Après cette seconde phase, la peinture céramique disparaît pour toujours

de l'Élam, quoique lentement. À l'époque de sa naissance l'histoire n'a

pas encore commencé, ce n'est que dans les assises situées beaucoup plus

haut, dans les ruines de Suse, que paraissent les plus anciens textes

des Patésis[179].

[Note 179: Princes-prêtres.]

[Illustration: Fig. 121.--Vase peint de Palestine.]

La première de ces céramiques semble être très spéciale à l'Élam; quant

à la seconde, on en rencontre des vestiges en Chaldée, dans le

Louristan, le pays des Bakthyaris et jusque dans les tells du sud-ouest

du plateau iranien. Son extension paraît avoir été très grande, car,

vers l'occident, elle semble avoir tout au moins influencé la Palestine

(_fig. 121_) et la Phénicie.

Quelle est la cause de la disparition de ces arts? Nous l'ignorons et

sommes réduits à ce sujet à des conjectures. Nous n'avons pas encore

retrouvé le passage entre les deux phases de cette céramique peinte, et

la dernière école ne s'éteint que graduellement, ne disparaît tout à

fait qu'après l'aurore de l'Histoire; cependant M. Ed. Pottier considère

la seconde comme dérivée de la première. Nous verrons au sujet des

écritures, qu'un autre usage spécial à l'Élam a survécu pendant quelques

siècles encore: celui des signes proto-élamistes qui, peu à peu, ont été

supplantés par l'écriture sémitique, fait qui permet de penser que la

seconde école céramique est entrée en agonie lors de l'arrivée des

Sémites dans la Basse-Chaldée et l'Élam: cette conquête prit place à des

époques très anciennes, car en ces temps on faisait encore, en Élam,

usage de la pierre polie, en même temps que du cuivre et de quelque peu

de bronze.

Si l'Élam cessa de fabriquer des vases peints de la seconde période, il

n'en fut pas de même dans le reste de l'Asie antérieure, où cet art

s'était répandu. Nous en retrouvons en effet les traces en Assyrie[180],

en Palestine et en Syrie[181], en Cappadoce[182], puis dans les îles de

la mer Égée. Mais là se pose un grave problème que seule la chronologie

peut résoudre. La technique des vases peints est-elle venue de Chaldée

en Syrie ou de l'île de Crète, comme bien des archéologues le pensent?

[Note 180: Cf. HELBIG, 1875. _Ann. de l'Instit. de Corresp.

archéol._, p. 221; XLIII, III, 1885.]

[Note 181: LXV, ch. V, 297.]

[Note 182: D'ap. J. Garstang.]

Une grande indécision règne dans les évaluations chronologiques en ce

qui regarde l'histoire des temps les plus anciens de l'Égypte, de la

Chaldée, de la côte asiatique et des îles de la Méditerranée; toutefois,

mettant de côté des dates aussi discutées, ne devons-nous pas penser

qu'un art qui s'est répandu jusqu'à la région d'Ispahan et d'Hamadan

vers l'orient, ne peut avoir eu son foyer au milieu de la mer

Méditerranée, et que c'est plutôt en Susiane qu'on doit chercher son

origine? La céramique de la Palestine et de la Syrie présente d'ailleurs

plus d'affinités avec celle de l'Élam préhistorique qu'avec celle des

îles.

Ainsi l'art en Élam, dès ses débuts, est extrêmement stylisé et présente

des caractères très spéciaux à ce pays; il descend du naturalisme, et

est agrémenté de quelques motifs géométriques; mais la plupart de ces

derniers ornements ne sont peut-être que des stylisations dont nous ne

saisissons pas l'origine.

Dans la vallée du Nil[183] nous rencontrons, avec les industries

néolithiques et énéolithiques, une céramique tout aussi remarquable que

celle de l'Élam non pas par sa pâte, mais par ses formes, comme par son

ornementation; cependant la technique de ses peintures diffère

complètement de celle de Suse: ce n'est plus un enduit durci au feu qui

couvre la surface des vases, c'est une peinture à froid, faite bien

certainement au moyen d'une couleur broyée avec de l'huile, de la

graisse ou de la colle, et, les matières organiques s'étant détruites

avec le temps, il ne reste plus qu'une couche pulvérulente. Il ne faut

pas oublier que ces vases étaient destinés aux sépultures et non aux

usages de la maison. Les sujets de décoration sont très variés; certains

types qui par leur forme imitent les vases de pierre, si nombreux alors

en Égypte, sont parfois ornés de mouchetures rappelant les cristaux des

roches dures (_fig. 122_, nos 12 et 3) ou de spirales inspirées par

les calcaires nummulithiques (_fig. 122_, nos 4 et 8), ou les veines

de l'agate et de la cornaline (_fig. 122_, nos 12 et 15), minéraux si

communs dans le désert. Mais, plus fréquemment, les peintures des vases

funéraires représentent la barque du mort (_fig. 122_, n° 18; _fig.

