choses ne se passent pas aussi bien que l'auteur le souhaiterait. Le nombre de
téléchargements et de paiements ne cesse de décliner: 40.000 téléchargements
seulement pour le cinquième chapitre, alors que le premier chapitre avait été
téléchargé 120.000 fois, et paiement pour 46% des téléchargements seulement. Fin
novembre, Stephen King annonce l'interruption de la publication pendant un an ou
deux, après la parution du sixième chapitre, téléchargeable gratuitement à la
mi-décembre. "The Plant va retourner en hibernation afin que je puisse continuer
à travailler, indique-t-il sur son site. Mes agents insistent sur la nécessité
d'observer une pause afin que la traduction et la publication à l'étranger
puissent rattraper la publication américaine." Mais cette décision semble
d'abord liée à l'échec commercial de l'expérience.
Cet arrêt suscite de très nombreuses critiques de la part des lecteurs et des
professionnels du livre. Mais on pourrait au moins reconnaître à l'auteur un
mérite, celui d'avoir été le premier à se lancer dans l'aventure. Nombre
d'auteurs et d'éditeurs ont suivi l'expérience pendant quatre mois, soit par
réel intérêt, soit par simple curiosité, et certains avec inquiétude. Quand
Stephen King a décidé d'arrêter l'expérience, quelques journalistes et critiques
littéraires ont affirmé qu'il s'était ridiculisé aux yeux du monde entier!
N'est-ce pas un peu exagéré?
En novembre 2000, deux Européens, l'anglais Frederick Forsyth et l'espagnol
Arturo Pérez-Reverte, décident de se lancer eux aussi dans l'aventure. Mais,
forts de l'expérience de Stephen King peut-être, ils n'ont pas l'intention de se
passer d'éditeur, preuve s'il en est que ceux-ci sont encore utiles.
Frederick Forsyth, maître anglais du thriller, se lance dans le numérique avec
l'appui d'Online Originals, éditeur électronique londonien. Le 1er novembre
2000, Online Originals publie The Veteran, histoire d'un crime violent commis à
Londres, et la première d'une série de cinq nouvelles électroniques intitulée
Quintet. Disponible au format Microsoft Reader, Glassbook et PDF, elle est
vendue en ligne au prix de 3,99 £ (soit 6,60 euros), directement par l'éditeur
et aussi par le biais de différents libraires en ligne (aux Etats-Unis par
Barnes & Noble, Contentville et Glassbook, et au Royaume-Uni par Alphabetstreet,
BOL.com et WHSmith). La seconde histoire, The Miracle, est publiée le 22
novembre, et la troisième, The Citizen, le 13 décembre. On attend les deux
suivantes: The Art of the Matter et Draco.
"La publication en ligne sera essentielle à l'avenir, déclare l'auteur sur le
site de Online Originals. Elle crée un lien simple et surtout rapide et direct
entre le producteur original (l'auteur) et le consommateur final (le lecteur),
avec très peu d'intermédiaires. Il est passionnant de participer à cette
expérience. Je ne suis absolument pas un spécialiste des nouvelles technologies.
Je n'ai jamais vu de livre électronique. Mais je n'ai jamais vu non plus de
moteur de Formule 1, ce qui ne m'empêche de constater combien ces voitures de
course sont rapides."
La première expérience numérique de l'écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte est
un peu différente. L'auteur est notamment connu pour une série historique se
déroulant au 17e siècle et dont le héros est le capitaine Alatriste. Le nouveau
titre à paraître s'intitule El Oro del Rey. Le 3 novembre 2000, en collaboration
avec son éditeur Alfaguara, Arturo Pérez-Reverte décide de publier El Oro del
Rey en version numérique en exclusivité sur l'internet pendant un mois, sur le
site du portail Inicia (qui appartient au groupe Prisa), et ce jusqu'au 30
novembre, date de sa mise en librairie. Entre le 3 et le 30 novembre, le roman
est disponible au format PDF au prix de 2,90 euros. A partir du 1er décembre, la
version imprimée est vendue en librairie pour 15,10 euros.
