Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, chronique hebdomadaire

des actualités de l'internet, définit le cyberespace comme "un monde parallèle,

un espace où se déroule l'ensemble des activités d'information, de

communication, et d'échanges (y compris échanges commerciaux) désormais permises

par le réseau. Il y a un centre, autonome, très interconnecté qui vit par et

pour lui-même. Puis des collectivités plus ou moins ouvertes, des espaces

réservés (intranets), des sous-ensembles (AOL, CompuServe). Il y a ensuite de

très longues frontières où règne une culture mixte, hybride, issue du virtuel et

du réel (on pense aux imprimés qui ont des versions web, aux sites marchands).

Il y a aussi un sentiment d'appartenance à l'une ou l'autre de ces régions du

cyberespace, et un sentiment d'identité."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures

hypermédias: "Ce pourrait-être quelque chose comme l'ensemble électrique

mouvant, le système invisible mais cohérent des êtres humains sensibles et des

interfaces intelligentes dont les activités sont tout ou en partie réglées,

conditionnées ou co-régulées à travers leurs machines connectées ensemble.

Peut-être plus simplement: la virtualisation sensible et numérique de

l'inconscient collectif..."

Jean-Paul, webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des histoires en

3D, le définit comme "un lieu isotrope en expansion pour l'instant infinie. Un

modèle de la vision que nous avons aujourd'hui de l'univers. Jusqu'à l'invention

du clic, le savoir humain était senti comme un espace newtonien, avec deux

repères absolus: le temps (linéaire: un début, une fin) et l'espace (les trois

dimensions du temple, du rouleau, du volumen). Le cyberespace obéit aux lois de

l'hypertexte. Deux temps simultanés: le temps taxé (par le fournisseur d'accès

ou par les impératifs de productivité, égrené par l'antique chrono), et le temps

aboli, qui fait passer d'un lien à l'autre, d'un lieu à l'autre à la vitesse de

l'électron, dans l'illusion du déplacement instantané. Quant aux repères,

quiconque a lancé une recherche dans cet espace sait qu'il doit lui-même les

définir pour l'occasion, et se les imposer (sous peine de se disperser, de se

dissoudre), pour échapper au vertige de la vitesse. A cause de cette 'vitesse de

la pensée', nous trouvons dans cet espace un 'modèle' de notre cerveau. 'Ça

tourne dans ma tête', à travers 10, 20, etc... synapses à la fois, comme un

fureteur archivant la toile. Bref les lois du cyberespace sont celles du rêve et

de l'imagination."

Pour Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditant ses livres, le cyberespace est

"le domaine virtuel créé par la mise en relation de plusieurs ordinateurs

communiquant et échangeant entre eux".

Naomi Lipson, écrivain multimédia, traductrice et peintre: "J'aime la métaphore

du labyrinthe. Le média se nourrissant lui-même, le cyberespace contient une

infinité de sites sur les labyrinthes."

Tim McKenna, écrivain et philosophe: "Pour moi, le cyberespace est l'ensemble

des liens existant entre les individus utilisant la technologie pour communiquer

entre eux, soit pour partager des informations, soit pour discuter. Dire qu'une

personne existe dans le cyberespace revient à dire qu'elle a éliminé la distance

en tant que barrière empêchant de relier personnes et idées."

Pour Xavier Malbreil, auteur multimédia et modérateur de la liste e-critures, il

s'agit d'"une interconnexion de tous, partout. Avec le libre accès à des banques

de données, pour insuffler également du contenu dans les échanges

interpersonnels".

Murray Suid, écrivain travaillant pour une société internet de logiciels

éducatifs: "Le cyberespace est n'importe où, c'est-à-dire partout. L'exemple le

plus simple est ma boîte aux lettres électronique, qui me suit où que j'aille."

= Le cyberespace vu par les bibliothécaires-documentalistes

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique et modérateur de la liste de

discussion Juriconnexion: "Je ne visualise pas le cyberespace comme véritable

espace physique mais comme un immense média néanmoins concentré en un lieu

unique: l'écran de l'ordinateur. En revanche, je conçois/pense le cyberespace

comme un forum ou une assemblée antique: beaucoup d'animation, diversité des

opinions, des discours, des gens qui se cachent dans les recoins, des personnes

qui ne se parlent pas, d'autres qui ne parlent qu'entre eux..."

