Les jours du papier sont-ils comptés? "Je crois qu'il est fort imbécile de

penser que l'arrivée du numérique va tuer le papier. Comme si l'arrivée de la

radio avait tué la presse écrite, ou la télévision le cinéma. C'est une opinion

tellement stupide que beaucoup de gens la partagent. Pour ma part, je crois que

l'arrivée du numérique grand public offre une panoplie de nouveaux supports pour

les contenus. Qu'elle ouvre de nombreuses possibilités pour imaginer de nouveaux

types de créations et de produits culturels. J'aime beaucoup le papier, j'adore

les livres: ils m'accompagnent depuis toujours, que ce soient des bandes

dessinées, des romans, des dictionnaires. Je pense qu'ils continueront à être

présents pendant très longtemps. Mais qu'à leurs côtés apparaîtront de nouveaux

formats. Le roman, tel que nous le connaissons, correspond très précisément à

des contraintes techniques d'impression et de reliure; si l'on change les

supports, on provoque l'apparition de nouvelles formes. La plupart des musiciens

ont dû réinventer la composition de leurs albums suite à l'arrivée du CD qui

ajoute vingt minutes au format 33 tours. Je me réjouis de lire ce qu'il y aura à

lire dans dix ans. Mais j'aurai toujours un Dumas ou un Michaux sur ma table de

nuit."

Pierre-Noël Favennec, directeur de collection et expert à la direction

scientifique de France Télécom R&D: "Le papier est de plus en plus utilisé.

Personnellement je suis de plus en plus inondé de paperasses. Avec l'e-mail, les

collègues n'hésitent plus à envoyer de gros fichiers qu'il faut ensuite imprimer

pour lecture. La lecture est plus agréable sur papier. Les fichiers reçus

peuvent n'être que des projets et on peut recevoir 'n' épreuves successives que

l'on imprime nécessairement. On imprime les mèls pour les lire tranquillement

plus tard ou parce que c'est plus agréable de les lire sur papier. Etc. Il y a

beaucoup de raisons pour utiliser toujours plus de papier."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Les livres 'd'études', comme ceux de

notre collection, ont une durée de vie longue et ne seront pas remplacés par un

e-book, sauf si ce livre n'est utilisé que pour une étude particulière et pour

un temps court (quelques semaines). Les livres à durée de vie courte tels que

les romans, journaux, magazines peuvent effectivement être un jour remplacés par

des e-books. Les livres scolaires pourront être (seront) sur e-book. Les

encyclopédies volumineuses dont la consultation n'est qu'épisodique seront sur

le web."

Olivier Gainon, fondateur de CyLibris, maison d'édition littéraire en ligne,

utilise encore beaucoup l'imprimé, "pour lire des documents, des textes, etc.

Cela dit, je lis de plus en plus sur écran, mais dans un cadre professionnel

(par exemple les lettres d'information auxquelles je suis abonné, etc.), dès que

l'on parle de lecture-plaisir (roman, détente, etc.), je ne lis pas sur écran,

j'imprime (si ce n'est pas déjà le cas), et je lis sur papier. Je me rends

également compte que j'ai du mal à lire sur écran un document long et complexe.

Bref, je lis des informations brèves et ponctuelles, mais pas véritablement des

dossiers complexes."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Tout dépend de quoi l'on parle. Le papier

comme support simple de document écrit est un peu limité: texte et image

simplement / pas d'évolution en temps réel / reproduction complexe / etc.

L'électronique offre beaucoup plus d'avantages. En revanche, sur les aspects

plus 'pratiques' ('la valeur d'usage'), le papier reste aujourd'hui imbattable:

peu cher, léger, on peut le plier, le déchirer, le tordre, le laisser tomber, il

peut en plus être physiquement agréable, esthétiquement beau, etc. Sans même

parler du confort de lecture qui, pour moi aujourd'hui, donne un grand avantage

au papier... Bref, tout cela pour dire que je pense que le papier va décroître

dans son utilisation à terme - mais que ce sera un processus long, et plutôt une

question de génération, quand nos enfants n'auront plus la même relation que

nous pouvons avoir avec le papier..."

Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et

littéraires lit toujours beaucoup de documents imprimés. "La lecture directe à

l'écran est encore assez vite fatigante pour de nombreuses paires d'yeux, même

avec l'amélioration des capacités d'affichage des moniteurs et les lissages de

polices d'écran. Et puis, pour un roman par exemple, rien n'en vaut la lecture

dans un bon fauteuil au coin de sa cheminée..."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Le livre papier a encore de beaux jours

devant lui. Mais l'accès par le net à toutes ces offres inédites est une

nouvelle richesse, inimaginable il y a quelques années, tant pour les lecteurs

que pour les auteurs. Ça permet de sélectionner beaucoup plus tranquillement que

dans une librairie (à condition que l'oeuvre y soit éditée) et surtout d'accéder

à des ouvrages qui n'auraient jamais été publiés autrement. Selon moi, le papier

n'est pas l'ennemi du net en matière de littérature. Il en est le prolongement

et l'aboutissement. En fait, le net peut être considéré comme un formidable

moyen de promotion et de relance de la lecture, par les découvertes qu'il permet

de faire. Mais c'est maintenant l'internaute lui-même qui décide de ce qu'il

veut lire. Il choisit, il imprime, et il lit tranquillement dans son fauteuil au

coin de sa cheminée..."

Nicolas Pewny, créateur des éditions du Choucas: "Nous utilisons le papier bien

sûr. Le livre papier, lorsque l'impression avec les techniques modernes sera

meilleur marché, devrait devenir l'allié du livre électronique."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Cela dépend de quel domaine il s'agit. Je

pense que le temps des dictionnaires et encyclopédies et autres ouvages de

références techniques et scientifiques 'papier' est compté. Pour les romans ou

les beaux livres, cela dépend de l'évolution des deux supports."

François Vadrot, PDG de FTPress, société de cyberpresse, utilise toujours autant

l'imprimé. "Ça n'a pas changé: j'imprime souvent nos propres publications pour

les lire dans les transports en commun. Je n'ai pas beaucoup le temps de lire,

hormis des romans. Le papier a encore de l'avenir, il y aura toujours du papier,

ou si ce n'est pas le papier (matériau) que l'on connaît, ce sera un support

souple, léger et fin comme lui (pour dans dix ans en principe)."

13.4. L'imprimé vu par les gestionnaires

Patrice Cailleaud, directeur de communication de HandiCaPZéro, précise:

"L'essentiel de l'activité de HandiCaPZéro aujourd'hui reste l'impression de

documents papier braille et caractères agrandis. La majorité du public auquel

s'adresse l'association n'est pas encore internaute."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Non, au contraire. L'internet dope les

ventes de livres, comme celles des disques, quoiqu'en disent les éditeurs

regroupés en association de défense de leurs intérêts. Par ailleurs, les

imprimantes des micro-ordinateurs, classiques ou braille, n'ont jamais été

autant sollicitées depuis l'accès au web."

Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources informatiques de

l'Université de Caen: "Pour mon activité professionnelle, j'utilise encore le

papier pour travailler hors de mon bureau, de même que pour des livres autres

que techniques. En effet, si des documents techniques (qui sont des bases de

données) sont facilement consultables sous forme électronique, il n'en est pas

de même pour des ouvrages de fond. Au sujet de la presse, il est hors de

question de la supprimer pour la lecture, mais pour l'archivage oui." Le papier

a-t-il encore de beaux jours devant lui? "La réponse est oui mais les usages

changeront."

Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre

informatique de l'Université de Lausanne, utilise-t-il encore beaucoup

l'imprimé? "Oui, hélas. Nous continuons à devoir imprimer beaucoup de choses, ne

serait-ce que pour des raisons administratives. Par contre, pour tout ce qui est

information, je ne la prends plus que sur internet."

Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Erst & Young,

n'utilise pratiquement plus de de documents imprimés. "Pratiquement rien en

interne pour la gestion, tout est fait à travers l'internet et/ou Lotus notes.

Liaison internet également avec les clients pour les offres commerciales, les

documents de projets, les mémos... Seuls les contrats restent sur papier. Je

reçois peu de courrier extérieur sur papier (qui est d'ailleurs le signe d'un

contenu probablement peu intéressant!). Je lis la presse à travers les bases de

données. Bien sûr, les journaux au petit déjeuner restent nécessaires! Quant aux

livres, c'est vrai, je les utilise toujours."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Dans ce contexte, dans mon métier de

consulting, les jours du papier sont comptés. Par contre, dans ma vie

personnelle, si j'utilise le courrier électronique pour la correspondance, les

livres ne sont pas détrônés, ou en tout cas ils sont moins affectés."

13.5. L'imprimé vu par les linguistes

Guy Antoine, créateur du site Windows on Haiti, site de référence sur la culture

haïtienne, utilise les documents papier "aussi peu que possible, mais cela

représente encore beaucoup de papier. Si je vois un document que je souhaite

conserver en tant que document de référence, je l'imprime systématiquement et je

le catalogue. Il peut ne pas être disponible quand je suis en déplacement. Mais

quand je suis dans mon bureau à la maison, j'aime savoir que je peux y avoir

accès d'une manière physique, sans devoir me fier seulement à une sauvegarde

électronique, au bon fonctionnement du système d'exploitation, et à mon

fournisseur d'accès internet. De ce fait, pour ce que je considère utile de

conserver, les documents sont souvent en double exemplaire, imprimé et

numérique. Le papier joue donc encore un rôle important dans ma vie."

Alain Clavet, analyste de politiques au Commissariat aux langues officielles du

Canada, utilise l'imprimé "un peu moins qu'avant d'être connecté à internet". Il

pense que "le papier continuera d'avoir un rôle complémentaire".

Philippe Loubière, traducteur littéraire et dramatique: "J'utilise beaucoup le

support papier car, quoique j'écrive la plupart du temps sur ordinateur, j'ai

besoin d'imprimer pour me relire. Je lis les journaux. Je suis très attaché au

livre comme objet et comme support de connaissance. Et en tout cas je fais

partie de la chaîne qui les édite."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Je pense que le papier a encore de très

beaux jours devant soi. Mais il va resserrer une partie de sa gamme,

naturellement, c'est-à-dire la recentrer. Je suis ravi que l'on économise ainsi

la vie de milliers d'arbres, pour que certaines données d'intérêt variable ou à

rotation rapide soient déviées sur les divers supports numériques. Par ailleurs,

les journaux (non nécessairement les quotidiens) restent un moyen dit

d''information' plus digne de foi que la presse audio-visuelle: leur lecture est

le moyen d'essayer de s'informer le moins passif, celui qui permet la meilleure

distanciation par rapport à l'information (on se fait moins piéger par le

matraquage télé). Il y a ensuite plus de diversité dans les titres, dans les

opinions, et surtout il y a des journaux spécialisés (c'est même le seul moyen

d'information susceptible d'être spécialisé). Le livre, enfin, me paraît

aujourd'hui le lieu idéal de refuge des valeurs de l'esprit, celles qui ne sont

pas frappées d'obsolescence par le progrès technique ou par les modes. Bref, le

papier, c'est la lecture, et c'est la lecture libre."

Zina Tucsnak, ingénieur d'études en informatique à l'ATILF (Analyse et

traitements informatiques du lexique français), n'utilise plus de documents

papier. "Les dictionnaires électroniques et autres e-books révolutionnent

l'accès à la culture. En quelques clics, l'utilisateur peut trouver

l'information recherchée."

Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human

Language Technologies): "J'utilise le papier en grande quantité. J'imprime tous

les documents importants, parce qu'ils sont beaucoup plus faciles à consulter de

cette façon (plus faciles à parcourir, et jamais de batterie en panne). Je ne

pense pas que ceci change avant longtemps."

13.6. L'imprimé vu par les professeurs

Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de l'Université Paris 8,

utilise-t-il encore l'imprimé? "Comme je voyage beaucoup, il m'arrive aussi de

lire un peu de tout mais personnellement, je ne l'utilise guère dans mon travail

personnel, j'ai vraiment l'habitude de tout faire sur écran..."

Richard Chotin, professeur à l'ESA (Ecole supérieure des affaires) de Lille, lit

encore beaucoup de documents imprimés. "Je lis environ cinq à six journaux

(quotidiens et hebdomadaires), deux à trois livres papier par mois, et environ 3

à 4.000 photocopies par an."

Emilie Devriendt, élève professeur à l'Ecole normale supérieure de Paris,

utilise encore beaucoup l'imprimé. "Je suis loin de penser que le numérique

doive ou puisse remplacer le papier, tout au moins dans l'état actuel des

technologies liées à internet, écrit-elle. On a beau parler d'une 'ère de

l'immatériel', d'une 'virtualisation' du réel etc., je reste persuadée que la

trace écrite telle que le papier nous en permet la perception et la conservation

(relative si l'on veut, mais fortement historicisée), n'a pas diminué, et n'est

pas en passe de se voir remplacée par des séquences invisibles de 0 et de 1. La

pérennité du support numérique me semble bien plus problématique que celle du

papier: en termes techniques (et économiques) d'une part, en termes de

politiques de conservation d'autre part. Par exemple, l'institution d'un dépôt

légal sur le web pose d'immenses problèmes (concernant la quantité comme la

nature des publications)."

Patrick Rebollar, professeur de littérature française dans des universités

japonaises, à Tokyo et Nagoya, utilise l'imprimé autant qu'avant. "Mais je

n'imprime pas beaucoup à partir de mon ordinateur, sauf pour des préparations de

cours à distribuer aux étudiants."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Je ne vois pas de problème pour les

'jours du papier' dans l'avenir, alors que justement, il faudrait en diminuer la

consommation. Je crains d'ailleurs que bien des gens n'impriment tout et

n'importe quoi avec leur ordinateur, consommant ainsi bien plus de papier qu'ils

ne le faisaient avant."

Christian Vandendorpe est professeur à l'Université d'Ottawa et spécialiste des

théories de la lecture. Comment voit-il l'avenir de l'imprimé? "Le papier est un

support remarquable: léger, économique, polyvalent, et dont les diverses

textures en appellent non seulement au sens de la vue, mais aussi au toucher et

à l'odorat. Il a encore de beaux jours devant lui, surtout pour les ouvrages de

luxe ou de prestige et que l'on voudra pouvoir manipuler et conserver pour leur

valeur en tant qu'objets. Le papier va aussi rester comme support pour des

textes d'une certaine ampleur que l'on voudra pouvoir lire à loisir.

L'impression sur demande va répondre à cette demande. En même temps, les textes

destinés à la lecture courante vont de plus en plus être appréhendés sur des

supports numériques. C'est déjà le cas pour le courrier électronique et les

activités de lecture sur le web. Mais l'ordinateur n'est pas un support idéal

pour la lecture, en raison de la position qu'il impose au lecteur. En outre, la

technologie de l'hypertexte encourage une lecture ergative, tournée vers

l'action et la recherche de réponses brèves et rapides plutôt que vers la

lecture de fiction ou d'essais."

