Vendus uniquement sur le web, avec des extraits en téléchargement libre au

format texte, les livres (52 titres en juin 2001) sont imprimés à la commande et

envoyés directement au client, ce qui permet d'éviter le stock et les

intermédiaires. Le site procure des informations pratiques à destination des

auteurs en herbe: comment envoyer un manuscrit à un éditeur, ce que doit

comporter un contrat d'édition, comment protéger ses manuscrits, etc. Au

printemps 2000, CyLibris devient membre du Syndicat national de l'édition (SNE).

"CyLibris a été créé d'abord comme une maison d'édition spécialisée sur un

créneau particulier de l'édition et mal couvert à notre sens par les autres

éditeurs: la publication de premières oeuvres, donc d'auteurs débutants,

explique Olivier Gainon. Nous nous intéressons finalement à la littérature qui

ne peut trouver sa place dans le circuit traditionnel: non seulement les

premières oeuvres, mais les textes atypiques, inclassables ou en décalage avec

la mouvance et les modes littéraires dominantes. Ce qui est rassurant, c'est que

nous avons déjà eu quelques succès éditoriaux (grand prix de la Société des gens

de lettres (SGDL) en 1999 pour La Toile de Jean-Pierre Balpe, prix de la litote

pour Willer ou la trahison de Jérôme Olinon en 2000, etc.).

Ce positionnement de 'défricheur' est en soi original dans le monde de

l'édition, mais c'est surtout son mode de fonctionnement qui fait de CyLibris un

éditeur atypique. Créé dès 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu

contourner les contraintes de l'édition traditionnelle grâce à deux innovations:

la vente directe par l'intermédiaire d'un site de commerce sur internet, et le

couplage de cette vente avec une impression numérique en 'flux tendu'. Cela

permettait de contourner les deux barrières traditionnelles dans l'édition: les

coûts d'impression (et de stockage), et les contraintes de distribution. Notre

système gérait donc des flux physiques: commande reçue par internet - impression

du livre commandé - envoi par la poste. Je précise que nous sous-traitons

l'impression à des imprimeurs numériques, ce qui nous permet de vendre des

livres de qualité équivalente à celle de l'offset, et à un prix comparable.

Notre système n'est ni plus cher, ni de moindre qualité, il obéit à une économie

différente, qui, à notre sens, devrait se généraliser à terme.

Aujourd'hui, CyLibris développe une activité de distribution de 'livres

numériques', c'est-à-dire de fichiers téléchargeables. Nous n'avons pas lancé

cette activité au départ car il nous semblait que les outils de sécurisation

(c'est-à-dire permettant une réelle prise en charge des droits d'auteur)

n'existaient pas il y a quatre ans. Les technologies évoluent, et nous sommes en

train de tester plusieurs technologies pour lancer une réelle activité de livres

numériques en 2001. Nous quittons donc notre métier d'éditeur pur pour nous

intéresser de plus en plus aux technologies autour du livre sur internet. Bien

entendu, nous pensons à faire bénéficier d'autres éditeurs de ce savoir-faire

que nous sommes en train d'acquérir."

En quoi consiste exactement l'activité d'Olivier Gainon? "Je décrirais mon

activité comme double. D'une part celle d'un éditeur traditionnel dans la

sélection des manuscrits et leur retravail (je m'occupe directement de la

collection science-fiction) , mais également le choix des maquettes, les

relations avec les prestataires, etc. D'autre part, une activité internet très

forte qui vise à optimiser le site de CyLibris et mettre en oeuvre une stratégie

de partenariat permettant à CyLibris d'obtenir la visibilité qui lui fait

parfois défaut. Enfin, je représente CyLibris au sein du SNE (Syndicat national

de l'édition). CyLibris est aujourd'hui une petite structure. Elle a trouvé sa

place dans l'édition, mais est encore d'une économie fragile sur internet. Notre

objectif est de la rendre pérenne et rentable et nous nous y employons. Je pense

que les choses changent et j'espère qu'en 2002 nous aurons doublé notre taille

et que nous serons proche de l'équilibre."

