ligne: "Il faut distinguer deux aspects: le droit d'auteur et l'application de
ce droit. Pour moi, il ne fait aucun doute que le droit d'auteur s'applique sur
internet (peu de gens le contestent désormais d'ailleurs), ce qui signifie que
ce n'est pas parce qu'une création est mise en libre disponibilité sur le réseau
que n'importe qui peut venir la copier, la commercialiser, etc. Et là, on touche
surtout à de la pédagogie: je crois que les internautes ne sont pas sensibilisés
à ces questions et qu'une première démarche pédagogique peut permettre de régler
un certain nombre de problèmes. Autre démarche, il me semble nécessaire pour les
auteurs d'indiquer les droits qu'ils laissent à une oeuvre en libre accès sur
internet: si je peux télécharger une création visuelle sur un site, il vaut
mieux que l'auteur indique, par exemple, s'il laisse la libre réutilisation de
cette image du moment que ce n'est pas une démarche commerciale et sous réserve
que son nom soit cité, s'il est contre toute réutilisation de cette image, etc.
Là, tout est possible. A mon sens, sur trop de sites, on trouve des créations
librement téléchargeables, et rien n'indique ce que l'on peut faire ou non avec.
La vraie difficulté aujourd'hui réside dans l'application du droit d'auteur dans
un contexte international face à des actes de piratages manifestes (c'est à dire
la réutilisation à des fins commerciales de l'oeuvre d'un ou plusieurs artistes
sans que ces derniers ne perçoivent quoi que ce soit). Et là, ce sera forcément
plus lent parce qu'il faut définir des modes de coopération internationale,
s'entendre sur des règles et mettre en place des procédures judiciaires
adéquates. C'est un processus lent qui prendra plusieurs années, mais je suis
optimiste. Finalement, tout cela est assez classique: pédagogie d'un côté,
réglementation de l'autre."
5.7. Il est essentiel d'éduquer le lecteur/client
Tout comme Olivier Gainon dans les lignes qui précèdent, d'autres professionnels
du livre insistent sur la nécessité d'éduquer le lecteur/client.
Tim McKenna, écrivain et philosophe: "Le droit d'auteur est une question
difficile. Le détenteur de la propriété intellectuelle pense que ce qu'il a créé
lui appartient. Quant au client, il achète un morceau de plastique (dans le cas
d'un CD) ou un ensemble de pages brochées (dans le cas d'un livre). Les
commerçants n'ont pas encore réussi à faire comprendre au client la notion de
propriété intellectuelle. Le consommateur ne pense pas de manière très
abstraite. Quand il télécharge des chansons par exemple, c'est simplement pour
les écouter, non pour les posséder. L'industrie musicale et le monde de
l'édition doivent trouver des solutions pour que le consommateur prenne en
considération la question du copyright lors de ces téléchargements."
Gaëlle Lacaze, ethnologue et professeur d'écrit électronique, préconise
"l'éducation du netizen; la formation des intermédiaires servant à l'utilisation
des NTI (nouvelles technologies de l'information) à la nettatitude; l'analyse du
rapport entre droits d'auteurs / diffusion du savoir / honnêteté scientifique."
Guy Antoine, créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la culture
haïtienne: "Ce sera un débat sans fin, parce que l'information devient plus
omniprésente que l'air que nous respirons et plus fluide que l'eau. On peut
maintenant acheter la vidéo d'un film sorti la semaine précédente. Bientôt on
pourra regarder sur le net, et à leur insu, des scènes de la vie privée des
gens. Il est consternant de voir qu'il existe tant de personnes disposées à
faire ces vidéos bénévolement, comme s'il agissait d'un rite d'initiation. Cet
état d'esprit continuera de peser de plus en plus lourdement sur les questions
de copyright et de propriété intellectuelle. Les auteurs devront être beaucoup
plus inventifs sur les moyens de contrôler la diffusion de leurs oeuvres et d'en
tirer des gains. Le mieux à faire dès à présent est de développer les normes de
base du professionnalisme, et d'insister sur la nécessité impérative de
mentionner pour toute oeuvre citée au minimum sa provenance et ses auteurs. La
technologie devra évoluer pour appuyer un processus permettant de respecter le
droit d'auteur."