Russon Wooldridge, professeur au département d'études françaises de l'Université

de Toronto: "J'imprime de moins en moins. Alors qu'il y a trois ans je

distribuais encore beaucoup de papier à mes étudiants, depuis quelque temps je

mets tout sur le web et c'est à eux d'imprimer, s'ils le souhaitent! Je n'envoie

plus de papier à mes correspondants; je leur écris par courriel et, si j'ai un

document à leur transmettre, je l'envoie en fichier attaché en format HTML. Je

n'écris plus pour le papier mais uniquement pour le web. Je prends toujours

plaisir, quand même, à lire un roman relié ou un journal sur papier, bien que je

consulte régulièrement la presse en ligne."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Dangereux de jouer aux prophètes! Le sort

de l'imprimé dépendra peut-être plus de facteurs écolo-économiques que de

facteurs humains ou sociaux. Que peut faire en général le goût ou l'habitude

face aux forces économiques? On peut constater que le coût du papier va en

augmentant, que le nombre d'arbres va en diminuant, que la pollution croît tous

les jours, qu'un ordinateur utilise de moins en moins d'électricité avec chaque

nouveau modèle. La fabrication du papier est-elle, sera-t-elle, plus ou moins

polluante et consommatrice de sources naturelles que la fabrication de

l'électricité?"

13.7. L'imprimé vu par les spécialistes du numérique

Denis Zwirn, PDG de Numilog, librairie en ligne de livres numériques: "Numilog

en tant qu'entreprise utilise encore beaucoup le papier dans la mesure où nous

scannons de nombreux livres pour les numériser, mais il s'agit là d'une activité

ayant pour but de faire disparaître la nécessité du papier! A titre personnel,

j'utilise encore beaucoup le papier dans la mesure où de nombreux documents ne

sont pas encore disponibles sous forme numérique, la presse hebdomadaire

notamment... et les livres, puisque le volume de titres disponibles à ce jour en

format de lecture à l'écran est ridicule par rapport aux quelques 600.000 titres

existant en français. Pour écrire et envoyer du courrier ou des documents, par

contre, j'utilise très peu le papier: le couple traitement de texte / courrier

électronique en a fait disparaître quasiment totalement l'utilité."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Je pense sincèrement que l'usage du

papier devrait fortement régresser dans les dix à quinze ans qui viennent, grâce

à toutes les techniques de rédaction, de lecture, et de communication numérique.

Et cela aura un impact positif sur les forêts! Cela ne signifie pas qu'il

disparaîtra, notamment si on parvient à réaliser des hybrides papier /

numérique, grâce à des techniques telles que l'encre électronique. Mais il se

peut dans ce cas qu'il soit concurrencé par d'autres types de matières souples

présentant des qualités de robustesse et d'agrément tactile équivalente ou

supérieure."

Olivier Pujol, PDG de la société Cytale et promoteur du Cybook, livre

électronique: "Les jours du papier ne sont pas comptés. Le support papier est

parfaitement adapté à certains usages: la lecture numérique sur ordinateur n'est

pas pratique, et ce pour de nombreuses raisons. Elle ne s'est d'ailleurs pas

développée du tout depuis dix ans. Par ailleurs, le papier n'est pas seulement

un support 'obligé'. C'est également un matériau noble, agréable, avec des

qualités propres (toucher, odeur, flexibilité) qui font que son usage n'est en

rien menacé (il s'impose même parfois dans des secteurs inattendus comme la

confection!). Le livre électronique, permettant la lecture numérique, ne

concurrence pas le papier. C'est un complément de lecture, qui ouvre de

nouvelles perspectives pour la diffusion de l'écrit et des oeuvres mêlant le mot

et d'autres médias (image, son, image animée...). Les projections montrent une

stabilité de l'usage du papier pour la lecture, mais une croissance de

l'industrie de l'édition, tirée par la lecture numérique, et le livre

électronique (de la même façon que la musique numérique a permis aux mélomanes

d'accéder plus facilement à la musique, la lecture numérique supprime, pour les

jeunes générations commme pour les autres, beaucoup de freins à l'accès à

l'écrit)."

