de l'Élam, quoique lentement. À l'époque de sa naissance l'histoire n'a
pas encore commencé, ce n'est que dans les assises situées beaucoup plus
haut, dans les ruines de Suse, que paraissent les plus anciens textes
des Patésis[179].
[Note 179: Princes-prêtres.]
[Illustration: Fig. 121.--Vase peint de Palestine.]
La première de ces céramiques semble être très spéciale à l'Élam; quant
à la seconde, on en rencontre des vestiges en Chaldée, dans le
Louristan, le pays des Bakthyaris et jusque dans les tells du sud-ouest
du plateau iranien. Son extension paraît avoir été très grande, car,
vers l'occident, elle semble avoir tout au moins influencé la Palestine
(_fig. 121_) et la Phénicie.
Quelle est la cause de la disparition de ces arts? Nous l'ignorons et
sommes réduits à ce sujet à des conjectures. Nous n'avons pas encore
retrouvé le passage entre les deux phases de cette céramique peinte, et
la dernière école ne s'éteint que graduellement, ne disparaît tout à
fait qu'après l'aurore de l'Histoire; cependant M. Ed. Pottier considère
la seconde comme dérivée de la première. Nous verrons au sujet des
écritures, qu'un autre usage spécial à l'Élam a survécu pendant quelques
siècles encore: celui des signes proto-élamistes qui, peu à peu, ont été
supplantés par l'écriture sémitique, fait qui permet de penser que la
seconde école céramique est entrée en agonie lors de l'arrivée des
Sémites dans la Basse-Chaldée et l'Élam: cette conquête prit place à des
époques très anciennes, car en ces temps on faisait encore, en Élam,
usage de la pierre polie, en même temps que du cuivre et de quelque peu
de bronze.
Si l'Élam cessa de fabriquer des vases peints de la seconde période, il
n'en fut pas de même dans le reste de l'Asie antérieure, où cet art
s'était répandu. Nous en retrouvons en effet les traces en Assyrie[180],
en Palestine et en Syrie[181], en Cappadoce[182], puis dans les îles de
la mer Égée. Mais là se pose un grave problème que seule la chronologie
peut résoudre. La technique des vases peints est-elle venue de Chaldée
en Syrie ou de l'île de Crète, comme bien des archéologues le pensent?
[Note 180: Cf. HELBIG, 1875. _Ann. de l'Instit. de Corresp.
archéol._, p. 221; XLIII, III, 1885.]
[Note 181: LXV, ch. V, 297.]
[Note 182: D'ap. J. Garstang.]
Une grande indécision règne dans les évaluations chronologiques en ce
qui regarde l'histoire des temps les plus anciens de l'Égypte, de la
Chaldée, de la côte asiatique et des îles de la Méditerranée; toutefois,
mettant de côté des dates aussi discutées, ne devons-nous pas penser
qu'un art qui s'est répandu jusqu'à la région d'Ispahan et d'Hamadan
vers l'orient, ne peut avoir eu son foyer au milieu de la mer
Méditerranée, et que c'est plutôt en Susiane qu'on doit chercher son
origine? La céramique de la Palestine et de la Syrie présente d'ailleurs
plus d'affinités avec celle de l'Élam préhistorique qu'avec celle des
îles.
Ainsi l'art en Élam, dès ses débuts, est extrêmement stylisé et présente
des caractères très spéciaux à ce pays; il descend du naturalisme, et
est agrémenté de quelques motifs géométriques; mais la plupart de ces
derniers ornements ne sont peut-être que des stylisations dont nous ne
saisissons pas l'origine.
Dans la vallée du Nil[183] nous rencontrons, avec les industries
néolithiques et énéolithiques, une céramique tout aussi remarquable que
celle de l'Élam non pas par sa pâte, mais par ses formes, comme par son
ornementation; cependant la technique de ses peintures diffère
complètement de celle de Suse: ce n'est plus un enduit durci au feu qui
couvre la surface des vases, c'est une peinture à froid, faite bien
certainement au moyen d'une couleur broyée avec de l'huile, de la
graisse ou de la colle, et, les matières organiques s'étant détruites
avec le temps, il ne reste plus qu'une couche pulvérulente. Il ne faut
pas oublier que ces vases étaient destinés aux sépultures et non aux
usages de la maison. Les sujets de décoration sont très variés; certains
types qui par leur forme imitent les vases de pierre, si nombreux alors
en Égypte, sont parfois ornés de mouchetures rappelant les cristaux des
roches dures (_fig. 122_, nos 12 et 3) ou de spirales inspirées par
les calcaires nummulithiques (_fig. 122_, nos 4 et 8), ou les veines
de l'agate et de la cornaline (_fig. 122_, nos 12 et 15), minéraux si
communs dans le désert. Mais, plus fréquemment, les peintures des vases
funéraires représentent la barque du mort (_fig. 122_, n° 18; _fig.
