Mais, au temps des métaux, ces pendentifs se multiplient souvent et

alternent avec les perles sur tout le pourtour du collier; ils sont

faits rarement de pierres, le plus souvent de métal, or, argent, cuivre,

plomb, étain, antimoine, etc...

Vient alors le collier métallique rigide, dont le type le plus parfait

en même temps que le plus ancien est le torque, très fréquent à toutes

les époques et dans presque tous les pays, sauf en Chaldée, en Élam et

en Égypte. Il se complique plus tard en s'articulant en son milieu.

Le bracelet, commun à toutes les régions et probablement d'origine fort

ancienne, offre des formes très diverses; parfois il est, comme le

collier, composé de perles; parfois il est d'une seule pièce et rigide,

fait de nacre, de calcaire, de silex même (Égypte), de jayet, d'ivoire,

de corne, de pâte, de métal ou de verre. Il se portait suivant les pays

au poignet, à la cheville et à l'avant-bras.

La bague ne paraît qu'avec les métaux, dans les débuts et longtemps

encore, en certains pays, en Élam entre autres, ce n'est qu'un anneau

plus ou moins orné. Ailleurs, dans le monde égéen, par exemple, le

chaton prend une grande importance et se couvre de motifs; alors il

devient un véritable sceau, et remplace dans les usages courants le

cylindre chaldéo-assyrien et le scarabée de l'Égypte qui, durant les

temps pharaoniques, n'est pas monté en bague. En Europe occidentale, la

bague ne semble pas avoir pris une réelle importance dans la parure

avant que se soient répandus les goûts méditerranéens.

L'anneau d'oreilles est aussi ancien que l'industrie des métaux, pour le

moins; il se compose tout d'abord d'une simple tige de métal amincie à

ses extrémités, puis disposée en cercle; mais bientôt cet anneau se

charge, surtout dans le monde hellénique, de pendentifs souvent très

importants.

En explorant les sépultures, on rencontre parfois une seule boucle de ce

genre, et l'on est tenté de penser que, comme chez certaines populations

maritimes de nos pays, on ne portait l'anneau qu'à l'une des oreilles

seulement; mais il ne faut pas oublier que parmi les peuples asiatiques

il en est beaucoup, aux Indes entre autres, dont les femmes se passent

un anneau dans l'une des narines; il se peut que cette pratique ait été

en usage dans l'Occident européen et dans beaucoup d'autres régions, aux

temps antérieurs à l'Histoire.

Le diadème jouait aussi un grand rôle dans la parure chez les peuples

méditerranéens et peut-être de très bonne heure fut-il l'insigne de

l'autorité. En Égypte il prit une importance capitale et probablement

son usage passa-t-il aux pays helléniques, puis en Italie et en Espagne.

L'adoption de la couronne comme emblème de la souveraineté en fut la

conséquence.

La ceinture, qui tout d'abord était un simple lien de cuir ou d'étoffe,

s'orna vite de motifs métalliques, puis se couvrit tout entière d'une

feuille d'or, d'argent ou de bronze; elle devenait dès lors une

protection du milieu du corps, et c'est assurément ainsi qu'est venue la

pensée de forger des cuirasses couvrant tous les organes essentiels à la

vie. Les ceintures métalliques sont nombreuses dans certaines nécropoles

de la Transcaucasie, mais on en rencontre également, quoiqu'en petit

nombre, dans le monde méditerranéen. C'est de l'Orient septentrional,

sans doute, qu'elles sont venues dans nos pays, car on n'en voit ni dans

la vallée du Nil, ni dans les pays du Tigre et de l'Euphrate.

Quant aux applications métalliques sur les vêtements, elles varient à

l'infini, dans tous les pays; mais c'est surtout le faste asiatique qui

en a tiré le plus riche parti, on en rencontre peu de témoins dans nos

pays, sauf chez les Mycéniens. Ce sont, en général, de petites feuilles

métalliques estampées, des bractéates, percées de trous permettant de

les coudre sur les étoffes. L'apogée de ce mode de décoration des

vêtements est à Byzance au temps des Basileïs.

