Mais, parmi les pays producteurs du cuivre, il importe de distinguer

ceux qui ont reçu les connaissances métallurgiques de ceux où ces

notions ont pu naître. Tout d'abord les deux Amériques doivent être

mises hors de cause; et nous savons par de nombreux témoignages

archéologiques que ce n'est ni l'Algérie, ni l'Espagne, ni la France,

les îles Britanniques, la Scandinavie, ou l'Europe centrale qui ont vu

couler le premier lingot de cuivre. Restent donc les îles Égéennes,

l'Asie Antérieure et l'Égypte; car nous avons vu qu'il ne peut être

question de la Chaldée, et que l'Égypte a fort probablement reçu de

l'Asie la connaissance du cuivre.

En ce qui regarde l'Égypte, une légende[132] causée par une erreur du

savant allemand Lepsius s'est établie et dure encore quant à la

richesse des mines de cuivre de la presqu'île Sinaïtique[133]. Cet

archéologue, qui n'était versé ni dans la minéralogie ni dans la

géologie, a pris pour des scories résultant de l'exploitation intense de

mines de cuivre supposées, les bancs naturels de minerais de manganèse

de Sérabout-el-Khadim; et cette grossière erreur a fait loi parmi ceux

qui ont parlé de l'Égypte: or, par leur constitution géologique, les

couches dont la presqu'île Sinaïtique est formée ne peuvent contenir de

grands gisements cuivreux, et les turquoises disséminées dans des grès

sont la seule richesse de ces montagnes. À Wadi Maghara sont bien des

restes d'industrie métallurgique; mais cette industrie n'a jamais porté

que sur des quantités insignifiantes de minerais carbonatés existant en

rognons dans les grès avoisinant ceux où se rencontrent les turquoises.

Il faut donc absolument rayer l'Égypte des pays producteurs du cuivre.

[Note 132: Cf. XXVI, II, 1re partie, 176.]

[Note 133: Cf. XXXIX, 216 sq. Tous les documents relatifs à la

question des mines du Sinaï, rapportés par l'auteur, sont dans ses

collections au Musée de Saint-Germain.]

Que reste-t-il alors comme contrées où l'invention de la métallurgie a

pu se produire? les îles Égéennes, l'Asie Mineure, la Transcaucasie,

l'Arménie et l'Iran, d'une part; le groupe extrême-oriental d'autre

part; or il est certain que le métal, en Chaldée et dans l'Élam, est

beaucoup plus ancien que dans les pays Sino-Japonais et Indo-Chinois.

L'Altaï et le Pamir sont également riches en cuivre; mais l'antiquité de

la métallurgie dans ces régions paraît être peu reculée. C'est donc,

suivant toute vraisemblance, dans le nord de l'Asie Antérieure que se

serait produite cette grande découverte; de là, elle serait descendue en

Chaldée, bien rudimentaire encore, avec les hommes qui, les premiers,

sont venus habiter les îlots vaseux de ce qui fut plus tard l'empire de

Sargon l'ancien et de Naram-Sin; puis elle aurait gagné l'Égypte, les

côtes phéniciennes et les îles Égéennes, foyers de leur connaissance

dans l'Europe.

Ce ne sont là, certainement, que des conjectures, mais elles reposent

sur des bases sérieuses, sur un ensemble de faits que ni la géologie, ni

les traditions asiatiques, ni les premières données historiques et

l'archéologie ne viennent combattre.

En ce qui regarde l'étain, le problème est d'une solution plus difficile

encore; car les régions stannifères sont très peu nombreuses[134]. Les

rares gisements d'étain signalés au Maroc, en Espagne occidentale, en

Auvergne, en Bretagne et en Finlande ne peuvent entrer en ligne de

compte, et il en est de même pour ceux de l'Angleterre, par suite de

l'éloignement de ce pays et de son isolement au milieu des mers. La

cassitérite se rencontre, suivant certains auteurs, dans le Nord-Est de

la Perse, au Khoraeân et dans plusieurs districts de l'Arménie; mais je

n'ai pas été à même de vérifier ces renseignements. Madagascar, le cap

de Bonne-Espérance, l'Australie doivent être rayés de la liste des pays

où la découverte du métal blanc a pu se produire. En Amérique du Nord,

la cassitérite se montre (fig. 52) sur la côte de l'océan Pacifique. Au

Mexique elle a produit une industrie spéciale du bronze: elle paraît

enfin dans l'Amérique méridionale, mais on ne peut faire état des

gisements du Nouveau Monde dans une étude relative aux vieux continents.