123_, nos 1, 2, 3 et 9), des danses rituelles (_fig. 123_, n° 1), des

vases de libations (_fig. 123_, nos 8, 9) ou des scènes de la vie.

C'est ainsi que nous voyons débuter des pratiques artistiques qui, plus

tard, prendront une si grande extension dans l'ornementation des

mastabas de l'ancien empire.

[Note 183: Cf. XXXIX.]

Mais là ne se borne pas la céramique de l'Égypte. Dans les tombes

néolithiques et énéolithiques, comme dans les kjoekkenmoeddings, on trouve

des vases rouges, lissés, à bord noir, en très grand nombre; d'autres,

couverts d'un engobe rouge lissé et portant une ornementation peinte en

blanc et fixée au feu, technique qui se retrouve dans les îles de la

Méditerranée. Enfin l'on voit les pâtes incisées avec ou sans

remplissage des traits; ces sortes de vases, quoique rares, se

rencontrent encore au temps du roi Snéfrou, c'est-à-dire jusqu'à la

troisième dynastie.

[Illustration: Fig. 122.--Céramique égyptienne prédynastique.]

[Illustration: Fig. 123.--Céramique égyptienne peinte prédynastique.]

Avec l'apparition des premiers pharaons, la céramique à peintures

rouges cesse brusquement. Nous avons fait la même remarque pour l'Élam

où, après la seconde phase des vases peints, vient une poterie

grossière. En Égypte, c'est, au début de l'ancien empire, la taille des

substances dures qui domine; elle est à son apogée quand cesse la

céramique peinte. Le tombeau de Négadah et ceux d'Abydos renfermaient,

malheureusement à l'état de fragments, de véritables merveilles de l'art

lapidaire, de petits vases de cristal de roche, de quartz laiteux, de

cornaline, d'agate, voire même d'obsidienne, substance dont l'extrême

fragilité ne permet plus qu'on fasse usage aujourd'hui. Ces sépultures

ne contenaient aucun vase peint.

[Illustration: Fig. 124.--Manche en ivoire de poignard en silex,

représentant la faune de l'Égypte au temps du début du régime

pharaonique (découverte de Henri de Morgan à Hassaya, près d'Edfou).

Lignes a partir du haut. 1, Éléphants; 2. Autruches, Girafes; 3,

Panthères; 4, Capridés; 5, Chacals; 6, Antilopes; 7, Porcs-épics; 8,

Boeufs; 9, Hippopotames; 10, Antilopes; 11, Éléphants, Salmonidés; 12,

Capridés; 13, Panthères; 14, Capridés, Chien; 15, Ânes; 16, Antilopes;

17, Chiens et Chacals; 18, Boeufs; 19, Porcs ou Sangliers; 20, Boeufs.]

Nous avons vu que les pré-pharaoniques étaient d'une grande habileté

dans la taille de l'ivoire et de la pierre et qu'ils sculptaient et

gravaient avec adresse de nombreuses représentations animales et

humaines. Nous citerons seulement ici le manche d'ivoire d'un poignard

en silex, découvert par Henri de Morgan dans la nécropole d'Hassaya,

près d'Edfou. Cette magnifique pièce est, sur toute sa surface,

recouverte de figurations d'animaux, on y voit toute la faune de

l'Égypte de ces temps (_fig. 124_).

S'ils étaient devenus experts dans le travail des roches et de l'ivoire,

les gens d'Égypte aux temps énéolithiques n'étaient pas moins habiles à

manier les métaux; un autre couteau de pierre, garni d'une feuille d'or

en guise de manche, montre qu'ils savaient repousser avec talent le

métal précieux (_fig. 125_).

