Asie antérieure et aux Indes, entre autres pays, alors que la forme n°
5, avec ses flancs carrés, caractéristique des pays scandinaves, du nord
de l'Allemagne et de la Finlande, se trouve aussi, quoique plus
exceptionnellement, dans nos pays occidentaux. La forme n° 6, en pierre
dure, syénite, diorite, etc., est universelle; le type n° 7 est rare en
Occident, de même que les formes nos 8 et 9, n° 10 et 18 se
rencontrent en Élam et en Chaldée, caractérisées par ce fait que
l'instrument est plus plat, moins renflé que dans nos pays. Le type n°
12, qui est rare en Europe, se rencontre aux Antilles, alors que le n°
13, très spécial, semble être particulier à l'Indo-Chine. Les nos 15
et 16 sont abondants aux États-Unis, mais on les connaît aussi de
l'Europe et de l'Asie. Les mines de sel de Koulpi, dans la
Transcaucasie, ont fourni quelques-uns de ces instruments.
Le type n° 17 semble être spécial à l'Élymaïde et celui n° 19 à
l'Égypte; on connaît des instruments métalliques présentant ces formas;
mais l'outil de métal a-t-il été copié sur celui de silex ou bien
est-ce l'inverse qui a eu lieu? Nous ne saurions en décider. Puis vient
la hache (ou tranchet) plate sur une face, très spéciale à la vallée du
Nil, bien qu'elle soit inspirée du même principe que le tranchet
campignien.
[Illustration: Fig. 39.--Diverses formes de haches néolithiques.
1, France et tout l'Occident de l'Europe.--2, _Id_. type le plus
fréquent.--3, Jadéite (Seine-et-Marne).--4, _Id_. (Bretagne).--5, Type
le plus fréquent en Scandinavie, en Finlande, dans le nord de
l'Allemagne; existe aussi dans l'Occident européen.--6, Extension
universelle.--7, Occident européen, rare.--8, _Id_. rare.--9, _Id_.
rare.--10, Susiane et Chaldée, type plat arrondi sur les côtés--11,
Jadéite (Gers).--12, Antilles.--13, Cambodge.--15, États-Unis.--16,
_Id_. Asie intérieure,--17, Susiane.--18, _Id_. type très plat.--19,
Égypte.--20, type plat d'un côté.]
[Illustration: Fig. 40.--Emmanchement des haches de pierre polie.
1, La Lance (Musée de St-Germain. don de l'auteur).--2. Seeland
(Danemark).--3, Clairvaux (Jura).--4, Baie de Penhouët
(Loire-Infre).--5, La Lance (Suisse).--6, Gavr'inis (Morbihan).]
Enfin les nos 3, 4 et 11 figurent des instruments de jadéite, matière
considérée jadis comme ayant été exportée en Gaule de pays très éloignés
(de Sibérie?), mais regardée aujourd'hui comme indigène de nos pays.
La hache polie était emmanchée, nous en possédons de nombreux
exemplaires munis de leur manche (_fig. 40_, nos 1 à 5) et, dans les
sculptures contemporaines de l'industrie néolithique, nous les voyons
figurer (_fig. 40_, n° 6). Le plus souvent, la hache pénétrait dans un
morceau scié et creusé de bois de cerf et ce bois de cerf lui-même, le
plus souvent, était fixé en travers d'un manche de bois. Quant aux
instruments munis d'une rainure, ils étaient emmanchés directement dans
le bois. Les outils tels que scies, gouges, tranchets, racloirs, burins,
étaient très fréquemment emmanchés soit dans du bois, soit dans de la
corne ou de l'os.
Parmi les armes les plus fréquentes, et en même temps les plus variées
de l'industrie néolithique, il faut citer les pointes de flèches qui,
dans la plupart des stations, se rencontrent en très grand nombre, en
tous pays du monde. La variété des formes est infinie, et encore ne
possédons-nous que les têtes de flèches en silex et quelques-unes en os;
celles faites en bois, en corne, en arêtes de poissons ont disparu.
[Illustration: Fig. 41.--Emmanchement des pointes de flèches en silex.
1, Californie, d'après A. de Mortillet.--2, Hélouan (Basse-Égypte).--3,
Abydos.--4 et 5, Abydos (d'après Flinder Petrie).--7 et 8, Flèches à
tranchant de la période égyptienne historique. (Coll. de
l'auteur.--Musée de St-Germain).]
