencontrons le polythéisme. Égyptiens, Chaldéens,

Élamites, Hellènes possèdent tous un panthéon compliqué. Il en est de

même pour les peuplades que par nos découvertes géographiques du

XVIIe et du XVIIIe siècles, nous avons été à même de surprendre en

pleine civilisation préhistorique.

[Illustration: Fig. 154.--Emblèmes religieux et insignes des tribus sur

les vases peints prédynastiques d'Égypte. 1 à 13, Négadah et Ballas; 14,

El-Amrah et Abydos; (15 à 41, d'après Schweinfurth).]

Chez les Sémites de la Chaldée, les Akkadiens, nous voyons l'idée de la

divinité, dès les débuts, se rattacher aux astres, alors que pour les

anciens habitants des pays du Tigre et de l'Euphrate, chez les

Sumériens, la puissance incompréhensible appartient aux forces de la

nature, conceptions différentes dans la forme, qui partaient du même

besoin de s'adresser à quelqu'un ou à quelque chose pour conjurer le

mauvais sort. Ces deux religions primitives n'avaient rien de

philosophique, l'intérêt en était le mobile, et la superstition le

guide.

En Égypte, il semble que deux cultes se soient mélangés celui des

Aborigènes lybiens, de ces hommes que nous avons vus taillant la pierre,

et celui des envahisseurs qui apportèrent avec eux la connaissance du

cuivre; de cet ensemble sortit la religion pharaonique. Mais les

vieilles coutumes survivaient encore aux temps grecs et romains. Tout

avait été jadis dieu dans la nature, et chaque nôme conserva son dieu

jusqu'aux premiers siècles de notre ère. C'était une survivance quatre

ou cinq fois millénaire de la division du pays entre ces tribus dont

nous voyons les insignes distinctifs figurer sur les vases peints

préhistoriques. En Égypte comme en Chaldée chacun des dieux avait son

emblème, son animal ou son objet privilégié, et chez les pharaoniques,

le culte primitif des animaux s'était conservé, dernière trace du

totémisme originel. On momifiait les chats, les chiens, les chacals, les

crocodiles, les boeufs comme s'ils avaient été les dieux eux-mêmes.

[Illustration: Fig. 155.--Empreinte de cachet (palais de Cnossos).

Déesse apparaissant au sommet d'une montagne, entre deux molosses, et

personnage en adoration.]

Mais les Asiatiques, qu'ils fussent Sémites ou qu'ils appartinssent aux

anciennes races, ont aussi vénéré la nature: les arbres, les sources,

les fleuves, les montagnes; et ce culte semble être le plus ancien chez

tous les peuples: nous le retrouvons dans l'Europe occidentale, chez les

sauvages de nos temps, et bien certainement des recherches plus étendues

amèneront à constater que dans tous les pays il a été la base, l'origine

des cultes divers.

Dans l'étude des questions religieuses relatives à la préhistoire de

l'homme, nous devrons donc rejeter la notion du dieu unique, et nous

attacher seulement au naturisme, qu'il soit sidéral ou se rapportant aux

phénomènes terrestres. Les astres et les étoiles, la foudre, l'orage, la

pluie, le vent, le froid et la chaleur ont été quelque part et en

quelque temps des dieux; les eaux, sources, lacs, rivières, les

montagnes (_fig. 155_), les rochers, les arbres, en ont été également,

de même que les animaux; mais ces cultes étaient très variés suivant les

lieux et les époques. Contentons-nous de glaner dans ce milieu d'une

diversité infinie, et de signaler ceux des cultes dont il nous est

parvenu des témoins consentant à parler.

Tout d'abord au culte des morts, à la conception de l'anéantissement

terrestre, nous devons opposer l'image de la vie, de la création, de la

fertilité, de l'abondance, bonheurs personnifiés par la déesse

chaldéenne Nana une forme de l'Astarté, des Hellènes.

[Illustration: Fig. 156.--Représentations de la déesse Nana (Astarté).]

