Selon Christian Vandendorpe, professeur à l'Université d'Ottawa et spécialiste

des théories de la lecture, "le livre électronique va accélérer cette mutation

du papier vers le numérique, surtout pour les ouvrages techniques. Mais les

développements les plus importants sont encore à venir. Lorsque le procédé de

l'encre électronique sera commercialisé sous la forme d'un codex numérique

plastifié offrant une parfaite lisibilité en lumière réfléchie, comparable à

celle du papier - ce qui devrait être courant vers 2010 ou 2015 -, il ne fait

guère de doute que la part du papier dans nos activités de lecture quotidienne

descendra à une fraction de ce qu'elle était hier. En effet, ce nouveau support

portera à un sommet l'idéal de portabilité qui est à la base même du concept de

livre. Tout comme le codex avait déplacé le rouleau de papyrus, qui avait

lui-même déplacé la tablette d'argile, le codex numérique déplacera le codex

papier, même si ce dernier continuera à survivre pendant quelques décennies,

grâce notamment au procédé d'impression sur demande qui sera bientôt accessible

dans des librairies spécialisées. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages

susceptibles de permettre l'affichage de millions de livres, de journaux ou de

revues, le codex numérique offrira en effet au lecteur un accès permanent à la

bibliothèque universelle. En plus de cette ubiquité et de cette instantanéité,

qui répondent à un rêve très ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de

l'indexabilité totale du texte électronique, qui permet de faire des recherches

plein texte et de trouver immédiatement le passage qui l'intéresse. Enfin, le

codex numérique permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothèque

et accélérera la mutation d'une culture de la réception vers une culture de

l'expression personnelle et de l'interaction."

Les recherches sur le papier électronique de demain sont en cours. Créée en 1997

par des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology), la société E

Ink est en train de concevoir un papier électronique flexible ressemblant au

papier classique, avec un système d'encre électronique permettant de changer le

texte à volonté en se connectant à une ligne de téléphone ou à un système de

téléphonie sans fil. Les grands caractères étant beaucoup plus faciles à

produire que les petits, cette technologie - qui devrait être pleinement

opérationnelle en 2003 ou 2004 - est déjà utilisée pour des panneaux de

signalisation.

Parallèlement, le Molecular Machines Research Group, équipe de recherche du

Media Lab du MIT, travaille sur des projets de papier électronique et de livre

utilisant le papier électronique. IBM et Xerox s'intéressent eux aussi au sujet.

Une équipe d'IBM élabore le prototype d'un journal électronique de 16 pages

utilisant l'encre électronique. Les chercheurs de PARC (Palo Alto Research

Center), le centre Xerox de la Silicon Valley, mettent au point un papier

électronique utilisant une nouvelle technique d'affichage appelée le gyricon.

8.3. Le "j'ai testé pour vous" d'Alex Andrachmes

A la question: "Quel est votre sentiment sur le livre électronique (e-book)?,

Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur d'hypertexte,

répond en janvier 2001 en envoyant un texte superbe et foisonnant qui fait le

tour de la question: problématique, modèles, logiciels, textes disponibles,

sécurisation du contenu, etc. [Ce texte est disponible dans le livre: Entretiens

(1998-2001).]

9. LIVRE NUMERIQUE, LIVRE BRAILLE ET LIVRE VOCAL

[Dans ce chapitre:]

[9.1. L'édition en braille // 9.2. Les perspectives offertes par le livre

numérique // 9.3. Le livre numérique vocal // 9.4. Un publiphone pour écouter la

presse // 9.5. Un web plus accessible aux aveugles et malvoyants]

9.1. L'édition en braille

Alphabet tactile inventé en 1829 par le français Louis Braille, le braille est

le seul système d'écriture accessible aux aveugles. Il s'agit d'un système de

six points composé de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six

points permet de former toutes les lettres de l'alphabet, les signes de

ponctuation, les symboles techniques, etc.

Le braille est d'abord embossé sur papier au moyen d'une tablette et d'un

poinçon. A la fin des années 70, il est produit à l'aide d'un afficheur braille

piézo-électrique permettant un affichage dynamique. Vient ensuite la machine

Perkins avec son clavier de six touches. Puis apparaît le matériel informatique,

par exemple le blocs-notes braille, qui sert à la fois de machine à écrire le

braille et, quand il est connecté à un PC, d'écran tactile permettant de lire

l'écran. Le braille informatique s'affiche sur huit points, ce qui permet

d'augmenter par quatre le nombre de combinaisons possibles.