Par ailleurs, l'équipe de CyLibris lance en mai 1999 une lettre d'information

électronique sur le monde de l'édition francophone. Souvent humoristique et

décapante, la lettre, d'abord mensuelle, paraît deux fois par mois à compter de

février 2000. Elle change de nom en février 2001 pour devenir Edition-actu.

Depuis ses débuts, son objectif n'est pas tant de promouvoir les livres de

l'éditeur que de présenter l'actualité du livre tous azimuts.

= Diamedit, créé en 1997

Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et littéraires, est conçu en

1997 par Jacky Minier. "J'ai imaginé ce site d'édition virtuelle il y a

maintenant plusieurs années, à l'aube de l'ère internautique francophone,

explique-t-il. A l'époque, il n'y avait aucun site de ce genre sur la toile à

l'exception du site québécois Editel de Pierre François Gagnon. J'avais alors

écrit un roman et quelques nouvelles que j'aurais aimé publier mais, le système

français d'édition classique papier étant ce qu'il est, frileux et à la remorque

de l'Audimat, il est devenu de plus en plus difficile de faire connaître son

travail lorsqu'on n'est pas déjà connu médiatiquement. J'ai donc imaginé

d'utiliser le web pour faire la promotion d'auteurs inconnus qui, comme moi,

avaient envie d'être lus. Diamedit est fait pour les inédits. Rien que des

inédits. Pour encourager avant tout la création.

Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et

multiforme. A la fois informaticien, écrivain, auteur de contenus, webmestre,

graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et

commercial, tout à la fois. Mon activité est donc un mélange de ces diverses

facettes. Toutefois, de plus en plus, je suis amené à me consacrer davantage à

la promotion de mes sites que j'avais jusque-là tendance à négliger un peu, et

j'envisage de déléguer largement la sélection des tapuscrits aux auteurs

eux-mêmes, qui coopteraient ainsi entre eux les nouveaux venus. De cette

manière, le cercle grandissant de passionnés de l'écriture devrait maintenir de

lui-même un niveau de qualité suffisant pour conserver ou amplifier l'attrait

que Diamedit exerce sur ses lecteurs."

Comment Jacky Minier voit-il l'avenir? "Souriant. Je le vois très souriant. Je

crois que le plus dur est fait et que le savoir-faire cumulé depuis les années

de débroussaillage verra bientôt la valorisation de ces efforts. Le nombre des

branchés francophones augmente très vite maintenant et, même si en France on a

encore beaucoup de retard sur les Amériques, on a aussi quelques atouts

spécifiques. En matière de créativité notamment. C'est pile poil le créneau de

Diamedit. De plus, je me sens moins seul maintenant qu'il y a seulement deux

ans. Des confrères sérieux ont fait leur apparition dans le domaine de la

publication d'inédits. Tant mieux! Plus on sera et plus l'expression artistique

et créatrice prendra son envol. En la matière, la concurrence n'est à craindre

que si on ne maintient pas le niveau d'excellence. Il ne faut pas publier

n'importe quoi si on veut que les visiteurs comme les auteurs s'y retrouvent."

= 00h00.com, créé en 1998

Créées par Jean-Pierre Arbon, ancien directeur de Flammarion, et Bruno de Sa

Moreira, ancien directeur de Flammarion Multimédia, les éditions 00h00.com

(prononcer: zéro heure) débutent leur activité en mai 1998. "La création de

00h00.com marque la véritable naissance de l'édition en ligne (ou plus

exactement de l'édition numérique commerciale, ndlr), lit-on sur le site web.

