"Il va falloir inventer et organiser les nouveaux métiers de la formation

(éditeur, médiateur, tuteur, évaluateur ...) et les faire prendre en compte dans

les institutions de formation", écrit en décembre 1999 Jacques Trahand,

vice-président de l'Université Mendès France de Grenoble.

Quelles sont les perpectives en 2001?

Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre

informatique de l'Université de Lausanne: "L'usage de l'internet va encore

s'intensifier, tout comme ses aspects intranet au sein de notre institution. En

particulier, l'apparition des 'campus virtuels' proposant des enseignements à

distance et/ou collaboratifs va bouleverser l'usage que l'on en fait jusqu'à

maintenant, exigeant des bandes passantes considérablement plus grandes. La

téléconférence, déjà mise en place par ATM (asynchronous transfer mode) entre

les Universités de Lausanne et Genève, va également s'étendre, exigeant elle

aussi des moyens considérables et très sécurisés (par exemple pour les

diagnostics médicaux à distance, voire la téléchirurgie)."

Russon Wooldridge, professeur au département d'études françaises de l'Université

de Toronto: "Il est crucial que ceux qui croient à la libre diffusion des

connaissances veillent à ce que le savoir ne soit pas bouffé, pour être vendu,

par les intérêts commerciaux. Ce qui se passe dans l'édition du livre en France,

où on n'offre guère plus en librairie que des manuels scolaires ou pour concours

(c'est ce qui s'est passé en linguistique, par exemple), doit être évité sur le

web. Ce n'est pas vers les Amazon.com qu'on se tourne pour trouver la science

désintéressée."

Christian Vandendorpe, professeur à l'Université d'Ottawa: "Il faut saluer la

décision du MIT (Masachusetts Institute of Technology) de placer tout le contenu

de ses cours sur le web d'ici dix ans, en le mettant gratuitement à la

disposition de tous. Entre les tendances à la privatisation du savoir et celles

du partage et de l'ouverture à tous, je crois en fin de compte que c'est cette

dernière qui va l'emporter."

13. QUEL AVENIR POUR L'IMPRIME?

[Dans ce chapitre:]

[13.1. L'imprimé vu par les auteurs // 13.2. L'imprimé vu par les

bibliothécaires-documentalistes // 13.3. L'imprimé vu par les éditeurs // 13.4.

L'imprimé vu par les gestionnaires // 13.5. L'imprimé vu par les linguistes //

13.6. L'imprimé vu par les professeurs // 13.7. L'imprimé vu par les

spécialistes du numérique]

Nous vivons une période transitoire, marquée par la généralisation des documents

numériques et la numérisation à grande échelle des documents imprimés. Comme on

le verra dans les lignes qui suivent, si les professionnels du livre

reconnaissent tous les nombreuses qualités pratiques du numérique dans leur vie

professionnelle, certains utilisent encore beaucoup leur imprimante et tout

autant les documents imprimés. A titre personnel, pour des raisons aussi bien

pratiques que sentimentales, pratiquement personne ne peut se passer du livre

imprimé, et encore moins de ce matériau extraordinaire qu'est le papier. Reste à

attendre quelques années, lorsque le papier électronique permettra de concilier

dans un même support les avantages du numérique et le plaisir irremplaçable du

papier.

