"Nous arriverons rapidement au point où une traduction très fidèle du texte et
de la parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plate-formes ou
même des puces, écrit-il. A ce point, quand le développement de l'internet aura
atteint sa vitesse de croisière, que la fidélité de la traduction atteindra plus
de 98% et que les différentes combinaisons de langues possibles auront couvert
la grande majorité du marché, la transparence de la langue (toute communication
d'une langue à une autre) sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent
cette technologie. Le développement suivant sera la 'transparence
transculturelle et transnationale' dans laquelle les autres aspects de la
communication humaine, du commerce et des transactions au-delà du seul langage
entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens, les mouvements faciaux
ont un sens, et ceci varie en fonction des sociétés. La lettre O réalisée avec
le pouce et l'index signifie 'OK' aux Etats-Unis alors qu'en Argentine c'est un
geste obscène.
Quand se produira l'inévitable développement de la vidéoconférence multilingue
multimédias, il sera nécessaire de corriger visuellement les gestes. Le MediaLab
du MIT (Massachussets Institute of Technology), Microsoft et bien d'autres
travaillent à la reconnaissance informatique des expressions faciales,
l'identification des caractéristiques biométriques par le biais du visage, etc.
Il ne servira à rien à un homme d'affaires américain de faire une excellente
présentation à un Argentin lors d'une vidéoconférence multilingue sur le web,
avec son discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en même
temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront intercepter
ces types de messages et les corriger visuellement.
Les cultures diffèrent de milliers de façons, et la plupart d'entre elles
peuvent être modifiées par voie informatique lorsqu'on passe de l'une à l'autre.
Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail, l'éthique, le
change monétaire, les différences de taille dans les vêtements, les différences
entre le système métrique et le système de mesure anglophone, etc. Les sociétés
dynamiques répertorieront et programmeront ces différences, et elles vendront
des produits et services afin d'aider les habitants de la planète à mieux
communiquer entre eux. Une fois que ceux-ci seront largement répandus, ils
contribueront réellement à une meilleure compréhension à l'échelle
internationale."
16. LE LIVRE ET L'INTERNET: QUELQUES SAGAS
[Dans ce chapitre:]
[16.1. La librairie en ligne Amazon.com s'implante en France et au Japon //
16.2. Les aventures de Harry Potter déferlent sur l'internet // 16.3. Trois
auteurs de best-sellers prennent le risque du numérique]
Dans le domaine du livre aussi, le réseau permet un marketing à l'échelle
mondiale. Il paraît donc intéressant de retracer brièvement trois sagas qui ont
fait la "une" de l'an 2000: d'abord l'implantation de la librairie en ligne
Amazon.com en France et au Japon (16.1); ensuite le succès du dernier titre des
aventures de Harry Potter, qui bat tous les records de vente en ligne (16.2); et
enfin les expériences numériques de trois auteurs de best-sellers (Stephen King,
Frederick Forsyth et Arturo Pérez-Reverte) qui, alors que d'autres attendent que
le modèle économique soit bien rodé, n'hésitent pas à prendre des risques
(16.3).
16.1. La librairie en ligne Amazon.com s'implante en France et au Japon
Au printemps 1994, Jeff Bezos, futur patron d'Amazon.com, fait une étude de
marché démontrant que les livres sont les meilleurs "produits" à vendre sur
l'internet. Il dresse une liste de vingt produits marchands, qui vont des
vêtements aux instruments de jardinage. Les cinq premiers du classement se
trouvent être les livres, les CD, les vidéos, les logiciels et le matériel
informatique.
"J'ai utilisé tout un ensemble de critères pour évaluer le potentiel de chaque
produit, relate Jeff Bezos dans le kit de presse d'Amazon. Le premier critère a
été la taille des marchés existants. J'ai vu que la vente des livres
représentait un marché mondial de 82 milliards de dollars (ce qui, en 1994,
correspondait à 61 milliards d'euros, ndlr). Le deuxième critère a été la
question du prix. Je voulais un produit bon marché. Mon raisonnement était le
suivant: puisque c'était le premier achat que les gens allaient faire en ligne,
il fallait que la somme à payer soit modique. Le troisième critère a été la
variété dans le choix: il y avait trois millions de titres de livres alors qu'il
n'y avait que 300.000 titres pour les CD, par exemple. Ceci était également
important: plus le choix est grand, plus le service informatique d'organisation
et de sélection doit être performant."