C'est en effet la première fois au monde que la publication sur internet de

textes au format numérique est envisagée dans le contexte d'un site commercial,

et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'édition (auteurs et

éditeurs) d'ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre d'exploitation

des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des inédits, soit des

textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en

ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants-droit. (...) Internet est

un lieu sans passé, où ce que l'on fait ne s'évalue pas par rapport à une

tradition. Il y faut inventer de nouvelles manières de faire les choses. (...)

Le succès de l'édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix éditoriaux:

il dépendra aussi de la capacité à structurer des approches neuves, fondées sur

les lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur

l'écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu'une aventure nouvelle a

commencé."

Les 600 titres du catalogue - essentiellement des rééditions numériques

d'ouvrages publiés par d'autres éditeurs - sont disponibles sous la forme d'un

exemplaire numérique et d'un exemplaire papier. D'après l'éditeur, les

exemplaires numériques représentent 85% des ventes. Les collections sont très

diverses: 2003 (nouvelles écritures), actualité et société, communication et

NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication), poésie,

policiers, science-fiction, etc. Pas de stock, pas de contrainte physique de

distribution, mais un lien direct avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le

site, les lecteurs peuvent créer leur espace personnel afin d'y rédiger leurs

commentaires, recommander des liens vers d'autres sites, participer à des

forums, etc.

Les éditions 00h00.com sont rachetées en septembre 2000 par l'américain Gemstar,

société leader dans le domaine des technologies et systèmes interactifs pour les

produits numériques. Après avoir acquis en janvier 2000 les deux sociétés

américaines à l'origine des premiers modèles de livres électroniques, NuvoMedia,

créatrice du Rocket eBook, et Softbook Press, créatrice du Softbook Reader,

Gemstar continue ainsi d'étendre son empire en accédant cette fois au marché

francophone. Selon Henry Yuen, président de Gemstar (cité par l'AFP), "les

compétences éditoriales dont dispose 00h00.com et les capacités d'innovation et

de créativité dont elle a fait preuve sont les atouts nécessaires pour faire de

Gemstar un acteur majeur du nouvel âge de l'édition numérique qui s'ouvre en

Europe". 00h00.com prépare le lancement en Europe du Gemstar eBook, livre

électronique produit et commercialisé par Thomson Multimédia sous licence de

Gemstar (voir 8.1 pour un descriptif plus complet).

= La Grenouille Bleue / Gloupsy, créé en 1999

Marie-Aude Bourson, une lyonnaise passionnée de littérature et d'écriture, ouvre

en septembre 1999 le site littéraire de la Grenouille Bleue. "L'objectif est de

faire connaître de jeunes auteurs francophones, pour la plupart amateurs,

explique-t-elle. Chaque semaine, une nouvelle complète est envoyée par e-mail

aux abonnés de la lettre. Les lecteurs ont ensuite la possibilité de donner

leurs impressions sur un forum dédié. Egalement, des jeux d'écriture ainsi qu'un

atelier permettent aux auteurs de 's'entraîner' ou découvrir l'écriture. Un

annuaire recense les sites littéraires. Un agenda permet de connaître les

différentes manifestations littéraires." En décembre 2000, elle doit fermer le

site pour un problème de marque. En janvier 2001, elle ouvre un nouveau site,

Gloupsy.com, qui fonctionne selon le même principe que la Grenouille Bleue,

"mais avec plus de 'services' pour les jeunes auteurs, le but étant de mettre en

place une véritable plate-forme pour 'lancer' les auteurs". Elle envisage d'"en

faire un jour une véritable maison d'édition avec impression papier des auteurs

découverts".

= Luc Pire électronique, créé en 2001

Lancé en février 2001, Luc Pire électronique est le département d'édition

numérique des éditions Luc Pire, créées à l'automne 1994 et basées à Bruxelles

et à Liège. Le catalogue de Luc Pire électronique, en cours de constitution,

comprendra les versions numériques des livres déjà publiés par les éditions Luc

Pire (300 titres au catalogue papier en juin 2001) et de nouveaux titres, soit

en version numérique seulement, soit en deux versions, numérique et imprimée.