13.1. L'imprimé vu par les auteurs

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur d'hypertexte,

utilise encore beaucoup de documents papier. "A l'heure actuelle, il semble que

l'internet soit encore considéré majoritairement comme un outil de travail, ou

au mieux, comme un outil de consultation de documentation, d'infos en ligne, ou

de services (réservations, prix, achats en ligne). Pas encore de loisir

proprement dit, à part pour une minorité d'addicts de jeux, de free TV, de

téléchargements musicaux ou de... sexe virtuel... La principale raison à cet

état de fait est technique. La majorité des équipements se trouve dans les

bureaux, et les connexions permanentes (câble, ADSL...) sont loin d'être

majoritaires. Ce détour pour constater que le meilleur outil de lecture reste le

livre, qu'on peut emporter n'importe où. Dans ma pratique professionnelle, et

celle de la plupart de mes correspondants dans les médias, toute la création de

documents (projets, scénarios, contrats, devis...) passe par l'ordinateur, les

textes circulent par e-mail et attachements, mais leur lecture et/ou analyse

passe par les tirages papier. Rares sont ceux qui échangent directement les

infos sans ce passage obligé. Il faut une tournure d'esprit particulière pour

arriver à envisager globalement un document, l'analyser, le corriger, sans

l'imprimer. Par mon activité web, je m'y exerce, et ce n'est au fond pas

désagréable du tout."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Il n'est pas impossible que, si on

assiste à une véritable généralisation de l'e-book, ou à travers les Psion,

Palm, WAP, UMTS (universal mobile telecommunications system)... qui sait, le

papier finisse par être détrôné. Mais dans l'état actuel, le papier ne me paraît

pas mort. Les premiers qui auront à souffrir, me semble-t-il, ce sont les

journaux. Puisque la fonction info et service est déjà très répandue sur le net,

via les sites des journaux eux-mêmes. Les grands médias sont en train de

s'embarquer dans ce train-là, voir les sites de TF1, Canal+, etc... Les autres

(l'édition principalement) passeront encore longtemps par l'étape tirage

papier... Mais il se passe quelque chose via les sites de webtertainment dont je

parlais plus haut, des habitudes se prennent, surtout chez les jeunes. Et là,

une initiative comme la nôtre pourrait participer à un changement de la donne.

En effet, l'activité proprement mail est un phénomène sociologique incontestable

qui s'explique par une certaine dépersonnalisation des contacts permettant aux

jeunes d'oser dire plus facilement ce qu'ils ont à dire. Paradoxalement, le

texte qu'ils ont écrit leur paraît être une personnalisation de leur discours,

puisqu'il existe sous forme écrite. Enfin, les fonctions envoi et retour

confirment l'existence de leur discours, puisqu'il est lu, et qu'on y répond.

Dans ces échanges-là, le papier a déjà complètement disparu. L'exploration de

ces formes de discours par nos personnages est donc en pointe. Et leur

communication à un large public un réel enjeu."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, chronique hebdomadaire

des actualités de l'internet: "Disons que, dans mon cas, l'utilisation du

support papier est plus sélective. Pour mes besoins, j'imprime parfois un

document récupéré en ligne car le papier est une 'interface de lecture' des plus

portables. Sans connexion, sans piles, sans attirail technique, on transporte le

document où on veut, on l'annote, on le partage, on le donne, on le récupère,

puis il peut prendre facilement le chemin du bac de recyclage. Côté des journaux

et périodiques, j'en consomme moins qu'avant mon utilisation régulière

d'internet (1991). Mais là encore, c'est sélectif. Le seul périodique que

j'achète régulièrement est le mensuel Wired. Je n'ai jamais été abonné, je

l'achète en kiosque, c'est comme voter avec son fric pour le changement. Pour ce

qui est des livres, comme je suis en guerre perpétuelle avec le temps, j'ai peu

l'occasion de lire. Au cours de mes vacances, cet été, j'ai acheté des livres de

cyberlibraires et je les ai fait livrer poste restante au bureau de poste du

village où j'étais. Entre trois à cinq jours pour la livraison, c'est génial."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Le cinéma n'a pas sonné la mort des

spectacles sur scène et des arts d'interprétation, pas plus que la radio. La

télévision n'a pas relégué aux oubliettes le cinéma, au contraire, elle a

contribué à une plus grande diffusion des films. Même chose pour la

vidéocassette. Les technologies se succèdent, puis cohabitent. Je crois qu'il en

sera de même pour le papier. Il est certain que son rôle et ses utilisations

seront modifiés, que certains contenus demeureront plus portables et conviviaux

sur papier, il y aura des ajustements."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures

multimédias: "C'est toujours une question, une frustration, cette impossibilité

du papier à entrer dans la machine! Les dispositifs d'annotation informatique

sont pourtant loin d'égaler ceux, analogiques, de la lecture papier: post-it,

pages cornées, notes en marge, photocopies commentées, agrandies, modifiées,

partagées... que j'utilise - comme beaucoup - en nombre. Tous ces procédés sont

des bricolages, les morceaux de papier pris sur des nappes au déjeuner, dans les

pages 'notes' des agendas, mais ils sont la base d'un processus de mémorisation,

d'appropriation personnelle. (Voir pour s'en convaincre la gestion archaïque des

signets sur les deux navigateurs les plus modernes. Il faut aller voir des

navigateurs de recherche comme Nestor de Romain Zeiliger pour voir pris en

compte l'annotation comme processus cognitif et la représentation spatiale comme

mode d'organisation des données complexes.) C'est là la question la moins bien

prise en compte dans les dispositifs numériques où la mémoire prise en compte

est celle de la machine et du logiciel, pas celle de nos cheminements intimes."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Les 'outils numériques' deviendront

peut-être peu à peu les objets banals de notre quotidien ; en attendant ce(s)

jour(s), la souplesse des usages du papier n'a pas encore son pareil, je crois.

Les débuts des années 80 avaient annoncé la mort du support papier: son usage -

et sa consommation - se sont vus multipliés. Le papier semble devoir être encore

la surface-support de confort pour la lecture séquentielle, mais pour l'écriture

numérique? On peut se poser la question, l'évolution lente mais inexorable des

pratiques - et des outils d'écriture - entraîne forcément la lecture vers

l'ailleurs des dispositifs interactifs. La tendance qui s'amorce sur le web -

mais est-ce que cela dépassera le stade de tendance? - est la double écriture

(et donc la double lecture ) proposée. De plus en plus de sites sont faits pour

satisfaire une expérience interactive mais proposent aussi leurs contenus 'de

fond' sous forme de fichiers Acrobat, donc mis en forme, designés pour

l'impression individuelle sur papier. Une écriture interactive génère ses

systèmes, dispositifs, mises en relation, en espaces, en interaction... et ses

appareils de lecture. Les nouvelles oeuvres se lisent sur un micro-ordinateur -

connecté ou non - pensons à la spécificité des Machines à écrire de Antoine

Denize, de Puppet Motel de Laurie Anderson, de Ceremony of Innocence de Peter

Gabriel/Nick Bantock. Mais on peut aussi penser - et espérer - que J.M.G. Le

Clézio continuera de nous enchanter avec ses récits sur papier."

Pour Raymond Godefroy, écrivain-paysan, "le papier est un support qui va

subsister encore très longtemps et qui garde certains avantages. Il est

cependant gourmand en matière première, le bois. Les autres supports sont

complémentaires, et présentent des avantages, surtout pour la circulation et la

reproduction à longue distance."

Jean-Paul, webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des histoires en

3D: "Je lis autant d'imprimés qu'avant. La lecture sur écran s'y est rajoutée.

D'où des problèmes de temps: ces machines qui sont censées travailler à notre

place contribuent en fait à nous bouffer le temps libre qu'elles nous ont

dégagé."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Ses jours sont encore longs avant que la

lecture sur écran présente la même souplesse que celle d'un livre ou d'un

magazine que l'on peut lire n'importe où, dans la position que l'on veut, et

ranger, rouler, plier, déchirer facilement (allez envelopper les pelures de

pomme de terre dans un 15 pouces!)."

