livre électronique, explique en décembre 2000 Olivier Pujol, PDG de Cytale.
Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode
d'accès à l'écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se
développe enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade,
livre 'adaptable', et aussi moyen d'accès à tous les sites littéraires (ou non),
et à toutes les nouvelles formes de la littérature, car c'est également une
fenêtre sur le web. Et ceci n'aurait pu exister sans internet! (...)
L'utilisation d'internet pour le transport de contenu est un secteur de
développement majeur. La société a pour vocation de développer une base de
contenu en provenance d'éditeurs, et de les diffuser vers des supports de
lecture sécurisés."
"S'il doit s'agir d'un ordinateur portable légèrement 'relooké', mais présentant
moins de fonctionnalités que ce dernier, je n'en vois pas l'intérêt, explique
Emilie Devriendt, élève professeur à l'Ecole normale supérieure de Paris. Tel
qu'il existe, l'e-book est relativement lourd, l'écran peu confortable à mes
yeux, et il consomme trop d'énergie pour fonctionner véritablement en autonomie.
A cela s'ajoute le prix scandaleusement élevé, à la fois de l'objet même et des
contenus téléchargeables; sans parler de l'incompatibilité des formats
constructeur, et des 'formats' maison d'édition. J'ai pourtant eu l'occasion de
voir un concept particulièrement astucieux, vraiment pratique et peu coûteux,
qui me semble être pour l'heure le support de lecture électronique le plus
intéressant : celui du 'baladeur de textes' ou @folio (conçu par Pierre
Schweitzer, ndlr), en cours de développement à l'Ecole nationale supérieure des
arts et industries de Strasbourg. Bien évidemment, les préoccupations de ses
concepteurs sont à l'opposé de celles des 'gros' concurrents qu'on connaît, en
France ou ailleurs: aucune visée éditoriale monopolistique chez eux, puisque
c'est le contenu du web (dans l'idéal gratuit) que l'on télécharge."
En bref, comme on le voit, le livre électronique n'en est qu'à ses débuts. On
attend impatiemment la commercialisation d'@folio.
8.2. Ce qu'en pensent les professionnels du livre
La critique unanime est son prix. Selon les modèles, le prix oscille pour le
moment entre 137 et 837 euros. "Pour qu'il devienne un produit de consommation
de masse, il faudra (...) que son prix soit attractif", écrit Denis Zwirn, PDG
de la librairie numérique Numilog. De l'avis de Gérard Fourestier, créateur de
Rubriques à Bac, le livre électronique est "un plus, mais il faudra encore du
temps et, pour l'instant, le prix, comme pour la 'voiture propre', n'est pas
très attractif. Ceci dit, j'accepte qu'on m'en offre un, j'en ferai la pub."
'Hors de prix!', déclare Bernard Boudic, responsable éditorial du serveur web de
Ouest-France jusqu'en décembre 2000. "Cet instrument est réservé à une classe de
personnes qui peuvent financièrement s'en permettre l'acquisition", commente
Jean-Philippe Mouton, gérant de la société d'ingénierie Isayas.
Il reste donc à attendre soit la mise sur le marché de modèles moins chers, soit
une forte demande qui ferait baisser progressivement les prix des modèles
existants, tout comme les téléviseurs ou les ordinateurs en d'autres temps.
Les autres commentaires se répartissent en quatre grandes "tendances": une
machine peu séduisante pour les amoureux du livre (8.2.1), un appareil monotâche
à l'intérêt limité (8.2.2), un intérêt certain pour les bibliothèques (8.2.3),
une étape vers le papier électronique de demain (8.2.4). De plus, Alex
Andrachmes, producteur audio-visuel, écrivain et explorateur d'hypertexte, s'est
livré à un "j'ai testé pour vous" des plus passionnants (8.3).