[Note 134: Cf. XXXVIII: _Études archéol. et histor._, 22, et carte,

pl. II (p. 34).]

[Illustration: Fig. 52.--Les gisements de cuivre et d'étain du Nouveau

Monde.]

Il ne reste donc que le groupe malais, indo-chinois et chinois, dont la

richesse est immense; peut-être que dans des temps plus rapprochés de

nous l'étain a suivi la même voie que les grandes invasions mongoles du

Moyen Âge pour arriver dans nos pays.

L'Indo-Chine et la Chine étaient particulièrement favorisées par la

nature pour que se fit dans ces pays la découverte du bronze: car là se

trouvent réunis, et en grande abondance, les minéraux cuprifères et

stannifères; mais nous devons borner là ces considérations et attendre

que le Centre asiatique et la Chine soient mieux explorés. Peut-être

même découvrira-t-on quelque jour dans les montagnes du nord de l'Asie

Antérieure des gisements stannifères oubliés depuis des milliers

d'années: en ce cas la présence de la cassitérite dans cette région

réduirait à néant toutes les hypothèses qu'on serait tenté de hasarder

aujourd'hui sur la position du foyer initial de la métallurgie.

[Illustration: Fig. 53.--Moules. 1-2. Écosse (Univalves), pierre.--3,

Moule en bronze margis (Lac Léman).--4, Lac du Bourget (pierre).]

Les archéologues se demandent si la préparation du bronze se faisait en

dosant les proportions des deux éléments (_fig. 53_) à l'état

métallique[135], ou bien si les minerais étaient mélangés avant la mise

au four, et ils expliquent par cette dernière hypothèse les notables

différences dans la teneur en étain des bronzes. Ce ne sont là que

conjectures qui, pour être appuyées, exigeraient qu'on pût étudier avec

certitude, et dans les moindres détails, une fonderie de cette époque,

et analyser les scories laissées par les opérations.

[Note 135: ZEUGHELIS, _Sur le bronze préhistorique, Mélanges

Nicole_, Genève, 1905.]

[Illustration: Fig. 54.--1-3, Haches de bronze (Suse).--4 à 8, D'après

un bas-relief de Naram-Sin, trouvé à Suse.]

Il convient d'ajouter que si les Anciens ne se sont pas servis du

laiton, c'est-à-dire de l'alliage du cuivre avec le zinc, bien que la

calamine soit fort abondante en Europe, c'est parce que le zinc brûle au

contact de l'air quand il est porté au rouge, même à l'état d'alliage,

et que les procédés métallurgiques de ces temps ne permettaient pas de

toujours traiter dans une atmosphère réductrice; l'étain au contraire

est fort stable, soit à l'état métallique pur, soit sous forme

d'alliage. Quant au plomb, il s'oxyde, et c'est cette propriété qui fait

la base de la coupellation, dont les Anciens, dans les temps

historiques, ont fait si grand usage pour extraire l'or des quartz,

avant que l'emploi du mercure fût en usage.

Quoi qu'il en soit de l'origine des métaux, nous voyons, dans presque

tous les pays, l'usage du bronze succéder à celui du cuivre pur; et

disparaître peu à peu les instruments néolithiques de pierre. Mais de

même que l'industrie de la pierre polie se subdivise en provinces, de

même le bronze se montre-t-il façonné de diverses manières suivant les

régions et suivant les temps. Les nombreuses peuplades, qui occupaient

le monde aux temps de l'introduction du métal, ont, avec le temps,

accentué de plus en plus leurs caractères régionaux. Ce n'est pas la

naissance des nationalités, car elles sont beaucoup plus anciennes que

le métal, mais c'est l'affirmation définitive des clans, des tribus, des

peuples, des empires. Les moyens puissants de domination que procurent

les connaissances métallurgiques, les progrès rapides d'ordre matériel

et intellectuel qu'elles provoquent permirent à certains peuples

d'atteindre à l'hégémonie dans leur sphère d'influence, l'Histoire

commence en Asie, en Égypte, dans l'Orient méditerranéen, peu après la

diffusion de la métallurgie, elle se répand peu à peu aux alentours de

ses premiers foyers, le monde moderne débute.