Résultat de l'expérience, le nombre de téléchargements est très satisfaisant,
mais pas celui des paiements. Le 30 novembre 2000, El Oro del Rey a été
téléchargé 332.000 fois, avec paiement par 12.000 clients seulement. "Pour tout
acheteur du livre électronique, il y avait une clé pour le télécharger en 48
heures sur le site internet et, surtout au début, beaucoup d'internautes se sont
échangés ce code d'accès dans les forums de dialogue en direct (chat) et ont
téléchargé leur exemplaire sans payer. On a voulu tester et cela faisait partie
du jeu. Arturo Perez-Reverte voulait surtout qu'on le lise", a expliqué Marilo
Ruiz de Elvira, directrice de contenus du portail Inicia (citée par l'AFP).
17. L'AVENIR DU RESEAU
[Dans ce chapitre:]
[17.1. Convergence multimédia et conditions de travail // 17.2. L'avenir du
réseau vu par les auteurs // 17.3. L'avenir du réseau vu par les diffuseurs de
contenu // 17.4. L'avenir du réseau vu par les gestionnaires]
17.1. Convergence multimédia et conditions de travail
La numérisation permettant désormais de créer, enregistrer, combiner, stocker,
rechercher et transmettre des données de manière simple et rapide, le processus
matériel de production s'en trouve considérablement accéléré. Les progrès des
technologies de l'information en général, et de la numérisation en particulier,
entraînent progressivement l'unification de tous les secteurs liés à
l'information: imprimerie, publication, conception graphique, presse,
enregistrement sonore, réalisation de films, radiodiffusion, télédiffusion, etc.
C'est ce qu'on appelle la convergence multimédia.
Si on nous annonce tous les jours de nouvelles prouesses techniques, la
convergence multimédia a ses revers, à commencer par la surinformation et la
désinformation. D'où le rôle des journalistes pour trier cette information, la
commenter et faire preuve d'esprit critique.
Plus graves encore, les autres revers de la convergence multimédia sont les
contrats occasionnels et précaires, l'isolement des télétravailleurs, le non
respect du droit d'auteur, etc. A part pour le droit d'auteur, étant donné
l'enjeu financier qu'il représente, il est rare que ces problèmes fassent la
"une" des journaux.
Pour ne prendre qu'un exemple, celui de la presse, les dirigeants syndicaux
insistent régulièrement sur la pression constante exercée sur les journalistes
des salles de rédaction. Désormais leurs articles doivent être prêts à n'importe
quelle heure - et non plus seulement en fin de journée - et le rythme de travail
est extrêmement soutenu. Ces tensions à répétition sont encore aggravées par une
journée de travail sur écran pendant huit à dix heures d'affilée. Souvent, les
normes de sécurité au travail ne sont pas respectées. Après quelques années de
ce régime, des journalistes "craquent" à l'âge de 35 ou 40 ans.
Les journalistes ne sont pas les seuls à "craquer" après plusieurs années de
tension et de stress. Le fait de pouvoir être joint à tout moment par courrier
électronique, par téléphone portable et par SMS (short message service)
n'arrange rien, à moins, quand on peut, de faire barrage et de s'efforcer de ne
pas travailler 24 heures par jour, ce qui n'est pas toujours facile.
De plus, les problèmes auxquels la "nouvelle économie" est confrontée depuis la
fin 2000 n'arrangent rien. Ces derniers mois ont été marqués par l'effondrement
des valeurs internet en bourse, alors qu'on prédisait pour ces valeurs une
croissance de 30% et plus. Les recettes publicitaires sont moins importantes que
prévu alors qu'elles sont souvent la principale source de revenus des sociétés
internet. Enfin le ralentissement économique, observé d'abord aux Etats-Unis et
ensuite partout ailleurs, entraîne la fermeture de nombreuses dot.com ou le
licenciement d'une partie de leur personnel.
