Le harpon (_fig. 83_, n°1 à 5), en usage dès les derniers temps

quaternaires, se montre dans toutes les industries moins anciennes,

jusqu'à nos jours; il est fait d'os, d'ivoire ou de métal, et certains

petits instruments de silex qu'on rencontre, à Hélouan (Égypte) entre

autres localités, peuvent être considérés comme des armatures de

harpons.

Quant aux hameçons (_fig. 84_, nos 1 à 10), ils se montrent nombreux

dans toutes les industries du cuivre et du bronze, affectant les formes

que nous leur donnons encore de nos jours.

[Illustration: Fig. 84.--Hameçons.--Cités lacustres de Suisse: nos 1

à 8 et 11 à 13. N° 9, Suse. N° 10, Égypte]

Les filets (_fig. 83_, n° 6) paraissent avec l'industrie néolithique des

cités lacustres ou, du moins, est-ce dans les lacs qu'on a jusqu'ici

rencontré les plus anciens spécimens de filet. Ils semblent avoir été

faits «au pouce» plutôt qu'au «petit doigt». Des morceaux de bois léger

(_fig. 83_, n° 7) tenaient lieu de flotteurs, et des cailloux percés

(_fig. 84_, n° 11) ou de ces grosses perles de terre cuite qu'on nomme

fusaïoles (_fig. 84_, nos 12 et 13) remplaçaient nos plombs pour les

lignes comme pour les filets.

Dans certains pays, riches en lacs et en cours d'eau, ou situés sur les

côtes, la pêche était la ressource principale des habitants; les

kjoekkenmoeddings danois en font preuve et les bas-reliefs qui nous ont

été laissés par les Pharaoniques des premières dynasties fournissent de

nombreuses représentations de scènes de pêche au filet dans le Nil, ou

dans les marais latéraux de sa vallée (_fig. 85_). D'ailleurs les restes

de cuisine égyptiens contiennent tous des débris de poissons en grand

nombre; et certains de ces os, des vertèbres, indiquent qu'on capturait

alors dans le fleuve sacré de véritables monstres, mesurant parfois deux

et trois mètres de longueur.

[Illustration: Fig. 85.--Scènes de pêche. Bas-relief du tombeau de Méra,

à Saqqarah (IVe dynastie). _Registre supérieur_: 1° Méra en bateau

assiste à la pêche, un serviteur le fait boire. À l'avant de la barque

un autre serviteur fend les poissons pour les faire sécher; 2° barques

de pêcheurs relevant des nasses; 3° deux barques de pêcheurs à la

trouble; au-dessous sont des oiseaux pêcheurs. _Registre inférieur_:

dix-huit pêcheurs, sous les ordres d'un chef, tirent à terre la senne

pleine de poissons.]

En Chaldée, pays de fleuves et de marais, voisins de la mer, la pêche

était également en grand honneur et, suivant les textes archaïques, les

rois légendaires s'y livraient. Aujourd'hui encore, au Japon, en Chine,

dans la Polynésie, voire même certaines régions de l'Europe, la pêche

fournit aux habitants une partie fort importante de leur nourriture.

* * *

_L'élevage_.--La domestication des animaux, dans nos régions, débute,

pour quelques espèces, à l'époque où l'industrie mésolithique était

florissante. Le plus ancien animal domestique semble avoir été le chien,

compagnon du chasseur, gardien de la hutte, dont on rencontre les

squelettes dans les kjoekkenmoeddings danois. Quant aux hypothèses

attribuant aux Solutréens le dressage du cheval, de même que toutes les

suppositions relatives à la domestication dans les temps quaternaires,

elles ne reposent sur aucune base sérieuse. Ce n'est donc, semble-t-il,

que fort tardivement, que l'homme fit des animaux des auxiliaires de sa

vie et des réserves pour sa nourriture.

[Illustration: Fig. 86.--Le bétail sous l'ancien Empire

(boeufs).--Bas-relief du tombeau de Méra à Saqqarah (VIe dynastie).]

[Illustration: Fig. 87.--Le bétail sous l'ancien Empire; antilopes,

gazelles, hyènes, chacals.--Bas-relief du tombeau de Méra à Saqqarah

(VIe dynastie).]