[Illustration: Fig. 55.--Bas-relief du tombeau de Méra (6e dynastie),

représentant le travail des métaux précieux.]

En Chaldée et dans l'Élam, l'industrie du bronze naît en même temps que

l'usage de l'écriture (_fig. 54_). Ces pays entrent dès lors dans le

domaine de l'Histoire: toutefois, chez eux, cette phase de l'industrie

se continue pendant bien des siècles encore, jusqu'à ce

qu'insensiblement le fer vienne remplacer l'airain dans l'armement. Les

formes de ces régions demeurent très longtemps spéciales, elles n'ont

rien de commun avec celles usitées chez les peuplades encore barbares du

Nord. Sous Naram-Sin, au milieu du quatrième millénaire avant notre ère,

la lance, l'arc et la hache sont encore les principales armes

offensives; le glaive ne paraît que beaucoup plus tard, pour devenir

d'un usage courant en Assyrie, au temps seulement des rois d'Assour,

chez les Hellènes avec l'invasion dorienne.

[Illustration: Fig. 56.--Instruments de bronze de l'Égypte pharaonique.]

Il en est de même dans la vallée du Nil (_fig. 55_), où le bronze

demeure en usage pour bien des emplois jusqu'à l'époque de la conquête

alexandrine parallèlement à celui du fer (_fig. 56_). Là aussi les

formes archaïques sont spéciales; elles semblent découler de celles des

instruments de pierre taillée (_fig. 57_). En Syrie (_fig. 58_) et dans

les îles de la Méditerranée orientale (_fig. 59_), bien que l'influence

égyptienne se fasse parfois sentir, les formes sont, dans la plupart des

cas, très personnelles.

[Illustration: Fig. 57.--Instruments de bronze du Nouvel Empire égyptien

(Musée du Caire).]

Nous ne sommes malheureusement que fort mal renseignés sur les

industries des peuples de l'Asie Antérieure, autres que les Chaldéens,

les Élamites et les Assyriens. Mille peuplades diverses se pressaient

dans les montagnes et les hauts plateaux du Nord. Ces gens, sauf les

Ourartiens, n'usaient pas de l'écriture, et, par suite, leur étude

appartient à la préhistoire; les Annales assyriennes fournissent leurs

noms; mais ces noms, nous ne pouvons que rarement les placer sur la

carte avec sécurité: quant aux pays où ils ont vécu, ils demeurent

encore inexplorés au point de vue archéologique.

[Illustration: Fig. 58.--Mobilier des sépultures de Tell et Tin

(Syrie)(Fouilles de J.-E. Gautier).]

[Illustration: Fig. 59.--Instruments et armes de bronze égéo-mycéniens.]

[Illustration: Fig. 60.--Europe occidentale. Industries n°I et n°II du

bronze.]

[Illustration: Fig. 61.--Europe occidentale. Industries n°III et n°IV du

bronze.]

D'ailleurs, si l'on en juge par les résultats de mes propres études dans

le nord-ouest de l'Iran et la Transcaucasie, recherches qui, à bien peu

de chose près, ont fourni tout ce que nous savons sur ces régions, ce

n'est pas vers les industries chaldéo-élamites qu'il convient de tourner

ses regards pour découvrir les origines de la culture nordique, mais

vers les pays encore inconnus de l'Asie centrale. Les diverses cultures

du bronze, dont on rencontre les vestiges dans les dolmens du Talyche

russe et persan, se relient plus ou moins étroitement aux civilisations

de l'Europe centrale et occidentale; on y rencontre l'usage général du

poignard et de l'épée, le torque, la céramique incisée, l'ornementation

géométrique. À l'exclusion des représentations animales et humaines,

beaucoup de ces goûts sont caractéristiques de nos populations

néolithiques de l'Occident: il semblerait que, dès avant les temps de la

pierre polie, un grand courant se soit établi entre les pays de l'Asie

centrale et ceux de l'Europe, que ce courant n'ait pas été affecté

d'une manière importante par les grands foyers de civilisation du sud de

l'Asie Antérieure, mais qu'en passant d'est en ouest il ait, pour

certains détails, emprunté des idées au monde Égéen. Il s'ensuit qu'en

parvenant dans nos pays, il ne possédait plus complètement cette allure

que nous révèlent les sépultures monumentales des rives méridionales de

la mer Caspienne.