En juillet 1995, il crée la librairie en ligne Amazon, qui débute avec dix
employés. Les deux premières filiales d'Amazon sont toutes deux créées en 1998,
en Allemagne et au Royaume-Uni. En août 2000, avec 1,8 millions de clients en
Grande-Bretagne, 1,2 millions de clients en Allemagne et quelques centaines de
milliers de clients en France, Amazon réalise 23% de ses ventes en dehors des
Etats-Unis. "En 2003, 35% seulement de nos clients seront aux Etats-unis et 65%
hors du territoire américain", assure Jeff Bezos.
Le principal groupe de clients étrangers étant les clients japonais, Jeff Bezos
profite d'un colloque international sur les technologies de l'information à
Tokyo pour annoncer le 18 juillet 2000 son intention d'implanter Amazon.com au
Japon (cette implantation sera effective le 1er novembre). Il insiste aussi sur
le marché à fort potentiel représenté par ce pays, avec des prix immobiliers
élevés se répercutant sur ceux des biens et services, si bien que le shopping en
ligne est plus avantageux que le shopping traditionnel, et une forte densité de
population, qui entraîne des livraisons à domicile faciles peu coûteuses. Le 1er
août, un centre d'appels est ouvert dans la ville de Sapporo, sur l'île
d'Hokkaido.
Le 8 août 2000, le principal concurrent d'Amazon.com, Barnes & Noble.com,
annonce d'une part son partenariat avec Microsoft pour la diffusion de livres
numériques lisibles au moyen du Microsoft Reader et d'autre part l'ouverture de
sa librairie numérique, le eBook Store. Trois semaines après, le 28 août,
Amazon.com annonce à son tour son alliance avec Microsoft pour la même raison -
vendre des livres numériques lisibles au moyen du Microsoft Reader - et
l'ouverture d'une librairie numérique dans les mois qui suivent.
Le 31 août 2000, Amazon ouvre sa troisième filiale, Amazon France, avec vente de
livres, musique, DVD et vidéos (auxquels viennent s'ajouter logiciels et jeux
vidéo en juin 2001), et livraison en 48 heures. A cette date la vente de livres
en ligne ne représente en France que 0,5% du marché, contre 5,4% aux Etats-Unis.
Comme tous les libraires en ligne francophones, Amazon France s'intéresse
également de près à la clientèle francophone internationale.
Le 29 août 2000, interrogé par l'AFP au sujet de la loi Lang, qui n'autorise
qu'un rabais de 5% sur le prix du livre, Denis Terrien, président d'Amazon
France à cette date (jusqu'au 14 mai 2001), répond: "L'expérience que nous avons
en Allemagne, où le prix du livre est fixé, nous montre que le prix n'est pas
l'élément essentiel dans la décision d'achat. C'est tout le service qui est
ajouté qui compte. Chez Amazon, nous avons tout un tas de services en plus,
d'abord le choix - nous vendons tous les produits culturels français. On a un
moteur de recherche très performant. En matière de choix de musique, on est
ainsi le seul site qui peut faire une recherche par titre de chanson. Outre le
contenu éditorial, qui nous situe entre un magasin et un magazine, nous avons un
service client 24h/24 7jours/7, ce qui est unique sur le marché français. Enfin
une autre spécificité d'Amazon, c'est le respect de nos engagements de
livraison. On s'est fixé pour objectif d'avoir plus de 90% de nos ventes en
stock."
Préparée dans le plus grand secret, l'ouverture d'Amazon France n'est rendue
publique que le 23 août 2000. Avec une centaine de salariés, dont certains ont
été envoyés en formation au siège du groupe à Seattle (Washington), la filiale
française s'installe à Guyancourt (région parisienne), qui abrite
l'administration, les services techniques et le marketing. Son service de
distribution est basé à Boigny-sur-Bionne, dans la banlieue d'Orléans. Son
service client est basé à La Haye (Pays-Bas), dans l'optique d'une expansion
future d'Amazon en Europe.