Toutes ces oeuvres artistiques des débuts de l'Égypte font preuve d'une

grande liberté de style; mais elles s'éloignent d'autant plus de la

nature que s'écoulent les temps. C'est qu'aux siècles des industries

néolithiques et énéolithiques, l'artiste n'était pas encore astreint à

suivre ces canons religieux qui, peu à peu, ont fait naître cet art si

particulier des temps pharaoniques. Cette évolution prit place de très

bonne heure; à la troisième dynastie elle était accomplie déjà, et

désormais le dessin comme la sculpture furent réglés dans les moindres

détails par des lois immuables. C'est la stylisation spéciale à l'Égypte

qui se poursuit en s'accentuant jusqu'aux siècles où Rome était

maîtresse dans la vallée du Nil; aussi les oeuvres les plus naturelles,

les plus largement conçues appartiennent-elles à l'ancien empire.

[Illustration: Fig. 125.--Couteau de silex blond garni d'une feuille

d'or ornée au repoussé.

Nécropole de Saghel-el-Baglieh (?), Haute-Égypte (Musée du Caire).]

Dans les îles méditerranéenes on retrouve la technique de tous les vases

dont nous venons de parler à propos de l'Élam et de l'Égypte, sauf

toutefois les peintures rouges fragiles de la haute vallée du Nil; dans

les îles, ces divers genres de poterie se rencontrent avec les

industries énéolithiques qui semblent avoir été celles des premiers

habitants de la Crète, de Chypre et de toutes les terres qui devinrent

plus tard le domaine des Hellènes; ils montrent un art du potier encore

rudimentaire (_fig. 126_ et _127_), et, là aussi, c'est avec le métal

que débutent les véritables essais artistiques. Mais si, dans le monde

méditerranéen, la technique est la même qu'en Asie et en Égypte, les

goûts artistiques sont très différents dès les premières phases de la

peinture céramique (_fig. 128_).

[Illustration: Fig. 126.--Poterie incisée des Cyclades.]

[Illustration: Fig. 127.--Poterie incisée de la mer Égée: 1, Cyclades;

2, Chypre; 3, Milo.]

Le monde égéo-mycénien, bien qu'ayant été largement influencé par

l'Égypte et par l'Asie, n'en montre pas moins un goût personnel très

accentué. Le naturalisme fait la base de la plupart des travaux

artistiques, mais les tendances sont très spéciales, différentes de

celles dont il vient d'être parlé, complètement étrangères à celles des

temps quaternaires dans l'Occident européen. Nous ne nous étendrons pas

ici sur ce sujet qui doit être traité avec tout le développement

désirable dans le tome IX de l'_Évolution de l'Humanité._ Ces arts ont

joué un très grand rôle dans tous les pays méditerranéens, en Italie, en

Espagne, en Gaule et jusque dans l'Europe centrale.

Avant de parler de l'Europe, jetons encore un coup d'oeil sur l'Orient,

sur le nord de la Perse et sur la Transcaucasie, pays dont les arts

céramiques diffèrent complètement de ceux de la Chaldée, de l'Élam, de

la Phénicie et de la Grèce, qui, se reliant aux conceptions des peuples

du Nord, ont en certains cas, joué un rôle important dans la culture

européenne, en dehors des influences méditerranéenes; car beaucoup des

peuples caucasiens, et plus généralement asiatiques, faisaient partie

jadis de groupes dont certaines fractions ont envahi l'Europe, alors que

d'autres s'arrêtaient en chemin.

[Illustration: Fig. 128.--Vase de Kamarès (île de Crète).]

Quand on s'éloigne de ces régions pour pénétrer au coeur de l'Asie, dans

le nord de la Perse, la Transcaucasie et la Sibérie, on se trouve en

présence de deux conceptions artistiques très distinctes, l'une

correspondant à l'industrie du cuivre et du bronze, dans les dolmens du

Nord iranien, ne comportant qu'une ornementation géométrique fort

simple, l'autre dans laquelle le principal motif est la figuration des

animaux; ce dernier art se rencontre en Osséthie (_fig. 131_), au

talyche russe et persan et dans l'Arménie russe avec le fer (_fig.

132_). La spirale joue alors un rôle très important, et le swastika

devient plus fréquent que par le passé.