À l'époque des palafittes, le cochon, le cheval, le boeuf, la chèvre, le

mouton et le chien étaient apprivoisés; le sanglier, le daim, le cerf,

un grand boeuf, l'élan, le castor, le chat, le renard, le loup, le

putois, la martre, le blaireau et l'ours brun vivaient à l'état sauvage;

et l'homme, toujours chasseur, ne rapportait le plus souvent à son

habitation que les parties les plus utiles du gibier, après l'avoir

dépecé sur la place où l'animal était tombé. Cet usage, que nous voyons

pratiqué dès les temps quaternaires, et qui s'est perpétué chez les

peuples sauvages jusqu'à nos jours, a permis aux zoologistes de

distinguer entre les bêtes capturées à la chasse et celles qui,

domestiquées, étaient tuées dans les villages. On retrouve toutes les

parties du squelette de ces dernières dans les restes laissés aux

alentours des habitations, alors que ce sont toujours les mêmes os qu'on

rencontre quand il s'agit du gibier[164].

[Note 164: Cf. XXVI, I, 341.]

Quant aux pays d'origine de la domestication des animaux, nous ne les

connaissons pas. Certains auteurs[165], sans preuves d'ailleurs, les

placent en Orient; mais il est plutôt à croire qu'elle s'est produite

sur un grand nombre de points. Les Péruviens, comme le fait observer M.

S. Reinach, avaient domestiqué le lama, et les Astèques, le dindon,

avant la conquête espagnole[166].

[Note 165: Cf. ZABOROWSKI, _L'origine des animaux domestiques en

Europe et les migrations aryennes_: XIII, Grenoble (1905) II, 1034.]

[Note 166: LXI, 13.]

[Illustration: Fig. 88.--Antilopes d'après une fresque Meïdoum (IIIe

dynastie).]

En Égypte, j'ai retrouvé, alors que j'explorais les kjoekkenmoeddings, non

seulement des traces de la domestication des animaux parmi les restes

des habitations, mais aussi les enceintes où les Prépharaoniques

enfermaient leurs troupeaux pour la nuit, et ces troupeaux étaient

composés en majeure parte d'antilopes (_Bubalis buselaphus_), de

gazelles (_Gazella dorcas_ et _isabella_), de chèvres (_Hircus

thebaicus_), de moutons (_Ovis longipes_) et de mouflons à manchettes

(_Ammotragus tragelaphus_)[167]. Le boeuf était également connu, car on

trouve ses restes dans les débris de cuisine. Reste à savoir si, à cette

époque, il vivait à l'état sauvage, ou s'il était domestiqué.

[Note 167: LI.]

Parmi les troupeaux qui figurent sur les bas-reliefs de l'ancien Empire,

on remarque certains boeufs (_Bos macroceros_ et _Bos brachyceros_)

ainsi que le mouton d'Asie, et leurs squelettes se rencontrent en

abondance dans les kjoekkenmoeddings de Toukh. Ce bétail a fort

probablement été importé[168] à des époques fort anciennes.

[Note 168: LXVII; PIÉTREMENT, _Les chevaux dans les temps

préhistoriques_, I (1906), 658.]

[Illustration: Fig. 89.--Peinture rupestre de Cogul (Espagne), d'après

H. Breuil.[169]]

[Note 169: Les représentations humaines sont plus récentes que

celles des animaux. H. BREUIL (_in litt._, 10 janv. 1923), la relation

entre les deux sujets est donc illusoire.]

Pour les autres pays, nous ne possédons pas d'éléments permettant de

trancher la question de la domestication des animaux; nous ne savons

pas, entre autres, à quelle époque le renne, qui a joué un si grand rôle

comme gibier, à la fin des temps quaternaires, est devenu le serviteur

de l'homme.

_L'agriculture_.--C'est aux temps des industries néolithiques, dans les

cités lacustres de la Suisse, qu'il faut nous reporter, pour apprécier

l'état de l'agriculture; parce que la vase des lacs nous a conservé en

fort bon état les substances végétales, alors que dans les autres

stations elles ont disparu.

Le Dr Herr[170], dont les travaux sur la question méritent toute

confiance, a constaté que les habitants des cités lacustres récoltaient

les noisettes, les prunelles, les fraises, les pommes, les poires, les

châtaignes d'eau, les faînes, les glands et le raisin, soit pour leur

nourriture, soit pour celle de leurs troupeaux; et plus dernièrement

Neuweiler[171] a dressé une liste de près de cent vingt espèces

préhistoriques, sans compter les céréales telles que le seigle, l'orge,

le froment et l'avoine, qui abondent dans les palafittes, soit en

grains, soit en épis. «Les habitants des villages lacustres, dit Sir

John Lubbock[172], cultivaient trois variétés de froment, deux espèces

d'orge et deux espèces de millet.»