L'emmanchement de ces pointes de flèches (_fig. 41_), lui-même, était
très varié; nous en possédons quelques spécimens soit antiques, soit
parmi les collections ethnographiques de nos musées.
On remarquera que la tête de flèche tranchante, en usage chez les
Égyptiens aux temps historiques (_fig. 41_, nos 6, 7 et 8) (Moyen
Empire), était déjà employée par les contemporains de la première
dynastie (_fig. 40_. nos 4 et 5), qui avaient fait de cette arme une
véritable oeuvre d'art. Mais, à côté de ces belles têtes de flèches, il
en était certainement d'autres, composées d'un simple éclat sans
retouches, dont nous rencontrons sans doute de nombreux spécimens sans
comprendre leur usage. Et il en est sûrement de même pour une foule
d'instruments appartenant à toutes les industries de la pierre, quelque
peu retouchés ou même sans retouches, dont l'emploi demeure inconnu.
Ainsi les formes néolithiques varient à l'infini et se partagent en une
foule de districts, en époques très variées. Il est de ces industries
qui sont fort anciennes, il en est d'autres qui sont nos contemporaines,
mais, quel que soit leur âge, quelque soit leur pays, toutes reflètent
les mêmes pensées, chez les ouvriers qui les taillaient; et, par suite
des exigences de la matière, toutes présentent un air de parenté, bien
que dans la plupart des cas ces diverses industries soient absolument
indépendantes les unes des autres.
CHAPITRE V
LES INDUSTRIES ÉNÉOLITHIQUES
Les archéologues italiens ont donné ce nom à la phase industrielle dans
laquelle, aux instruments néolithiques, se joignent quelques objets
métalliques. Cette phase caractérise la transition entre l'usage de la
pierre taillée et celle du bronze. Elle ne connaît pas les alliages,
mais seulement deux métaux, le cuivre et l'or, existant à l'état natif
dans tous les pays du monde.
Il ne faut pas cependant comprendre dans l'industrie énéolithique les
instruments de cuivre simplement forgés, tels ceux des Indiens de
l'Amérique du Nord; ces objets appartiennent à la culture néolithique,
le métal n'ayant pas été fondu, mais jouant seulement le rôle de minéral
malléable. Par phase énéolithique on entend donc celle résultant des
premiers pas de la métallurgie.
Les instruments de cuivre pur ont été en usage plus ou moins longtemps
dans presque tous les pays: on en rencontre dans l'Europe entière, en
Asie jusqu'aux Indes et, peut-être, plus loin encore vers l'Orient, mais
ils semblent faire défaut au Japon, dans toute l'Afrique, sauf l'Égypte,
et naturellement en Océanie, région dans laquelle la pierre taillée
était encore en usage de nos temps.
Le cuivre a-t-il été découvert en un seul pays d'où sa connaissance
aurait rayonné sur les autres régions, ou les foyers de sa découverte
sont-ils multiples? C'est ce que nous ne saurions dire d'une manière
certaine; cependant, comme on le rencontre à la base de toutes les
civilisations, il est à croire que c'est dans les pays des plus
anciennes cultures que se sont formés les foyers, peut-être secondaires,
mais d'où cependant la précieuse découverte se serait répandue de par le
monde.
Or ces pays à culture très ancienne sont fort peu nombreux. Seules la
Chaldée, la Susiane, l'Égypte et les îles Égéennes peuvent entrer en
ligne de compte par leur antiquité.
Cette antiquité, en ces dernières années, a été rajeunie de mille ans
par les savants allemands[123] qui se refusent à reconnaître la vieille
chronologie de Nabonid, et cette thèse a été acceptée en France par bon
nombre d'archéologues[124]. Mais cette nouvelle théorie, que d'ailleurs
on tend maintenant à abandonner, ne laissant pas à la civilisation
orientale le temps nécessaire à son développement et aux dynasties celui
de s'étendre sans chevaucher par trop les unes sur les autres, nous
conserverons les anciennes évaluations chronologiques.
[Note 123: ÉDOUARD MEYER (_Aegyptische Chronologie, Abhandl, Berlin,
Akad._, 1904, et _Nachtrage, id._, 1907) établit sa théorie sur des
calculs astronomiques. Voir les objections de G. MASPÉRO dans XI (1905),
II, 203.]