Dans les couches profondes des ruines chaldéennes et susiennes, jusque

dans celle qui renferme les vases peints de l'industrie énéolithique, on

rencontre de grossières figurines de cette déesse (_fig. 156_, n° 1),

voire même son emblème (_fig. 156_, n° 2); image qui, plus tard, dans

les temps historiques, se montrera en abondance, sous forme d'ex-voto

d'argile (_fig. 156_, n° 3). Or, cette image, qui symbolise la

fertilité, nous la retrouvons en Égypte (n° 4), soit réelle, soit

symbolisée (n° 5), suivant le goût égyptien, car jamais en Chaldée elle

ne se montre sous cette forme. Puis elle disparaît de la vallée du Nil

dès l'établissement de la civilisation pharaonique; mais ce n'est pas

seulement en Égypte qu'elle est parvenue du pays des deux fleuves: on la

rencontre à Hissarlik, dans les ruines de la seconde ville (n° 7), en

Cilicie, à Adalia (n° 9), dans les îles grecques, à Chypre (nos 6,

10, 11 et 12), accompagnant l'industrie néolithique et jusque dans le

bassin du Danube, à Kliçevac, près de Belgrade (n° 13). L'Orient tout

entier et quelques pays de l'Europe ont vénéré la déesse mère,

dispensatrice de la fertilité dans les champs, chez les animaux et chez

les hommes.

[Illustration: Fig. 157.--Danse rituelle. Peinture rupestre de Cogul

(Espagne), d'après H. Breuil.]

En Asie, comme en Égypte, on représentait les dieux, on leur élevait des

temples et des autels, alors que dans l'occident et le nord de l'Europe,

il semble que des lois cultuelles interdisaient les images divines; car

les temps néolithiques et ceux pendant lesquels florissait l'industrie

du bronze ne nous ont laissé aucune sculpture religieuse. Seule une

peinture rupestre de l'Espagne (_fig. 157_), qu'à tort, à mon avis, on a

pensé pouvoir rapprocher de l'art magdalénien, nous montre soit aux

temps néolithiques, soit plus tard, une sorte de cérémonie, une danse(?)

de femmes qui paraît se rapporter au culte de Priape. Ces femmes portent

de longues jupes, des coiffures étranges; leur poitrine est nue; elles

font songer par leur costume aux représentations crétoises figurant

également des danses rituelles (_fig. 158_). Mais ces peintures sont

situées en Espagne, pays qui d'après H. Breuil n'ont pas été soumis aux

influences égéennes. Il y a donc lieu de considérer cette scène soit

comme purement indigène, soit comme étant d'origine africaine.

[Illustration: Fig. 158.--Bague d'or d'Isopata (près Cnossos). Danse

rituelle.]

Le culte du soleil, très ancien en Chaldée et en Égypte, se montre, en

Europe, dès les temps de l'industrie du bronze. Mais les objets que nous

possédons, affirmant son existence dans nos pays, sont si conformes au

mythe grec, qu'on est amené à penser que les instruments pour ses rites

ont été inspirés par le monde hellénique.

On sait que les anciens faisaient parcourir l'espace diurne par le

soleil dans un char attelé de chevaux (_fig. 159_, n° 2); puis que, pour

se rendre du couchant au levant, le dieu quittant son char (nos 1, 2

et 10, disque solaire et char), naviguait alors dans une barque sur le

fleuve Océan (nos 3 à 7, bateaux solaires).

Or, en Scandinavie, à Trundholm, on a trouvé un char rituel en bronze,

attelé d'un cheval, portant le disque; et, en Irlande comme en

Angleterre, plusieurs disques solaires en or ont été découverts (_fig.

159_, nos 8 et 9, le cygne). Puis, les mêmes pays du Nord ont fourni

des gravures rupestres (en Scandinavie), et des lames de couteaux

portant gravée la représentation de la barque solaire, et enfin une

barque votive en or (Jutland). Le mythe se développe donc tout entier

dans les pays Scandinaves. M. O. Montelius estime que le char de

Trundholm appartient à la seconde phase du bronze scandinave qu'il place

vers l'an 1300 av. J.-C. Or, à cette époque l'Hellade était depuis

longtemps en relations avec les pays baltiques, par le commerce de

l'ambre.