Amazon France compte au moins quatre rivaux de taille: la Fnac, qui appartient
au groupe Pinault-Printemps-Redoute, Alapage, qui appartient à France Télécom,
Bol.fr, issu de l'association du français Vivendi et de l'allemand Bertelsmann,
et Chapitre.com, libraire en ligne indépendant. Un mois après son lancement,
Amazon.fr est à la seconde place des sites de biens culturels français. Selon
les chiffres publiés le 24 octobre 2000 par Media Metrix Europe, société d'étude
d'audience de l'internet, le site a reçu 217.000 visites uniques en septembre
2000, juste devant Alapage (209.000 visites uniques), mais loin derrière la Fnac
(401.000 visites uniques). Suivent Cdiscount.com (115.000 visites) et Bol.fr
(74.000 visites). Le site américain Amazon.com profite lui aussi de l'effet de
curiosité puisque il totalise 137.000 visites uniques, soit 23.000 visites de
plus que le mois précédent.
Le 1er novembre 2000, Amazon Japon, quatrième filiale du géant américain, et
première filiale non européenne, ouvre ses portes avec un catalogue de 1,1
million de titres en japonais et 600.000 titres en anglais. Pour réduire les
délais de livraison à un ou deux jours au lieu des six semaines nécessaires à
l'acheminement des livres depuis les Etats-Unis, un centre de distribution de
15.800 m2 est créé à Ichikawa, dans l'est de Tokyo.
A la même date, Amazon.com annonce son intention de pénétrer le marché
francophone du Canada, et de lancer sa version canadienne-française en 2001,
avec vente de livres, musique et films (VHS et DVD). La société débute
l'embauche de personnel francophone connaissant le marché canadien.
En novembre 2000, la librairie compte 7.500 employés, 28 millions d'articles, 23
millions de clients et quatre filiales (Royaume-Uni, Allemagne, France et
Japon). La maison mère a beaucoup diversifié ses activités. En effet elle vend
non seulement des livres, des vidéos, des CD et des logiciels, mais aussi des
appareils électroniques, des appareils de cuisine et de jardinage, des produits
de santé, des jouets et des voitures. Elle organise des ventes aux enchères avec
Sotheby's Holdings. Le 14 novembre 2000, Amazon.com ouvre sa librairie
numérique, avec 1.000 titres disponibles au départ, et une augmentation rapide
du stock prévue pour les mois suivants.
Même pour le marketing des librairies en ligne, le papier n'est pas mort, loin
s'en faut. Pour la deuxième année consécutive, le 17 novembre 2000, en prévision
des fêtes, Amazon envoie un catalogue imprimé à 10 millions de clients.
Mais, malgré la discrétion du librairie en ligne sur les conditions de travail
de son personnel, les problèmes commencent à filtrer. Le Prewitt Organizing Fund
et le syndicat SUD-PTT Loire Atlantique débutent le 21 novembre 2000 une action
de sensibilisation auprès des salariés d'Amazon France pour de meilleures
conditions de travail et de salaires. Ils rencontrent une cinquantaine de
salariés travaillant dans le centre de distribution de Boigny-sur-Bionne, dans
la banlieue d'Orléans. SUD-PTT dénonce chez Amazon "des conditions de travail
dégradées, la flexibilité des horaires, le recours aux contrats précaires dans
les périodes de flux, des salaires au rabais, et des garanties sociales
minimales". Une action similaire est menée en Allemagne et en Grande-Bretagne.
Patrick Moran, responsable du Prewitt Organizing Fund, entend constituer une
alliance des salariés de la nouvelle économie (Alliance of New Economy Workers).
De son côté, Amazon.com riposte en insistant dans des documents internes sur
l'inutilité de syndicats au sein de l'entreprise.