[Note 124: Cf. XXVI, II, 1re partie, 54; XXVII, 2° édit., 1914;
tableau, pl. XII, etc.]
[Illustration: Fig. 42.
Ivoire. Tombe du roi Qa (1re dynastie).--Flinders Petrie, _The Royal
Tombs_, 1900. Part I, pl. XII, fig. 12, 13.]
Dans ces conditions, c'est dans la seconde moitié du cinquième
millénaire avant notre ère que serait née la culture pharaonique.
Toutefois le problème se pose de savoir si cette culture est indigène ou
bien si elle provient d'influences étrangères. Nous allons montrer
comment, de très bonne heure, aux temps de l'industrie néolithique en
Égypte, la vallée du Nil a été soumise à des influences asiatiques,
probablement même occupée pour un temps par des populations venues des
régions mésopotamiennes, et que ces conquérants auraient apporté dans ce
pays la connaissance du cuivre. Nous verrons plus loin que c'est
également à cette époque que paraissent avoir débuté les arts céramiques
chez les Pré-Égyptiens.
[Illustration: Fig. 43.--Représentation de l'homme au début de l'époque
pharaonique (D'après Flinders Petrie, _Royal Tombs_, 1901).]
Dans la tombe du roi Qa, de la Ire Dynastie, Fl. Petrie[125] a
découvert une plaque d'ivoire représentant un captif de type asiatique
(_fig. 42_), bien que l'auteur le pense être libyen. D'autres
figurations de la même époque (_fig. 43_) montrent que déjà les artistes
tenaient grand compte des caractères ethniques dans leurs
représentations. Ailleurs, sur une plaque de schiste du Musée
britannique (_fig. 44_), on voit en haut à droite un personnage vêtu
d'une longue robe de caractère asiatique, qui pousse devant lui un
captif nu, alors qu'à gauche un autre personnage nu s'enfuit; dans le
champ on voit des carnassiers et des rapaces dévorant les cadavres à la
suite d'une bataille. Les vaincus sont des Africains, ils portent la
barbe à l'égyptienne et ont les cheveux crépus; il est à croire qu'en
ces temps primitifs la race qui peuplait les bords du Nil n'était pas de
type pharaonique, et que, s'il existait des hommes aux cheveux lisses,
ils étaient cantonnés vers le nord, dans le delta en formation.
[Note 125: _The royal tombs_, 1900: part. I. pl. XII, fig. 12 et 13;
pl. XVII, fig. 30.]
[Illustration: Fig. 44.--Palette de schiste archaïque égyptienne (Musée
britannique).]
Ces documents, et il en existe beaucoup d'autres, montrent, à n'en pas
douter, que l'Égypte, vers l'époque de sa première dynastie, plutôt
avant qu'après, a été le théâtre d'une lutte entre deux peuples de races
distinctes, et renseignent sur la nature et l'origine des envahisseurs.
Il en est de même quand on compare les _fig. 45_ et _46_, dans
lesquelles nous avons groupé les principales formes industrielles et
artistiques communes à l'Égypte anté-pharaonique, à la Chaldée et à
l'Élam. On conviendra que les analogies sont telles qu'on ne peut nier
l'influence de l'une des civilisations sur l'autre. Or la présence de la
divinité asiatique en Égypte (nos 2, 3, 5, 6, 27, 33) et du
cylindre-cachet qui, comme on le sait, est d'origine chaldéenne, ne peut
laisser de doutes au sujet du foyer d'où serait partie la culture qui se
transforma plus tard en civilisation pharaonique.
[Illustration: Fig. 45.--Principaux objets archaïques égyptiens.]
Il est donc à penser que c'est de la Chaldée que vint en Égypte et sur
les côtes asiatiques de la Méditerranée, la connaissance du cuivre
(_fig. 47_). Mais cette déduction ne nous avance pas quant au pays
d'origine de la découverte de ce métal (_fig. 48_): car nous n'avons
jamais rencontré dans la Chaldée comme dans l'Élam, comme sur le plateau
iranien (_fig. 49_), de traces certaines de l'industrie néolithique pure
et nous savons, par l'étude de la formation du delta des fleuves
chaldéens, que ces parages n'ont été que relativement tard aptes à
recevoir l'homme. Ce n'est donc pas en Chaldée, ni dans l'Iran qu'ont eu
lieu les premiers essais métallurgiques. Il n'en demeure pas moins que,
suivant toute vraisemblance, bien que nous ne connaissions pas encore le
point initial de la métallurgie, l'Asie Antérieure a été pour le moins
l'un des principaux foyers secondaires propagateurs de la connaissance
du métal.