Tous les peuples ont apporté dans la fabrication de leurs bijoux non

seulement leurs soins, mais leur génie artistique tout entier. Il se

sont efforcés d'atteindre l'idéal de leur goût, aussi voit-on varier à

l'infini les formes et les motifs ornementaux de la joaillerie.

L'ensemble était obtenu par la coulée du métal, ou par son travail au

marteau; puis l'ornemaniste s'en emparait et terminait la pièce, soit au

burin, soit en y ajoutant des filigranes, et, plus tard, en y incrustant

des gemmes.

La gravure, nous l'avons vu, était déjà connue, voire même pratiquée

avec grande habileté dans nos pays, dès le temps des Magdaléniens; mais

ce ne sont certainement pas les procédés des cavernes qui ont été

l'origine des arts du ciseleur et du graveur des civilisations modernes.

Tous les peuples de l'Asie les pratiquaient, alors que l'Occident en

était encore aux goûts barbares des néolithiques. En Égypte, cependant,

tout comme en Chaldée, on ne paraît pas les avoir appliqués au métal

dès les débuts de l'industrie du bronze; il semblerait même que, pendant

bien des siècles encore, le cuivre n'appelât pas l'attention des

artistes, car, ni en Élam, ni dans la vallée du Nil nous ne voyons orner

de fines gravures les instruments métalliques. Ce serait à croire que ce

goût fût apporté par des peuples qui, en des temps fort anciens,

s'installèrent dans l'orient de la Méditerranée, laissant derrière eux,

sur le continent, des congénères inspirés par les mêmes goûts

artistiques, ou du moins familiarisés avec les mêmes procédés.

Le filigrane, travail beaucoup plus avancé, qui exige la connaissance de

la soudure, ne vint que beaucoup plus tard. On le connaissait en Égypte

dès une époque très reculée, et sous la XIe dynastie il atteignait

une rare perfection. À Suse il figure dans des dépôts de fondation fort

anciens, de telle sorte que, sans crainte d'exagération, on peut assurer

que ce genre de travail était courant au XXXe siècle avant notre ère,

en Chaldée comme dans la vallée du Nil. Ces pays l'ont transmis aux

Égéens qui, par la Grèce, l'ont introduit dans l'Europe occidentale et

centrale; cependant quelques peuples venus de l'Asie centrale par les

steppes de la Russie paraissent l'avoir reçu à une assez basse époque

d'ailleurs, lors de leur contact avec l'Iran, en même temps que l'art

d'enchâsser les pierres précieuses dans les bijoux et d'émailler la

joaillerie, procédé qui n'est qu'une simplification de l'incrustation

dans le métal des minéraux colorés ou brillants; mais cette bijouterie

compliquée n'est venue chez les peuples du Nord que bien longtemps après

que l'Occident eut appris, par les Hellènes et les Étrusques, l'usage du

filigrane.

TROISIÈME PARTIE

LE DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL ET LES RELATIONS DES PEUPLES ENTRE EUX

CHAPITRE I

LES ARTS CHEZ LES PEUPLES SANS HISTOIRE

Dans l'étude des productions de l'art, il convient d'envisager deux

éléments distincts: les procédés techniques et les conceptions

artistiques, éléments d'ordres complètement différents, mais appelés à

s'entr'aider l'un l'autre et à s'influencer mutuellement. La technique

est en dépendance des connaissances industrielles du peuple, alors que

le goût artistique est une disposition naturelle, spéciale à chacun des

groupes humains, faisant partie de leur patrimoine. Les artistes, pour

rendre leur pensée, mettent à profit les procédés pratiques résultant du

développement industriel de leur nation.

Dans l'un comme dans l'autre de ces deux éléments, les dispositions

indigènes sont fréquemment influencées par des apports étrangers, mais

le génie de la race n'en demeure pas moins personnel dans l'ensemble de

ses productions. C'est ainsi que les Hellènes, bien qu'ayant emprunté à

l'Égypte bon nombre de ses idées, ont cependant suivi leurs dispositions

ancestrales, sont sortis des règles de l'art asiatique et pharaonique

et, en retournant vers la nature seule, ont atteint les sommets de

l'art, alors que d'autres peuples, leurs congénères, moins bien doués

que les Grecs, sont demeurés inférieurs au point de vue de l'esthétique,

tout en ayant reçu de l'étranger les mêmes enseignements.