En Sibérie, dans les districts de Minoussinsk et de Krasnoïarsk, vers

les frontières de la Mongolie, dans l'Altaï et jusqu'à l'Oural et à la

Volga, pays où les gisements de cuivre sont extrêmement nombreux, on a

trouvé, soit dans les sépultures, soit isolément, de très nombreux

objets dans lesquels les représentations animales jouent le principal

rôle décoratif. Les figures sont soit moulées, faisant partie des

instruments et des armes, soit sous forme de statuettes, soit gravées au

burin dans le métal, sur les objets divers, haches, poignards, vases,

ceintures métalliques; et le goût comme la technique sont exactement

ceux qui, de nos jours, guident encore les ciseleurs persans. On est

tenté de voir dans l'apparition de cet art très caractérisé, venant

supplanter l'ornementation géométrique, l'indice de l'arrivée des

Iraniens sur le plateau persan, parmi ces populations d'origine

inconnue, dont nous parlent les textes des rois d'Assour.

[Illustration: Fig. 129.--Chien et sanglier, d'après une fresque du

palais de Tirynthe.]

Nous devons constater que cet art naturaliste paraît être demeuré

complètement en dehors de la Chaldée, de l'Assyrie, de l'Égypte et de

tout le monde occidental. Il n'y a donc pas lieu de faire intervenir son

influence dans le développement du naturalisme méditerranéen (_fig.

129_).

Mais, si nous comparons cet ensemble artistique à celui qui s'est

développé dans nos pays occidentaux, au début de l'industrie du fer,

durant cette période qu'on désigne sous le nom de hallstattienne, on est

frappé des analogies sans nombre qu'on relève entre l'art naturaliste

oriental et celui de l'Occident. Fréquemment les formes des armes et des

instruments sont les mêmes, quant aux motifs et aux procédés

d'ornementation, principalement dans la gravure, ils sont identiques et

spéciaux à tel point qu'on ne peut s'empêcher d'établir un rapprochement

entre ces deux ensembles qui, d'après les découvertes dans le bassin du

Danube et l'Ukraine, se rejoindraient au nord du Caucase, par les

steppes russes.

Cette civilisation du fer, en Transcaucasie, a été précédée par une

autre plus simple et dont l'art appartient au système géométrique,

civilisation qui semble être dérivée de celle du bronze, alors qu'en

Occident le Hallstattien succède directement au bronze par une rapide

transition.

Dans ces conditions, il semble que le fer, qui était depuis longtemps

connu en Asie, avant l'arrivée des artistes naturalistes, n'a peut-être

pénétré en Europe qu'avec les Hallstattiens, venus d'Orient chez nous,

par les steppes russes et la vallée du Danube.

Toutefois il y a lieu de tenir compte à cette époque des influences

méditerranéenes qui, fort probablement, sont venues modifier quelque peu

les coutumes des naturalistes de l'Asie.

Cette industrie, on s'accorde non sans vraisemblance à l'attribuer aux

Celtes. Il s'ensuit donc que les Celtes, avant leur arrivée en Europe,

auraient habité ou envoyé des colonies dans les pays du sud de la mer

Caspienne, soit qu'ils y fussent venus du Nord par Derbend ou le Dariall

(pays des Ossèthes), soit qu'en partant de la Transcaspienne, ils aient

longé les montagnes de l'Elbourz, pour venir dans les pays de l'Araxe.

Puis la branche méridionale de leur race se serait soit fondue, soit

retirée vers le nord, laissant dans l'Iran leurs goûts et leurs

méthodes naturalistes encore en vigueur aujourd'hui chez les graveurs

persans. Cet art si caractéristique du Hallstattien se serait, dans

l'Occident européen, effacé devant un goût très supérieur, celui des

peuples méditerranéens, qui domine à partir de l'époque dite de la

Teine.

C'est au début du premier millénaire avant notre ère qu'on place la

naissance du Hallstattien dans nos pays. C'est donc plus anciennement

que cet art s'est montré dans la Transcaucasie; peut-être quelques

siècles seulement, peut-être un millénaire auparavant. D'ailleurs les

Hallstattiens orientaux ont vraisemblablement appris à connaître le fer

en Transcaucasie, puisqu'il existait dans ces pays avant leur venue; et

les sépultures de l'Osséthie ne seraient alors que les témoins du

passage des Hallstattiens au travers du Grand Caucase, pays où le cuivre

à l'état naturel est beaucoup plus abondant que le fer, ce qui

expliquerait la rareté de ce dernier métal dans la nécropole de Koban.