123_, nos 1, 2, 3 et 9), des danses rituelles (_fig. 123_, n° 1), des
vases de libations (_fig. 123_, nos 8, 9) ou des scènes de la vie.
C'est ainsi que nous voyons débuter des pratiques artistiques qui, plus
tard, prendront une si grande extension dans l'ornementation des
mastabas de l'ancien empire.
[Note 183: Cf. XXXIX.]
Mais là ne se borne pas la céramique de l'Égypte. Dans les tombes
néolithiques et énéolithiques, comme dans les kjoekkenmoeddings, on trouve
des vases rouges, lissés, à bord noir, en très grand nombre; d'autres,
couverts d'un engobe rouge lissé et portant une ornementation peinte en
blanc et fixée au feu, technique qui se retrouve dans les îles de la
Méditerranée. Enfin l'on voit les pâtes incisées avec ou sans
remplissage des traits; ces sortes de vases, quoique rares, se
rencontrent encore au temps du roi Snéfrou, c'est-à-dire jusqu'à la
troisième dynastie.
[Illustration: Fig. 122.--Céramique égyptienne prédynastique.]
[Illustration: Fig. 123.--Céramique égyptienne peinte prédynastique.]
Avec l'apparition des premiers pharaons, la céramique à peintures
rouges cesse brusquement. Nous avons fait la même remarque pour l'Élam
où, après la seconde phase des vases peints, vient une poterie
grossière. En Égypte, c'est, au début de l'ancien empire, la taille des
substances dures qui domine; elle est à son apogée quand cesse la
céramique peinte. Le tombeau de Négadah et ceux d'Abydos renfermaient,
malheureusement à l'état de fragments, de véritables merveilles de l'art
lapidaire, de petits vases de cristal de roche, de quartz laiteux, de
cornaline, d'agate, voire même d'obsidienne, substance dont l'extrême
fragilité ne permet plus qu'on fasse usage aujourd'hui. Ces sépultures
ne contenaient aucun vase peint.
[Illustration: Fig. 124.--Manche en ivoire de poignard en silex,
représentant la faune de l'Égypte au temps du début du régime
pharaonique (découverte de Henri de Morgan à Hassaya, près d'Edfou).
Lignes a partir du haut. 1, Éléphants; 2. Autruches, Girafes; 3,
Panthères; 4, Capridés; 5, Chacals; 6, Antilopes; 7, Porcs-épics; 8,
Boeufs; 9, Hippopotames; 10, Antilopes; 11, Éléphants, Salmonidés; 12,
Capridés; 13, Panthères; 14, Capridés, Chien; 15, Ânes; 16, Antilopes;
17, Chiens et Chacals; 18, Boeufs; 19, Porcs ou Sangliers; 20, Boeufs.]
Nous avons vu que les pré-pharaoniques étaient d'une grande habileté
dans la taille de l'ivoire et de la pierre et qu'ils sculptaient et
gravaient avec adresse de nombreuses représentations animales et
humaines. Nous citerons seulement ici le manche d'ivoire d'un poignard
en silex, découvert par Henri de Morgan dans la nécropole d'Hassaya,
près d'Edfou. Cette magnifique pièce est, sur toute sa surface,
recouverte de figurations d'animaux, on y voit toute la faune de
l'Égypte de ces temps (_fig. 124_).
S'ils étaient devenus experts dans le travail des roches et de l'ivoire,
les gens d'Égypte aux temps énéolithiques n'étaient pas moins habiles à
manier les métaux; un autre couteau de pierre, garni d'une feuille d'or
en guise de manche, montre qu'ils savaient repousser avec talent le
métal précieux (_fig. 125_).