Bakayoko Bourahima, documentaliste à l'ENSEA (Ecole nationale supérieure de

statistique et d'économie appliquée) d'Abidjan: "Il y a encore un peu de

fantasme autour de ce mot. Quand j'ai fait connaissance avec ce mot (utilisé par

Jean-Claude Guédon et Nicholas Négroponte), il m'avait d'abord laissé l'illusion

d'un espace extra-terrestre où les ordinateurs et leurs utilisateurs se

transportaient pour échanger des données et communiquer. Depuis que je navigue

moi-même, je me rends compte qu'il s'agit tout simplement d'un espace virtuel

traduisant le cadre de communication qui rassemble les internautes à travers le

monde."

Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE (Organisation de

coopération et de développement économiques): "Le cyberespace est cette zone

'extérieure' qui se trouve de l'autre côté du PC lorsqu'on se connecte à

l'internet. Pour ses utilisateurs ou ses clients, tout fournisseur de services

internet ou serveur de pages web se trouve donc dans le cyberespace."

= Le cyberespace vu par les éditeurs

Pour Marie-Aude Bourson, créatrice de Gloupsy, site littéraire destiné aux

nouveaux auteurs, le cyberespace est "un espace d'expression, de liberté et

d'échanges où tout peut aller très (trop) vite".

Pierre-Noël Favennec, directeur de collection et expert à la direction

scientifique de France Télécom R&D: "Le cyberespace est un monde où je suis

relié par l'image et le son et sans fil avec qui je veux, quand je veux et où je

veux, où j'ai accès à toutes les documentations et informations souhaitées, et

dans lequel ma vie est facilitée par les agents intelligents et les objets

communicants."

Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et

littéraires: "C'est un espace de liberté pour l'imaginaire, une dimension

inexplorée de la planète, une jungle et un paradis tout à la fois, où tout est

possible même si tout n'est pas permis par l'éthique, où le contenu du

portefeuille des intervenants n'a aucun rapport direct avec la valeur des

contenus des sites. C'est avant tout une vaste agora, une place publique où l'on

s'informe et où l'on informe. Ça peut être également une place de foires et

marchés, mais l'argent n'y a cours que très accessoirement, même si la

possibilité de vendre en ligne est réelle et ne doit pas être négligée ni

méprisée. Il n'y est pas la seule valeur de référence, contrairement au monde

réel et, même dans les cas très médiatiques de start-up multimillionnaires, le

rapport à l'argent n'est qu'une conséquence, la matérialisation d'espérances

financières, très vite sanctionnée en cas d'ambitions excessives comme on le

voit régulièrement sur le site Vakooler: Ki Vakooler aujourd'hui? (Va couler:

qui va couler aujourd'hui?, ndlr), après les envolées lyriques et délirantes des

premiers temps. A terme, je pense que le cyberespace restera un lieu beaucoup

plus convivial que la société réelle."

Nicolas Pewny, créateur des éditions du Choucas: "Je reprendrai volontiers une

phrase d'Alain Bron, ami et auteur de Sanguine sur Toile (publié en 1999 par les

éditions du Choucas, ndlr): 'un formidable réservoir de réponses quand on

cherche une information et de questions quand on n'en cherche pas. C'est ainsi

que l'imaginaire peut se développer... (Ma correspondante en Nouvelle-Zélande

est-elle jolie ? L'important, c'est qu'elle ait de l'esprit.)'"

= Le cyberespace vu par les gestionnaires

Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources informatiques de

l'Université de Caen: "Le cyberspace peut être considéré comme l'ensemble des

informations qui sont accessibles sans aucune restriction sur le réseau

internet."

Pour Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du

centre informatique de l'Université de Lausanne, le cyberespace est "l'ensemble

des ressources et acteurs connectés et accessibles à un moment donné".

Pour Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young,

le cyberespace est "l''économie connectée' (de l'anglais 'connected economy') où

tous les agents sont reliés électroniquement pour les échanges d'information".

= Le cyberespace vu par les linguistes

Guy Antoine, créateur du site Windows on Haiti, site de référence sur la culture

haïtienne: "Le cyberespace est au sens propre une nouvelle frontière pour

l'humanité, un endroit où chacun peut avoir sa place, assez facilement et avec

peu de ressources financières, avant que les règlements inter-gouvernementaux et

les impôts ne l'investissent. Suite à quoi une nouvelle technologie lui

succédera."