Nicolas Ancion, son responsable éditorial, explique: "Ma fonction est d'une

double nature: d'une part, imaginer des contenus pour l'édition numérique de

demain et, d'autre part, trouver des sources de financement pour les développer.

(...) Je supervise le contenu du site de la maison d'édition et je conçois les

prochaines générations de textes publiés numériquement (mais pas exclusivement

sur internet)."

Je pense que l'édition numérique n'en est encore qu'à ses balbutiements,

ajoute-t-il. Nous sommes en pleine phase de recherche. Mais l'essentiel est déjà

acquis: de nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette apparition

entraîne une redéfinition du métier d'éditeur. Auparavant, un éditeur pouvait se

contenter d'imprimer des livres et de les distribuer. Même s'il s'en défendait

parfois, il fabriquait avant tout des objets matériels (des livres). Désormais,

le rôle de l'éditeur consiste à imaginer et mettre en forme des contenus, en

collaboration avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets matériels, mais

des contenus dématérialisés. Ces contenus sont ensuite 'matérialisés' sous

différentes formes: livres papier, livres numériques, sites web, bases de

données, brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le département de 'production'

d'un éditeur deviendrait plutôt un département d''exploitation' des ressources.

Le métier d'éditeur se révèle ainsi beaucoup plus riche et plus large. Il peut

amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de nouveaux publics.

C'est un véritable défi qui demande avant tout de l'imagination et de la

souplesse."

6.4. Vers un nouveau type d'édition?

= L'auto-édition, solution adoptée par certains auteurs

Les éditeurs ne peuvent vivre sans les auteurs, alors que les auteurs peuvent

enfin vivre sans les éditeurs. La création d'un site web leur permet de faire

connaître leurs oeuvres en évitant les intermédiaires. C'est après avoir utilisé

le circuit traditionnel des éditeurs - et avoir été passablement déçue par

celui-ci - qu'Anne-Bénédicte Joly décide de s'auto-publier et d'utiliser le web

pour se faire connaître. En avril 2000, elle crée son propre site. "Après avoir

rencontré de nombreuses fins de non-recevoir auprès des maisons d'édition et ne

souhaitant pas opter pour des éditions à compte d'auteur, j'ai choisi, parce que

l'on écrit avant tout pour être lu (!), d'avoir recours à l'auto-édition,

raconte-t-elle. Je suis donc un écrivain-éditeur et j'assume l'intégralité des

étapes de la chaîne littéraire, depuis l'écriture jusqu'à la commercialisation,

en passant par la saisie, la mise en page, l'impression, le dépôt légal et la

diffusion de mes livres. Mes livres sont en règle générale édités à 250

exemplaires et je parviens systématiquement à couvrir mes frais fixes. Je pense

qu'internet est avant tout un média plus rapide et plus universel que d'autres,

mais je suis convaincue que le livre 'papier' a encore, pour des lecteurs

amoureux de l'objet livre, de beaux jours devant lui. Je pense que la

problématique réside davantage dans la qualité de certains éditeurs, pour ne pas

dire la frilosité, devant les coûts liés à la fabrication d'un livre, qui

préfèrent éditer des livres 'vendeurs' plutot que de décider de prendre le

risque avec certains écrits ou certains auteurs moins connus ou inconnus.(...)

Si l'internet et le livre électronique ne remplaceront pas le support livre, je

reste convaincue que disposer d'un tel réseau de communication est un avantage

pour des auteurs moins (ou pas) connus."