[Illustration: Fig. 159.--Les attributs solaires. 1, Bandeau d'argent de

Syros (Civ. égéenne); 2, char solaire de Trundholm (Suède); 3 et 4,

barques solaires, graffiti de Suède; 5 et 6, couteaux Scandinaves avec

barque solaire; 7, barque votive en or, de Nors (Jutland); 8, ceinturon

de bronze de Falerii (Italie); 9 _id_. de Poggio Burtone (Italie); 10,

disque de Staadorf (Haut-Palatinat).]

Mais si le cheval était l'animal solaire diurne, le cygne était celui

qui tirait la barque de la divinité sur les flots; et si jusqu'ici

l'image du cygne remorquant l'esquif n'a pas été rencontrée, du moins

la figuration du cygne se trouve-t-elle abondamment représentée dans nos

pays, dans le nord de l'Italie et l'Europe centrale, ainsi que dans les

pays Scandinaves eux-mêmes, depuis les temps de l'industrie du bronze

dans ces pays jusqu'aux siècles du fer, voisins des débuts de la période

historique. De telle sorte que, si nous nous en rapportons aux

évaluations des préhistoriens les plus compétents, le culte du soleil

aurait été en honneur dans toute l'Europe pendant un millénaire et demi,

pour le moins; il était répandu dans toute l'Hellade, en Égypte, en

Chaldée, en Arabie et couvrait ainsi tout l'Ancien Monde. Plus loin,

dans la Médie, il prenait une forme particulière, mais non exclusive

comme on l'a pensé; car la doctrine de Zoroastre admettait les dieux

secondaires, et bien des siècles après, quoi qu'ils fussent de fervents

Mazdéens, les souverains sassanides, se disaient dans leur protocole

_minutchétri men yezdân_, c'est-à-dire «issus des dieux».

[Illustration: Fig. 160.--Barques funéraires peintes sur les vases

prédynastiques d'Égypte.]

[Illustration: Fig. 161.--1, Hache de bronze votive (Suse); 2, hache de

pierre votive (Hissarlik).]

Mais en Perse, le culte solaire était certainement de beaucoup antérieur

à Zoroastre; car on rencontre dans les sépultures les plus anciennes le

disque, le svastika et d'autres symboles reconnus aujourd'hui pour

n'être qu'une stylisation de la figure du soleil. Le svastika figure sur

les monnaies les plus anciennes de l'Inde, lingots poinçonnés qu'on

attribue au VIIe s. av. J.-C.

Sur les vases funéraires peints de l'Égypte primitive, on voit très

fréquemment figurer des barques (_fig. 160_); mais il ne faut pas

confondre ces représentations avec celles ayant rapport à la course

nocturne du soleil, il semble qu'elles soient les premiers témoins de

l'usage pharaonique de transporter le mort à sa dernière demeure par

voie fluviale. Cette coutume était encore en usage à la douzième

dynastie; les barques funéraires, que mes fouilles de Dahchour ont fait

connaître, en sont une indiscutable preuve. D'ailleurs les bas-reliefs

égyptiens de toutes les époques témoignent de ce rite.

Nous citerons encore l'importance rituelle qu'ont prise aussi bien dans

l'Orient que dans nos pays la hache votive simple ou double (_fig. 162_)

et le boeuf, dont on trouve soit l'image complète, soit la figuration des

cornes seulement très fréquemment représentées; ces deux symboles sont,

dans bien des cas, réunis; par conséquent ils correspondraient sinon à

la même pensée, du moins à deux croyances très proches l'une de l'autre.