Pour Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues

officielles du Canada, il s'agit d'"un lieu de connaissances partagées non

soumis aux contraintes du temps et de l'espace".

Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Université de Californie

du Sud: "Pour moi, le cyberespace est représenté par la totalité des

informations auxquelles nous pouvons accéder par l'internet et les systèmes

informatiques en général. Il ne s'agit bien sûr pas d'un espace, et son contenu

est sensiblement différent de celui des bibliothèques. Par exemple, bientôt mon

réfrigérateur, ma voiture et moi-même seront connus du cyberespace, et toute

personne disposant d'une autorisation d'accès (et d'une raison pour cela) pourra

connaître précisément le contenu de mon réfrigérateur et la vitesse de ma

voiture (ainsi que la date à laquelle je devrai changer les amortisseurs), et ce

que je suis en train de regarder maintenant. En fait, j'espère que la conception

de la publicité va changer, y compris les affiches et les présentations que j'ai

sous les yeux en marchant, afin que cette publicité puisse correspondre à mes

connaissances et à mes goûts, tout simplement en ayant les moyens de reconnaître

que 'voici quelqu'un dont la langue maternelle est l'anglais, qui vit à Los

Angeles et dont les revenus sont de tant de dollars par mois'. Ceci sera

possible du fait de la nature dynamique d'un cyberespace constamment mis à jour

(contrairement à une bibliothèque), et grâce à l'existence de puces

informatiques de plus en plus petites et bon marché. Tout comme aujourd'hui

j'évolue dans un espace social qui est un réseau de normes sociales,

d'expectations et de lois, demain, j'évoluerai aussi dans un cyberespace composé

d'informations sur lesquelles je pourrai me baser (parfois), qui limiteront mon

activité (parfois), qui me réjouiront (souvent, j'espère) et qui me décevront

(j'en suis sûr)."

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human

Language Technologies): "Pour moi, le cyberespace est la partie de l'univers

(incluant personnes, machines et information) que je peux atteindre 'derrière'

ma table de travail."

Zina Tucsnak, ingénieur d'études en informatique à l'ATILF (Analyse et

traitements informatiques du lexique français): "Je crois que, dans le

cyberespace, l'information et la quantité de l'information sont gouvernées par

des lois mathématiques. Mais les modèles mathématiques n'ont pas trouvé encore

leur solution, un peu comme le mouvement perpétuel ou la quadrature du cercle."

= Le cyberespace vu par les professeurs

Pour Gaëlle Lacaze, ethnologue et professeur d'écrit électronique dans un

institut universitaire professionnel, il s'agit d'"une visuelle en trois

dimensions: superposition de lignes droites mouvantes selon des directions

multiples où les rencontres de lignes créent des points de contact".

Pour Patrick Rebollar, professeur de littérature française et modérateur de la

liste de diffusion LITOR (Littérature et ordinateur), le cyberespace est "la

réplique virtuelle et très imparfaite du monde des relations humaines, sociales,

commerciales et politiques. En privant partiellement les utilisateurs de la

matérialité du monde (spatiale, temporelle, corporelle), le cyberespace permet

de nombreuses interactions instantanées et multi-locales. A noter que les êtres

humains se montrent aussi stupides ou intelligents, malveillants ou dévoués dans

le cyberespace que dans l'espace réel..."

Henri Slettenhaar, professeur en technologies de la communication à la Webster

University de Genève: "Le cyberespace est notre espace virtuel, à savoir

l'espace de l'information numérique (constitué de bits, et non d'atomes). Si on

considère son spectre, il s'agit d'un espace limité. Il doit être géré de telle

façon que tous les habitants de la planète puissent l'utiliser et en bénéficier.

Il faut donc éliminer la fracture numérique."

Pour Christian Vandendorpe, professeur à l'Université d'Ottawa et spécialiste

des théories de la lecture, le cyberespace est "le nouveau territoire de la

culture, un espace qui pourrait jouer le rôle de l'Agora dans la Grèce ancienne,

mais à un niveau planétaire".