Elle place toutefois quelques espoirs dans l'édition numérique. "Certains

éditeurs on line tendent à se comporter comme de véritables éditeurs en

intégrant des risques éditoriaux comme le faisaient au début du siècle dernier

certains éditeurs classiques. Les techniques modernes (édition numérique,

e-book...) sont accessibles, n'exigent pas (ou de moins en moins) de moyens

financiers importants et peuvent donc être au service de ces éditeurs. Ils

jouent aujourd'hui le rôle de découvreur de talents. Il est à ma connaissance

absolument inimaginable de demander à des éditeurs traditionnels d'éditer un

livre en cinquante exemplaires. L'édition numérique offre cette possibilité,

avec en plus réédition à la demande, presque à l'unité. En résumé, je souhaite

que l'objet livre continue de vivre longtemps et je suis ravie que des

techniques (internet, édition numérique, e-book...) offrent à des auteurs des

moyens de communication leur permettant d'avoir accès à de plus en plus de

lecteurs."

Ces commentaires font écho à ceux de Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de

promotion d'inédits artistiques et littéraires. "En matière d'édition numérique,

(...) permettre une impression pour utilisation personnelle est un excellent

moyen de promotion de l'auteur et de son oeuvre. Même si c'est un exemplaire

gratuit. Et quand cet auteur (ou artiste) deviendra très connu, les mêmes

éditeurs papier qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu'ils

auraient à peine lu son manuscrit auparavant!"

Raymond Godefroy, écrivain-payan, a d'abord publié son recueil Fables pour l'an

2000 en version web sur le site des éditions du Choucas, en décembre 1999, avant

d'envisager une version imprimée. "Internet représente pour moi un formidable

outil de communication qui nous affranchit des intermédiaires, des barrages

doctrinaires et des intérêts des médias en place, écrit-il fin 1999. Soumis aux

mêmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connaître, acquerront peu à

peu cette conscience du collectif, d'appartenir à un même monde fragile pour y

vivre en harmonie sans le détruire. Internet est absolument comme la langue

d'Esope, la meilleure et la pire des choses, selon l'usage qu'on en fait, et

j'espère qu'il ne permettra de m'affranchir en partie de l'édition et de la

distribution traditionnelle qui, refermée sur elle-même, souffre d'une crise

d'intolérance pour entrer à reculons dans le prochain millénaire."

Si certains auteurs manifestent un optimisme mesuré, d'autres ne se font pas

d'illusion. "L'internet va me permettre de me passer des intermédiaires:

compagnies de disques, éditeurs, distributeurs, écrit Jean-Paul, écrivain et

musicien. Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la tête (et

ailleurs) et dont l'imprimé (la micro-édition, en fait) ne me permettait de

donner qu'une approximation. Puis les intermédiaires prendront tout le pouvoir.

Il faudra alors chercher ailleurs, là où l'herbe est plus verte..."

= Un pari en cours: l'édition de la littérature hypertexte et hypermédia

"La lucidité nous a ouvert les yeux sur quoi: un écran, constate Lucie de

Boutiny, auteur multimédia. Dans ce rectangle lumineux des lettres. Depuis

l'archaïque minitel si décevant en matière de création télématique, c'est bien

la première fois que, via le web, dans une civilisation de l'image, l'on voit de

l'écrit partout présent 24 h /24, 7 jours /7. Je suis d'avis que si l'on

réconcilie le texte avec l'image, l'écrit avec l'écran, le verbe se fera plus

éloquent, le goût pour la langue plus raffiné et communément partagé.

Faudra-t-il s'en justifier encore longtemps devant les éditeurs en papier mâché

qui ont des idées de parchemin fripé? Faut-il les consoler en leur précisant que

la fabrique de littérature numérique emprunte les recettes de la littérature

traditionnelle (y compris celle écrite avec la voix, ou transmise sur des

tablettes, voire enregistrée sur des papyrus, etc.) et pas seulement. Bref, il

serait temps de rafraîchir cette bonne vieille littérature franco-française en

phase d'épuisement. Ce n'est pas si grave, notre patrimoine nous sauve mais

voilà la drôle de 'mission' dont il convient de s'acquitter - ceci dit, les

sermons, les positions qui risquent de se sanctifier en postures, les bonnes

résolutions moralisantes, je m'en tape, mais pour le coup, j'y cède -, ou alors

il faut s'arrêter de se plaindre de la désacralisation du livre comme vecteur de

la connaissance et de la culture, de la désertion des lecteurs, de l'illettrisme

rampant, de la tristesse désuète si austère du peuple des écrivains, de leur

isolement subi, de la pauvreté des moyens financiers qu'on leur accorde, et cela

face à une industrialisation concentrationnaire de l'édition qui assomme le

livre à coups de pilon, etc."