Anne-Bénédicte Joly, écrivain qui auto-édite ses oeuvres: "Je dois avouer que le

passage par l'écrit m'est encore nécessaire. Comme tout écrivain je conserve et

souhaite conserver une relation privilégiée avec l'écrit, la plume, le

crissement du stylo sur une feuille blanche. Par ailleurs, je note, je rature,

je corrige, je développe... bref mes premières phases de création passent encore

systématiquement par le papier avant la phase de saisie de mes textes. Par

ailleurs, j'entretiens une relation sentimentale avec l'objet 'livre'."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Je pense que le support papier a encore

beaucoup de beaux et longs jours devant lui. Ne serait-ce que pour des raisons

de contacts affectifs avec l'objet livre, mais aussi de par la faible montée en

puissance (actuelle) des solutions électroniques. Je pense que l'informatique

est un moyen performant et totalement nécessaire pour fabriquer des livres mais

je suis une fervente défenseur du plaisir de tenir un livre dans sa main, de

l'emporter partout avec soi, de l'annoter, de le prêter, de le reprendre, de le

feuilleter, de glisser page 38 mon marque-page préféré... J'aime cette relation

privilégiée que le lecteur noue avec un livre. J'aime voir vivre l'objet... Pour

toutes ces raisons, non seulement je pense que le livre a encore de beaux jours

devant lui, mais au fond, je le souhaite de tout coeur!"

Naomi Lipson, écrivain multimédia, traductrice et peintre: "Mes yeux réclament

le papier! Je suis une maniaque du mèl, que je lis sur écran, pour tout le

reste, je garde un grand plaisir à lire sur papier. Un de mes éditeurs préférés,

José Corti, publie des livres dont il faut encore ouvrir les pages au

coupe-papier. Le plaisir qui en découle est pour moi immense, mais une page web

bien mise en page, une graphie claire m'en procurent aussi. Je ne distingue pas

les anciens et les nouveaux médias, pour moi, la beauté prime."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Mes yeux fragiles espèrent que le papier

survivra, même si j'ai des doutes là-dessus... Il paraît que les nouveaux médias

ne vont pas éradiquer les anciens, mais se superposer à eux. Ce sera une

possibilité de plus, un choix. Dans ce cas-là, tant mieux."

Tim McKenna, écrivain et philosophe: "Le papier joue encore un rôle vital dans

ma vie. Pour moi, la lecture est une question de fierté culturelle. J'ai des

origines irlandaises. Pour paraphraser Thomas Cahil, en Irlande la spiritualité

a toujours été étroitement liée à l'apprentissage de la lecture et de

l'écriture. Ne pas pouvoir lire sur le papier me manquerait, et la lecture à

l'écran est trop fatigante pour les yeux."

Xavier Malbreil, auteur multimédia: "Dans mon travail d'écriture traditionnelle,

je me sers du papier comme d'une étape intermédiaire. En imprimant ce que j'ai

tapé sur l'ordinateur, je visualise mieux (mets à distance) le premier jet, afin

de mieux le retravailler. Puis retour sur écran, et re-impression sur papier,

autant de fois qu'il le faut."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Il y a beaucoup de choses qui pourront se

passer du papier, comme les annuaires, les guides, etc... Le livre-papier reste

encore un objet désirable (oui, il faut mettre en avant ce concept d'avoir du

désir pour un livre et toujours se poser la question 'depuis combien de temps

n'ai-je pas eu du désir pour un livre?'). Par contre, ce qui a été créé pour et

par ordinateur ne gagnera rien à être transféré sur papier. Il ne sert à rien

d'opposer les deux médias. On élève toujours des chevaux, même si la voiture

rend des services plus performants. Feuilleter un livre, c'est une impression

physique, dans laquelle la performance n'a rien à voir. Explorer ludiquement un

écran, c'est une joie également."

Blaise Rosnay, poète et webmestre du site du Club des poètes, utilise "le moins

possible des documents papiers. En fait nous apprenons les poèmes par coeur et

ce que nous aimons le mieux, c'est de transmettre la poésie dans sa tradition

orale. Mais en vérité l'internet aussi nous paraît un peu vieillot. C'est d'un

coeur à l'autre, en passant par les lèvres et l'oreille, que la poésie se

propage à la vitesse de la pensée."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Cela n'a qu'une importance relative. On

imprime beaucoup de bêtises sur du papier et le paysage de l'internet commence

aussi à se dégrader sérieusement. Les marchands de papier (lisez 'éditeurs')

laisseront-ils place au marchands d'électrons par internet interposé (lisez

'producteurs de contenus sur internet' (sic))? Peu nous importe. La poésie

poursuit son voyage pour l'éternité."