Toutes ces oeuvres artistiques des débuts de l'Égypte font preuve d'une
grande liberté de style; mais elles s'éloignent d'autant plus de la
nature que s'écoulent les temps. C'est qu'aux siècles des industries
néolithiques et énéolithiques, l'artiste n'était pas encore astreint à
suivre ces canons religieux qui, peu à peu, ont fait naître cet art si
particulier des temps pharaoniques. Cette évolution prit place de très
bonne heure; à la troisième dynastie elle était accomplie déjà, et
désormais le dessin comme la sculpture furent réglés dans les moindres
détails par des lois immuables. C'est la stylisation spéciale à l'Égypte
qui se poursuit en s'accentuant jusqu'aux siècles où Rome était
maîtresse dans la vallée du Nil; aussi les oeuvres les plus naturelles,
les plus largement conçues appartiennent-elles à l'ancien empire.
[Illustration: Fig. 125.--Couteau de silex blond garni d'une feuille
d'or ornée au repoussé.
Nécropole de Saghel-el-Baglieh (?), Haute-Égypte (Musée du Caire).]
Dans les îles méditerranéenes on retrouve la technique de tous les vases
dont nous venons de parler à propos de l'Élam et de l'Égypte, sauf
toutefois les peintures rouges fragiles de la haute vallée du Nil; dans
les îles, ces divers genres de poterie se rencontrent avec les
industries énéolithiques qui semblent avoir été celles des premiers
habitants de la Crète, de Chypre et de toutes les terres qui devinrent
plus tard le domaine des Hellènes; ils montrent un art du potier encore
rudimentaire (_fig. 126_ et _127_), et, là aussi, c'est avec le métal
que débutent les véritables essais artistiques. Mais si, dans le monde
méditerranéen, la technique est la même qu'en Asie et en Égypte, les
goûts artistiques sont très différents dès les premières phases de la
peinture céramique (_fig. 128_).
[Illustration: Fig. 126.--Poterie incisée des Cyclades.]
[Illustration: Fig. 127.--Poterie incisée de la mer Égée: 1, Cyclades;
2, Chypre; 3, Milo.]
Le monde égéo-mycénien, bien qu'ayant été largement influencé par
l'Égypte et par l'Asie, n'en montre pas moins un goût personnel très
accentué. Le naturalisme fait la base de la plupart des travaux
artistiques, mais les tendances sont très spéciales, différentes de
celles dont il vient d'être parlé, complètement étrangères à celles des
temps quaternaires dans l'Occident européen. Nous ne nous étendrons pas
ici sur ce sujet qui doit être traité avec tout le développement
désirable dans le tome IX de l'_Évolution de l'Humanité._ Ces arts ont
joué un très grand rôle dans tous les pays méditerranéens, en Italie, en
Espagne, en Gaule et jusque dans l'Europe centrale.
Avant de parler de l'Europe, jetons encore un coup d'oeil sur l'Orient,
sur le nord de la Perse et sur la Transcaucasie, pays dont les arts
céramiques diffèrent complètement de ceux de la Chaldée, de l'Élam, de
la Phénicie et de la Grèce, qui, se reliant aux conceptions des peuples
du Nord, ont en certains cas, joué un rôle important dans la culture
européenne, en dehors des influences méditerranéenes; car beaucoup des
peuples caucasiens, et plus généralement asiatiques, faisaient partie
jadis de groupes dont certaines fractions ont envahi l'Europe, alors que
d'autres s'arrêtaient en chemin.
[Illustration: Fig. 128.--Vase de Kamarès (île de Crète).]
Quand on s'éloigne de ces régions pour pénétrer au coeur de l'Asie, dans
le nord de la Perse, la Transcaucasie et la Sibérie, on se trouve en
présence de deux conceptions artistiques très distinctes, l'une
correspondant à l'industrie du cuivre et du bronze, dans les dolmens du
Nord iranien, ne comportant qu'une ornementation géométrique fort
simple, l'autre dans laquelle le principal motif est la figuration des
animaux; ce dernier art se rencontre en Osséthie (_fig. 131_), au
talyche russe et persan et dans l'Arménie russe avec le fer (_fig.
132_). La spirale joue alors un rôle très important, et le swastika
devient plus fréquent que par le passé.