Le 30 janvier 2001, Amazon, qui emploie 1.800 personnes en Europe, annonce une
réduction de 15% des effectifs et la restructuration du service clientèle
européen, qui était basé à La Hague (Pays-Bas). Les 240 personnes qu'emploie ce
service sont transférées dans les centres de Slough (Royaume-Uni) et Regensberg
(Allemagne). Aux Etats-Unis, dans la maison-mère, suite à un quatrième trimestre
déficitaire, un plan de réduction de 15% des effectifs entraîne 1.300
licenciements.
16.2. Les aventures de Harry Potter déferlent sur l'internet
Née sous la plume de l'écossaise J.K. Rowling, la série des aventures de Harry
Potter voit le jour en 1995. A ce jour, quatre volumes sont parus. Destinée aux
enfants de 9-13 ans, la série devrait compter en tout sept volumes, chacun
correspondant à une année de la vie de Harry Potter (de 11 à 18 ans).
En quatre ans, le jeune magicien est devenu une véritable star auprès de
millions d'enfants et de leurs parents. Petits et grands, tous s'accordent à
dire que ces livres sont des chefs-d'oeuvre d'humour et de suspense, avec la
peur et le fantastique en prime. De l'avis des libraires et des bibliothécaires,
l'engouement des enfants pour cette série ne semble jamais avoir eu
d'équivalent. En juin 2000, juste avant la parution du quatrième tome, le nombre
de livres vendus s'élève à 35 millions d'exemplaires traduits en 35 langues
différentes. Dans 140 pays ils ne quittent pas le haut de la liste des
meilleures ventes de livres pour enfants. Le New York Times a même dû séparer sa
liste de best-sellers pour enfants de celle des adultes, afin d'éviter que Harry
Potter n'occupe indéfiniment la première place des best-sellers tous âges
confondus.
Le 7 juillet 2000, le quatrième titre, Harry Potter and the Goblet of Fire
(Harry Potter et le gobelet de feu), déferle sur le monde anglophone. Avant sa
sortie aux Etats-Unis, il est pré-commandé par près d'un million d'enfants, dont
400.000 commandes pour Amazon.com et 360.000 sur le site ou dans les librairies
Barnes & Noble. Opération de marketing sans précédent, le lancement officiel a
lieu très exactement le 7 juillet 2000 à minuit et une minute, avec librairies
ouvertes en pleine nuit, queues impressionnantes, et service exceptionnel mis en
place dans les librairies en ligne pour répondre à la demande et assurer une
livraison rapide.
Le premier tirage de Scholastic, l'éditeur de la série aux Etats-Unis, est de
3,8 millions d'exemplaires. Celui de l'éditeur anglais, Bloomsbury, est de 1
million d'exemplaires pour le Royaume-Uni, 400.000 exemplaires pour le Canada et
200.000 pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande (en vente le 14 juillet pour ces
deux derniers pays). 375.000 exemplaires sont vendus dès le premier jour. Ce
premier tirage est immédiatement suivi d'un deuxième tirage de 1,5 million
d'exemplaires.
Aux Etats-Unis, Harry Potter and the Goblet of Fire est publié en braille par la
National Braille Press (NBP) le 27 juillet 2000, soit vingt jours seulement
après sa sortie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Les 734 pages de
l'original donnent 1.184 pages braille, mais le prix du livre braille n'est pas
plus élevé. Ce très court délai a été possible grâce à deux facteurs. D'une part
Scholastic, l'éditeur original, a fourni le fichier électronique, une initiative
dont feraient bien de s'inspirer nombre d'éditeurs. D'autre part les 31 membres
de l'équipe de la National Braille Press ont travaillé sans relâche pendant
quinze jours. Comme les titres précédents de la série, l'ouvrage est également
disponible au format PortaBook, à savoir un fichier en braille informatique
abrégé disponible sur disquette et lisible au moyen d'un lecteur braille
portable ou d'un logiciel braille sur micro-ordinateur.