Avant d'entrer dans l'étude des formes chez les nations diverses, nous

dirons quelques mots des procédés employés pour rendre les pensées

artistiques, parce qu'il importe de montrer que la production de l'oeuvre

a toujours été soumise aux exigences des moyens de l'exécuter. Cette

technique a progressé au cours des siècles et chez les diverses nations,

en même temps que la culture générale se développait; elle repose tout

d'abord sur des moyens fort simples qui vont en se compliquant jusqu'à

nos jours et, suivant leur développement, ont permis aux artistes de

réaliser plus ou moins complètement leur idéal.

Le dessin, la gravure, la peinture et la sculpture sont les branches

principales de l'art. Les trois premières sont liées intimement entre

elles; la troisième, bien que reposant également sur le dessin, est

cependant indépendante. Il ne manque pas, en effet, de sculpteurs qui,

tout en n'étant que de très médiocres dessinateurs, exécutent en relief

des oeuvres impeccables.

Le dessin, qu'il soit ornemental ou naturaliste, est inné chez tous les

peuples; il se rencontre dans tous les temps et dans toutes les parties

du monde, exécuté de manière plus ou moins heureuse, mais toujours par

les mêmes procédés; l'artiste en obtient le tracé au moyen de couleurs

plus foncées ou plus claires que celle de la surface sur laquelle il

travaille; nous le voyons, dès les temps les plus anciens, faire usage

du charbon, de l'ocre ou de la craie. Ces couleurs, il les applique soit

à sec, soit humides et, dans ce dernier cas, fait ses premiers essais de

peinture.

Il semble que dès les époques les plus reculées, tant dans les cavernes

que sur les rives du Nil et dans l'Orient méditerranéen, le dessin se

soit fait, comme c'est encore l'usage de nos jours, en deux phases: la

première, celle de l'esquisse comprenant un tracé vague, à la recherche

de la forme, et la seconde, celle du dessin définitif, dérivé de

l'esquisse, et rendu à l'aide d'une couleur différente.

La gravure vient ensuite fixer le dessin définitif; elle y parvient en

creusant le trait au moyen du burin, que l'instrument soit fait de

pierre ou de métal. De la gravure découle la sculpture en bas-relief,

qui n'a pour but que de donner l'impression des reliefs le plus souvent

très atténués, il est vrai, mais suffisants pour la satisfaction de

l'oeil et de l'esprit.

La peinture est un autre moyen de rendre les reliefs, mais dans les arts

primitifs elle ne joue pas encore ce rôle et se borne à traduire par des

«à plat» la couleur de l'objet; c'est, en effet, tardivement seulement

que l'artiste a songé à figurer les ombres, et, par suite, à donner à sa

création un relief apparent. Jadis, en Grèce, en Égypte, la couleur

était appliquée aux bas-reliefs et aux statues; les représentations qui

couvrent les murailles des mastabas pharaoniques, les statues

elles-mêmes étaient peintes de couleurs conventionnelles, se rapprochant

le plus possible de celles de la nature, et la matière dont étaient

faites ces sculptures ne jouait de rôle que par sa dureté plus ou moins

grande, et, par suite, par la conservation plus ou moins longue qu'elle

assurait à l'image. La gravure des dessins, dans les cavernes, semble

avoir été exécutée dans le même esprit, pour lutter contre l'altération.

Chez les Hellènes, comme en Égypte, les bas-reliefs, les statues et les

motifs architecturaux étaient revêtus de couleurs.

Avec l'arrivée des métaux, les procédés de figuration se développent. Le

burin joue dès lors le principal rôle; bijoux, armes et ceintures de

bronze, ustensiles divers sont gravés à la pointe et la statuaire, très

grossière dans les temps des industries de la pierre, prend son essor

dans quelques pays. Les formes générales des instruments et des

figurines de métal s'obtiennent aisément par la fonte, puis les objets

sont ciselés et gravés quand il y a lieu.