Des côtes méditerranéenes et de l'Asie centrale les types principaux de
l'outillage en cuivre se seraient répandus dans les îles méditerranéenes
en premier lieu, puis dans l'Europe occidentale, peut-être même centrale
et nordique, se modifiant suivant les innombrables cultures néolithiques
dans lesquelles ils pénétraient, mais conservant leurs caractères
principaux, ceux de la hache plate et du poignard triangulaire; et si
quelques rares objets égyptiens, phéniciens ou égéens sont parvenus
jusqu'aux confins de l'Europe, ce ne fut jamais qu'exceptionnellement:
c'est la connaissance des procédés métallurgiques qui s'est répandue et
non l'objet lui-même. Le métal circulait probablement sous forme de
lingots, ainsi qu'on l'a constaté pour le bronze, qu'on exportait tout
préparé, contenant la bonne proportion d'étain.
Il paraît aujourd'hui prouvé que c'est en même temps du Sud et de l'Est
qu'est parvenue en Gaule la connaissance du cuivre, qu'elle nous est
venue de la mer Noire et de l'Égée, pays où, suivant les spécialistes
des questions égéennes, cette industrie aurait débuté vers le
commencement du troisième millénaire avant notre ère; mais,
naturellement, sa propagation jusqu'aux îles Britanniques et à la
Scandinavie aurait exigé de longs siècles. Nous ne contredirons pas ces
auteurs en ce qui regarde l'âge de la civilisation dans les îles
méditerranéenes, pas plus que dans l'Europe occidentale.
[Illustration: Fig. 46.--Principaux objets archaïques susiens et
chaldéens.]
[Illustration: Fig. 47.--Industrie pré-pharaonique de la Haute-Égypte.]
[Illustration: Fig. 48.--Industrie énéolithique des temps historiques en
Égypte. Objets de la 1re dynastie pharaonique.]
Quant à l'or, on le rencontre aussi anciennement employé que le cuivre,
dont il est le compagnon dans presque toutes les stations et dans les
sépultures énéolithiques. La tombe de Ménès, à Négadah, contenait une
perle-spirale d'or, fort pesante. De même, dans les sépultures de
Mugheïr (Ur de la Bible) et de Warka (Erech) les tombes renferment en
même temps que des outils de pierre et de cuivre (quelquefois aussi de
bronze), de grossiers bijoux d'or.
Quoique les découvertes soient, de jour en jour, plus nombreuses, nous
sommes encore bien insuffisamment renseignés sur l'extension et la durée
des industries énéolithiques; ce n'est que par de très nombreuses
analyses chimiques qu'il sera possible d'être à même de se prononcer;
car l'usage du bronze venant se greffer sur celui du cuivre, on trouve
fréquemment des mélanges d'instruments de pierre, de cuivre et de
bronze. Aussi la plupart des archéologues, tout en reconnaissant
l'existence d'une industrie du cuivre et en la plaçant dans la dernière
phase néolithique, ne la distinguent-ils que peu[126] ou point[127] de
celle du bronze.
[Note 126: Cf. XXVI. II. 1re partie.]
[Note 127: XLI.]
L'apparition du métal (_fig. 50_) ne donna pas lieu, comme on serait
tenté de le penser, à une révolution dans l'ordre de choses établi; elle
se fit lentement et par contact, dans la majeure partie des cas, plutôt
que par invasion, et peu à peu s'infiltra dans les milieux néolithiques.
Au début, les armes et les instruments métalliques furent peu nombreux,
par suite de la rareté du cuivre qui, tout d'abord, n'entra chez les
peuples que par le commerce; on copia les formes des outils de silex et,
parfois aussi, ce fut l'inverse qui eut lieu. Puis, la métallurgie
s'établissant dans les pays miniers, et les relations commerciales
s'étendant, la plupart des types de pierre disparurent: mais cette
substitution du métal à la pierre fut très irrégulière et très lente, la
pierre taillée continua d'être en usage pendant longtemps encore; on
l'employait pour armer les projectiles qui, par leur destination même,
devaient être perdus. C'est ainsi que, même au temps où le fer était
connu dans tout l'Ancien Monde, les pointes des flèches et des sagaies
se fabriquaient en pierre en même temps qu'en métal. Puis, dans
certaines pratiques rituelles, l'usage de la pierre demeura de
rigueur; il persista même pendant des milliers d'années. L'éviscération
des momies, en Égypte, se faisait au moyen d'une lame de silex[128] et,
chez les Asiatiques, il en était de même pour la circoncision[129].