[Note 170: _Die Pflanzen der Pfahlbauten. Neujahr. Naturf.

Gesellsch_., 1886.]

[Note 171: LXXII.]

[Note 172: IX, 4e édit., I, 204.]

Nous ne pouvons pas savoir si toutes ces espèces était indigènes, ou si

elles avaient été importées d'autres pays tels que la Mésopotamie,

contrée où les graminées abondent; constatons seulement qu'on a signalé

dans les palafittes de la Suisse le froment égyptien (_Triticum

turgidum_) et l'orge à six rangées (_Hordeum hexasticon_), espèce que

cultivaient les peuples de l'antiquité en Grèce, en Italie, en Égypte et

dans l'Asie antérieure.

[Illustration: Fig. 90.--1, Statuette de bois (IIIe dynastie).

Dahchour. 2, Monsheim (Hesse Rhénane). 3, Suse.]

Dans tous les pays, en Égypte, en Chaldée, en Italie, dans les contrées

helléniques, on rencontre, dès les temps les plus anciens de la hache

polie, la meule à bras (_fig. 90_) qu'on retrouve également dans les

stations mésolithiques et néolithiques, ainsi que dans les palafittes.

Cette meule est simplement composée d'une large pierre plate, en roche

dure, et d'un broyeur de forme allongée, aplati sur l'une de ses faces.

C'est à l'aide de cet instrument primitif, qu'on rencontre d'ailleurs

aujourd'hui encore chez quelques peuplades peu avancées, que les gens

des cités lacustres fabriquaient cette farine grossière avec laquelle

ils faisaient les pains dont on a trouvé bon nombre de spécimens au fond

des lacs, sorte de galette sans levain, analogue à celle dont se

nourrissent aujourd'hui bien des populations africaines et asiatiques.

[Illustration: Fig. 91.--1, Faucille en bois armée de silex, d'après

W.-M. Flinders Petrie, _Illahum Cahun and Gurob_, pl. III, fig. 27.--2,

Coupe montrant le mode d'encastrement du silex et le ciment de

bitume.--3, Signe hiéroglyphique d'après une fresque de Meïdoum (IIIe

dynastie). Le manche est peint en vert et les dents sont blanchâtres.--4

à 8, Éléments de faucille.--9, Silex montrant encore le ciment de bitume

et les traces laissées par le bois du manche.]

Mais la découverte la plus curieuse, faite en ces dernières années et

relative à l'agriculture préhistorique, est celle de Flinders Petrie en

Égypte. Cet archéologue a trouvé une faucille de bois armée sur toute

sa partie tranchante de petites lames de silex munies de dents (_fig.

91_). Jusqu'alors on avait pensé que ces instruments de silex,

extrêmement abondants dans toutes les stations néolithiques et

énéolithiques de l'Égypte, étaient des scies. Il n'en est rien: et sur

presque tous ces éléments de faucille aujourd'hui dispersés on reconnaît

un polissage spécial des dents, non pas obtenu par friction sur un corps

dur, mais causé par une substance souple, la paille, qui, à la longue, a

émoussé toutes les arêtes saillantes de l'instrument. En Chaldée (à

Yokha), en Élam (à Suse) et à la base de tous les tells, on rencontre

ces éléments de faucilles en prodigieuses quantités; presque tous sont

usés, tout comme ceux de l'Égypte et patinés par les intempéries depuis

leur abandon; on les retrouve en Syrie et en Espagne (_fig. 92_).

[Illustration: Fig. 92.--Abuchal, près Carmona (Espagne), d'après G.

Bonsor.]

L'existence de cet instrument de bois, armé de silex, montre combien il

importe d'être prudent dans nos appréciations quant à l'usage des silex

taillés dont nous ne connaissons pas l'emmanchement.

[Illustration: Fig. 93.--Faucilles de bronze: 1, Palafitte de Moringen

(Suisse); 2, Corcelette; 3, Guévaux; 4, Athlone (Wessmeath); 5, Jura; 6,

Hongrie; 7, Caucase.]

Avec la venue des métaux nous voyons changer la forme de la faucille;

elle diffère quelque peu suivant les pays, mais se présente toujours

comme une lame courbée, garnie d'un épais dos saillant (_fig. 93_).