[Illustration: Fig. 62.--Haches d'armes en bronze.--1-2, Allemagne.--3,

Espagne.]

Il convient donc, pour l'Ancien Monde, de partager l'industrie du bronze

en diverses régions au développement personnel. La Chaldée et l'Élam,

dont l'Assyrie fut la fille, l'Égypte, l'île de Crète: ces foyers

semblent être les plus anciens; puis viennent les civilisations

nordiques, toutes parentes, plus ou moins proches, qui couvrent tout le

nord de l'Asie Antérieure et toute l'Europe, divisant ces vastes régions

suivant les lieux et les temps. Là, tout en conservant les grandes

lignes directrices de l'industrie nordique du bronze, les divers peuples

font preuve de leur génie personnel, de leurs goûts, de leurs tendances.

On voit, en des temps divers, se montrer les industries caspiennes,

caucasiennes, mycéniennes, de la steppe russe, du Danube (Hongrie), de

la Scandinavie et du nord de l'Allemagne, de la Gaule, de l'Espagne, du

nord de l'Italie, etc.; et, dans les régions méditerranéenes, les

influences minoenne, égéenne, égyptienne même se font très largement

sentir, alors que dans les pays du nord elles sont moins accentuées ou,

dans tous les cas, plus tardives.

Dans chacune de ces provinces du Nord, de l'Europe comme de l'Asie,

l'industrie du bronze a évolué sur elle-même, suivant des phases

successives. Dans le nord de la Perse et dans la Transcaucasie on

distingue aisément plusieurs époques pour lesquelles les industries

diffèrent par les détails, et il en est de même pour toutes les

provinces dont il vient d'être question.

[Illustration: Fig. 63.--Instruments et armes de bronze de Hongrie

(d'après A. de Mortillet, _Musée préhistorique_.)]

Dans nos pays, la forme des premiers instruments de bronze est le plus

souvent inspirée par celles des outils de pierre; puis paraît l'épée

qui, dans les derniers temps, devient d'un usage courant. Alors se

montrent les armes défensives, le casque, la cuirasse, le bouclier,

depuis longtemps en usage chez les Orientaux.

La fibule ne paraît en Occident que vers la quatrième industrie du

bronze, alors que l'Égypte, la Chaldée, l'Élam et l'Assyrie ont toujours

ignoré cette forme de bijou, tandis que le monde hellénique l'a connue

dans des temps fort anciens.

L'espace manque dans cet exposé pour examiner un à un tous les objets

des industries du bronze, pour rechercher leur parenté, voire même leur

origine; une semblable étude nous entraînerait bien au delà des limites

qui nous sont assignées pour ce volume, elle conduirait à distinguer

entre les formes originelles de chaque peuple, et celles qui lui sont

parvenues par contact avec les habitants des provinces voisines. Il

suffit de dire que, dans nos industries du bronze, on rencontre de

nombreuses traces de mélanges montrant qu'à ces époques les peuples

entretenaient entre eux des relations très étendues.

Quant aux temps où l'industrie du bronze a débuté dans les pays divers,

ils sont fort variés et bien souvent difficiles à préciser. En Élam, en

Chaldée, en Égypte ce semble être vers la fin du cinquième millénaire

avant notre ère; dans l'Orient méditerranéen ce serait au cours du

troisième; à Mycènes, vers la même époque; en Gaule, vers 2000 avant

J.-C., et dans le nord de la Perse et le Caucase probablement un millier

d'années plus tôt; mais toutes ces évaluations ne sont

qu'approximatives, notre documentation étant encore beaucoup trop

imparfaite pour que nous soyons à même d'établir une chronologie

certaine.

CHAPITRE VII

LES INDUSTRIES DU FER

Le passage de l'industrie du bronze à celle du fer ne s'est, dans aucun

pays, produit subitement. Longtemps encore après l'arrivée des formes

hallstattiennes, nous voyons se perpétuer l'usage des armes et des

instruments de bronze. Souvent même, dans les tumuli, rencontre-t-on en

même temps des épées et des poignards de bronze et de fer mélangés.

Cependant les formes se modifièrent rapidement, et les modèles

hallstattiens, reconnus comme supérieurs aux anciens, furent copiés en

airain.