En Sibérie, dans les districts de Minoussinsk et de Krasnoïarsk, vers
les frontières de la Mongolie, dans l'Altaï et jusqu'à l'Oural et à la
Volga, pays où les gisements de cuivre sont extrêmement nombreux, on a
trouvé, soit dans les sépultures, soit isolément, de très nombreux
objets dans lesquels les représentations animales jouent le principal
rôle décoratif. Les figures sont soit moulées, faisant partie des
instruments et des armes, soit sous forme de statuettes, soit gravées au
burin dans le métal, sur les objets divers, haches, poignards, vases,
ceintures métalliques; et le goût comme la technique sont exactement
ceux qui, de nos jours, guident encore les ciseleurs persans. On est
tenté de voir dans l'apparition de cet art très caractérisé, venant
supplanter l'ornementation géométrique, l'indice de l'arrivée des
Iraniens sur le plateau persan, parmi ces populations d'origine
inconnue, dont nous parlent les textes des rois d'Assour.
[Illustration: Fig. 129.--Chien et sanglier, d'après une fresque du
palais de Tirynthe.]
Nous devons constater que cet art naturaliste paraît être demeuré
complètement en dehors de la Chaldée, de l'Assyrie, de l'Égypte et de
tout le monde occidental. Il n'y a donc pas lieu de faire intervenir son
influence dans le développement du naturalisme méditerranéen (_fig.
129_).
Mais, si nous comparons cet ensemble artistique à celui qui s'est
développé dans nos pays occidentaux, au début de l'industrie du fer,
durant cette période qu'on désigne sous le nom de hallstattienne, on est
frappé des analogies sans nombre qu'on relève entre l'art naturaliste
oriental et celui de l'Occident. Fréquemment les formes des armes et des
instruments sont les mêmes, quant aux motifs et aux procédés
d'ornementation, principalement dans la gravure, ils sont identiques et
spéciaux à tel point qu'on ne peut s'empêcher d'établir un rapprochement
entre ces deux ensembles qui, d'après les découvertes dans le bassin du
Danube et l'Ukraine, se rejoindraient au nord du Caucase, par les
steppes russes.
Cette civilisation du fer, en Transcaucasie, a été précédée par une
autre plus simple et dont l'art appartient au système géométrique,
civilisation qui semble être dérivée de celle du bronze, alors qu'en
Occident le Hallstattien succède directement au bronze par une rapide
transition.
Dans ces conditions, il semble que le fer, qui était depuis longtemps
connu en Asie, avant l'arrivée des artistes naturalistes, n'a peut-être
pénétré en Europe qu'avec les Hallstattiens, venus d'Orient chez nous,
par les steppes russes et la vallée du Danube.
Toutefois il y a lieu de tenir compte à cette époque des influences
méditerranéenes qui, fort probablement, sont venues modifier quelque peu
les coutumes des naturalistes de l'Asie.
Cette industrie, on s'accorde non sans vraisemblance à l'attribuer aux
Celtes. Il s'ensuit donc que les Celtes, avant leur arrivée en Europe,
auraient habité ou envoyé des colonies dans les pays du sud de la mer
Caspienne, soit qu'ils y fussent venus du Nord par Derbend ou le Dariall
(pays des Ossèthes), soit qu'en partant de la Transcaspienne, ils aient
longé les montagnes de l'Elbourz, pour venir dans les pays de l'Araxe.
Puis la branche méridionale de leur race se serait soit fondue, soit
retirée vers le nord, laissant dans l'Iran leurs goûts et leurs
méthodes naturalistes encore en vigueur aujourd'hui chez les graveurs
persans. Cet art si caractéristique du Hallstattien se serait, dans
l'Occident européen, effacé devant un goût très supérieur, celui des
peuples méditerranéens, qui domine à partir de l'époque dite de la
Teine.
C'est au début du premier millénaire avant notre ère qu'on place la
naissance du Hallstattien dans nos pays. C'est donc plus anciennement
que cet art s'est montré dans la Transcaucasie; peut-être quelques
siècles seulement, peut-être un millénaire auparavant. D'ailleurs les
Hallstattiens orientaux ont vraisemblablement appris à connaître le fer
en Transcaucasie, puisqu'il existait dans ces pays avant leur venue; et
les sépultures de l'Osséthie ne seraient alors que les témoins du
passage des Hallstattiens au travers du Grand Caucase, pays où le cuivre
à l'état naturel est beaucoup plus abondant que le fer, ce qui
expliquerait la rareté de ce dernier métal dans la nécropole de Koban.