L'époque de l'apparition de la charrue (_fig. 94_) ne peut être

précisée, parce que primitivement cet instrument dépourvu de socle se

composait seulement d'un morceau de bois fourchu, dont l'une des

branches était attachée au joug, tandis que l'autre pénétrait dans le

sol; ce n'est que tardivement qu'on arma la charrue d'une garniture

métallique; on connaît un assez grand nombre de socles de fer. En Égypte

cependant on rencontre de volumineux silex taillés que l'on considère

comme ayant servi de socles à des charrues.

[Illustration: Fig. 94.--Laboureur et sa charrue. Gravure rupestre de

Bohusland (Suède), d'après A. Montelius.]

Quant aux chars, on les rencontre en Chaldée, en Égypte, en Italie, en

Hellade et dans presque tous les pays méditerranéens au cours de

l'industrie du bronze. Dans le Nord et l'Ouest européens, ils sont

fréquents dès l'apparition du Hallstattien (_fig. 95_), bien qu'existant

déjà depuis longtemps; les chars votifs scandinaves en sont la preuve.

[Illustration: Fig. 95.--Char attelé de chevaux sur un vase d'argile

incisée (Industrie du fer). Oerdenburg (Hongrie).]

Ces progrès s'opérant peu à peu, soit par suite de conceptions

indigènes, soit par contact avec des peuples plus avancés, l'homme,

s'attachant au sol qu'il cultivait, modifia son genre de vie et, de

chasseur, devint sédentaire; cependant, dans bien des pays montagneux,

les besoins de ses troupeaux l'obligèrent à conserver quelque peu de son

ancienne existence nomade et à rechercher les pâturages dans les

diverses saisons. C'est ainsi que vivent aujourd'hui la plupart des

tribus kurdes et tartares de l'Asie antérieure; pour la plupart, elles

possèdent leurs villages, bâtis au milieu de leurs terres de culture et

de leurs pâturages d'hiver; mais elles quittent ces parages, dès les

chaleurs venues, pour gagner la montagne, y reviennent momentanément

pour les moissons, au coeur de l'été, puis s'y installent à nouveau, dès

que les neiges chassent leur bétail des hauts pâturages.

CHAPITRE III

LE VÊTEMENT ET LA PARURE

D'après les très rares représentations humaines que nous possédons des

temps quaternaires, il semble qu'à ces époques l'homme de l'Europe

occidentale vivait nu, ou peu s'en faut; car si, par les grands froids,

il se couvrait de peaux d'animaux tués à la chasse, ce que n'indiquent

pas, d'ailleurs, ses figurations, cela ne l'empêchait certainement pas

de s'exposer aux intempéries; peut-être même que la nature, prévoyante à

son endroit comme elle l'était pour les pachydermes, l'avait-elle

gratifié d'une véritable toison, certaines gravures sur bois de renne

permettraient de le penser. Or, s'il en était ainsi dans les régions

froides, _a fortiori_ n'en pouvait-il pas être autrement dans les

contrées chaudes. D'ailleurs, en Égypte, même aux temps de l'industrie

néolithique, l'homme ne paraît pas s'être vêtu; les plus anciennes

figures nous le montrent nu ou simplement protégé par une sorte de

pagne, fait qui se retrouve, de nos jours encore, chez la plupart des

peuplades sauvages des pays chauds, et même chez quelques-unes des

terres où, comme en Patagonie, le froid sévit avec intensité.

Aux niveaux des industries archéolithiques, dans les cavernes, on

rencontre en grand nombre des aiguilles d'os et d'ivoire, et l'on peut

en déduire que les gens de ce temps cousaient les fourrures et s'en

couvraient le corps lors de la mauvaise saison venue, comme le font

encore les Kamtchadales; mais il serait très hasardeux de leur attribuer

la connaissance des tissus.

Quoi qu'il en soit, c'est au cours des industries néolithiques et

énéolithiques que nous voyons avec certitude paraître les étoffes. Les

Proto-Susiens fabriquaient une toile assez fine. Il est probable même

que sous les premiers dynastes de la vallée du Nil on portait de ces

étoffes de coton dont nous trouvons des échantillons si bien conservés

sur les momies, dès la troisième dynastie. Les sépultures des premiers

princes de Haute-Égypte ayant été livrées aux flammes, toutes les

matières périssables qu'elles renfermaient ont disparu; et dans les

tombes du peuple on ne trouve pas trace de tissus, qui, s'ils existaient

déjà devaient être fort précieux.