Pour ne prendre que quelques exemples, le 16 novembre 2000, les dirigeants de
Britannica.com, le site web de l'Encyclopaedia Britannica (voir 12.1), annoncent
une restructuration du site dans l'optique d'une plus grande rentabilité. 75
personnes sont licenciées, soit 25% du personnel. L'équipe qui travaille sur la
version imprimée n'est pas affectée. Le 30 janvier 2001, la librairie en ligne
Amazon.com, qui emploie 1.800 personnes en Europe, annonce une réduction de 15%
des effectifs et la restructuration du service clientèle européen, qui était
basé à La Hague (Pays-Bas). Les 240 personnes qu'emploie ce service sont
transférées dans les centres de Slough (Royaume-Uni) et Regensberg (Allemagne).
Aux Etats-Unis, dans la maison-mère, suite à un quatrième trimestre 2000
déficitaire, un plan de réduction de 15% des effectifs entraîne 1.300
licenciements.
Les médias américains suppriment de nombreux emplois dans leurs filiales
internet. Le 7 janvier 2001, le New York Times Co. - qui édite de grands
journaux comme le New York Times et le Boston Globe - annonce la suppression de
69 postes sur les 400 que compte New York Times Digital, sa filiale internet,
soit 17% de ses effectifs. Selon la direction, les licenciements devraient
permettre à la société de recouvrer la rentabilité en 2002, après une perte de
18 millions de $US (19 millions d'euros) au troisième trimestre 2000 pour un
chiffre d'affaires de 12,1 millions de $US (12,7 millions d'euros), en hausse de
près de 100% par rapport à l'année précédente.
De son côté, à la même date, le groupe CNN annonce une réorganisation interne
avec suppression de 500 à 1.000 postes, dont une bonne partie des 750 postes de
CNN Interactive, la division interactive du groupe, qui supervise une quinzaine
de sites à l'enseigne CNN en plusieurs langues (anglais, allemand, espagnol,
italien, portugais, japonais, suédois, etc.). News Corporation, le groupe de
médias contrôlé par Rupert Murdoch, décide de fusionner sa division internet
News Digital Media, qui produit les principaux sites web du groupe, avec les
chaînes de télévision auxquelles ces sites sont associés (Fox, Fox Sports et Fox
News), ce qui signifie la suppression de la moitié des 400 emplois existants.
En juillet 2001, ce sont les librairies en ligne françaises qui sont touchées,
le nombre de librairies semblant trop important par rapport au marché actuel
(voir 10.2). La librairie Bol.fr décide de fermer ses portes le 1er août, avec
traitement des commandes reçues jusqu'au 15 septembre.
Autre facteur très inquiétant, les conditions de travail des salariés de la
nouvelle économie laissent fort à désirer. Pour ne prendre que l'exemple le plus
connu, Amazon.com ne fait plus seulement la "une" pour son modèle économique,
mais pour les conditions de travail de son personnel. Le Prewitt Organizing Fund
et le syndicat SUD-PTT Loire Atlantique débutent le 21 novembre 2000 une action
de sensibilisation auprès des salariés d'Amazon France pour de meilleures
conditions de travail et de salaires (voir 16.1 pour le descriptif d'Amazon
France). Ils rencontrent une cinquantaine de salariés travaillant dans le centre
de distribution de Boigny-sur-Bionne, dans la banlieue d'Orléans. SUD-PTT
dénonce chez Amazon "des conditions de travail dégradées, la flexibilité des
horaires, le recours aux contrats précaires dans les périodes de flux, des
salaires au rabais, et des garanties sociales minimales". Une action similaire
est menée en Allemagne et en Grande-Bretagne. Patrick Moran, responsable du
Prewitt Organizing Fund, entend constituer une alliance des salariés de la
nouvelle économie (Alliance of New Economy Workers).
17.2. L'avenir du réseau vu par les auteurs
Comment les auteurs voient-ils sur l'avenir du réseau?