On conçoit sans peine combien était ardu le travail des matières dures,

alors que l'homme ne disposait encore que d'outils de pierre. Les

troglodytes sciaient les blocs d'ivoire, les os et la corne, et c'est

ainsi que la matière, se dégrossissant, présentait les formes d'ensemble

du sujet. Le travail s'achevait au moyen de racloirs, de burins et de

polissoirs. Mais quand vint le ciseau métallique, non seulement le

travail fut plus rapide, mais le sculpteur eut toutes les facilités pour

rendre son outil docile à ses volontés.

Aux matières dures sur lesquelles l'artiste exerçait son talent vinrent

plus tard se joindre celles dont la plasticité permettait le modelage;

l'invention de la céramique lui fournit un nouveau moyen puissant de

rendre sa pensée.

Du jour que l'homme connut le feu, il s'est trouvé à même de découvrir

l'industrie céramique; l'argile durcie par son foyer lui enseignait que

la terre une fois cuite ne se délite plus sous l'action de l'eau.

Cependant, nous l'avons vu, ce n'est qu'aux temps de la culture

mésolithique que la poterie entre réellement dans les usages, bien

qu'elle ait été déjà connue des Magdaléniens de la Belgique.

Ces premiers essais céramiques sont extrêmement grossiers, si nous en

jugeons par les fragments qui nous sont parvenus des cavernes voisines

de Liège; mais le principe était découvert et appliqué. Avec le

Campignien, nous nous trouvons en présence d'une fabrication plus

raisonnée: les nombreux tessons qu'on rencontre dans les fonds de

cabanes de la vallée de la Bresle sont, parfois, en terre fine et bien

choisie, le plus souvent en pâte grossière, et, très fréquemment, les

uns comme les autres sont ornés de dessins géométriques incisés.

L'emploi du tour est encore inconnu à cette époque; il n'apparaîtra que

plus tard, avec la pierre polie et dans certains pays seulement.

Dans l'étude de la poterie, il y a lieu de distinguer entre trois

éléments nettement séparés, indépendants les uns des autres, mais dont

l'ensemble constitue l'art céramique que ce soit dans ses produits les

plus perfectionnés, ou dans ceux les plus grossiers, éléments

susceptibles chacun de nombreuses variations; aussi l'étude générale de

la poterie est-elle extrêmement compliquée.

Tout d'abord il convient d'envisager la technique de la fabrication du

vase, la matière plastique dont il est fait, la préparation de la pâte

et le degré de cuisson, car les poteries peuvent être durcies près du

feu, cuites au four, ou vitrifiées à une température élevée.

Puis vient la décoration qui, elle-même, se compose de la technique et

de l'art. La technique comprend les procédés de dessin, les engobes, les

émaux, et ces moyens, très nombreux, suivent en général, dans un même

pays, une filiation en rapport avec le progrès des industries diverses.

Quant à la forme même de l'ornementation, elle dépend des goûts des

peuples, se modèle sur leur art, traduisant par des moyens spéciaux les

conceptions esthétiques de l'époque et de la région.