En Europe occidentale, les gens des palafittes filaient et tissaient le

lin, ils ne connaissaient pas encore le chanvre; et ce n'était pas le

lin que nous cultivons aujourd'hui qu'ils employaient; c'était une

espèce à feuilles étroites (_Linum angustifolium_) qui croît

spontanément encore dans les régions méditerranéenes, et que, fort

probablement, ils se contentaient, dans les débuts, de récolter dans les

prairies.

[Illustration: Fig. 96.--1 à 3 Figurines d'argile, dessins gravés

(Iassy, Roumanie).--4 à 5, Figurines d'argile, dessins peints (Toukh,

Hte-Égypte).]

Cependant la nudité semble avoir persisté bien longtemps encore; car la

coutume de se tatouer et de se peindre le corps demeura, tant en Europe

qu'en Afrique et assurément aussi en Asie, jusqu'aux temps historiques.

Il suffira de citer les figurines de terre cuite découvertes en Roumanie

(_fig. 96_, nos 1 à 3) et celles de la Haute-Égypte (_fig. 96_,

nos 4 et 5) représentant des danseuses; toutes appartiennent à

l'industrie néolithique ou, au plus tard, énéolithique.

Les ornements corporels sont de deux natures: le tatouage indélébile,

obtenu à l'aide d'une pointe faisant pénétrer la couleur sous la peau,

et la peinture superficielle. Ces deux procédés sont encore en usage

chez tous les peuples primitifs; mais, d'après les figurations qui nous

ont été léguées par les hommes préhistoriques, il est impossible de

faire la séparation entre les deux procédés. En Égypte et en Chaldée ces

usages semblent avoir de très bonne heure perdu beaucoup de leur

importance. De même, dans le monde Égéen comme en Crète, si le tatouage

et la peinture corporelle existaient, ce ne paraît avoir été qu'à l'état

d'exceptions. La peinture, dans tous les pays et en tous les temps, n'a

d'ailleurs jamais été qu'accidentelle, et le plus souvent voulue soit

par des rites religieux, soit à certains jours seulement.

[Illustration: Fig. 97.--1 et 2, Mycènes, 3, Cnossos.]

Le costume caractéristique des peuples était, dès qu'il fut en usage,

extrêmement varié, et il l'est resté jusqu'aux débuts du XIXe siècle,

à qui appartient le triste honneur, au point de vue artistique, d'avoir

commencé son unification. Mais les habillements en usage aux temps

préhistoriques nous sont presque entièrement inconnus, parce que nous

n'en pouvons juger que par les très rares représentations parvenues

jusqu'à nous et par les figurines archaïques dont les costumes montrent

quelles étaient les modes dans quelques pays (_fig. 97_). Pour les

autres contrées, nous en sommes réduits à des suppositions basées sur

les objets qu'on rencontre dans les tombeaux, mais qui éclairent plutôt

sur la bijouterie que portaient hommes et femmes, en ces temps, que sur

la forme du costume.

[Illustration: Fig. 98.--Amulettes et collier de l'industrie de la

pierre.

1 à 6, Grotte des morts (Gard). 7, Aveyron. 8, Stéatite: dolmen

d'Aiguèze (Gard). 9, Coquille de pectuncle: dolmen de Gamat (Lot). 10,

Coquille (Dijon, Côte-d'Or). 11, Coquille, os et schiste: dolmen de

Vinnac (Aveyron). 12, Luzarches (Seine-et-Oise). 13, Camp de Chassey

(Saône-et-Loire). 14, Canine de chien (lac de Constance). 15, Callaïs:

dolmen de Carnac (Morbihan). 16, Stéatite: dolmen de Vayssières

(Aveyron). 17, Lignite: dolmen de Bessoles (Aveyron). 18, Albâtre:

dolmen de Montaubert (Aveyron).]

Assurément hommes et femmes se paraient dès les temps des industries

quaternaires; mais leur bijouterie, si primitive qu'elle soit, nous est

encore presque inconnue; c'est avec les restes des industries

néolithiques que nous voyous paraître, dans les sépultures et dans les

cités lacustres, de nombreuses amulettes et des perles de colliers

(_fig. 98_). En Égypte, dans les tombes néolithiques et énéolithiques,

on rencontre fréquemment des colliers composés de perles ou de

coquilles, des pendeloques et des bracelets d'ivoire, d'albâtre, de

nacre, voire même de silex merveilleusement taillés (_fig. 99_, n° 5).