Les armes offensives sont l'épée, longue et mince, le poignard, la

lance, l'arc et la flèche; glaives et poignards sont remarquables par la

forme de leur poignée souvent munie d'antennes, fréquemment aussi d'un

pommeau conique d'aspect spécial; quant aux têtes de lances et de

javelots, elles sont inspirées des types de bronze.

Il en est de même pour les pointes de flèches. Les types néolithiques de

pierre persistent en même temps que ceux de bronze; c'est que,

principalement dans les débuts du hallstattien, on ménageait le fer,

métal encore rare et précieux. Il n'était guère d'usage que pour les

armes, glaives, lances, etc., qui tenues en main, ne se perdent pas.

Comme armes défensives, aussi bien qu'aux temps du bronze, la cuirasse

se montre parfois; mais elle est, soit d'origine grecque ou italiote,

soit copiée par les Celtes sur des modèles méditerranéens. D'ailleurs

l'importation d'ustensiles et d'armes de facture méridionale faisait

alors l'objet d'un commerce très étendu: sistules en cuivre battu,

cistes et vases de toutes les formes sont fréquents dans les nécropoles

hallstattiennes de l'Europe centrale et de la Gaule. Certains de ces

récipients sont même fort ornés, montrent des sujets compliqués obtenus,

soit au repoussé, soit par la fonte et, pour la plupart, les motifs

qu'ils portent se retrouvent en Grèce et en Italie. Puis ce sont des

coupes et des vases de verre de divers profils, souvent ornés de zones

colorées, et dont la provenance ne peut soulever aucun doute. L'or

lui-même intervient dans le mobilier comme dans la parure.

L'outillage et la batterie de cuisine se perfectionnent rapidement et

montrent, par leur développement, que les exigences de la vie se sont

accrues depuis la fin de l'industrie du bronze. On rencontre des scies,

des ciseaux de sculpteur, des couteaux courbes, d'autres qui se replient

dans le manche, tout comme ceux dont nous faisons encore usage. Les

casseroles de bronze sont nombreuses, les broches réunies en faisceaux

ne sont pas rares dans les sépultures étrusques; on fabrique des

chenets, voire même des portes-broches, et, parmi les instruments

rituels, il convient de citer les grandes fourches à rôtir les viandes.

Quelques tumuli de pays européens divers ont livré des chars[136], le

plus souvent à quatre roues ferrées, et dans d'autres sépultures on a

rencontré des socs de charrue. Les mors de chevaux et les bridons sont

abondants.

[Note 136: J. DE MORGAN, VII, 1921. J'ai trouvé moi-même un char

dans un tumulus hallstattien de la forêt des Moidons (Jura).]

Les bijoux, très variés, sont faits d'or, de bronze et de fer; ce sont

des torques, des colliers de perles de verre coloré ou d'ambre, de

corail, d'ivoire, de nacre; des bracelets aux formes multiples, des

anneaux d'oreilles, des pendeloques, des épingles, des fibules variées à

l'infini, des trousses de toilette, des amulettes représentant des

animaux, le plus souvent des chevaux, parfois montés; enfin, des

ceintures de bronze, plus ou moins larges, couvertes de gravures ou de

figuration au repoussé. Presque tous les bijoux métalliques sont

finement ornés de dessins géométriques gravés auxquels viennent souvent

se joindre des représentations animales, humaines, ou des symboles

religieux, tels que le disque solaire, la roue, le swastika, et beaucoup

d'autres encore dont la signification nous échappe.

La forme des vases et l'abondance de la poterie varient suivant les

régions. Cette céramique est généralement ornée de gravures

géométriques, auxquelles vient se joindre une grossière peinture

couvrant un enduit, mais on y voit également figurer l'homme et les

animaux sommairement rendus par des traits droits, comme dans les

représentations caucasiennes.

[Illustration: Fig. 64.--Métallurgie du fer. Four à minerai, Jura

bernois, d'après Quinquery.]

Les écrivains de l'antiquité classique, grecs et romains, nous

entretiennent d'un peuple ligure, mal défini, mais dont le souvenir

était resté vivace dans tout l'Occident. Ces Ligures se composaient

assurément de toutes les anciennes races indigènes de nos pays, groupées

et fondues dans un élément étranger que les auteurs modernes les plus

judicieux [137], dans leurs hypothèses, considèrent comme les auteurs de

la civilisation néolithique et pensent qu'ils font partie de ces vagues

successives de parler aryen qui se sont abattues sur l'Europe à tant de

reprises différentes; les Ligures seraient les constructeurs des dolmens

et, peut-être aussi, les premiers habitants des palafittes; mais en même

temps que des tailleurs de pierre émérites, ils seraient devenus

métallurgistes, vraisemblablement sous des influences extérieures.