Cette dernière application de la pierre permet de comprendre
l'importance que prit dans les pays égéens le travail de l'obsidienne en
vue de l'exportation.
[Illustration: Fig. 49.--Tépéh Goulam (Poucht é Kouh).]
[Note 128: HÉSIODE, liv. II; DIODORE DE SICILE, liv. I. Cf. XLVII,
9.]
[Note 129: Chez les Juifs et Phéniciens entre autres.]
[Illustration: Fig. 50.--1, Sépulture énéolithique de Fontaine-le-Puits
(Savoie).--_a_, Pointe de javelot.--_b, c_, Haches en jadéite.--_d_,
Lames et tranchets.--_e_, Lames et grandes pointes de flèches.--_f_, 10
pointes de flèches en silex.--_g_, 22 pointes de flèches en silex.--_h_,
Défenses de sanglier.--_k_, Hache plate en cuivre (n° 2).--_m_, Poignard
en cuivre (n° 3).--_n_, Poinçon en cuivre.--_p_, Coquillage.--_q_,
Pendeloque en cuivre.--4, Suse, cuivre.--5, Île de Crète, _id_.--6,
Hissarlik, _id_.--7, Espagne (cuivre).--8-11, Adimeiyeh (Égypte), _id_.]
L'industrie énéolithique n'est donc pas, à proprement parler, une étape
bien définie de la culture humaine; elle n'est qu'une phase de
transition, et nulle part l'apparition du cuivre ne modifia les moeurs et
les usages des néolithiques; elle ne représente ni une époque, ni une
durée, car sa propagation fut irrégulière dans ses progrès suivant les
lieux, et l'apparition du bronze s'étant produite de même manière, il en
résulte que certaines régions demeurèrent beaucoup plus longtemps que
d'autres, la Hongrie, par exemple, dans cet état transitoire.
Il est à remarquer que le métal, aux débuts, étant une matière
extrêmement précieuse, on le ménageait avec grand soin et que, par
suite, beaucoup de stations que nous considérons comme étant
néolithiques parce que le cuivre y fait défaut, appartiennent cependant
à l'industrie énéolithique; quelques archéologues sont même d'avis que
les dernières phases de la pierre polie, chez les divers peuples,
doivent toutes être rangées dans l'industrie naissante du métal; je ne
suis pas éloigné de partager cette opinion en ce qui regarde l'Égypte et
le nord de l'Afrique.
CHAPITRE VI
LES INDUSTRIES DU BRONZE
_La découverte des métaux et la métallurgie_.--Le bronze est un alliage
de cuivre et d'étain. Ce mélange possède des qualités de dureté très
supérieures à celles du cuivre rouge, métal mou qui se martèle aisément;
le bronze est au cuivre ce que l'acier est au fer. Mais ce n'est pas
seulement par l'alliage de l'étain qu'on peut donner de la dureté au
cuivre, une faible proportion d'arsenic[130], d'antimoine ou de
zinc[131] modifie l'état moléculaire du cuivre. Ces procédés ont peut
être été tentés par les Anciens, par tâtonnements, mais on ne peut être
affirmatif à cet égard; car ces alliages proviennent peut-être,
probablement même, des impuretés du minerai de cuivre traité.
[Note 130: Certaines haches de Hongrie renferment jusqu'à 18 p. 100
d'arsenic. Cette teneur élevée semble devoir être attribuée à des
minerais particulièrement impurs.]
[Note 131: Cf. XXVI, II, 1re partie, 175 sq.]
Le mélange qui donne au cuivre les qualités les plus propres à l'usage
auquel étaient destinés les armes et les outils, est la proportion de 10
p. 100 d'étain; un supplément d'alliage le rend de plus en plus cassant;
une teneur de 30 p. 100 d'étain donne un métal blanc, très fragile, qui
était employé dans l'Antiquité pour les miroirs.