Dans de nombreux pays, malgré l'existence de matériel informatique, l'édition en

braille reste encore confidentielle - pour la France, 400 titres par an dont 200

scolaires - et même clandestine, le problème du droit d'auteur sur les

transcriptions n'étant pas résolu. Les livres en gros caractères et en version

enregistrée sont eux aussi peu nombreux par rapport à la production imprimée

standard, malgré tous les efforts dispensés par quelques éditeurs spécialisés et

nombre de bénévoles depuis tant d'années.

Pourtant les choses peuvent aller vite quand existent à la fois la motivation et

les moyens. Aux Etats-Unis, le dernier titre de Harry Potter (Harry Potter and

the Goblet of Fire, de Joanne K. Rowling) est publié en braille par la National

Braille Press (NBP) le 27 juillet 2000, soit vingt jours seulement après sa

sortie, avec un premier tirage de 500 exemplaires. Les 734 pages du livre

imprimé chez Scholastic donnent 1.184 pages en braille, mais le prix du livre

braille n'est pas plus élevé. Ce très court délai a été possible grâce à deux

facteurs. D'une part Scholastic a fourni le fichier électronique, une initiative

dont feraient bien de s'inspirer nombre d'éditeurs . D'autre part les 31 membres

de l'équipe de NBP ont travaillé sans relâche pendant quinze jours. Comme les

titres précédents de la série, le livre est également disponible au format

PortaBook, à savoir un fichier en braille informatique abrégé stocké sur

disquette et lisible au moyen d'un lecteur braille portable ou d'un logiciel

braille sur micro-ordinateur (voir 16.2 pour le récit détaillé des aventures de

Harry Potter sur l'internet).

9.2. Les perspectives offertes par le livre numérique

La généralisation des livres numériques offre enfin aux malvoyants et aux

aveugles la possibilité d'accéder à de très nombreux textes, chance qu'ils

n'avaient pas jusque-là. Le document numérique permet de dissocier contenu et

présentation. Le lecteur peut modifier la présentation à son gré. Quant au

contenu, on dispose maintenant des technologies permettant de le convertir

automatiquement dans un autre système de codage ou une autre langue, y compris

le braille et la synthèse vocale. De l'avis de Patrice Cailleaud, directeur de

la communication de HandiCaPZéro, le livre numérique "devrait s'imposer comme

une nouvelle solution complémentaire aux problèmes des personnes aveugles et

malvoyantes". Toutefois "les droits et autorisations d'auteurs étaient et

demeurent des freins pour l'adaptation en braille ou caractères agrandis

d'ouvrage. Les démarches sont saupoudrées, longues et n'aboutissent que trop

rarement."

Lors du Salon du livre de la jeunesse de Montreuil de décembre 1999, les

éditions 00h00.com et l'association BrailleNet lancent l'opération "2000 livres

jeunesse sur internet pour les aveugles et malvoyants en l'an 2000", à savoir un

service internet permettant de commander en ligne des ouvrages en différents

formats. Ces ouvrages sont soit des versions numériques téléchargeables et

consultables sur micro-ordinateur, terminal braille électronique ou synthétiseur

de parole, soit des versions imprimées en gros caractères ou en braille.

Pour répondre au problème soulevé par le manque d'ouvrages adaptés, BrailleNet

crée aussi la base de données Hélène, qui propose en accès restreint des livres

numériques (oeuvres littéraires récentes, documentations techniques, ouvrages

scientifiques, ouvrages scolaires, supports de cours adaptés) permettant des

impressions en braille ou en gros caractères, en partenariat avec les organismes

(associations, éditeurs, établissements d'enseignement) réalisant ces versions

adaptées. Dans le cadre de sa participation au projet de BrailleNet, l'INRIA

(Institut national de recherche en informatique et en automatique) développe une

bibliothèque numérique comportant des ouvrages du domaine public mis en ligne

sur différents serveurs web et des ouvrages préparés pour une impression braille

par des écoles ou des centres de transcription.

Mais il reste encore beaucoup à faire pour proposer un véritable service public

du type de celui qui est proposé aux Etats-Unis par la Library of Congress

depuis août 1999. Géré par le National Library Service for the Blind and

Physically Handicapped (NLS/BPH), un serveur permet aux aveugles et malvoyants

de télécharger des livres au format braille pour une lecture sur plage tactile

et par synthèse vocale. Les collections de départ - 2.700 livres en braille

abrégé disponibles en téléchargement ou consultables en ligne - augmentent de

plusieurs centaines de titres par an. Les sources sont codées pour une

impression (à l'aide d'une imprimante braille) ou une lecture en ligne en

braille abrégé (à l'aide de plages tactiles ou toute autre interface d'accès

braille). Ce service fournit aussi un logiciel de relecture, qui permet de

désagréger le texte pour l'utiliser sur synthèse vocale.