En Allemagne, un groupe de fans décide de se partager la traduction bénévole des
37 chapitres du quatrième volume. Fin août 2000, il propose les six premiers
chapitres en téléchargement libre sur le site Harry-auf-Deutsch-Community, et
les neuf chapitres suivants sont en cours de traduction. Cette traduction non
autorisée suscite de vives controverses, la sortie officielle du livre étant
prévue le 14 octobre chez Carlsen Verlag, avec un premier tirage d'un million
d'exemplaires. La riposte de l'éditeur officiel est rapide. Ses avocats menacent
Bernd Kölemann, coordonnateur du projet, de poursuites, de deux ans
d'emprisonnement et d'une amende de 210.000 euros s'il n'arrête pas ses
activités avant le 31 août. Les téléchargements cessent donc. Ces démêlés entre
un éditeur établi et un site internet non commercial mettent à nouveau sur la
sellette divers problèmes: respect du droit d'auteur, respect de l'exclusivité
d'un éditeur, conditions de téléchargement libre des oeuvres sous copyright,
etc. Des éditeurs connus soutiennent Carlsen Verlag. Ils profitent de l'occasion
pour rappeler que les profits dégagés par les best-sellers leur permettent de
publier aussi des livres à petit tirage. Il reste à espérer que ce soit vraiment
le cas. La version allemande du quatrième tome est lancée par Carlsen Verlag le
14 octobre 2000, avec un premier tirage d'un million d'exemplaires, et 150
librairies ouvertes la nuit du lancement.
Fin novembre 2000, la série est traduite dans 200 langues et les ventes des
quatre titres toutes éditions confondues atteignent 66 millions d'exemplaires.
La série est récompensée par 50 prix littéraires.
Le 29 novembre 2000, la traduction française du quatrième tome, Harry Potter et
la coupe de feu, déferle sur la francophonie. Son traducteur, Jean-François
Ménard, qui traduit la série depuis ses débuts, a travaillé sans relâche pendant
deux mois. Le titre paraît chez Gallimard dans la collection Folio Junior, comme
les trois titres précédents (Harry Potter à l'école des sorciers, Harry Potter
et la chambre des secrets, Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban), vendus
jusque-là à 1,4 million d'exemplaires. Dès le 24 novembre 2000, ce sont les
grandes manoeuvres. Amazon France s'allie à Chronopost pour une livraison dans
les meilleurs délais. Chronopost et Amazon s'engagent à assurer la livraison du
livre partout en France le jour même de sa sortie, mercredi 29 novembre, et ce
avant 10 h du matin si la commande est passée avant 14 h la veille.
Le premier tirage du quatrième tome est de 450.000 exemplaires, acheminés vers
4.500 points de vente en France, en Belgique et en Suisse. Les 50.000
exemplaires destinés au Québec (inclus dans les chiffres du premier tirage) sont
imprimés sur place pour éviter le coût du transport et les délais de livraison.
En France, quelques dizaines de librairies ouvrent exceptionnellement leurs
portes dans la nuit du 28 au 29 novembre, avec achat du livre à partir de minuit
et une minute. Le jour même de la sortie du livre, Gallimard annonce un deuxième
tirage de 100.000 exemplaires.
Seule ombre au tableau, mais de taille: le prix du quatrième tome est de 19
euros, alors que les tomes précédents, publiés au format de poche, valent 5
euros. Gallimard publie aussi un coffret regroupant les quatre tomes, ainsi que
Rencontre avec J.K. Rowling, un entretien de l'auteur avec Lindsey Fraser,
critique de livres pour enfants. En partenariat avec France Culture, l'éditeur
sort également l'audiobook du premier volume (Harry Potter à l'école des
sorciers), lu par Bernard Giraudeau.
Pendant ce temps, J. K. Rowling protège âprement sa vie privée et travaille au
cinquième tome, qui devrait s'intituler Harry Potter et l'ordre du phénix. Harry
Potter aura 15 ans, puisqu'il gagne une année par tome. Deux autres tomes
suivront ensuite.
Dès 1997, Warner Bros, filiale du groupe Time Warner, acquiert les droits
d'adaptation de la série pour le cinéma. Puis Electronic Arts, éditeur de jeux
vidéo, obtient auprès de Warner Bros les droits mondiaux sur la série, afin de
développer des jeux pour PC et pour l'internet. Le film issu du premier tome est
en préparation sous la direction de Chris Columbus, d'après un scénario de Steve
Kloves. La sortie du film est prévue le 16 novembre 2001.