[Note 137: Cf. XXX, I (1908), chap. IV, 110 sq.]

Nous avons montré de combien d'incertitudes s'entoure la genèse de la

métallurgie, et nous avons dit que nous la pensons être d'origine

orientale; elle serait donc parvenue chez les Ligures, déjà depuis

longtemps installés en Occident, par des courants continentaux, ainsi

que par la mer Méditerranée. Les Celtes et les Doriens auraient été les

grands propagateurs de l'industrie du fer. Le métal se serait tout

d'abord répandu, en tant que matière et procédés s'y rattachant, et les

Ligures auraient adapté son usage à leurs besoins et à leurs goûts; puis

seraient venus les objets exportés du monde hellénique. Ainsi s'explique

le dualisme des tendances artistiques au cours de l'industrie du bronze,

dualisme qui n'existe pas dans les dolmens orientaux du nord-ouest de la

Perse, et qu'on ne retrouve dans ces régions que beaucoup plus tard,

quand, par les comptoirs du Pont-Euxin, l'influence hellénique pénétra

chez les peuples de la Transcaucasie.

[Illustration: Fig. 65.--Tuyères de fours métallurgiques.--1,

Silésie.--2-3, Hongrie.]

Dans nos pays, la période dite ligure est celle de la fondation des

villes, ou du moins, l'industrie du bronze a-t-elle vu le développement

des agglomérations créées par les néolithiques devenus sédentaires, par

suite de l'apparition de la culture et de l'élevage, les relations

commerciales s'étendirent. C'est alors à cette époque que les Phocéens,

attirés par le commerce qui ne se faisait encore que de proche en

proche, remontèrent à la source et, venant aborder chez les Ligures,

fondèrent Marseille.

En ces temps aussi, d'autres peuplades barbares, celles des Celtes,

habitaient des pays transrhénans, dans des îles lointaines, les

dernières du monde[138]. On fait généralement venir les Celtes d'Orient,

par la vallée du Danube[139]. Puis ces hordes seraient remontées dans

les pays du nord de l'Allemagne, vers les côtes de la mer Baltique, et

c'est de là que, par mer comme par terre, elles seraient descendu sur la

Belgique et le nord de la Gaule, chassées de leurs domaines par ces raz

de marée qui vers 530 av. J.-C., submergèrent les côtes de la mer du

Nord et de la Baltique. C'est également vers cette époque que les Ibères

venant de la péninsule espagnole seraient entrés dans le midi de la

France.

[Note 138: AMMIEN MARCELLIN (d'après Timagène), XV, 9, 4.]

[Note 139: Cf. XXX, 227, note 2.]

L'histoire de l'exode des Celtes des pays du Nord nous est connue par

bon nombre de passages des écrivains de l'antiquité; aussi les

laisserons-nous occupant la Gaule, ayant soumis, sans les détruire ou

les chasser, les Ligures. Mais ce qui nous importe le plus, c'est de

retrouver leurs traces dans des temps plus anciens. D'ailleurs il était

resté des Celtes dans la Thrace et en Macédoine; ce sont eux qui en 279

avant J.-C. pillèrent le temple de Delphes, et cette indication nous est

précieuse, car elle permet de relier la culture celtique à des

civilisations plus éloignés encore vers l'Orient.

Déchelette[140] estime que de leur domaine primitif, l'Europe centrale

et la France du Nord-Est, les Celtes se sont répandus au premier et au

second âge du fer sur des territoires très étendus, au commencement du

IIIe siècle, époque de leur plus grande extension. Leur domaine

aurait compris alors les îles Britanniques, la péninsule Ibérique, la

Gaule, l'Italie du Nord, les régions du Rhin et du Danube, jusqu'à la

mer Noire; quelques-unes de leurs tribus se seraient établies en Thrace;

d'autres auraient réussi à fonder au centre de l'Asie Mineure (Phrygie

et Cappadoce) un établissement durable, la Galatie.

[Note 140: XXVI, 572.]

L'Humanité préhistorique · 第 9 / 22 段