Ce ne sont là certainement que des conjectures; mais la grande diffusion
d'un art aussi spécial qu'est celui du Hallstatt ne peut être considérée
comme l'effet de simples coïncidences.
Malheureusement, jusqu'à ce jour, les recherches sont bien peu avancées,
tant en Transcaucasie qu'en Perse et dans l'Asie centrale. Des fouilles
ont été pratiquées en Osséthie, dans l'Arménie russe et dans le talyche
russe et persan; là se bornent aujourd'hui nos recherches. Toutefois
nous constatons que les peuples du Nord vivaient complètement en dehors
de ceux du Sud, et que les civilisations si florissantes de Babylone, de
Suse, de Ninive et d'Ecbatane n'ont pas influencé les peuples dont nous
avons découvert les tombes dans les nécropoles du Nord.
Dans le nord de l'Asie antérieure, on ne rencontre que de très rares
traces d'une céramique peinte toute spéciale, dans les tombeaux
contenant des armes de fer; la poterie ornée de dessins au lissoir
domine et l'ornement incisé n'est pas rare (_fig. 130_). Avec
l'apparition du fer, nous constatons la présence de nombreux vases
présentant des formes animales, chevaux, boeufs, oiseaux; mais, de même
que dans la ciselure, nous sommes en présence d'un style spécial,
d'origine altaïque si nous en jugeons par les découvertes faites en
Sibérie au cours de ces dernières années.
[Illustration: Fig. 130.--L'industrie du fer en Osséthie. Figurations
d'animaux.]
En Europe occidentale et centrale, les débuts de la céramique nous
montrent des vases, généralement à fond plat, légèrement évasés,
irréguliers (_fig. 133_), faits de pâte grossière et mal cuite à l'air
libre dans les foyers; les tessons de cette poterie sont, en général,
composés de deux couches extérieures brunâtres et de la partie centrale,
à peine cuite et grisâtre; la terre en est à peine pétrie et mélangée de
grains de sable.
[Illustration: Fig. 131.--Figurations gravées sur des ceintures de
bronze des nécropoles de l'Arménie russe. Industrie du fer.]
[Illustration: Fig. 132.--Poterie incisée. Nécropole de Djonu (Talyche
russe).]
[Illustration: Fig. 133.--Poteries grossières: 1, Tertre Guérin
(Seine-et-Marne); 2, Dolmen de Châtêau-Larcher (Vienne) [d'après A. de
Mortillet].]
[Illustration: Fig. 134.--Vases néolithiques; 1 à 3 et 5 à 10, Chassy
(Saône-et-Loire); 6, Bohême; 4, 11 et 12, Bretagne.]
Plus tard, avec les perfectionnements de l'industrie néolithique, la
technique s'améliore peu à peu; les formes se compliquent (_fig. 134_),
deviennent même parfois assez élégantes, et l'ornementation paraît; on
l'a déjà rencontrée sous forme d'incisions au cours du Campignien, elle
se complique en ponctuations (_fig. 134_ nos 9, 10 et 12); viennent
les vases cordés (_fig. 134_, n° 12), c'est-à-dire ornés de l'impression
d'une corde enroulée sur la pâte encore molle; puis le potier écrase
sur son vase de petites boulettes d'argile et en forme des dessins
(_fig. 134_, nos 5, 7 et 8). Mais ce ne sont là que des exceptions;
car dans presque tous les pays, c'est l'incision qui domine; parfois
même elle devient très artistique, comme en Scandinavie, où elle est
particulièrement remarquable dès les temps de la pierre polie. Avec le
bronze, la céramique se perfectionne encore; depuis longtemps le tour
est en usage et, peu à peu, les formes s'inspirent de celles du monde
hellénique. En Italie méridionale, en Sicile, en Espagne, voire même
dans le sud de la Gaule, les arts méditerranéens ont eu une grande
influence sur l'Occident, dès l'apogée de la Crète et, par voie de terre
(_fig. 138, 139_), les formes mycéniennes ont gagné l'Europe centrale;
de telle sorte que, lors de l'apparition du fer, la forme des vases, les
motifs des dessins, les procédés techniques ne sont plus qu'un mélange
de la culture indigène et de l'art méditerranéen. On peint les vases,
mais sans cette habileté des peuples helléniques, et, le plus souvent,
ces oeuvres de potier ne sont qu'un coloriage peu stable des ornements
incisés.