Durant toute la période préhistorique, dans les pays divers, les

procédés techniques de l'ornementation des vases sont, dans l'ordre

général de leur apparition: l'incision, avec ou sans remplissage des

creux par une pâte blanche ou colorée, le lissage de la pâte du vase

elle-même ou d'une engobe argileuse le recouvrant, l'estampillage, le

moulage, l'addition d'ornements en relief, la peinture à froid, les

couleurs étant mélangées avec un corps gras ou de la colle, et la

peinture fixe obtenue par fusion au feu des couleurs appliquées sur la

pâte crue ou déjà cuite, enfin l'émail. À ces procédés, tous en usage en

divers temps et divers pays aux époques préhistoriques, sont venus se

joindre aujourd'hui, grâce aux découvertes récentes, un très grand

nombre de moyens dont il n'y a pas lieu de parler au point de vue de la

préhistoire. On doit observer cependant que la porcelaine à pâte dure

était inconnue, que certaines couleurs telles que le bleu, le vert, le

violet n'étaient pas en usage et que les pâtes anciennes, sauf de très

rares exceptions, sont toujours naturelles, c'est-à-dire sans mélange

intime de matières colorantes. La couleur est donc le plus souvent

superficielle; on l'obtenait au moyen des minéraux, du fer et du

manganèse seulement. Les Égyptiens ont, de très bonne heure, découvert

la porcelaine; mais ils l'employaient en pâte tendre couverte d'une

engobe qui se vitrifiait à basse température; ce procédé se retrouve

dans les poteries très anciennes de la Chine. En Élam et en Chaldée

l'usage de l'engobe vitrifiée se montre dès le temps de Naram-Sin et se

poursuit jusqu'aux époques Sassanide et Arabe.

Quelquefois, mais très rarement, les potiers ont incrusté leurs vases de

minéraux brillants ou transparents avant ou après la cuisson. Certains

vases de l'industrie du fer, en Arménie russe, portent à leur fond un

éclat d'obsidienne transparente fixé dans l'argile molle et passé au feu

avec la pâte.

Dans les temps les plus anciens, le potier ne poursuivant qu'un but

utilitaire, la forme du vase est voulue par l'usage auquel ce récipient

était destiné. Aussi ne rencontrons-nous que peu de variétés dans les

profils des céramiques primitives, et ces variétés sont-elles nées

spontanément dans tous les pays. Mais peu à peu les goûts s'affinant

d'une manière indépendante chez les divers peuples, on voit paraître des

caractères régionaux, aussi bien dans les formes que dans les motifs

ornementaux. Puis, quelques centres plus favorables au progrès, plus

développés que les pays qui les avoisinent, influencent les goûts des

peuplades demeurées en retard et, des progrès locaux accrus des

influences extérieures, résulte bientôt une si grande variété d'écoles

céramiques, qu'il serait impossible de les passer toutes en revue, même

sommairement, sans sortir du cadre qui nous est tracé. Nous ne parlerons

donc que des plus dignes d'intérêt, soit par leur ancienneté, soit par

l'importance de leurs caractères.

C'est donc au temps de l'industrie mésolithique que, pratiquement,

apparaît la poterie et, dès ses débuts, elle porte des ornementations

incisées suivant les vieux principes appliqués à l'os dès les temps de

la culture archéolitique: mais dans la pâte molle l'oeuvre est aisée, la

pointe entaille profondément l'argile et, pour donner plus d'importance

au dessin, on remplit souvent les incisions d'une pâte colorée ou

blanche.

Forcément le maniement de la glaise molle donne à l'artiste l'idée de

façonner des figurines, et le modelage prend naissance. L'apparition du

métal lui donne une plus grande importance encore. On modèle la cire, et

bientôt on fond des statuettes à «cire perdue»; on fait des moules dans

lesquels il suffit de presser de l'argile molle pour obtenir, en grand

nombre, des figurines: c'est ainsi qu'en Chaldée et dans l'Élam, en

Égypte se fabriquaient les ex-voto, les pendeloques, les statuettes

divines et funéraires.

Mais, dans quelques pays, dans la vallée du Nil, en Susiane, en Syrie,

dans l'Orient méditerranéen, aux décors incisés de la céramique, on

ajoute la peinture avant ou après cuisson de la pâte: c'est ainsi que

naquit cet art très spécial qui, chez les Grecs et les Italiotes,

atteignit une si grande perfection technique et artistique. Peu à peu

ces procédés gagnèrent l'Europe centrale et occidentale; mais là,

pendant longtemps encore, la peinture, très grossière, ne fut qu'un

complément de l'ornementation ciselée.

Bien loin de nos pays, dans les deux Amériques, la peinture céramique

était également née dans des foyers spéciaux; le Mexique et le Pérou

excellèrent dans cet art.