Murray Suid, écrivain travaillant pour une société internet de logiciels

éducatifs: "Nous utilisons très peu de papier. Nous faisons cependant quelques

impressions, surtout pour les réunions au cours desquelles nous discutons des

manuscrits. (...) Les livres sur support papier seront encore disponibles

pendant quelque temps, parce que nous avons l'habitude de ce support. De

nombreux lecteurs aiment le toucher du papier, et le poids du livre dans les

mains ou dans un sac."

13.2. L'imprimé vu par les bibliothécaires-documentalistes

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique: "Professionnellement, j'utilise

encore beaucoup le papier, mais nettement moins les ouvrages que la presse et

les sorties papier de documents, de textes officiels et de jurisprudence. Chez

moi, j'ai un faible pour les beaux livres: livres d'art et éditions originales

de recueils de poésie."

Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui? "Ce support a mieux que de

beaux jours devant lui: il a un avenir. En effet, les avantages du papier sont

insurpassables: la facilité et le confort de lecture, bien supérieurs aux

possibilités des meilleurs écrans informatiques (21 pouces y compris); une

visualisation tridimensionnelle des informations, qui entraîne une meilleure

représentation mentale des informations. Celles-ci sont alors plus faciles à

comprendre et à manipuler. Pour bien me faire comprendre, je vais prendre

l'exemple suivant que je connais par coeur: un juriste travaille couramment avec

quatre ouvrages ouverts sur sa table et consultés en même temps ou immédiatement

l'un après l'autre: un code (recueil de textes officiels annotés), une revue

juridique, un recueil de jurisprudence et une encyclopédie juridique. Imaginons

qu'il possède la version électronique de chacune de ces publications ou leur

réunion (ça existe). Afin de ne pas compliquer la démonstration, je laisse de

côté le fait que notre professionnel du droit doit aussi avoir sous les yeux le

dossier de son client et la consultation ou la plaidoirie qu'il doit rédiger

pour lui. Sur écran, passer d'un ouvrage ou d'un document à l'autre impose à

notre juriste pressé de perdre de vue l'ouvrage ou le document précédent, sauf

écran 21 pouces (prix de départ: 5.500 FF HT, le prix d'un PC de base). L'écran

d'ordinateur, aussi grand soit-il, ne peut afficher, dans le meilleur des cas,

que deux pages A4 et ne permet pas de feuilleter le ou les ouvrages

électroniques. Autant dire que le juriste, même partisan de l'informatisation, a

bien du mal à se repérer dans un monde d'une surface de 21 pouces et sans

profondeur. Alors qu'avec le papier: il a à sa disposition la possibilité de

feuilleter rapidement le contenu des ouvrages quand (ce qui est fréquent) il ne

sait pas encore exactement ce qu'il cherche; il visualise les informations en

trois dimensions partout dans son bureau, donc dans un espace d'environ 10 m2 de

surface et 2 m de haut, ce qui est infiniment plus vaste que les 21 pouces

maximum sans épaisseur de son écran ; ça ne tombe jamais en panne!"

Bakayoko Bourahima, documentaliste à l'ENSEA (Ecole nationale supérieure de

statistique et d'économie appliquée) d'Abidjan: "Nous utilisons encore beaucoup

de papier dans l'administration et notre fonds documentaire est exclusivement

'papier'. Nous comptons bien y intégrer des supports multimédias, dès que les

moyens nous le permettront. Le service informatique pense déjà à une

numérisation partielle du fonds documentaire, mais bon, le problème ici c'est

que les idées vont nettement plus vite que les moyens."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Pour ce qui est de l'Afrique en général,

je pense que le papier a encore de beaux jours devant lui. Pour s'en convaincre,

il n'y a qu'à voir le développement très marginal du multimédia surtout dans les

institutions productrices de papier (les administrations) et dans les

institutions où, comme on dit ici, on 'fait papier' (les écoles). Par ailleurs,

il faut compter aussi avec la lente évolution des usages. Je me rappelle que,

pour les travaux de rédaction de ma thèse, après avoir stocké un certain nombre

d'articles en ligne sur mon ordinateur, j'ai jugé plus pratique pour moi de les

imprimer intégralement pour pouvoir les exploiter. J'ai donc eu l'impression de

mieux bosser en grattant du papier, habitude oblige."