= Une machine peu séduisante pour les amoureux du livre
Luc Dall'Armellina, co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures
hypermédias: "Ce n'est qu'un sentiment, je ne possède personnellement pas ce
genre d'appareil, ni de PDA (personal digital assistant) non plus même si j'en
ai eu de nombreuses fois entre les mains avec un mélange d'envie et de gêne. Il
me semble que le 'fait' technologique de l'appareil nuit à une lecture un peu
'engagée'. Je lis mes livres un peu partout, ils tombent parfois de mes mains et
de mon lit, j'en ai oublié dans le train, ils me suivent dans le bus, le métro,
le train, en vacances, sur la plage ou à la montagne. Ils sont autonomes, je
peux les prêter, les donner, je les biffe, corne, annote, bref je les lis. Avec
une infinie lenteur. Je me roule dans leurs plis. Il faudrait peut-être pouvoir
plier ces livres électroniques, ou qu'ils soient incassables? Mais la question
est peut-être qu'ils ne peuvent ni ne doivent remplacer le livre papier bâti
dans un système matériel et économique cohérent. Peut-être ont-ils une place à
part à prendre? En devenant les supports de l'hyperlecture peut-être?"
Anne-Bénédicte Joly, écrivain qui auto-édite ses livres: "Le livre électronique
est avant tout un moyen pratique d'atteindre différemment une certaine catégorie
de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers des techniques modernes
et pour partie de victimes du mode résolument technologique. C'est aussi sans
doute le moyen de diffusion actuel le plus universel (dès lors que l'on peut se
promener sur la toile!) qui puisse repousser à ce point les limites de
distances. (...) Je suis assez dubitative sur le 'plaisir' que l'on peut retirer
d'une lecture sur un écran d'un roman de Proust. Découvrir la vie des
personnages à coups de souris à molette ou de descente d'ascenseur ne me tente
guère. Ce support, s'il possède à l'évidence comme avantage la disponibilité de
toute oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop
importants. Ceci étant, sans se cantonner à une position durablement ancrée dans
un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir ses
lettres de noblesse."
Xavier Malbreil, auteur multimédia: "Pour l'instant, je trouve ça moche, et peu
pratique. Nous n'en sommes qu'au début. L'argument selon lequel on pourrait
disposer de plusieurs livres simultanément me semble un peu fallacieux. Quand on
est un lecteur, on veut lire 'un' livre et pas trente-six à la fois. Ce livre,
on l'a choisi, on le désire. Quand on en veut un autre, on en prend un autre. Il
y a le cas des expéditions lointaines. Oui... mais est-ce vraiment un argument?
Il ne faut pas se laisser prendre aux arguments des vendeurs de gadgets
électroniques."
Emmanuel Barthe, documentaliste juridique: "A priori (puisque je ne possède pas
de livre électronique) je n'ai pas un enthousiasme délirant: le livre
électronique n'offre en effet pas les avantages du support papier et il implique
l'achat d'un matériel supplémentaire. A la limite, affichées sur un écran
correct (17 pouces et une bonne carte graphique), les capacités de mise en page
du format HTML me semblent suffisantes. Et pour une qualité de mise en page
optimale, il existe déjà le format PDF d'Acrobat, parfaitement lisible sur les
PC et les Mac."
Marie-Aude Bourson, créatrice de Gloupsy, site littéraire destiné aux jeunes
auteurs: "Je n'aime lire un roman que sur papier! On ne remplacera jamais un bon
vieux bouquin par un écran tout froid qui vous coupe votre lecture à cause d'une
panne de pile. (...) Côté littérature, je pense qu'on ne pourra remplacer le
livre papier: facile à transporter, objet d'échange, lien affectif,
collection... Le livre électronique sera plus utile pour des documentations
techniques ou encore les livres scolaires."
Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et
littéraires: "L'e-book est sans aucun doute un support extraordinaire. Il aura
son rôle à jouer dans la diffusion des oeuvres ou des journaux électroniques,
mais il ne remplacera jamais le véritable bouquin papier de papa. Il le
complétera. A mon sens, il menace beaucoup plus la presse que la librairie. Ce
sera certainement un outil de substitution formidable pour les scolaires,
étudiants, etc., qui auront beaucoup moins lourd à transporter dans leurs sacs
que les tonnes de manuels actuels. Mais quant au plaisir de lire dessus des
ouvrages de nature littéraire, poésies, romans, récits, SF, BD, etc., je n'y
crois pas dans l'immédiat. Il faudra encore attendre quelques améliorations
techniques au plan de l'ergonomie et surtout des changements de comportements
humains. Et ça, c'est l'affaire d'au moins une à deux générations. Voyez la
monnaie électronique: on ne paie pas encore son boulanger ou ses cigarettes avec
sa carte de crédit et on a toujours besoin d'un peu de monnaie dans sa poche, en
plus de sa carte Visa. L'achat d'un livre n'est pas un acte purement
intellectuel, c'est aussi un acte de sensualité que ne comblera jamais un
e-book. Naturellement, l'édition classique devra en tenir compte sur le plan
marketing pour se différencier davantage, mais je crois que l'utilisation des
deux types de supports sera bien distincte. Le téléphone n'a pas tué le
courrier, la radio n'a pas tué la presse, la télévision n'a pas tué la radio ni
le cinéma... Il y a de la place pour tout, simplement, ça oblige à chaque fois à
une adaptation et à un regain de créativité. Et c'est tant mieux!"
Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Université de Caen: "Le livre électronique tel qu'il existe actuellement est
une base de données documentaires qui permet, si on le souhaite, de télécharger
le contenu et ensuite de l'éditer. Les écrans étant ce qu'ils sont et ce qu'ils
resteront longtemps, on ne peut pas espérer lire n'importe où et n'importe quand
un texte de quelque difficulté qu'il soit. Pour des documents ne comportant que
des images, il peut en être autrement."
Russon Wooldridge, professeur au département d'études françaises de l'Université
de Toronto: "Il est certain que le livre électronique devient de plus en plus
attrayant avec les progrès techniques, tout comme les jeux électroniques. Je
dois avouer que je ne m'intéresse de près ni aux livres électroniques, ni aux
jeux électroniques. Je lis en ligne pour mon travail, mais je préfère quitter
mon ordinateur quand il s'agit de lire pour le plaisir."
Eduard Hovy, directeur du Natural Language Group de l'Université de Californie
du Sud: "Je ne crois pas au livre électronique. Encore plus que d'assister à un
concert en public ou d'aller voir un film au cinéma, j'aime l'expérience
physique d'avoir un livre sur les genoux et de prendre plaisir à son odeur, son
contact et son poids. Les concerts à la télévision, les films à la télévision et
les livres électroniques font qu'on perd un peu de ce plaisir. Et, pour les
livres particulièrement, je ne suis pas prêt à cette perte. Après tout, dans mon
domaine d'activité, il est beaucoup plus facile et beaucoup plus économique de
se procurer un livre qu'une place de concert ou de cinéma. Tous mes souhaits
vont aux fabricants de livres électroniques, mais je suis heureux avec les
livres imprimés. Et je ne pense pas changer d'avis de sitôt, et me ranger dans
la minorité qui utilise les livres électroniques. Je crains beaucoup moins la
disparition des livres que je n'ai craint autrefois la disparition des cinémas."
= Un appareil monotâche à l'intérêt limité
Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de l'Université Paris 8:
"J'attends de voir concrètement comment ils fonctionnent et si les éditeurs sont
capables de proposer des produits pécifiques à ce support car, si c'est pour
reproduire uniquement des livres imprimés, je suis assez sceptique. L'histoire
des techniques montre qu'une technique n'est adoptée que si - et seulement si...
- elle apporte des avantages concrets et conséquents par rapport aux techniques
auxquelles elle prétend se substituer."
Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique: "Ces
appareils ne me paraissent pas porteurs d'avenir dans le grand public tant
qu'ils restent monotâches (ou presque). Un médecin ou un avocat pourront adopter
ces plate-formes pour remplacer une bibliothèque entière, je suis prêt à le
croire. Mais pour convaincre le grand public de lire sur un écran, il faut que
cet écran soit celui du téléphone mobile, du PDA (personal digital assistant) ou
de la télévision. D'autre part, je crois qu'en cherchant à limiter les
fournisseurs de contenus pour leurs appareils (plusieurs types de e-books ne
lisent que les fichiers fournis par la bibliothèque du fabricant), les
constructeurs tuent leur machine. L'avenir de ces appareils, comme de tous les
autres appareils technologiques, c'est leur ouverture et leur souplesse. S'ils
n'ont qu'une fonction et qu'un seul fournisseur, ils n'intéresseront personne.
Par contre, si à l'achat de son téléphone portable, on reçoit une bibliothèque
de vingt bouquins gratuits à lire sur le téléphone et la possibilité d'en
charger d'autres, alors on risque de convaincre beaucoup de monde. Et de couper
l'herbe sous le pied des 'serpent', 'memory' et autres jeux qu'on joue sans
plaisir pour tuer le temps dans les aéroports."
Olivier Gainon, créateur de CyLibris, maison d'édition littéraire en ligne: "Je
ne crois pas trop à un objet qui a des inconvénients clairs par rapport à un
livre papier (prix / fragilité / aspect / confort visuel / etc.), et des
avantages qui me semblent minimes (taille des caractères évolutifs / plusieurs
livres dans un même appareil / rétro-éclairage de l'écran / etc.). De même, je
vois mal le positionnement d'un appareil exclusivement dédié à la lecture, alors
que nous avons les ordinateurs portables d'un côté, les téléphones mobiles de
l'autre et les assistants personnels (dont les pocket PC) sur le troisième
front. Bref, autant je crois qu'à terme la lecture sur écran sera généralisée,
autant je ne suis pas certain que cela se fera par l'intermédiaire de ces
objets. On verra si on en parle encore dans un an, mais je peux me tromper - et
j'espère me tromper, comme éditeur sur internet, CyLibris bénéficierait
forcément d'un développement de ce type d'appareil."
Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Université de Lausanne: "Comme pour toute nouvelle
technologie, je m'y mettrai avec joie dès que son usage sera plus pratique et/ou
agréable que la méthode traditionnelle. Il faut donc un support léger et petit,
avec un écran parfaitement stable et précis. Il faudra de plus qu'il nous
procure des avantages: possibilité de copier/coller des passages sur son poste
de travail, accès à des bases de données bibliographiques, etc. Tant que c'est
moins agréable qu'un livre, et sans avantage notable, je reste au livre. C'est
comme pour l'agenda/PDA (personal digital assistant): je ne me suis pas encore
résolu à passer au Palm, car mon vieux time-system est encore beaucoup plus
pratique et rapide. Lors d'une séance de groupe où nous devons convenir d'une
prochaine réunion, je suis toujours le premier à pouvoir dire si telle date me
convient, alors que mes collègues 'palmés' en sont encore à tapoter au stylet
pour trouver la bonne page..."
Jean-Philippe Mouton, gérant de la société d'ingénierie Isayas: "Cet outil
présente aujourd'hui deux inconvénients. Tout d'abord, rien ne remplacera le
marque-page, ni l'odeur des bouquins qui sont lus sur la plage dans le sable par
toute la famille durant l'été... En bref, l'e-book ne peut remplacer le rapport
charnel du lecteur et de son livre. De plus, cet instrument est réservé à une
classe de personnes qui peuvent financièrement s'en permettre l'acquisition.
L'UMTS (universal mobile telecommunications system) promis devrait permettre un
accès mobile en temps réel à l'information, et c'est pour cette raison que ce
type de système va probablement fusionner avec les autres systèmes mobiles
(téléphonie, Palm...) pour se vulgariser. Il est donc clair qu'il faut se
pencher sur le sujet."