John Mark Ockerbloom, créateur de The On-Line Book Page: "A mon avis, il est
important que les internautes comprennent que le copyright est un contrat social
conçu pour le bien public - incluant à la fois les auteurs et les lecteurs. Ceci
signifie que les auteurs devraient avoir le droit d'utiliser de manière
exclusive et pour un temps limité les oeuvres qu'ils ont créées, comme ceci est
spécifié dans la loi actuelle sur le copyright. Mais ceci signifie également que
leurs lecteurs ont le droit de copier et de réutiliser ce travail autant qu'ils
le veulent à l'expiration de ce copyright. Aux Etats-Unis, on voit maintenant
diverses tentatives visant à retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les
règles relatives à l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la durée du
copyright (y compris avec certaines propositions visant à le rendre permanent)
et en étendant la propriété intellectuelle à des travaux distincts des oeuvres
de création (comme on en trouve dans les propositions de copyright pour les
bases de données). Il existe même des propositions visant à entièrement
remplacer la loi sur le copyright par une loi instituant un contrat beaucoup
plus lourd. Je trouve beaucoup plus difficile de soutenir la requête de Jack
Valenti, directeur de la MPAA (Motion Picture Association of America), qui
demande d'arrêter de copier les films sous copyright, quand je sais que, si ceci
était accepté, aucun film n'entrerait jamais dans le domaine public (...). Si on
voit les sociétés de médias tenter de bloquer tout ce qu'elles peuvent, je ne
trouve pas surprenant que certains usagers réagissent en mettant en ligne tout
ce qu'ils peuvent. Malheureusement, cette attitude est à son tour contraire aux
droits légitimes des auteurs. Comment résoudre cela pratiquement? Ceux qui ont
des enjeux dans ce débat doivent faire face à la réalité, et reconnaître que les
producteurs d'oeuvres et leurs usagers ont tous deux des intérêts légitimes dans
l'utilisation de celles-ci. Si la propriété intellectuelle était négociée au
moyen d'un équilibre des principes plutôt que par le jeu du pouvoir et de
l'argent que nous voyons souvent, il serait peut-être possible d'arriver à un
compromis raisonnable."
5.8. Ce débat occulte les vrais problèmes
Michael Hart, fondateur du Projet Gutenberg: "Les débats actuels sont totalement
irréalistes. Ils sont menés par 'l'aristocratie terrienne de l'âge de
l'information' et servent uniquement ses intérêts. Un âge de l'information? Et
pour qui? J'ai été le principal opposant aux extensions du copyright (loi
adoptée par le Congrès américain le 27 octobre 1998, ndlr), mais Hollywood et
les grands éditeurs ont fait en sorte que le Congrès ne mentionne pas mon action
en public."
Nicolas Pewny, créateur des éditions du Choucas: "Je me demande s'il faut un
droit particulier pour le web. Les lois existent déjà. Et les contrevenants
existaient bien avant la popularisation de l'internet. Enfin, si ces débats
plaisent au ministère de la Culture... Le soutien à la publication, à la
distribution, à l'existence du livre me semblent plus importants, si l'on veut
éviter que l'édition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands
groupes. Évidemment cette action-là est moins médiatique."