Michel Benoît, auteur de nouvelles noires et fantastiques: "En ce moment, il est
extrêmement difficile de faire quelque prédiction que ce soit sur le futur
d'internet. Toute prospective le moindrement pointue, techniquement par exemple,
sur l'évolution du net sera certainement farfelue dans un futur plus ou moins
rapproché. On peut y aller d'idées, encore que ça doit être très général. Pas
par crainte d'être ridicule, le ridicule ne tue pas, c'est connu. Non, par souci
d'honnêteté, tout simplement. (...) Parenthèse: est-il si farfelu de penser que
les historiens des années 2100 considéreront l'avènement du net comme un
événement aussi, sinon plus, important que la révolution industrielle? Le feu,
l'agriculture, la révolution industrielle, le net. On en est rendu à la
'révolution continue de l'Evolution'. Ça me fait penser à ce merveilleux texte
Desiderata, découvert dans l'église Saint-Paul à Baltimore en 1693, je pense.
J'en cite de mémoire une phrase qui me hante: 'Que vous le compreniez ou non,
que vous le vouliez ou non, l'univers évolue comme il se doit.' J'y crois. Je
crois sincèrement qu'au travers l'incroyable désordre de l'Evolution, il n'y a
rien qui soit soumis au hasard. 'Dieu n'a pas créé un monde soumis au hasard',
disait Einstein à Bohr lors d'une de leurs homériques prises de bec."
Lucie de Boutiny, écrivain papier et pixel: "Comme tous ceux qui ont surfé avec
des modems de 14.4 Ko sur le navigateur Mosaic et son interface en carton-pâte,
je suis déçue par le fait que l'esprit libertaire ait cédé le pas aux activités
libérales décérébrantes. Les frères ennemis devraient se donner la main comme
lors des premiers jours car le net à son origine n'a jamais été un repaire de
'has been' mélancoliques, mais rien ne peut résister à la force d'inertie de
l'argent. C'était en effet prévu dans le scénario, des stratégies utopistes
avaient été mises en place mais je crains qu'internet ne soit plus aux mains
d'internautes comme c'était le cas. L'intelligence collective virtuelle pourtant
se défend bien dans divers forums ou listes de discussions, et ça, à défaut
d'être souvent efficace, c'est beau. Dans l'utopie originelle, on aurait aimé
profiter de ce nouveau média, notamment de communication, pour sortir de cette
tarte à la crème qu'on se reçoit chaque jour, merci à la société du spectacle,
et ne pas répéter les erreurs de la télévision qui n'est, du point de vue de
l'art, jamais devenue un média de création ambitieux."
Alain Bron, consultant en systèmes d'information et écrivain: "Ce qui importe
avec internet, c'est la valeur ajoutée de l'humain sur le système. Internet ne
viendra jamais compenser la clairvoyance d'une situation, la prise de risque ou
l'intelligence du coeur. Internet accélère simplement les processus de décision
et réduit l'incertitude par l'information apportée. Encore faut-il laisser le
temps au temps, laisser mûrir les idées, apporter une touche indispensable
d'humanité dans les rapports. Pour moi, la finalité d'internet est la rencontre
et non la multiplication des échanges électroniques."
Tim McKenna, écrivain et philosophe: "J'aimerais que l'internet devienne
davantage un outil d'accès à l'information et aux médias non contrôlé par les
multinationales."
Xavier Malbreil, auteur multimédia: "Concernant l'avenir de l'internet, je le
crois illimité. Il ne faut pas confondre les gamelles que se prennent certaines
start-up trop gourmandes, ou dont l'objectif était mal défini, et la réalité du
net. Mettre des gens éloignés en contact, leur permettre d'intéragir, et que
chacun, s'il le désire, devienne son propre fournisseur de contenu, c'est une
révolution dont nous n'avons pas encore pris toute la mesure."