[Illustration: Fig. 162.--Haches et taureaux votifs: 1, vase mycénien du

Chypre; 2, Hissarlik; 3, Bythin (province de Posen); 4, 5,

Châtillon-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine); 6, Hissarlik; 7, Ebersberg; 8,

Olympie; 9, Grotte de Dicté (Crète).]

Ainsi, dans bien des cas, le naturisme, primitif s'est peu à peu

transformé, l'idée première de la divinité sous sa forme réelle a

disparu, et l'emblème des dieux a pris la place de la pensée initiale.

C'est ainsi que sur les koudourrous chaldéens (bornes-titres de

propriétés) nous voyons figurer indifféremment les dieux et leurs

emblèmes; c'est ainsi également que sont nés les panthéons chez les

Égyptiens, les Grecs, les Italiotes, etc...

Telles sont, dans leurs grandes lignes, toutes nos connaissances quant

aux croyances religieuses chez les hommes avant l'Histoire. En ces temps

la magie et la divination, issues du naturisme, jouaient un très grand

rôle dans les rites; mais nous ne saurions entrer dans le détail de ces

pratiques diverses; les documents font encore défaut.

CHAPITRE III

LA FIGURATION DE LA PENSÉE

Quand l'homme fut sorti de la vie uniquement matérielle, dès que son

esprit s'affina quelque peu, il éprouva le besoin de fixer sa pensée,

afin de la pouvoir transmettre par des signes intelligibles pour tous;

et le premier moyen qu'il trouva fut de représenter par le dessin les

idées simples qu'il concevait. Ce premier effort donna naissance à la

pictographie représentative; mais bientôt le domaine de la pictographie

devenant trop étroit pour répondre aux idées abstraites, même les plus

simples, on y joignit la figuration conventionnelle, dont les tracés

prirent rapidement une forme hiéroglyphique, et, grâce à son

développement intellectuel, et aux progrès que chaque jour l'homme

faisait dans toutes les branches de la pensée, bientôt cette écriture

elle-même ne suffit plus à ses besoins, certains mots de son parler ne

trouvant pas leur expression dans les figures dont il disposait et qu'il

ne pouvait pas créer. C'est alors que, négligeant la signification

représentative de certains signes, il ne leur accorda plus qu'une valeur

phonétique, tout comme nous le faisons encore dans nos rébus. Ainsi

naquirent les hiéroglyphes proprement dits, ceux de l'Égypte, de la

Chaldée primitive, des Hétéens, de la Crète, de la Chine, du Mexique,

etc., dont l'écriture se compose de signes mélangés représentatifs,

idéographiques et phonétiques. De là, par des transformations

successives des signes phonétiques, se forma l'écriture syllabique: tels

le chinois, le cunéiforme des Achéménides, et de ces systèmes sortit la

conception de l'alphabet.

Telle est l'évolution rationnelle de l'écriture. Quelques peuples

seulement en ont connu toutes les phases; mais, à côté, se développa

chez bien des tribus le mnémonisme, entièrement conventionnel, et dont,

par suite, la clé s'est perdue en même temps que disparaissaient les

hommes qui faisaient usage de ces moyens.

[Illustration: Fig. 163.--1 à 12, Galets peints du Mas d'Azil (Azilien):

13 et 14, os gravés, caverne de Lorthet (Hautes-Pyrénées)

(Magdalénien).]

Aux temps quaternaires, la gravure et la peinture jouaient dans bien des

cas probablement le rôle d'écriture pictographique simple; toutefois

nous n'en pouvons être assurés; mais à côté de ces représentations

artistiques, peut-être idéographiques, il existait aussi des

aide-mémoire variés, dont fréquemment nous retrouvons des traces. Les

galets coloriés du Mas d'Azil (_fig. 163_, nos 1 à 12), les os gravés

de la Roche-Bertier (Charente) et de Lorthet (Hautes-Pyrénées) (_fig.