François Vadrot, PDG de FTPress, société de cyberpresse: "Ce n'est rien d'autre
qu'un ordinateur portable dédié. Je ne vois pas bien pourquoi on se priverait
des autres fonctions de l'ordinateur, quitte à transporter un écran."
Denis Zwirn, PDG de Numilog, librairie en ligne de livres numériques: "Le
concept de livre électronique représente une extraordinaire avancée
technologique et culturelle. Il doit permettre de faciliter la lecture et
l'accès aux livres d'un très large public dans les années à venir. Ses
principaux atouts sont la possibilité de transporter avec soi des dizaines de
livres, de les lire dans des conditions de très bonne ergonomie en reproduisant
l'agrément des livres traditionnels, tout en bénéficiant de nombreuses
fonctionnalités de lecture absentes des livres traditionnels. Pour qu'il
devienne un produit de consommation de masse, il faudra toutefois qu'il perde
encore du poids et surtout que son prix soit attractif. En effet, le livre
électronique stricto sensu est aujourd'hui concurrencé par des appareils que les
gens achètent déjà massivement pour d'autres raisons que la lecture, mais qui
peuvent servir de lecteurs électroniques grâce à des logiciels dédiés à la
lecture: les assistants personnels (PDA - personal digital assistants) et les
ordinateurs ultra-portables. Le coût marginal de la fonction 'livre
électronique' dans ces appareils est nul. Pour cette raison, je crois que
l'avenir est à l'usage de plate-formes diversifiées selon les profils et les
besoins des utilisateurs, et à une convergence progressive entre les lecteurs
électroniques stricto sensu (qui intégreront des fonctions d'agendas) et les PDA
(dont certains auront des écrans plus grands)."
= Un intérêt certain pour les bibliothèques
Olivier Bogros, créateur de la Bibliothèque électronique de Lisieux: "De quoi
parle-t-on? Des machines mono-tâches encombrantes et coûteuses, avec format
propriétaire et offre éditoriale limitée? Les Palm, Psion et autres hand et
pocket computers permettent déjà de lire ou de créer des livres électroniques et
en plus servent à autre chose. Ceci dit, la notion de livre électronique
m'intéresse en tant que bibliothécaire et lecteur. Va-t-il permettre de
s'affranchir d'un modèle économique à bout de souffle (la chaîne éditoriale
n'est pas le must en la matière)? Les machines à lire n'ont de mon point de vue
de chance d'être viables que si leur utilisateur peut créer ses propres livres
électroniques avec (cf. cassettes vidéo)."
Peter Raggett, directeur du centre de documentation de l'OCDE (Organisation de
coopération et de développement économiques): "Il est intéressant d'observer
combien la présentation du livre électronique copie celle du livre traditionnel,
à l'exception du fait que la page papier est remplacée par un écran. A mon avis,
le livre électronique va permettre de remplacer certains documents papier, mais
pas tous. J'espère aussi qu'ils seront imperméables à l'eau, pour je puisse
continuer à lire dans mon bain."
Anissa Rachef, bibliothécaire à l'Institut français de Londres: "C'est assez
révolutionnaire, avec un gain de place considérable. Je trouve cela très
futuriste."
Gaëlle Lacaze, professeur d'écrit électronique dans un institut universitaire
professionnel: "C'est un outil de travail intéressant. Reste le problème des
droits de propriété intellectuelle sur certains documents. C'est un outil
indispensable pour les bibliothèques, mais la version papier des livres
disponibles sur internet ne doit pas disparaître. Il importe aussi de ne pas
oublier les 'infos-pauvres' dans l'avancée de ces super-technologies."