Dans le domaine des livres électroniques - appareils de lecture permettant de

lire à l'écran des livres numériques - les choses bougent aussi.

En novembre 2000, Microsoft décide de collaborer avec Pulse Data, une entreprise

néo-zélandaise spécialisée dans les produits informatiques pour non-voyants.

Pulse Data est l'auteur de BrailleNote, un PDA (personal digital assistant) sans

écran utilisant le système d'exploitation Windows CE. Une interface permet de

transformer en braille les textes lus au moyen du Microsoft Reader. Les aveugles

peuvent ainsi avoir accès à un catalogue de près de 2.000 livres numériques.

Après ouverture du fichier, ils ont le choix entre la version vocale et la

version en braille électronique. Alors qu'il faut en général des mois pour qu'un

livre soit traduit en braille, la traduction des livres numériques est

instantanée.

Livre électronique conçu par la société Cytale et commercialisé depuis janvier

2001, le Cybook permet l'agrandissement des caractères, l'inversion des

contrastes, la suppression de la couleur, le changement de police, etc., en bref

tout ce qui permet de contourner un handicap visuel. Cytale travaille avec

l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) à

l'adaptation de son logiciel pour permettre la lecture de livres numériques au

moyen d'une extension braille ou d'un système de synthèse vocale.

9.3. Le livre numérique vocal

Depuis vingt ans sinon plus, les aveugles et malvoyants écoutent des livres

enregistrés sur bande magnétique ou sur cassettes, le plus souvent par des

bénévoles. Depuis quelques années, ils ont à leur disposition des livres en

version audio sur CD-Rom. Depuis peu, il existe des technologies permettant de

convertir automatiquement un document dans un autre système de codage ou une

autre langue, y compris le braille et la synthèse vocale. Des logiciels -

notamment ceux de Quack - permettent la lecture d'un fichier texte au moyen

d'une voix synthétique. Les outils informatiques standard sont en train

d'intégrer la synthèse de parole, avec possibilité de traduction automatique. Et

la qualité de la synthèse de parole s'améliore.

Cependant, les aveugles s'accordent souvent à dire que rien ne remplace une

"vraie" voix, moins parfaite peut-être, mais vivante, avec des nuances, des

intonations, des inflexions, etc. C'est ce que pense l'équipe du RAAMM

(Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain), qui a choisi

d'enregister la presse sur publiphone (voir 9.4). Des dizaines de titres sont

lus par plus de 150 volontaires voyants. L'enregistrement ou l'écoute se fait à

domicile à partir de son poste de téléphone.

Par ailleurs, nombreux sont les organismes qui disposent d'enregistrements

réalisés en analogique au fil des années, sur bandes magnétiques et sur

cassettes. On envisage maintenant la numérisation et le stockage informatique de

tous ces enregistrements, qui pourraient être utilisés non seulement par la

communauté desservie par l'organisme propriétaire mais partout ailleurs. Ce

potentiel à destination des bibliothèques audio permettrait à chaque organisme

d'accroître ses collections de manière exponentielle. De nouvelles bibliothèques

audio pourraient être constituées à moindre coût, notamment dans les pays en

développement. Pour ce faire, le consortium international DAISY (digital audio

information system) a été créé en 1996 afin d'élaborer une norme internationale

pour la production, l'échange et l'utilisation du livre numérique vocal et

organiser la numérisation du matériel audio à l'échelle mondiale.

Le consortium DAISY regroupe des organismes du monde entier au service des

personnes handicapées visuelles. Ses activités comprennent entre autres la

définition de normes de spécification de fichiers (à partir de celles du

Consortium W3C), la conception de logiciels nécessaires à l'industrie du livre

numérique vocal (notamment pour passer de bandes son analogiques à des bandes

son numériques), la normalisation de lignes directrices de production, l'échange

de livres numériques vocaux entre bibliothèques, la définition d'une loi

internationale du droit d'auteur pour les personnes atteintes de déficience

visuelle, la protection des documents faisant l'objet d'un droit d'auteur, et la

promotion de la norme DAISY à l'échelle mondiale.