Mais c'est avec l'industrie du bronze que débute la véritable

bijouterie.

[Illustration: Fig. 99.--Bracelets 1 à 3, Frignicourt (Marne). 4,

Albâtre (El Amrah). 5, Silex jaune (Abydos). 6, Nacre (El Amrah).]

Le bijou qui présente le plus d'intérêt au point de vue de la variété

est la fibule, qui se montre avec l'industrie du bronze et dont l'usage

s'est perpétué jusqu'à nos jours; mais avant que la fibule fût connue et

dans les pays où jamais elle n'a été en usage, comme l'Égypte, d'autres

moyens permettaient d'attacher ensemble deux pans d'étoffe. Dans les

sépultures de la première industrie du fer, en Arménie russe, toutes

les tombes renferment une grosse épingle; et la chance a voulu que dans

l'une de ces sépultures, l'épingle fût encore engagée dans des restes de

l'étoffe et entourée du cordon qui la maintenait[173]. L'épingle

remplaçait donc commodément la fibule; aussi devons-nous penser que

celles qui se rencontrent avec les industries archéolithiques n'avaient

pas d'autre destination, soit qu'elles retinssent des peaux, soit

qu'elles fussent enfoncées dans les plis d'un vêtement tissé. Plus

tardivement encore est venu le bouton, petit morceau de métal muni d'un

anneau.

[Note 173: Cf. J. DE MORGAN, XXXVIII, I, Musée de St-Germain.]

En Égypte, comme en Élam, la fibule ne semble pas avoir été d'usage

courant même aux temps historiques, on ne la rencontre jamais dans les

tombeaux pré-pharaoniques et proto-élamites; et les dépôts de fondation

du temple de Chouchinak n'en contenaient aucune. Cependant elle existe à

Moughaïr et à Warka, en Chaldée, dans des sépultures qui passent pour

être fort anciennes, mais dont la date est très discutable.

Le type primitif de la fibule est celui dit en archet, dans lequel la

tige métallique fait tous les frais: repliée sur elle-même, elle compose

l'épingle, son arrêt, son ressort et le dos qui, bientôt, prend une

importance ornementale. Dès lors la fibule est faite de plusieurs pièces

ajustées sur un motif central parfois très compliqué.

Dans le monde méditerranéen oriental, la fibule semble avoir fait son

apparition en même temps que le _péplos_ dont elle était le complément

indispensable; car ce vêtement féminin, n'étant pas cousu, devait être,

sur les deux épaules, retenu par des fibules. Ce bijou ne se montre que

vers la fin de l'époque mycénienne, et encore est-il de peu d'usage

jusqu'au temps de l'invasion dorienne qui en généralise l'emploi; il est

donc permis de penser que le péplos et la fibule sont venus du Nord en

Grèce; mais, originairement, la fibule n'était pas spéciale au port du

péplos; depuis des temps fort anciens elle était en usage chez les

peuples asiatiques du Nord et européens du Centre et de l'Ouest. Elle se

montre contemporaine de la plupart des dernières industries du bronze en

Italie, comme en Gaule. Dans la Transcaucasie et le Nord-Ouest iranien

elle paraît avec le fer. Son absence en Égypte et à Suse vient à l'appui

de l'opinion que ce bijou est d'origine asiatique centrale.

Les autres bijoux préhistoriques n'ont qu'un but de parure: ce sont les

colliers, les diadèmes, les bracelets, les anneaux de jambes, les

bagues, les pendants d'oreilles, les pendeloques et les appliques,

pièces métalliques cousues ou fixées à l'aide de crochets sur les

vêtements, enfin les ceintures qui, dans certains pays, tenaient en même

temps lieu d'armes défensives.

Les plus anciens colliers sont faits de menus objets enfilés; ce sont

des perles minérales, de turquoise, de callaïs, calcédoine, agate,

cornaline, hématite, d'ambre, etc., des coquilles marines ou fluviales,

des graines dures, des grains d'ivoire ou d'os, des perles métalliques,

d'or, d'argent, de cuivre ou de fer, suivant les pays et les époques,

enfin des grains de verroterie qu'on voit paraître dans l'Europe

occidentale aux temps de l'industrie du bronze. En général ces colliers

de perles portent au centre, sur la poitrine, soit une amulette, soit un

pendentif quelquefois très important, comme le sont les pectoraux

égyptiens.

L'Humanité préhistorique · 第 12 / 22 段