Olivier Bogros, créateur de la Bibliothèque électronique de Lisieux: "Je ne

crois pas à la mort annoncée du papier. Je l'utilise encore beaucoup sous toutes

ses formes. Mais, au contraire de beaucoup, mon rapport à l'informatique n'a pas

entraîné une augmentation de ma consommation de papier, bien au contraire. Je

suis dans ce domaine plutôt adepte du zéro papier."

Pierre Le Loarer, directeur du centre de documentation de l'Institut d'études

politiques de Grenoble, utilise beaucoup l'imprimé, "et également beaucoup

l'écran". Il pense que le papier "a encore de beaux jours devant lui, même si le

support électronique va continuer à beaucoup se développer et se diversifier."

Anissa Rachef, bibliothécaire à l'Institut français de Londres: "Le papier est

encore présent dans la médiathèque. Cependant l'introduction de documents

électroniques, tels que le CD-Rom du Monde par exemple, a permis une épuration

de la collection papier."

Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE (Organisation de

coopération et de développement économiques): "Nous fournissons toujours des

photocopies d'articles de périodiques, un peu moins cependant que par le passé

parce que le texte intégral de nombreux articles est maintenant disponible sur

l'internet en format PDF. En revanche le prêt des monographies en version

imprimée n'a pas diminué depuis que l'OCDE utilise l'internet."

Les jours du papier sont-ils comptés? "Je pense que le papier aura toujours sa

place, et ce malgré l'arrivée du livre numérique. Mais, quand les gens s'y

seront accoutumés, l'utilisation du papier décroîtra."

13.3. L'imprimé vu par les éditeurs

Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique: "Je

suis un télétravailleur. J'habite Madrid et les éditions Luc Pire sont à

Bruxelles et Liège, en Belgique. En huit mois, j'ai reçu deux plis postaux

relatifs à mon travail et je suis resté plus de six mois sans imprimante. En

dehors des contrats, tout se passe sur l'écran. Pour mon travail, c'est donc

très clair, 99% de l'information passe par des fichiers informatiques sans

gaspiller de papier. En tant qu'auteur, je continue à rédiger majoritairement à

la main, au stylo sur papier. Je ne tape le texte que dans une seconde étape sur

mon ordinateur. En réalité, même si je publie sur le web depuis 1998, je

continue à travailler comme au 19e siècle pour mon écriture. Tout à la main dans

des petits cahiers d'écolier. Sauf pour mes deux romans-feuilletons,

précisément. J'ai décidé de changer mon mode d'écriture pour ces deux textes et

je les écris directement à l'écran, comme ils seront lus, semaine après semaine.

C'est un défi, une contrainte que je me suis posée volontairement. Pour voir si

ça change quelque chose et pour répondre en détail à cette question souvent

posée aux auteurs: est-ce que vous écrivez à la main ou à la machine? En tant

que lecteur, bien que je lise presque exclusivement les journaux en ligne, de

même que les critiques littéraires et cinématographiques, je ne peux pour autant

me passer de la littérature imprimée. J'ai toujours de bon vieux romans jaunis

sur ma table de nuit et dans mon sac, où que j'aille. Dans le train, le métro,

je lis. De laids bouquins de poche, dont le papier ne sent pas bon et dont les

couvertures sont écornées, mais qui sont légers, résistants et fourrables dans

n'importe quel bagage."

Le Livre 010101: Enquête · 第 14 / 28 段