Cependant les métallurgistes des temps primitifs, ne disposant pas de
nos moyens scientifiques modernes, ne pouvaient procéder que par
tâtonnements, par essais successifs, et c'est pourquoi la teneur en
étain des instruments de bronze est extrêmement variable. Il faut
compter aussi que si les minerais de cuivre se rencontraient en
abondance dans l'Ancien Monde, les gisements stannifères étaient
beaucoup plus rares et que, par suite, l'étain faisait souvent défaut
sur le marché de bien des pays. Toutefois, la composition que les
fondeurs des temps préhistoriques semblent avoir voulu atteindre varie
entre 10 et 18 p. 100 du métal blanc.
Le cuivre se présente dans la nature sous la forme de métal «natif»,
assez rare; de sulfures, très abondants, et de minerais oxydés,
carbonatés et autres, résultant du contact prolongé des affleurements
des filons et amas cuivreux avec les agents atmosphériques; les autres
composés naturels du cuivre ne peuvent être pris en considération dans
la question qui nous intéresse.
L'étain, dont les gisements sont beaucoup plus rares que ceux du cuivre,
et qui sont cantonnés dans un petit nombre de régions, se présente dans
les gîtes originels en filons et sous forme de petits cristaux dans des
roches cristallines, qu'on désigne sous le nom de granulites; il est
toujours à l'état oxydé (cassitérite); on ne le rencontre jamais natif.
La destruction des roches mères et des affleurements filoniens par les
agents atmosphériques, a produit des alluvions dans lesquelles le
minerai d'étain se trouve à l'état de sables; un lavage de ces alluvions
suffit, en raison des différences de densité, pour en extraire la
cassitérite. C'est ainsi qu'on procède dans les exploitations de la
Malaisie, à Brangka, Pérak et ailleurs. L'or natif s'obtient par les
mêmes procédés.
Les premiers métallurgistes, trouvant les gisements de cuivre et d'étain
vierges encore, n'avaient donc affaire qu'à des produits oxydés qu'il
leur suffisait de traiter au charbon de bois, dans un feu réducteur,
pour voir couler le métal. Ce sont d'ailleurs les procédés
métallurgiques encore employés de nos jours, et, en particulier pour
l'étain, les Malais ont conservé l'usage des fours primitifs, dits bas
foyers.
Quant à l'exploitation des mines, elle était fort simple; les
affleurements des filons étant encore vierges, il suffisait de prendre,
presque sans efforts, les roches filoniennes fendillées par les agents
atmosphériques, de ramasser les blocs détachés dans les éboulis, pour le
cuivre comme pour l'étain et, pour ce dernier métal, de laver les
sables.
[Illustration: Fig. 51.--Les gisements de cuivre et d'étain de l'Ancien
Monde.]
La cassitérite est toujours naturellement dans une gangue siliceuse,
gangue qui s'éclate au feu. Quant aux cuivres carbonatés, que leur
gangue soit calcaire ou siliceuse, elle se fend également à la chaleur.
Le procédé du feu a été employé de très bonne heure pour la
désagrégation des roches contenant des métaux; on en rencontre des
traces dans tous les districts miniers; les gisements aurifères de la
Bohême et de la Transylvanie en montrent des milliers d'exemples.
D'ailleurs le travail en galeries était en usage déjà du temps des
néolithiques pour l'extraction du silex; aussi ne devons-nous pas être
surpris de rencontrer de véritables mines datant des premiers temps de
la connaissance des métaux.
Il suffisait donc de circonstances favorables, fortuites, pour que
l'homme découvrît les deux métaux qui constituent cet alliage dont le
rôle a été si grand dans les temps anté-historiques. Or, les gisements
de cuivre étant beaucoup plus répandus sur la surface du globe que ceux
d'étain, c'est le cuivre qui fut découvert le premier, en même temps que
l'or dont les pépites brillaient dans les sables et les grèves des cours
d'eau.
Si nous pointons, sur la carte du monde, les principaux gîtes naturels
des minerais cuivreux (_fig. 51_), nous voyons que ce métal est de
distribution universelle; aussi le cuivre a-t-il été découvert aussi
bien dans l'Ancien Monde que dans le Nouveau; le Sud-Africain et
l'Australie cependant n'ont pas profité de bonne heure de ces richesses
que leur offrait la nature.