Philippe Loubière, traducteur littéraire et dramatique: "Le débat sur le droit
d'auteur sur le web me semble assez proche sur le fond de ce qu'il est dans les
autres domaines où le droit d'auteur s'exerce, ou devrait s'exercer. Le
producteur est en position de force par rapport à l'auteur dans pratiquement
tous les cas de figure. Les pirates, voire la simple diffusion libre, ne
menacent vraiment directement que les producteurs. Les auteurs ne sont menacés
que par ricochet. Il est possible que l'on puisse légiférer sur la question, au
moins en France où les corporations se revendiquant de l'exception culturelle
sont actives et résistent encore un peu aux Américains, mais le mal est plus
profond. En effet, en France comme ailleurs, les auteurs étaient toujours les
derniers et les plus mal payés avant l'apparition d'internet, on constate qu'ils
continuent d'être les derniers et les plus mal payés depuis. Il me semble
nécessaire que l'on règle d'abord la question du respect des droits d'auteur en
amont d'internet. Déjà dans le cadre général de l'édition ou du spectacle
vivant, les sociétés d'auteurs (SACD (Société des auteurs et compositeurs
dramatiques), Société des gens de lettres, SACEM (Société des auteurs,
compositeurs et éditeurs de musique), etc.) faillissent dès lors que l'on sort
de la routine ou du vedettariat, ou dès que les producteurs abusent de leur
position de force, ou tout simplement ne payent pas les auteurs, ce qui est très
fréquent. Il est hypocrite dans ce cas-là de crier haro sur le seul internet."
Pierre Magnenat, responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre
informatique de l'Université de Lausanne: "Que cherche-t-on par là? Les
évènements récents dans le monde musical ont montré que de grosses entreprises
prennent prétexte du droit d'auteur pour en fait protéger leur profit. Je ne me
fais aucune illusion sur la probabilité qu'a et aura un auteur peu médiatisé,
dans un pays autre que les Etats-Unis, de recevoir des royalties sur un texte ou
une musique diffusés sur le web, même si des dispositifs de mesure sophistiqués
sont mis en place. Par ailleurs, ces dispositifs existent, permettant donc
théoriquement un contrôle, alors que ça n'est pas le cas sur les photocopieurs
ou les enregistreurs de cassettes. A cet égard, le web n'amène donc pas vraiment
de problème supplémentaire."
Alex Andrachmes, producteur audiovisuel, écrivain et explorateur d'hypertexte:
"Question épineuse s'il en est. Si c'est pour enrichir encore de grosses
sociétés multinationales et surtout leurs actionnaires (les fonds de pensions
américains que Beigbedder touche du doigt), de nombreux internautes dont je suis
se rebellent face au 'copyright'. Par contre, si c'est pour permettre à des
créateurs, des artistes ou des musiciens de vivre de leurs passions, le droit
d'auteur au sens noble me paraît légitime. Le débat est le même que celui de
l'exception culturelle face au GATS (General Agreement on Trade in Services).
Copyright contre droit d'auteur! Mais il règne dans le domaine une confusion
soigneusement entretenue, ou les deux sont amalgamés. 'On' fait monter au
créneau des artistes pour défendre une liberté qui pourrait ne profiter
finalement qu'aux multinationales. Firmes qui s'empresseront d'étouffer ces
petits soldats de la liberté, si on leur en laisse le pouvoir, sur le net. Et
oui, contrairement aux droits d'auteurs qui sont incessibles, le système de
'copyright' permet à ses 'propriétaires' de modifier les conditions
contractuelles aux moments qui les arrangent. On a vu plus d'un artiste parvenir
à la vice-présidence de l'une ou l'autre de ces firmes grâce à ses ventes
faramineuses, puis perdre jusqu'à leur nom dès que ces ventes ne suivent plus!
Il me semble qu'il faut surveiller de très près le fameux accord entre BMG et
Napster, par lequel, contre un abonnement assez minime somme toute, n'importe
qui pourra charger des fichiers en toute légalité. Certes BMG est une
multinationale, certes Napster est en passe de perdre son procès contre les
autres multinationales de la musique; mais ce système de forfait peut amener à
des solutions originales d'équilibre entre la liberté de l'internaute et la
rémunération légitime des artistes. Tenant compte de toutes ces contradictions,
valider un modèle économique, puisque c'est le dernier concept à la mode dans le
domaine du net, n'est pas des plus évidents..."