Russon Wooldridge, professeur au département d'études françaises de l'Université

de Toronto: "Je travaille dans la même université que Marshall McLuhan autrefois

(nos carrières se sont un moment croisées). Le 'village global' qu'il

entrevoyait à l'époque de la radio et de la télévision est devenu une réalité

dans l'ère d'internet. Mais un village sans classes sociales (il n'y a pas de

châtelain)."

= Le cyberespace vu par les spécialistes du numérique

Pierre Schweitzer, architecte designer et concepteur d'@folio, support numérique

de lecture nomade: "C'est un terme un peu obscur pour moi. Mais je déteste

encore plus 'réalité virtuelle'. Bizarre, cette idée de conceptualiser un

ailleurs sans pouvoir y mettre les pieds. Evidemment un peu idéalisé, 'sans

friction', où les choses ont des avantages sans les inconvénients, où les autres

ne sont plus des 'comme vous', où on prend sans jamais rien donner, 'meilleur' -

paraît-il. Facile quand on est sûr de ne jamais aller vérifier. C'est la porte

ouverte à tous les excès, avec un discours technologique à outrance, déconnecté

du réel, mais ça ne prend pas. Dans la réalité, internet n'est qu'une évolution

de nos moyens de communication. Bon nombre d'applications s'apparentent ni plus

ni moins à un télégraphe évolué (Morse, 1830): modem, e-mail... Les mots du

télégraphe traversaient les océans entre Londres, New-York, Paris et Toyo, bien

avant l'invention du téléphone. Bien sûr, la commutation téléphonique a fait

quelques progrès: jusqu'à l'hypertexte cliquable sous les doigts, les URL

(uniform resource locators) en langage presqu'humain, bientôt accessibles y

compris par les systèmes d'écriture non alphabétiques... Mais notre vrai temps

réel, c'est celui des messages au fond de nos poches et de ceux qui se perdent,

pas le temps zéro des télécommunications. La segmentation et la redondance des

messages, une trouvaille d'internet? Au 19e siècle, quand Reuters envoyait ses

nouvelles par pigeon voyageur, il en baguait déjà plusieurs. Nos pages perso? Ce

sont des aquariums avec un répondeur, une radio et trois photos plongés dedans.

Tout ce joyeux 'bazar' est dans nos vies réelles, pas dans le 'cyberespace'."

18.2. La société de l'information: définitions

= Un concept vide de sens

Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources informatiques de

l'Université de Caen: "Il n'y a pas de société de l'information particulière. De

tout temps, elle a toujours existé. Ce qu'il faut noter, c'est son évolution

continue. Gutenberg l'a fait évoluer, de même internet."

Philippe Loubière, traducteur littéraire et dramatique: "Il n'y a pas, je crois,

de société de l'information. Internet, la télévision, la radio ne sont pas des

moyens d'information, ce sont des moyens de communication. L'information

participe d'une certaine forme de savoir sur le monde, et les moyens de

communication de masse ne la transmettent pratiquement pas. Ils l'évoquent dans

le meilleur des cas (ceux des journalistes de terrain par exemple), et la

déforment voire la truquent dans tous les autres. Et (pour autant qu'il le

veuille!) le pouvoir politique n'est hélas plus aujourd'hui assez 'le' pouvoir

pour pouvoir faire respecter l'information et la liberté. L'information, comme

toute forme de savoir, est le résultat d'une implication personnelle et d'un

effort de celui qui cherche à s'informer. C'était vrai au Moyen-Âge, c'est

encore vrai aujourd'hui. La seule différence, c'est qu'aujourd'hui il y a

davantage de leurres en travers du chemin de celui qui cherche."

Pour Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du

centre informatique de l'Université de Lausanne, il s'agit d'"un mot à la mode,

qui ne veut rien dire. Une société est par essence communicative, et donc

caractérisée par des échanges d'informations. Les seules choses qui ont changé,

c'est la quantité et la vitesse de ces échanges."

Patrick Rebollar, professeur de littérature française et modérateur de la liste

de diffusion LITOR (Littérature et ordinateur), définit la société de

l'information comme "une grande mise en scène (mondialisée) qui fait prendre les

vessies pour des lanternes. En l'occurrence, les gouvernants de toutes sortes,

notamment sous le nom de 'marché', diffusent de plus en plus de prescriptions

contraignantes (notamment commerciales, politiques et morales) qu'ils

réussissent, un peu grâce aux merveilles technologiques, à faire passer pour des

libertés. Notons que 'cybernétique' et 'gouvernement' ont la même racine

grecque..."