163_, nos 13 et 14) en sont d'indiscutables exemples[208]. Donc

l'homme dans nos pays, dès la fin des temps quaternaires, usait de ces

moyens mnémoniques dont se servent encore les tribus sauvages de

l'Océanie, dont les Indiens du Nouveau Monde ont fait usage; et cette

coutume semble avoir disparu lors de la naissance des industries

mésolithiques, ou du moins nous n'en voyons plus de traces, dès que

paraît le campignien, ainsi que pendant toute la durée des industries du

bronze dans l'occident de l'Europe.

[Note 208: PIETTE, _Étude d'ethnographie préhistorique_, VI (1896),

385.]

[Illustration: Fig. 164.--Inscription de Nunsingen (Suisse) sur une

perle de verre dans un tombeau remanié de l'industrie de la Tène (époque

incertaine).]

[Illustration: Fig. 165.--Peinture figurative mexicaine accompagnée de

légendes explicatives en hiéroglyphes (d'après L. de Rosny).]

Nos pays ne semblent pas avoir connu l'hiéroglyphe. C'est en Orient,

dans le centre de l'Amérique et en Chine que ce système s'est surtout

développé. Nous le trouvons établi en Égypte dès les temps

pré-pharaoniques; il serait venu dans ce pays en même temps que la

connaissance du cuivre. En Chaldée et dans l'Élam, aux temps de

l'industrie énéolithique, il existait déjà comme précurseur des signes

cunéiformes. Chez les Hétéens, nous le voyons complètement formé à

l'époque des Ramessides, mais nous ne connaissons pas ses débuts; il en

est de même pour les hiéroglyphes égéens[209]. Ces écritures, dans

lesquelles le phonétisme jouait assurément un très grand rôle sont

demeurées cantonnées dans les pays de l'idiome auquel elles

correspondaient; et, même alors que les communications devinrent

faciles entre l'Orient et l'Occident, elles n'ont jamais été adoptées en

Europe et n'ont même pas inspiré d'écritures analogues. L'Occident ne

connut pas de système alphabétique, avant l'apparition de l'écriture

hellénique. Comme exemple, unique d'ailleurs jusqu'ici, de tentative

indépendante de la Grèce, nous citerons l'inscription de Müningen, en

Suisse (_fig. 164_), que porte une perle de verre datant des débuts de

l'industrie du fer; encore ne pouvons-nous pas nous rendre compte de son

origine.

[Note 209: XXVII, 424 sq.]

[Illustration: Fig. 166.--Caractères chinois de diverses époques.]

[Illustration: Fig. 167.--Représentation pictographique sur roche à

Skebbervall (Bohusland, Suède).]

[Illustration: Fig. 168.--Représentations pictographiques des rochers de

l'Irytch (d'après Spassky).]

Parmi les essais d'inscriptions figuratives demeurés sans lendemain,

nous citerons celles des rochers de Bohusland, en Suède (_fig. 167_),

celles de la Sibérie (_fig. 168_), de la Haute-Égypte (_fig. 169_), du

Marié-Lüd à Locmariaker (Morbihan) (_fig. 170_), comme étant parmi les

plus caractéristiques de ce procédé de fixer la pensée.

Quant aux systèmes hiéroglyphiques, il en est plusieurs qui ont fourni

une longue carrière, et dont les transformations ont amené la naissance

de procédés d'écriture beaucoup plus complets. Les plus importants sont

ceux de la Chaldée, de l'Élam, de l'Égypte, de la Chine et du Mexique;

nous pouvons suivre aisément leurs progrès successifs.

[Illustration: Fig. 169.--Graffiti gravés sur les rochers de

Gébel-Hétemat (Haute-Égypte), (découverts et dessinés par M. G.

Legrain).]

Dans les pays chaldéo-élamites nous nous trouvons, dès les temps très

anciens, en présence de deux systèmes parallèles: celui de l'Élam

appartenant aux indigènes, et celui de la Chaldée qui paraît être plutôt

d'origine sémitique, et qui finalement a dominé sur toute la région.