6. L'EDITION ELECTRONIQUE
[Dans ce chapitre:]
[6.1. Un développement rapide // 6.2. Un service complémentaire pour les
éditeurs "classiques" / L'exemple des éditions du Choucas // 6.3. Les éditeurs
en ligne francophones / Editel, créé en 1995 / CyLibris, créé en 1996 /
Diamedit, créé en 1997 / 00h00.com, créé en 1998 / La Grenouille Bleue -
Gloupsy, créé en 1999 / Luc Pire électronique, créé en 2001 // 6.4. Vers un
nouveau type d'édition? / L'auto-édition, solution adoptée par certains auteurs
/ Un pari en cours: l'édition de la littérature hypertexte et hypermédia / Un
pari à venir: l'édition de documentaires hypertextes et hypermédias]
6.1. Un développement rapide
De plus en plus de livres et de revues sont publiés en deux versions: numérique
et imprimée. Ce qui, après tout, est assez logique puisque tout document imprimé
récent est précédé d'une version électronique sur traitement de texte, tableur
ou base de données. Certaines publications sont uniquement numériques, ou
n'existent désormais plus qu'en version numérique. L'édition électronique est
désormais en bonne place à côté de l'édition traditionnelle, du fait des
avantages qu'elle offre: stockage plus simple, accès plus rapide, diffusion plus
facile, coût moins élevé, etc. Tôt ou tard, tous les livres et revues auront une
version numérique, et il deviendra probablement ridicule d'établir une
distinction entre document électronique et document imprimé, si ce n'est le
choix du support.
Pour la publication d'ouvrages et de périodiques à caractère scientifique, dans
lesquels l'information la plus récente est primordiale, la numérisation permet
de s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les
réactualisations régulières. Point n'est besoin d'attendre une nouvelle édition
imprimée soumise aux contraintes commerciales et aux exigences de l'éditeur. Si
nécessaire, une édition imprimée est toujours possible, mais uniquement à la
demande, ou tout simplement en tirant les quelques pages nécessaires sur son
imprimante. Certaines universités produisent des manuels "sur mesure" composés
d'un choix de chapitres sélectionnés dans une base de données, choix complété
par divers articles et commentaires. Pour un séminaire, une conférence, ou toute
autre manifestation, un très petit tirage peut être effectué à partir d'un choix
de textes électroniques.
Le numérique amène une certaine zizanie dans le monde de l'édition, ce qui n'est
peut-être pas un mal: des éditeurs vendent directement leurs titres en ligne,
des éditeurs numériques et librairies numériques diffusent les versions
numériques de livres publiés par des éditeurs "classiques", des auteurs
s'auto-éditent ou promeuvent eux-mêmes leurs oeuvres publiées, des sites
littéraires se chargent de promouvoir de nouveaux auteurs pour pallier les
carences de l'édition traditionnelle, etc.
6.2. Un service complémentaire pour les éditeurs "classiques"
Très vite, des éditeurs "classiques" exploitent les possibilités de l'internet
pour faciliter et renforcer leur activité. On prendra ici l'exemple des éditions
du Choucas, petit éditeur indépendant basé dans la région d'Annecy
(Haute-Savoie).
= L'exemple des éditions du Choucas
En 1992, Nicolas et Suzanne Pewny fondent les éditions du Choucas, spécialisées
dans la littérature et les livres d'art. Ils créent leur site web dès novembre
1996. "Lorsque je me suis rendu compte des possibilités que l'internet pouvait
nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite possible,
explique Nicolas Pewny en juin 1998. Un petit problème: nous n'avions pas de
budget pour le faire réaliser. Alors, au prix d'un grand nombre de nuits sans
sommeil, j'ai créé ce site moi-même et l'ai fait référencer (ce n'est pas le
plus mince travail). Le site a alors évolué en même temps que mes connaissances
(encore relativement modestes) en la matière et s'est agrandi, et il a commencé
à être un peu connu même hors de France et d'Europe.
Le changement que l'internet a apporté dans notre vie professionnelle est
considérable. Nous sommes une petite maison d'édition installée en province.
L'internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne
soupçonnais pas. Même les médias 'classiques' nous ont ouvert un peu leurs
portes grâce à notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique.
Ainsi nous avons édité deux auteurs québécois. Beaucoup de livres se réalisent
(corrections, illustrations, envoi des documents à l'imprimeur) par ce moyen.