À l'origine de toutes les civilisations métallurgiques, le métal ne fut

que fondu et martelé, travaillé au repoussé ou buriné, embouti, et les

diverses pièces d'un même objet étaient reliées entre elles au moyen de

chevilles et de rivets; ce n'est que très tardivement qu'apparut la

soudure; à une époque que nous ne saurions préciser, on l'employa pour

le bronze et pour l'or; alors, dans la bijouterie parut le filigrane

dont les joyaux égyptiens de la XIIe dynastie et de l'Élam nous

fournissent de très remarquables et très anciens exemples. Les Grecs et

les Étrusques ont tiré de ces procédés des oeuvres incomparables

longtemps après leur apparition chez les Orientaux, le filigrane se

montre dans les pays du Nord, en Scandinavie, chez les tribus

germaniques, et, chez ces peuples il constitue même la base de la

technique dans la bijouterie.

Cet aperçu sommaire permet de se rendre compte de l'évolution qui s'est

produite dans les moyens à la disposition de l'homme pour traduire ses

conceptions artistiques. Cependant il y a lieu d'observer que certains

peuples ne disposant que de procédés techniques très primitifs, n'en ont

pas moins laissé des oeuvres très remarquables dénotant un goût très pur

et une grande sûreté d'observation de la nature, alors que d'autres

hommes, bien que secondés par des moyens très supérieurs, sont toujours

demeurés dans la médiocrité quant à leurs vues esthétiques. La

technique, bien que jouant un grand rôle, n'a donc pas eu d'influence

décisive sur le développement des arts; ce sont les aptitudes des divers

groupes humains qui ont créé les différentes écoles artistiques capables

d'avenir.

Cette constatation faite, nous passerons en revue les diverses

manifestations de l'esprit esthétique, en les rangeant d'après les

époques auxquelles elles se sont produites et suivant leurs milieux, en

montrant les caractères de chacune d'entre elles et, autant que faire se

peut, la valeur des influences étrangères dans chacune des écoles. Dans

une semblable étude, les arts céramiques doivent être confondus avec les

autres produits du goût; car ils obéissent aux mêmes inspirations, et ne

diffèrent que par la nature des matières ornées et par les procédés

techniques du dessin. Aussi, contrairement à ce dont sont coutumiers

tous les ouvrages sur ces sujets, ne ferons-nous pas de distinction de

chapitre, et traiterons-nous en même temps de tous les produits

artistiques, qu'ils soient céramiques ou autres. Toutefois nous serons

obligés de parler souvent encore de la technique, en raison de

l'influence qu'elle a exercée sur le travail des artistes.

C'est au milieu de débris des industries archéolitiques que se trouvent

les premières oeuvres d'art découvertes jusqu'à ce jour; aucune trace

d'efforts artistiques ne s'est encore rencontrée accompagnant les

diverses phases des industries paléolithiques: et quand les goûts

esthétiques se montrent, il semble qu'ils aient été cultivés déjà

depuis de très longues années, ils ne sont plus au berceau.

Nous ne possédons, il est vrai, que de rares épaves de l'oeuvre des

artistes quaternaires, tout au moins en ce qui regarde l'Aurignacien,

industrie que nous devons, jusqu'à plus ample informé, considérer comme

ayant assisté à l'aurore de ces arts. Mais, pour les derniers temps

quaternaires, nous sommes infiniment plus riches, grâce aux magnifiques

découvertes de ces dernières années.

Devons-nous penser que l'art magdalénien descend de celui des

Aurignaciens? Bien des raisons nous portent à rejeter cette hypothèse.

D'après leurs caractères et leurs tendances, ces deux écoles diffèrent

notablement, et le Solutréen ne nous a pas laissé de documents en nombre

suffisant pour établir le passage, ces diverses tribus n'étaient

probablement pas de même origine ethnique et, en conséquence, leurs

aptitudes étaient différentes. Toutefois il est à penser que les essais

des Aurignaciens n'ont pas été sans exercer une influence, tout au moins

quant aux procédés techniques, sur les peuplades qui leur ont succédé

dans nos cavernes.

L'Humanité préhistorique · 第 13 / 22 段