Christian Vandendorpe, professeur et écrivain: "Cet outil fabuleux qu'est le web
peut accélérer les échanges entre les êtres, permettant des collaborations à
distance et un épanouissement culturel sans précédent. Mais cet espace est
encore fragile. Il risque d'être confisqué par des juridictions nationales. Ou
il peut être transformé en une gigantesque machine à sous au moyen de laquelle
la quasi-totalité de nos activités entrerait dans le circuit économique et
ferait l'objet d'une tarification minutée. On ne peut pas encore prédire dans
quel sens il évoluera. Le phénomène Napster a contribué à un début de prise en
main par les juges, qui tendent à imposer sur cet espace les conceptions en
vigueur dans le monde physique. On pourrait ainsi en étouffer le potentiel
d'innovation. Il existe cependant des signes encourageants, notamment dans le
développement des liaisons de personne à personne et surtout dans l'immense
effort accompli par des millions d'internautes partout au monde pour en faire
une zone riche et vivante."
17.3. L'avenir du réseau vu par les diffuseurs de contenu
En juin 1998, Olivier Bogros, créateur de la Bibliothèque électronique de
Lisieux, écrivait: "Internet est un outil formidable d'échange entre
professsionnels (tout ce qui passe par le courrier électronique, les listes de
diffusion et les forums) mais qui est un consommateur de temps très dangereux:
on a vite fait si l'on n'y prend garde de divorcer et de mettre ses enfants à la
DASS (Direction de l'aide sanitaire et sociale). Plus sérieusement, c'est pour
les bibliothèques la possibilité d'élargir leur public en direction de toute la
francophonie. Cela passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas
seulement la mise en ligne du catalogue, mais aussi et surtout la constitution
de véritables bibliothèques virtuelles. Les professionnels des bibliothèques
sont les acteurs d'un enjeu important concernant la place de la langue française
sur le réseau."
De l'avis de Marie-Aude Bourson, créatrice de Gloupsy, site littéraire faisant
connaître de nouveaux auteurs, l'internet verra "une concentration des sites
commerciaux mais une explosion des sites persos qui seront regroupés par
communautés d'intérêt".
Denis Zwirn, PDG de Numilog: "Le développement attendu d'internet est une
panacée qui possède suffisamment d'évidence pour ne pas y insister: il ne s'agit
pas d'une mode, mais d'une révolution des moyens de communication qui présente
des avantages objectifs tellement forts qu'on ne voit pas, sauf nouveau saut
technologique inattendu, comment elle pourrait ne pas se répandre."
17.4. L'avenir du réseau vu par les gestionnaires
Pierre-Noël Favennec, expert à la direction scientifique de France Télécom R&D:
"Le mariage des télécommunications et de l'informatique font de l'internet une
technologie extrêmement puissante et très riche d'avenir. Mais l'internet n'est
qu'une technologie, puissante certes, qui vient s'ajouter à celles existantes ;
elle ne les remplace pas, elle apporte autre chose: de l'information potentielle
supplémentaire, de la communication virtuelle où il n'y a plus de distance, un
accès potentiel à de la culture venant de partout..."
Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Université de Caen: "Pour l'avenir, les évolutions suivantes se précisent à
l'horizon: les développements techniques pour la prise en compte des différents
médias; la 'démocratisation' de l'internet, qui amènera la mise en place de
réseaux professionnels; la multiplication des problèmes de sécurité liés à la
dématérialisation de l'information."
Jean-Philippe Mouton, gérant de la société d'ingénierie Isayas: "Je pense que le
développement et la maintenance de systèmes informatiques internet est une
activité qui vient dans la continuité des systèmes MVS (multiple virtual
storage) et client/serveur. De nouvelles sociétés sont créées pour répondre aux
besoins informatiques récents des entreprises, alors que l'activité dans le
domaine des vieux systèmes ralentit. La récession du net touche aujourd'hui en
priorité les entreprises nouvelles de 'business online'. Internet n'a pas pour
vocation véritable de créer de nouveaux commerces, c'est un moyen de
communication, un nouvel outil marketing, la possibilité pour les entreprises
d'avoir des franchises à moindre coût, une information accessible par l'ensemble
de ses interlocuteurs... Je suis de ceux qui croient que les sociétés
d'ingénierie risquent d'être moins touchées par le phénomène 'start-down' que
d'autres dans ce domaine."