Dès le début de l'existence du site, nous avons reçu des demandes de pays ou
nous ne sommes pas (encore) représentés: Etats-Unis, Japon, Amérique latine,
Mexique, malgré notre volonté de ne pas devenir un site commercial mais un site
d'information et à connotation culturelle (nous n'avons pas de système de
paiement sécurisé, etc., nous avons juste référencé sur une page les libraires
qui vendent en ligne). (...) Nous voudrions bien rester aussi peu commercial que
possible et augmenter l'interactivité et le contact avec les visiteurs du site.
Y réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des propositions qui vont dans un sens
opposé. Nous les avons mis en veille. Mais si l'évolution va dans ce sens,
pourrons-nous résister, ou trouver une voie moyenne? Honnêtement, je n'en sais
rien."
Un an après, en juillet 1999, Nicolas Pewny relate: "Tous nos titres récents
sont présentés sur le web, on peut contacter nos auteurs, participer à un
jeu-concours, consulter le début - parfois le texte intégral - des nouveautés.
Le texte intégral? Oui, nous croyons à la survie du livre dans son format
classique parallèlement au format électronique. Le livre, ce n'est pas seulement
un texte. C'est aussi un objet que l'on aime toucher, montrer, emmener en
voyage, prêter... Nous pensons que le fait de pouvoir consulter le texte incite
à se procurer le livre (si on a aimé bien sûr). La maintenance et les mises à
jour du site, le courrier électronique, etc. sont devenus pour moi une tâche
quotidienne s'ajoutant aux autres: mise en page des textes, correction, création
des couvertures, rapport avec les auteurs, avec les médias, suivi de la
distribution-diffusion, etc. Car comme dans d'autres petites maisons d'édition
nous faisons tout nous-mêmes (sauf l'impression). A la suite de la mise en ligne
de Corrida, l'exposition virtuelle Lorca-Puig, et plus récemment du site pour la
recherche de sponsors pour Mon copain de Pékin, un livre de photographies dédié
à Pékin, il semblerait que nous soyons amenés à créer des sites ayant un rapport
avec l'art et/ou le livre. (...) Nous avons mis le début de chaque livre en
format PDF et pour quelques livres le texte intégral en ligne. Un jeu-concours
qui remporte un certain succès a aussi été mis en place. On peut gagner le livre
de son choix. Beaucoup de nos visiteurs nous reprochaient de ne pouvoir acheter
en ligne sur notre site. Après pas mal d'hésitations nous avons choisi Alapage
pour la qualité de son service et pour la fiabilité de leur base de données.
Néanmoins la page des librairies en ligne est toujours sur notre site si l'on
préfère acheter ailleurs. Nous avons déjà quelques interviews d'auteurs
disponibles en RealAudio sur une de nos pages. Nous allons essayer d'en faire
d'autres avec de la vidéo. Enfin une alternative du site en DHTML, Javascript,
Flash, existe. Nous la mettrons parallèlement en ligne à l'automne (1999)."
Fin 1999, séduit par les Fables pour l'an 2000 de Raymond Godefroy,
écrivain-paysan normand, Nicolas Pewny crée la version web de ce recueil. En
2000, les éditions du Choucas lancent plusieurs versions numériques de leurs
publications en partenariat avec 00h00.com et Mobipocket.
Mais le bilan des années 1992-2001 est assez lourd: dix ans de travail acharné
pour publier une quarantaine de titres à l'enseigne du Choucas et de nombreux
autres titres pour des tiers, des revenus sans aucune comparaison avec le
travail investi, et enfin le dépôt de bilan de Distique, leur distributeur. En
mars 2001, Nicolas et Suzanne Pewny décident de cesser leur activité d'éditeur,
tout en condamnant sévèrement l'attitude du ministère de la Culture à l'égard
des petits éditeurs indépendants. "Le soutien à la publication, à la
distribution, à l'existence du livre me semblent importants, si l'on veut éviter
que l'édition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands groupes,
écrit Nicolas Pewny en juin 2001. (...) Mais je ne regrette pas ces dix années
de lutte de satisfactions et de malheurs passés aux éditions du Choucas. J'ai
connu des auteurs intéressants dont certains sont devenus des amis... Maintenant
je fais des publications et des sites internet pour d'autres. En ce moment pour
une ONG (organisation non gouvernementale) internationale caritative; je suis
ravi de participer (modestement) à leur activité à but non lucratif. Enfin on ne
parle plus de profit ou de manque à gagner, c'est reposant."