[Illustration: Fig. 135.--Ornementation néolithique d'après la
Céramique.]
[Illustration: Fig. 136.--1, 2, Chypre; 3, Hissarlik; 4, Île de Moen
(Danemark); 5, Île de Seeland.]
[Illustration: Fig. 137.--L'industrie du fer en Transcaucasie.
Ornementation des vases (Hélénendorf, près Yélisavetpol).]
Partout en Europe, dans les derniers temps protohistoriques, l'influence
méditerranéene se fait sentir; mais elle s'exerce chez des peuples très
variés comme origine, comme goûts artistiques; il en résulte une
multitude d'écoles, variétés sans nombre, dont les mouvements des
peuplades compliquent encore l'étude. En Gaule seulement, on constate
l'existence de nombreuses provinces et, pour les mêmes districts,
d'écoles successives, dont les phases correspondent aux mouvements des
populations, à l'ouverture de nouvelles voies commerciales, à des
événements militaires, et à une foule d'autres causes qui souvent nous
échappent.
[Illustration: Fig. 138.--Buchheim (Duché de Bade).]
En Occident et dans le nord de l'Europe, les temps préhistoriques se
terminent au cours de la civilisation du fer, de l'industrie dite de la
Tène. Les arts alors sont le produit des goûts indigènes très largement
influencés par l'art gréco-étrusque et grec; on voit encore des motifs
et des procédés anciens sur les vases incisés; mais aussi la peinture
céramique et la sculpture portent ce caractère spécial, dérivé de
l'hellénisme, qui, dans les pays septentrionaux, se conservera jusqu'au
Moyen Âge.
[Illustration: Fig. 139.--Burzenhof (Wurtemberg).]
Somme toute, en dehors de l'Élam, de l'Égypte et du monde grec, chez qui
nous rencontrons de véritables écoles artistiques, très nettement
caractérisées par la technique comme par l'art, les goûts, dans
l'Ancien Monde, sont encore très confus, et la raison en est que nulle
part, chez les nombreux peuples dont il nous est resté des traces, nous
ne rencontrons la même originalité que dans les grands centres de
l'Orient.
[Illustration: Fig. 140.--Les arts de l'industrie de la Tène. 1, Turoe
(Cté de Galway, Irlande); 2, Kermaria, près Pont-l'Abbé (Finistère); 3,
Hoch-Redlan (Prusse); 4, Betheny (Marne); 5, Glastonbury (Somerset); 6,
Roanne (Loire); 7, Marne; 8, Roanne (Loire); 9_a_, Matzhausen
(Palatinat); 9, frise d'animaux de 9_a_.]
Mais le Nouveau Monde ne doit pas être négligé; car certaines régions de
l'Amérique, le Mexique et le Pérou, ont eu des écoles non moins
remarquables que celles de l'Asie et de l'Égypte. Là, nous sommes en
présence d'un monde à part sans relations avec le reste de l'Univers,
évoluant sur lui-même; cette évolution a produit les mêmes résultats que
dans l'Ancien Monde; car on trouve en Amérique la poterie incisée,
lissée, toutes les variétés de nos continents, et enfin la céramique
peinte; les procédés techniques sont les mêmes; seules diffèrent les
conceptions artistiques. Quant à l'époque de ces oeuvres, nous ne pouvons
pas nous en faire une idée basée sur des estimations sérieuses.
L'expérience du Nouveau Monde montre combien il convient d'être prudent
dans les hypothèses relatives aux influences, surtout quand il s'agit
des procédés d'ordre simple. La même pensée a pu venir chez bien des
peuples divers en des temps différents. Les caractères de la céramique
primitive, de celle qui ne comporte pas la peinture, ne peuvent être
considérés comme concluants au point de vue chronologique, quand il
s'agit de peuples différents ou de régions diverses.
D'ailleurs, pour toutes choses relatives aux arts et en particulier pour
la céramique, nous sommes encore d'une grande ignorance, en ce qui
regarde la plus grande partie de l'Ancien Monde; nous avons vu que pour
la Transcaucasie, la Perse, la Russie nous ne possédons que de vagues
informations limitées à quelques districts et à quelques peuples; mais
au delà, plus loin vers l'Orient, notre ignorance est complète.
CHAPITRE II
LES CROYANCES RELIGIEUSES LE TOTÉMISME ET LA MAGIE