Ce ne sont là certainement que des conjectures; mais la grande diffusion

d'un art aussi spécial qu'est celui du Hallstatt ne peut être considérée

comme l'effet de simples coïncidences.

Malheureusement, jusqu'à ce jour, les recherches sont bien peu avancées,

tant en Transcaucasie qu'en Perse et dans l'Asie centrale. Des fouilles

ont été pratiquées en Osséthie, dans l'Arménie russe et dans le talyche

russe et persan; là se bornent aujourd'hui nos recherches. Toutefois

nous constatons que les peuples du Nord vivaient complètement en dehors

de ceux du Sud, et que les civilisations si florissantes de Babylone, de

Suse, de Ninive et d'Ecbatane n'ont pas influencé les peuples dont nous

avons découvert les tombes dans les nécropoles du Nord.

Dans le nord de l'Asie antérieure, on ne rencontre que de très rares

traces d'une céramique peinte toute spéciale, dans les tombeaux

contenant des armes de fer; la poterie ornée de dessins au lissoir

domine et l'ornement incisé n'est pas rare (_fig. 130_). Avec

l'apparition du fer, nous constatons la présence de nombreux vases

présentant des formes animales, chevaux, boeufs, oiseaux; mais, de même

que dans la ciselure, nous sommes en présence d'un style spécial,

d'origine altaïque si nous en jugeons par les découvertes faites en

Sibérie au cours de ces dernières années.

[Illustration: Fig. 130.--L'industrie du fer en Osséthie. Figurations

d'animaux.]

En Europe occidentale et centrale, les débuts de la céramique nous

montrent des vases, généralement à fond plat, légèrement évasés,

irréguliers (_fig. 133_), faits de pâte grossière et mal cuite à l'air

libre dans les foyers; les tessons de cette poterie sont, en général,

composés de deux couches extérieures brunâtres et de la partie centrale,

à peine cuite et grisâtre; la terre en est à peine pétrie et mélangée de

grains de sable.

[Illustration: Fig. 131.--Figurations gravées sur des ceintures de

bronze des nécropoles de l'Arménie russe. Industrie du fer.]

[Illustration: Fig. 132.--Poterie incisée. Nécropole de Djonu (Talyche

russe).]

[Illustration: Fig. 133.--Poteries grossières: 1, Tertre Guérin

(Seine-et-Marne); 2, Dolmen de Châtêau-Larcher (Vienne) [d'après A. de

Mortillet].]

[Illustration: Fig. 134.--Vases néolithiques; 1 à 3 et 5 à 10, Chassy

(Saône-et-Loire); 6, Bohême; 4, 11 et 12, Bretagne.]

Plus tard, avec les perfectionnements de l'industrie néolithique, la

technique s'améliore peu à peu; les formes se compliquent (_fig. 134_),

deviennent même parfois assez élégantes, et l'ornementation paraît; on

l'a déjà rencontrée sous forme d'incisions au cours du Campignien, elle

se complique en ponctuations (_fig. 134_ nos 9, 10 et 12); viennent

les vases cordés (_fig. 134_, n° 12), c'est-à-dire ornés de l'impression

d'une corde enroulée sur la pâte encore molle; puis le potier écrase

sur son vase de petites boulettes d'argile et en forme des dessins

(_fig. 134_, nos 5, 7 et 8). Mais ce ne sont là que des exceptions;

car dans presque tous les pays, c'est l'incision qui domine; parfois

même elle devient très artistique, comme en Scandinavie, où elle est

particulièrement remarquable dès les temps de la pierre polie. Avec le

bronze, la céramique se perfectionne encore; depuis longtemps le tour

est en usage et, peu à peu, les formes s'inspirent de celles du monde

hellénique. En Italie méridionale, en Sicile, en Espagne, voire même

dans le sud de la Gaule, les arts méditerranéens ont eu une grande

influence sur l'Occident, dès l'apogée de la Crète et, par voie de terre

(_fig. 138, 139_), les formes mycéniennes ont gagné l'Europe centrale;

de telle sorte que, lors de l'apparition du fer, la forme des vases, les

motifs des dessins, les procédés techniques ne sont plus qu'un mélange

de la culture indigène et de l'art méditerranéen. On peint les vases,

mais sans cette habileté des peuples helléniques, et, le plus souvent,

ces oeuvres de potier ne sont qu'un coloriage peu stable des ornements

incisés.