16.3. Trois auteurs de best-sellers prennent le risque du numérique
Stephen King aux Etats-Unis, Frederick Forsyth au Royaume-Uni et Arturo
Pérez-Reverte en Espagne sont les premiers auteurs de best-sellers à se lancer
dans l'édition numérique, sous le feu des critiques de tous ordres émanant des
médias et de professionnels du livre qui préfèrent attendre que le modèle
économique soit bien rodé pour se lancer.
Stephen King, maître du suspense, est le premier auteur à succès à distribuer
une oeuvre uniquement sur l'internet. En mars 2000, sa nouvelle Riding The
Bullet, une nouvelle assez volumineuse puisqu'elle fait 66 pages, provoque un
véritable raz-de-marée lors de sa "sortie" sur le web. 400.000 exemplaires sont
téléchargés en 24 heures sur les sites des libraires en ligne qui la vendent (au
prix de 2,50 $US = 2,90 euros).
En juillet 2000, fort de cette expérience prometteuse, Stephen King décide de se
passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. Il crée un site
web spécifique pour permettre le téléchargement des différents chapitres, et
commence l'auto-publication en épisodes de The Plant, un roman épistolaire qui
raconte l'histoire d'une plante carnivore s'emparant d'une maison d'édition en
lui promettant le succès commercial en échange de sacrifices humains. Le 24
juillet 2000, le premier chapitre est téléchargeable en plusieurs formats (PDF,
OeB, HTML, texte, etc.) pour la somme de1 $US (1,16 euros), avec paiement
différé ou paiement immédiat sur le site d'Amazon.com.
Sur son site, dans une lettre aux lecteurs, Stephen King raconte que ce premier
chapitre lui a coûté la somme de 124.150 $US (144.250 euros) pour la création,
le design et la publicité du site web, sans compter sa prestation en tant
qu'écrivain et les services de son assistante. Il précise aussi que la
publication des chapitres suivants est liée au paiement du premier chapitre par
75% des lecteurs au moins. "Mes amis, vous avez l'occasion de devenir le pire
cauchemar des éditeurs, déclare-t-il. Comme vous voyez, c'est simple. Pas de
cryptage assommant! Vous voulez imprimer l'histoire et en faire profiter un(e)
ami(e)? Allez-y. Une seule condition: tout repose sur la confiance, tout
simplement. C'est la seule solution. Je compte sur deux facteurs. Le premier est
l'honnêteté. Prenez ce que bon vous semble et payez pour cela, dit le proverbe.
Le second est que vous aimerez suffisamment l'histoire pour vouloir en lire
davantage. Si vous le voulez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous: payez et
l'histoire continue. Volez, et l'histoire s'arrête."
Le 31 juillet, le chapitre est téléchargé 152.132 fois avec paiement par 76% des
lecteurs, dont certains ont tenu à payer davantage que le dollar demandé,
parfois même jusqu'à 10 ou 20 $US (11,6 ou 23,2 euros), pour compenser le manque
à gagner de ceux qui ne paieraient pas, et éviter ainsi que la série ne
s'arrête. La barre des 75% est donc dépassée de peu, au grand soulagement des
fans, si bien que le deuxième chapitre suit le 21 août.
Le 25 août, dans une nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King annonce un
nombre de téléchargements du deuxième chapitre légèrement inférieur à celui du
premier chapitre. Il en attribue la cause à une publicité moindre et à des
problèmes de téléchargement. Si le nombre de téléchargements n'a que légèrement
décru, le nombre de paiements est en nette diminution, le public ne payant
qu'une fois pour plusieurs téléchargements. L'auteur s'engage cependant à
publier le troisième chapitre comme prévu fin septembre, et à prendre une
décision ensuite sur la poursuite ou non de l'expérience, en fonction du nombre
de paiements. Il envisage aussi des chapitres plus longs que les premiers, qui
représentent 5.000 signes. Il prévoit onze ou douze chapitres en tout, avec un
nombre total de 1,7 million de téléchargements. Le ou les derniers chapitres
seraient gratuits.