= La société de l'information vue par les auteurs

Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique:

"Pour moi, la société de l'information est l'arrivée d'un nouveau clivage sur la

planète: distinction entre ceux qui ont accès au savoir, le comprennent et

l'utilisent, et ceux qui n'y ont pas accès pour de nombreuses raisons. Il ne

s'agit cependant pas d'une nouvelle forme de société du tout car le pouvoir de

l'information n'est lié à aucun pouvoir réel (financier, territorial, etc.).

Connaître la vérité ne nourrit personne. Par contre, l'argent permet de très

facilement propager des rumeurs ou des mensonges. La société de l'information

est simplement une version avancée (plus rapide, plus dure, plus impitoyable) de

la société industrielle. Il y a ceux qui possèdent et jouissent, ceux qui

subissent et ceux dont on ne parle jamais: ceux qui comprennent et ne peuvent

pas changer les choses. Au 19e siècle, certains artistes et certains

intellectuels se retrouvaient dans cette position inconfortable. Grâce à la

société de l'information, beaucoup de gens ont rejoint cette catégorie assise

entre deux chaises. Qui possède des biens matériels et a peur de les perdre mais

considère pourtant que les choses ne vont pas dans la bonne direction. Mon

opinion personnelle, par rapport à tout ça, c'est que ce n'est pas l'information

qui sauve. C'est la volonté. Pour changer le monde, commençons par lever notre

cul de notre chaise et retrousser nos manches."

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur d'hypertexte:

"Dans l'idéal, un lieu d'échange, le fameuse agora du village global. Mais

l'idéal... Tant que le débat existe entre les fous du net et les VRP (voyageurs

représentants de commerce, ndlr) de la VPC (vente par correspondance, ndlr), il

y a de l'espoir. Le jour où les grands portails se refermeront sur la liberté

d'échanger des infos en ligne, ça risque plutôt d'être la société de la

désinformation. Ici aussi, des confusions sont soigneusement entretenues. Quelle

information, celles du 20 heures à relayer telles quelles sur le net? Celles

contenues sur ces fabuleux CD, CD-Rom, DVD chez vous dans les 24 h chrono? Ou

toutes les connaissances contenues dans les milliards de pages non répertoriées

par les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de plus en plus tendance à

mettre en avant les sites les plus visités, qui le sont dès lors de plus en

plus. Là, on ne parle même plus de désinformation, de complot de puissances

occultes (financières, politiques ou autres...), mais de surinformation, donc de

lassitude, de non-information, et finalement d'uniformisation de la pensée. Sans

avoir de définition précise, je vois qu'une société de l'information qui serait

figée atteindrait le contraire de sa définition de base. Du mouvement donc..."

Lucie de Boutiny, écrivain papier et pixel: "Je préférerais parler de

'communautés de l'information'... Nous sommes plutôt dans une société de la

communication et de la commutation. Il est très discutable de savoir si nos

discussions sont de meilleure qualité et si nous serions plus savants... Etre

informé n'est pas être cultivé."

Pour Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, chronique

hebdomadaire des actualités de l'internet, la société de l'information est "une

société où l'unité de valeur réelle est l'information produite, transformée,

échangée. Elle correspond au 'centre' du cyberespace. Malheureusement, le

concept a tellement été galvaudé, banalisé, on l'a servi à toutes les sauces

politiciennes pour tenter d'évoquer ce qu'on ne pouvait imaginer dans le détail,

ou concevoir dans l'ensemble, de sorte que l'expression a perdu de son sens."

Pour Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures

hypermédias, la société de l'information est "la nôtre, je pense?

L'américano-nord-européenne. A la Bourse, les annonces ont des effets mesurables

en millions de dollars ou d'euros et déclenchent des impacts économiques et

humains parfois très violents: rachats, ventes, hausses et baisses des valeurs,

licenciements. C'est une société où la valeur absolue est l'information et son

contrôle, et la valeur relative l'humain."

Le Livre 010101: Enquête · 第 21 / 28 段