Un très ancien cylindre-cachet, découvert à Suse (_fig. 171_), offre un

texte nettement hiéroglyphique, et les tablettes d'argile portant les

textes les plus archaïques de ce pays montrent souvent l'empreinte de

cylindres également hiéroglyphiques (_fig. 172_).

[Illustration: Fig 170.--Figures tracées sur une des dalles de la

chambre du tumulus du Marie-Lud à Locmariaker (Morbihan).]

Quant à l'écriture elle-même qu'on voit sur ces nombreuses tablettes,

écriture proto-élamite (fig 173), elle représente la transition entre

les caractères hiéroglyphiques soit figuratifs, soit idéographiques, et

les signes purement conventionnels. Cette écriture était d'usage non

seulement sur argile, mais aussi sur pierre (_fig. 173_) et, dans les

deux cas, conservait le même aspect.

[Illustration: Fig. 171.--Développement d'un cylindre hiéroglyphique

trouve a Suse (_Mém. délég. en Perse_, tome II, 1900, p. 129).]

[Illustration: Fig. 172.--Empreinte d'un cylindre portant une

inscription hiéroglyphique sur une tablette proto-élamite (Id., t. X).]

Dans les pays chaldéo-élamites, l'argile molle était le support courant

des textes; or l'argile ne se prête pas au dessin des formes courbes; il

en est résulté que l'écrivain, en dehors des cercles ou des ellipses

qu'il obtenait par poinçonnage, en était réduit, quand il n'employait

que la pointe triangulaire de son stylet, à transformer le plus souvent

les parties courbes en polygones plus ou moins réguliers.

[Illustration: Fig. 173.--Inscription proto-élamite sur une tablette

d'argile (_Mém. délégation en Perse_, tome VI, pl XXI).]

[Illustration: Fig. 174.--Inscription lapidaire en caractères

proto-élamites du patési de Suse Karibou-Cha-Chouchinak (_Mém. délég. en

Perse_, t. VI, pl. 11), XXVIIe siècle av. J.-C.]

Malgré les difficultés matérielles qu'il avait à vaincre, l'écrivain des

premiers temps conservait encore à ses signes, dans bien des cas la

forme générale des motifs qu'il voulait figurer, tout en la traduisant

par un groupe de clous irréguliers. Nous donnons (_fig. 174_) les

fac-similés de quelques-uns de ces signes, de ceux pour lesquels il est

le plus aisé de reconnaître la forme originelle; puis (_fig. 175_,

nos 49 à 61) l'équivalent cunéiforme de basse époque de quelques-uns

de ces groupes. En examinant ce tableau, le lecteur se rendra, bien

mieux que par une description détaillée, compte de l'évolution qui s'est

opérée en Élam. Il y a lieu de remarquer que ces hiéroglyphes sur argile

ne peuvent être que la copie de figures plus complètes, et assurément

étrangères à l'Élam, car ce n'est pas en s'essayant sur l'argile que les

scribes eussent été à même de concevoir ces représentations.

[Illustration: Fig. 175.--Écriture proto-élamique.]

L'un des signes les plus intéressants à cet égard est celui qui

représente l'homme (_fig. 176_). La silhouette est conservée, d'après

des modèles plus parfaits et plus anciens, mais elle est rendue, sauf la

tête, par de simples traits cunéiformes.

Mais l'usage du système proto-élamite ne devait pas avoir de lendemain.

De très bonne heure nous voyons les cunéiformes linéaires chaldéens

(_fig._ 177 et 178) s'introduire en Élam et remplacer l'écriture

indigène.

[Illustration: Fig. 176.--Ecriture proto-élamite: représentation de

l'homme.]

[Illustration: Fig. 177. Cunéiformes linéaires chaldéens (Yokha,

Chaldée)]

[Illustration: Fig. 178.--Cunéiformes linéaires chaldéens (Suse).]

[Illustration: Fig. 179.--Fragment de tablette découverts à Ninive

fournissant l'explication, en caractères cunéitonnes des hiéroglyphes

primitif.]

L'Humanité préhistorique · 第 17 / 22 段