9.4. Un publiphone pour écouter la presse

Même si elle n'a pas (encore) directement trait au numérique, il importe de

revenir sur l'expérience du RAAMM, brièvement mentionnée plus haut. Le RAAMM

(Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain) est une

association à but non lucratif qui rassemble des personnes ayant une déficience

visuelle, afin de défendre leurs droits, promouvoir leurs intérêts et favoriser

leur intégration à part entière dans tous les domaines (emploi, sécurité du

revenu, transports en commun, santé, services sociaux, habitation, éducation,

loisirs, culture, etc.). Des bénévoles offrent des services d'accompagnement

pour les activités de la vie quotidienne (recherche d'emploi ou de logement,

sorties, inscriptions, courses, achats, etc.). Ils assurent aussi des services

de lecture à domicile (contrats d'affaires, manuels, notes de cours, articles de

revues, recettes de cuisine, etc.) et de lecture sur cassettes, ainsi que la

production de documents en braille. A cela s'ajoutent des activités de formation

et de loisirs.

Entre autres activités, le RAAMM a mis sur pied un publiphone, qui est un

système téléphonique interactif. Créé en 1993, le publiphone proposait à

l'origine une vingtaine de rubriques d'information. Trois ans après, en 1996,

elles sont au nombre de 67. Sept ans après, en 2000, on en compte 350, avec

plusieurs rubriques pour un quotidien comme La Presse par exemple. Les chiffres

sont éloquents: 10.500 connexions et 100.000 rubriques consultées par mois, et

163 bénévoles pour assurer la lecture. "Avant l'instauration du publiphone, je

n'avais accès à l'information écrite que lorsque les autres avaient le temps et

le goût de me lire cette information, déclare un auditeur. Maintenant, à toutes

fins pratiques, je lis ce que je veux, quand je le veux."

En composant un simple numéro de téléphone, on a accès à des menus à touches

permettant de sélectionner la rubrique souhaitée. De ce fait, les rubriques sont

réparties en neuf grandes catégories: 1) les informations provenant du RAAMM et

d'autres organismes desservant la population des handicapés visuels; 2) les

rubriques "consommation et emploi": marchés d'alimentation, produits en

pharmacie, produits en quincaillerie, magasins à rayons, magasins de disques,

offres d'emplois; 3) les horaires: télévision, radio, cinémas, arts et

spectacles, expositions des musées et des maisons de la culture de Montréal,

événements spéciaux, livres et autres documents adaptés ; 4) les quotidiens: La

Presse, Le Journal de Montréal et Le Devoir; 5) les hebdomadaires: 7 Jours, Les

Affaires, Le Courrier Laval, Le Courrier du Sud, Voir, Ici; 6) le coin jeunesse;

7) les revues: Le Bel âge, Coup de pouce, Capital santé, Femme plus, Elle

Québec, Infotech, L'Actualité, Québec science, Guide ressources, Protégez-vous,

Enfants Québec, Clin d'oeil; 8) les programmes de télévision et les quotidiens

en langue anglaise (Lottery results, TV listings, The Gazette, The Globe & Mail,

The Mirror, Hour); 9) les périodiques en langue anglaise (Time Magazine, Today's

Parent Magazine, National Geographic, Sports Illustrated Magazine).

Dans un deuxième temps, un nouveau système devrait être mis en place, qui

utiliserait les technologies les plus récentes ainsi que l'internet. Il

permettrait notamment d'archiver les enregistrements précédents, ce qui n'est

malheureusement pas le cas pour le moment.

9.5. Un web plus accessible aux aveugles et malvoyants

"Réflexions, conceptions, tests ont longtemps été à l'étude pour donner aux

internautes aveugles et malvoyants un véritable outil doté d'informations

pragmatiques, explique Patrice Cailleaud, directeur de communication de

HandiCaPZéro. Depuis le 15 septembre 2000, tous les services de l'association

dans des domaines comme les loisirs, la télé, la communication, la santé sont

accessibles sur le site www.handicapzero.org. Plus de barrage pour les

internautes aveugles: quel que soit le type de périphérique employé (synthèse

vocale, plage braille), la navigation se fait sans obstacle. Par exemple, les

images et illustrations qui abondent sur la toile et rendent les sites

inaccessibles à cette population sont légendées. Plus d'illisibilité pour les

internautes malvoyants: pour la première fois sur le web, le site dispose, dès

la page d'accueil, d'une interface 'confort de lecture' qui permet, en fonction

de son potentiel visuel, de choisir la couleur de l'écran, la taille et la

couleur de la police. Les pages vues à l'écran sont également imprimables selon

le format défini."

L'activité de Patrice Cailleaud consiste à "convaincre les décideurs

socio-économiques de prendre en compte les besoins spécifiques des usagers,

clients et citoyens déficients visuels. Mettre en oeuvre les dispositifs

d'accessibilité. J'ai participé à la conception éditoriale et graphique du site.