Encore balbutiante, l'édition d'oeuvres de fiction hypertextuelle cherche sa

voie. "L'HTX (littérature hypertextuelle, ndlr) qui passe par le savoir-faire

technologique rapproche donc le techno-écrivain du scénariste, du BD

dessinateur, du plasticien, du réalisateur de cinéma, quelles en sont les

conséquences au niveau éditorial? Faut-il prévoir un budget de production en

amont? Qui est l'auteur multimédia? Qu'en est-il des droits d'auteur? Va-t-on

conserver le copyright à la française? L'HTX sera publiée par des éditeurs

papier ayant un département multimédia? De nouveaux éditeurs vont émerger et ils

feront un métier proche de la production? Est-ce que nous n'allons pas assister

à un nouveau type d'oeuvre collective? Bientôt le sampling littéraire protégé

par le copyleft?"

= Un pari à venir: l'édition de documentaires hypertextes et hypermédias

Pour les documentaires aussi, il est grand temps d'utiliser les nouvelles formes

d'écriture et de lecture autorisées par le lien hypertexte et hypermédia, comme

c'est déjà le cas depuis quelques années dans le domaine de la fiction. Pourquoi

les auteurs de documentaires n'exploiteraient-ils pas eux aussi les possibilités

offertes par l'hyperlien, en permettant ainsi au lecteur toutes sortes de

cheminements, linéaires, non linéaires, par thèmes, etc.? C'est la démarche qui

est tentée dans le livre que vous êtes en train de lire.

Outre plusieurs possibilités de lecture, le documentaire hypertexte offre de

nombreux avantages par rapport au documentaire imprimé. Un simple lien permet

d'accéder aux sites web mentionnés, ainsi qu'au texte intégral des documents

cités et des références bibliographiques. Les erreurs peuvent aussitôt être

corrigées. Le livre peut être régulièrement actualisé (ajouts en fonction de

l'actualité, derniers chiffres et statistiques, etc.).

Ces horripilants index en fin d'ouvrage - mais combien pratiques, au moins quand

ils existent - sont remplacés par la fonction "recherche" sur une page donnée ou

par un moteur de recherche pour l'ensemble du site (en installant celui de

Google par exemple). Un index peut toujours être envisagé, mais considérablement

allégé, et principalement pour répertorier les concepts et notions. Pour prendre

un exemple, dans l'index de ce livre, pour "livre numérique", on a quelques

renvois aux chapitres et sous-chapitres, alors qu'un moteur de recherche

donnerait une liste impressionnante de réponses, le terme revenant à longueur de

page. L'index offre donc un service complémentaire.

Il reste à inventer un nouveau type de maison d'édition proposant des livres

web, avec une infrastructure permettant leur actualisation immédiate et

constante par FTP. Si ceci vaut pour tous les sujets, cela paraît d'autant plus

indispensable pour les nouvelles technologies et l'internet. La place des livres

traitant du web n'est-elle pas sur le web? L'auteur pourrait choisir de mettre

son livre en consultation payante ou gratuite. La question du droit d'auteur

serait également entièrement à revoir, ce qui ne serait sûrement pas un mal.

Paiement à la source, paiement à la consultation? Et comment l'éditeur serait-il

rémunéré? Quant aux versions imprimées, globales ou partielles, elles pourraient

être faites à la demande, comme c'est déjà le cas chez plusieurs éditeurs de

livres "classiques".

Le Livre 010101: Enquête · 第 6 / 28 段