6.3. Les éditeurs en ligne francophones
Comme on le verra dans les lignes qui suivent, une place importante est occupée
par l'édition en ligne non commerciale. A ceux qui se demandent s'il s'agit là
de véritables éditeurs, on rétorquera que le fait de publier des versions
numériques de livres publiés en version imprimée par d'autres maisons d'édition
ne constitue peut-être pas non plus une véritable activité d'édition. Pourquoi
n'y aurait-il pas enfin de la place pour tout le monde: éditeurs commerciaux,
éditeurs non commerciaux, éditeurs de versions numériques, etc.? Pourquoi
l'édition en ligne devrait-elle dès ses débuts être monopolisée par une seule
maison d'édition ayant le réseau de relations nécessaire et le soutien des
médias? Et reproduire ainsi le schéma de l'édition traditionnelle, à savoir la
difficulté qu'ont les petits éditeurs d'être entendus et diffusés, et tout
simplement d'exister face à quelques maisons d'édition ayant pignon sur rue?
= Editel, créé en 1995
Dès avril 1995, Pierre François Gagnon, un québécois passionné de littérature,
décide d'utiliser le numérique pour la réception des textes, leur stockage et
leur diffusion. Il crée Editel, le premier site web d'auto-édition collective de
langue française, devenu ensuite un site de cyberédition non commerciale en
partenariat avec les auteurs maison (35 textes téléchargeables en janvier 2001)
et un webzine littéraire.
En juillet 2000, il relate: "En fait, tout le monde et son père savent ou
devraient savoir que le premier site d'édition en ligne commercial fut CyLibris
(créé en août 1996 par Olivier Gainon, ndlr), précédé de loin lui-même, au
printemps de 1995, par nul autre qu'Editel, le pionnier d'entre les pionniers du
domaine, bien que nous fûmes confinés à l'action symbolique collective, faute
d'avoir les moyens de déboucher jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne
vraiment viable et abordable, bien qu'il n'existe toujours pas de support de
lecture 'grand public' qui soit crédible pour la publication payante de livres
numériques. Nous l'attendons toujours dans le courant de l'an 2000! Nous sommes
actuellement trois mousquetaires (Pierre François Gagnon, Jacques Massacrier et
Mostafa Benhamza, ndlr) à développer le contenu original et inédit du webzine
littéraire qui continuera de servir de façade d'animation gratuite, offerte
personnellement par les auteurs maison à leur lectorat, à d'éventuelles
activités d'édition en ligne payantes, dès que possible au point de vue
technico-financier. Est-il encore réaliste de rêver à la démocratie économique?
Tout ce que j'espère de mieux (...), c'est que les nouveaux supports de lecture,
ouverts et compatibles grâce au standard OeB (Open eBook), s'imposeront d'emblée
comme des objets usuels indispensables, c'est-à-dire multifonctionnels et
ultramobiles, intégrant à la fois l'informatique, l'électronique grand public et
les télécommunications, et pas plus dispendieux qu'une console de jeux vidéo."
= CyLibris, créé en 1996
Fondé en août 1996 à Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris,
livre) utilise l'internet et le numérique pour s'affranchir des contraintes
liées à l'économie traditionnelle du livre. L'éditeur peut ainsi se consacrer à
la découverte et à la promotion de nouveaux auteurs littéraires francophones, et
à la publication de leurs premières oeuvres (romans, poésie, théâtre, policier,
science-fiction, fantastique, etc.). Si CyLibris est avant tout un tremplin pour
les nouveaux talents, les auteurs confirmés y ont aussi leur place (voir à ce
sujet l'entretien avec Emmanuel Ménard, directeur des publications, qui expose
en détail la procédure éditoriale de CyLibris).