[Illustration: Fig. 135.--Ornementation néolithique d'après la

Céramique.]

[Illustration: Fig. 136.--1, 2, Chypre; 3, Hissarlik; 4, Île de Moen

(Danemark); 5, Île de Seeland.]

[Illustration: Fig. 137.--L'industrie du fer en Transcaucasie.

Ornementation des vases (Hélénendorf, près Yélisavetpol).]

Partout en Europe, dans les derniers temps protohistoriques, l'influence

méditerranéene se fait sentir; mais elle s'exerce chez des peuples très

variés comme origine, comme goûts artistiques; il en résulte une

multitude d'écoles, variétés sans nombre, dont les mouvements des

peuplades compliquent encore l'étude. En Gaule seulement, on constate

l'existence de nombreuses provinces et, pour les mêmes districts,

d'écoles successives, dont les phases correspondent aux mouvements des

populations, à l'ouverture de nouvelles voies commerciales, à des

événements militaires, et à une foule d'autres causes qui souvent nous

échappent.

[Illustration: Fig. 138.--Buchheim (Duché de Bade).]

En Occident et dans le nord de l'Europe, les temps préhistoriques se

terminent au cours de la civilisation du fer, de l'industrie dite de la

Tène. Les arts alors sont le produit des goûts indigènes très largement

influencés par l'art gréco-étrusque et grec; on voit encore des motifs

et des procédés anciens sur les vases incisés; mais aussi la peinture

céramique et la sculpture portent ce caractère spécial, dérivé de

l'hellénisme, qui, dans les pays septentrionaux, se conservera jusqu'au

Moyen Âge.

[Illustration: Fig. 139.--Burzenhof (Wurtemberg).]

Somme toute, en dehors de l'Élam, de l'Égypte et du monde grec, chez qui

nous rencontrons de véritables écoles artistiques, très nettement

caractérisées par la technique comme par l'art, les goûts, dans

l'Ancien Monde, sont encore très confus, et la raison en est que nulle

part, chez les nombreux peuples dont il nous est resté des traces, nous

ne rencontrons la même originalité que dans les grands centres de

l'Orient.

[Illustration: Fig. 140.--Les arts de l'industrie de la Tène. 1, Turoe

(Cté de Galway, Irlande); 2, Kermaria, près Pont-l'Abbé (Finistère); 3,

Hoch-Redlan (Prusse); 4, Betheny (Marne); 5, Glastonbury (Somerset); 6,

Roanne (Loire); 7, Marne; 8, Roanne (Loire); 9_a_, Matzhausen

(Palatinat); 9, frise d'animaux de 9_a_.]

Mais le Nouveau Monde ne doit pas être négligé; car certaines régions de

l'Amérique, le Mexique et le Pérou, ont eu des écoles non moins

remarquables que celles de l'Asie et de l'Égypte. Là, nous sommes en

présence d'un monde à part sans relations avec le reste de l'Univers,

évoluant sur lui-même; cette évolution a produit les mêmes résultats que

dans l'Ancien Monde; car on trouve en Amérique la poterie incisée,

lissée, toutes les variétés de nos continents, et enfin la céramique

peinte; les procédés techniques sont les mêmes; seules diffèrent les

conceptions artistiques. Quant à l'époque de ces oeuvres, nous ne pouvons

pas nous en faire une idée basée sur des estimations sérieuses.

L'expérience du Nouveau Monde montre combien il convient d'être prudent

dans les hypothèses relatives aux influences, surtout quand il s'agit

des procédés d'ordre simple. La même pensée a pu venir chez bien des

peuples divers en des temps différents. Les caractères de la céramique

primitive, de celle qui ne comporte pas la peinture, ne peuvent être

considérés comme concluants au point de vue chronologique, quand il

s'agit de peuples différents ou de régions diverses.

D'ailleurs, pour toutes choses relatives aux arts et en particulier pour

la céramique, nous sommes encore d'une grande ignorance, en ce qui

regarde la plus grande partie de l'Ancien Monde; nous avons vu que pour

la Transcaucasie, la Perse, la Russie nous ne possédons que de vagues

informations limitées à quelques districts et à quelques peuples; mais

au delà, plus loin vers l'Orient, notre ignorance est complète.

CHAPITRE II

LES CROYANCES RELIGIEUSES LE TOTÉMISME ET LA MAGIE

L'Humanité préhistorique · 第 15 / 22 段