Pierre Schweitzer, concepteur d'@folio, support numérique de lecture nomade,

utilise-t-il encore beaucoup de documents imprimés? "Oui, encore trop. J'ai

renoncé au papier de mon agenda depuis le début de l'année (2001). Ça ne se

passe pas trop mal. L'organiseur de poche est un substitut du papier pour ce

qu'il y a de plus primitif dans l'écriture: tenir des listes. Efficace. Jack

Goody m'a fait voir ça cet été dans La raison graphique (éditions de Minuit,

1978, ndlr), un bouquin écrit à la fin des années 70! Et puis j'aime bien

emprunter mes livres en bibliothèque. Ça consomme aussi moins de papier! J'y lis

volontiers mes livres: les salles de lecture, leur silence, leur lumière sont

des havres de sérénité dans la fureur des villes. Avec le web et internet, le

pronostic sur la consommation de papier est incertain. D'un côté, la logique du

réseau et la dématérialisation des supports, e-mail, documents à jour

exclusivement en ligne, leur accessibilité à distance, le déclin de la

paperasse, etc. Mais d'un autre côté, il y a le besoin trivial d'imprimer pour

lire. Parce que la lecture s'accomode assez mal du nez collé sur un tube

cathodique. Avec ou sans papier, l'évolution de la lecture est une chose

remarquable avec internet. Même les radios et les télés qui s'installent sur le

web donnent des contenus à lire et des espaces pour écrire. L'air de rien, c'est

une sacrée innovation."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Fabriquer une encyclopédie nécessitait,

il y a peu, des dizaines de kilos de papier, des kilos d'encre. Aujourd'hui, ça

tient sur une galette optique de 15 grammes et coûte environ 10 fois moins cher

que l''ancien modèle' en papier. Un stick de mémoire flash (pour la photo

numérique, du MP3 ou @folio) pèse 2 grammes et contient aujourd'hui jusqu'à 120

millions de caractères, l'équivalent de 5 volumes Petit Robert, soit 10 kilos de

papier environ... et contrairement au papier, le stick est réinscriptible à

l'infini, c'est mieux qu'un palimpseste ;-) Mais il y a plus de papier dans le

secteur de l'emballage que dans celui de l'édition (journaux, livres) et le

développement du e-commerce ne réduira pas les besoins d'emballage. L'atelier

Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg a produit l'an dernier un superbe

projet de mobilier urbain, un totem à l'échelle du quartier, hors gel, qui

fonctionne comme une poste automatique, ouverte 7 jours/7 et 24 heures/24, où

l'on vient retirer ses paquets, muni d'un code d'accès envoyé par e-mail."

14. LA MULTIPLICITE DES LANGUES: BARRIERE OU RICHESSE?

[Dans ce chapitre:]

[14.1. D'anglophone, l'internet est devenu multilingue // 14.2. Les impératifs

sont d'abord économiques // 14.3. L'anglais reste "la" langue internationale

d'échange // 14.4. Qu'en est-il du français? // 14.5. Communication et échanges

culturels // 14.6. Le réseau au service des langues minoritaires // 14.7. Des

outils pour passer d'une langue à l'autre]

14.1. D'anglophone, l'internet est devenu multilingue

A l'origine, les ordinateurs ne pouvaient "lire" que des systèmes d'écriture

pouvant être traduits en ASCII (American standard code for information

interchange), un standard minimal de 128 caractères alphanumériques utilisé pour

les échanges d'information. Binaire, le code ASCII de chaque lettre est composé

de sept bits (A=1000001, B=1000010, etc.). L'ASCII permet uniquement la lecture

de l'anglais, à savoir 26 lettres sans accent, auxquelles s'ajoutent les signes

de ponctuation, les symboles techniques, etc. Ce système de codage ne peut donc

pas reconnaître les lettres avec accents présentes dans bon nombre de langues

européennes, et à plus forte raison les systèmes non alphabétiques (chinois,

japonais, coréen, etc.).

Le Livre 010101: Enquête · 第 15 / 28 段