Patrick Rebollar, professeur de littérature française dans des universités
japonaises: "N'ayant pas encore eu l'objet en main, je réserve mon avis. Je
trouve enthousiasmant le principe de stockage et d'affichage mais j'ai des
craintes quant à la commercialisation des textes sous des formats payants. Les
chercheurs pourront-ils y mettre leurs propres corpus et les retravailler?
L'outil sera-t-il vraiment souple et léger, ou faut-il attendre le développement
de l'encre électronique? Je crois également que l'on prépare un cartable
électronique pour les élèves des écoles, ce qui pourrait être bon pour leur
dos..."
Guy Antoine, créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la culture
haïtienne: "Désolé, je ne l'ai pas encore utilisé. Pour le moment, il m'apparaît
comme un instrument très étrange, rendu possible grâce à la technologie, mais
pour lequel il n'y aura pas de demande importante, hormis peut-être pour les
textes de référence classiques. Cette technologie pourrait être utile pour les
manuels des lycées et collèges, grâce à quoi les cartables seraient beaucoup
plus légers. Mais pour le simple plaisir de la lecture, j'imagine difficilement
qu'il soit possible de passer un moment agréable avec un bon livre
électronique."
= Une étape vers le papier électronique de demain
"La technologie devra s'améliorer encore de ce point de vue afin de devenir
vraiment populaire", déclare Alain Clavet, analyste de politiques au
Commissariat aux langues officielles du Canada. C'est aussi l'avis de Nicolas
Pewny, créateur des éditions du Choucas: "Je pense qu'on est loin des formats et
des techniques définitifs. Beaucoup de recherches sont en cours, et un format et
un support idéal verront certainement le jour sous peu." Selon François Vadrot,
PDG de FTPress, "il y aura toujours du papier, ou si ce n'est pas le papier
(matériau) que l'on connaît, ce sera un support souple, léger et fin comme lui
(pour dans dix ans en principe)."
Selon Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur
d'hypertexte, "c'est l'arrivée du fameux 'papier électrique' qui changera la
donne. Ce projet du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui consiste à
charger électriquement une fine couche de 'papier' - dont je ne connais pas la
formule - permettra de charger la (les) feuille(s) de nouveaux textes, par
modification de cette charge électrique. Un e-book sur papier, en somme, ce que
le monde de l'édition peut attendre de mieux."
"Et voici le changement que j'attends: arrêter de considérer les livres
électroniques comme le stade ultime post-Gutenberg, écrit Lucie de Boutiny,
écrivain papier et pixel. Le e-book retro-éclairé pour l'instant a la mémoire
courte: il peut accueillir par exemple dix livres contenant essentiellement du
texte mais pas une seule oeuvre multimédia riche en son et images, etc. Donc ce
que l'on attend pour commencer: l'écran souple comme feuille de papier légère,
transportable, pliable, autonome, rechargeable, accueillant tout ce que le web
propose (du savoir, de l'information, des créations...) et cela dans un format
universel avec une résolution sonore et d'image acceptable. Dès lors nous
pourrons nous repaître d'oeuvres multimédias sur les terrasses de café, alanguis
sur un canapé, au bord d'une rivière, à l'ombre des cerisiers en fleurs..."
"Si l'invention du livre-papier avait été faite après celle du e-book, nous
l'aurions tous trouvé géniale, écrit Pierre-Noël Favennec, directeur de
collection et expert à la direction scientifique de France Télécom RD. Mais un
e-book a un avenir prometteur si on peut télécharger suffisamment d'ouvrages, si
la lecture est aussi agréable que sur le papier, s'il est léger (comme un
livre), s'il est pliable (comme un journal), s'il n'est pas cher (comme un livre
de poche)... En d'autres mots, l'e-book a un avenir s'il est un livre, si le
hard fait croire que l'on a du papier imprimé... Techniquement, c'est possible,
aussi j'y crois. Au niveau technologique, cela exigera encore quelques efforts
(chimie, électronique, physique...). Les avantages sont le volume réduit, le
téléchargement et le document personnalisé en lecture."