La conclusion de ce chapitre appartient à Pierre Schweitzer, architecte designer
et concepteur d'@folio, support numérique de lecture nomade: "Internet pose une
foule de questions et il faudra des années pour organiser des réponses, imaginer
des solutions. L'état d'excitation et les soubresauts autour de la dite
'nouvelle' économie sont sans importance, c'est l'époque qui est passionnante."
18. CYBERESPACE ET SOCIETE DE L'INFORMATION
[Dans ce chapitre:]
[18.1. Le cyberespace: définitions / Le cyberespace vu par les auteurs / Le
cyberespace vu par les bibliothécaires-documentalistes / Le cyberespace vu par
les éditeurs / Le cyberespace vu par les gestionnaires / Le cyberespace vu par
les linguistes / Le cyberespace vu par les professeurs / Le cyberespace vu par
les spécialistes du numérique // 18.2. La société de l'information: définitions
/ Un concept vide de sens / La société de l'information vue par les auteurs / La
société de l'information vue par les bibliothécaires-documentalistes / La
société de l'information vue par les éditeurs / La société de l'information vue
par les linguistes / La société de l'information vue par les professeurs / La
société de l'information vue par les spécialistes du numérique]
On rappelle souvent que la paternité du terme "cyberspace" revient à William
Gibson, qui le définit ainsi dans Neuromancien, roman de science-fiction paru en
1984: "Cyberespace: une hallucination consensuelle expérimentée quotidiennement
par des milliards d'opérateurs réguliers, dans chaque nation, par des enfants à
qui on enseigne des concepts mathématiques... Une représentation graphique des
données extraites des banques de tous les ordinateurs dans le système humain.
Complexité incroyable. Des lignes de lumière qui vont dans le non-espace de
l'esprit, des agglomérats et des constellations de données. Et qui fuient, comme
les lumières de la ville." (traduction personnelle à partir du texte anglais)
Quant à la société de l'information, elle n'est pas si récente. On annonce
presque quotidiennement son avènement depuis les années 70, comme le rappelle
Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young:
"C'est un vieux concept, dont on parlait déjà en 1975! Seules les technologies
ont changé."
Les termes "cyberespace" et "société de l'information" sont sur toutes les
lèvres, et dans tous les écrits. La littérature sur le sujet est abondante, et
n'est pas près de tarir. Plutôt que la répertorier, ou de gloser sur le sujet,
on a préféré demander aux professionnels du livre quelles étaient leurs propres
définitions. Voici leurs réponses.
18.1. Le cyberespace: définitions
= Le cyberespace vu par les auteurs
Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur d'hypertexte:
"Lequel? Celui des Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke,
utopies scientifiques pas toujours traitées comme elles devraient l'être? Ou
celui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des... J6M-Canal/Universal... Tout
ce qu'on peut dire à l'heure actuelle, c'est que ce qu'on peut encore appeler le
cyberspace est multiforme, et qu'on ne sait pas qui le domptera. Ni s'il faut le
dompter d'ailleurs... En tout cas, les créateurs, artistes, musiciens, les sites
scientifiques, les petites 'start-up' créatives, voire les millions de pages
perso, les chats, les forums, et tout ce qui donne au net sa matière propre ne
pourra être ignoré par les grands mangeurs de toile. Sans eux, ils perdraient
leurs futurs 'abonnés'. Ce paradoxe a son petit côté subversif qui me plaît
assez."
Lucie de Boutiny, écrivain papier et pixel: "Le délire SF du type: 'bienvenue
dans la 3e dimension, payez-vous du sexe, des voyages et des vies virtuels' a
toujours existé. La méditation, l'ésotérisme, les religions y pourvoient, etc.
Maintenant, on est dans le cyberspace."