Aujourd'hui, mon rôle consiste à développer de nouveaux services accessibles

pour le site."

"Internet n'est pas entré dans la majorité des foyers des personnes déficientes

visuelles, ajoute Patrice Cailleaud. A cela, trois principales raisons: l'âge du

public concerné, qui se situe au delà de la soixantaine (pour 70% du public); le

coût trop élevé pour une acquisition personnelle d'un matériel spécialisé; le

nombre trop restreint de sites accessibles de façon autonome. L'avenir de

l'accès à l'information pour les personnes aveugles devrait passer par le web.

Ce support, à condition d'une responsabilité des développeurs de sites sous

l'impulsion d'une autorité qui commence à légiférer, donne un accès instantané à

une information actuelle au contraire des supports braille ou caractères

agrandis qui nécessitent des délais et des coûts d'adaptation, de transcription

et fabrication. (...) Pour les développeurs de sites que ça intéresse, des

recommandations sont disponibles en nous contactant à HandiCaPZéro, ou sur des

sites comme VoirPlus ou BrailleNet. En règle générale, les dispositions à

prendre ne sont pas trop contraignantes. Il ne faudrait pas que le message pour

rendre un site accessible soit trop compliqué au risque de dissuader les bonnes

volontés."

Quelles sont les suggestions des professionnels du livre voyants pour rendre le

web plus accessible aux aveugles et malvoyants?

Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de l'Université Paris 8:

"Le son est une solution, les claviers adaptés en sont une autre, je ne sais

s'il existe des écrans spécialisés, mais peut-être... On peut aussi imaginer des

interactions sonores, Denize en a utilisé quelques-unes dans son cédérom

Machines à écrire (Gallimard, 1999, ndlr)."

Olivier Bogros, créateur de la Bibliothèque électronique de Lisieux: "Autant que

possible j'essaie de rendre accessible à tous la bibliothèque électronique de

Lisieux. Les recommandations du consortium W3C ne sont pas toujours évidentes à

suivre. Les sites textuels ne requièrent pas une charte graphique sophistiquée à

base de Java et autres niaiseries."

Marie-Aude Bourson, créatrice des sites littéraires La Grenouille Bleue et

Gloupsy: "La Grenouille Bleue (qui a dû fermer pour un problème de marque et qui

a été remplacée par Gloupsy, ndlr) avait une partie destinée aux malvoyants: il

suffit de créer des pages sans images ni tableau. Uniquement du texte, et une

structure de site plus simple qui va droit à l'info. Ainsi les logiciels de

reconnaissance/lecture de pages web sont très efficaces. Il faut donc

sensibiliser les webmestres."

Richard Chotin, professeur à l'ESA (Ecole supérieure des affaires) de Lille: "Il

faudrait une réelle motivation des concepteurs de sites envers le problème des

aveugles et une volonté politique d'intégration des handicapés (et pas seulement

financière)."

Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, chronique hebdomadaire

des actualités de l'internet: "Mes suggestions s'adressent surtout aux

diffuseurs de contenus qui ne respectent pas les normes techniques. Je

m'explique. Le Consortium W3C est un organisme de normalisation des techniques

du web. Ses comités étudient les nouvelles techniques, et prescrivent des normes

d'utilisation. Or les producteurs et diffuseurs de contenus utilisent souvent

des techniques propriétales, hors normes, propres à un logiciel ou à une

plate-forme, ce qui donne lieu, par exemple, à des 'sites optimisés' pour

Netscape ou pour Internet Explorer. Si ces sites soi-disant optimisés pour un

fureteur ou un autre causent des problèmes pour les utilisateurs ordinaires,

imaginez la difficulté d'adapter des contenus livrés hors normes à un

consultation pour non-voyants. Il y a des efforts énormes pour rendre accessible

à tous le contenu du web, mais tant et aussi longtemps que les diffuseurs

utiliseront des technologies hors normes, et ne tiendront pas leurs engagements

pris, notamment, dans le cadre du Web Interoperability Project (WIP), la tâche

sera difficile."

Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures

hypermédias: "Jakob Nielsen évoque dans La Conception de sites web - l'art de la

simplicité (Campus Press, 2000) un système vocal basé sur la lecture de balises

HTML ou XML capables d'interfacer un synthétiseur vocal qui paraît convaincant.

La WAI (Web Accessibility Initiative) du Consortium W3C a publié, le 5 mai 1999,

la première version des directives (téléchargeables) pour un accès web aux

personnes handicapées, accessible en français."

Le Livre 010101: Enquête · 第 9 / 28 段