spécialisée dans la presse online (enfin pour l'instant, car tout bouge
tellement vite que ce pourrait bien ne plus être le cas dans quelques mois),
explique François Vadrot en mai 2000. Le concept de FTPress est de réaliser des
médias professionnels spécialisés chacun dans un secteur économique: la santé,
l'automobile, l'image numérique, les ressources humaines, la logistique, etc.
Chaque média traite de l'économie, de la technologie, des aspects politiques et
sociaux, d'un secteur modifié par l'arrivée des nouvelles technologies et
d'internet. Le premier a été Internet Actu, créé au CNRS en février 1996, suivi
de Pixel Actu (en janvier 2000, devenu Objectif numérique en décembre 2000,
ndlr), puis de eSanté Actu (en mai 2000, devenu Interactive santé en janvier
2001, ndlr). Nous sommes partis de l'écrit, mais nous allons maintenant vers le
multimédia, avec prochainement des émissions de télévision. FTPress réalise
aussi des médias pour des tiers."
"Mon avenir professionnel, je le vois comme un présent professionnel, poursuit
François Vadrot. Si vous m'aviez posé cette question il y a deux ans (mai 1998),
je vous aurais répondu qu'à force de travailler avec internet (en tant que
directeur aux systèmes d'information du CNRS) et à propos d'internet (en tant
que directeur de la publication LMB Actu), je rêvais de créer une entreprise
internet. Mais je me demandais alors comment m'y prendre. Si vous me l'aviez
posée il y a un an (mai 1999), je vous aurais répondu que j'avais fait le saut,
que les dés étaient jetés, et que j'avais annoncé mon départ de
l'administration... pour créer FTPress. Je ne pouvais plus supporter de rester
où j'étais. Je devenais aigre. C'était créer mon entreprise ou bien... prendre
une année sabbatique à ne rien faire. Et aujourd'hui je suis en plein dedans.
J'ai l'impression de vivre les histoires que l'on lit dans la presse sur les
start-up."
En novembre 2000, plusieurs projets en gestation ont pris corps: "de nouveaux
magazines (DRH Actu, NetLocal Actu, Automates intelligents, Correspond@nces avec
la Fondation la Poste, etc.), de la TV (avec un studio propre), un nouveau
système d'information (ou de production) très puissant (Reef.com), le kiosque de
presse (avec des partenaires presse externes, à commencer par Diora), etc."
D'autres magazines ont vu le jour depuis, notamment Captain-doc, guide de la
documentation électronique lancé en janvier 2001. Ariel Suhamy est à la barre du
navire, en collaboration avec Geneviève Vidal.
5. LE RESPECT DU DROIT D'AUTEUR SUR L'INTERNET
[Dans ce chapitre:]
[5.1. Le web est un espace public basé sur l'échange // 5.2. Le respect du droit
d'auteur est essentiel // 5.3. Il importe de ne pas freiner la diffusion // 5.4.
Il n'est pas facile de contrer le piratage et le plagiat // 5.5. Les solutions
sont d'ordre technologique // 5.6. Une législation adaptée semble nécessaire //
5.7. Il est essentiel d'éduquer le lecteur/client // 5.8. Ce débat occulte les
vrais problèmes]
La question du respect du droit d'auteur sur l'internet est étudiée par de
nombreux spécialistes. Ce ne sont pas non plus les sites web qui manquent sur le
sujet. Dans le cadre de ce livre, on a préféré recueillir directement l'avis des
professionnels du livre. Ces réponses s'articulent autour de huit grands thèmes:
1) le web est un espace public basé sur l'échange (5.1); 2) le respect du droit
d'auteur est essentiel (5.2); 3) il importe de ne pas freiner la diffusion
(5.3); 4) il n'est pas facile de contrer le piratage et le plagiat (5.4); 5) les
solutions sont d'ordre technologique (5.5); 6) une législation adaptée semble
nécessaire (5.6); 7) il est essentiel d'éduquer le lecteur/client (5.7); 8) ce
débat occulte les vrais problèmes (5.8).
5.1. Le web est un espace public basé sur l'échange
Alain Bron, consultant en systèmes d'information et écrivain: "Je considère
aujourd'hui le web comme un domaine public. Cela veut dire que la notion de
droit d'auteur sur ce média disparaît de facto: tout le monde peut reproduire
tout le monde. La création s'expose donc à la copie immédiate si les copyrights
ne sont pas déposés dans les formes usuelles et si les oeuvres sont exposées
sans procédures de revenus. Une solution est de faire payer l'accès à
l'information, mais cela ne garantit absolument pas la copie ultérieure."
Jacques Gauchey, spécialiste en industrie des technologies de l'information et
journaliste: "Le droit d'auteur dans son contexte traditionnel n'existe plus.
Les auteurs ont besoin de s'adapter à un nouveau paradigme, celui de la liberté
totale du flot de l'information. Le contenu original est comme une empreinte
digitale: il est incopiable. Il survivra et prospérera donc."
Xavier Malbreil, auteur multimédia: "Il y a deux choses. Le web ne doit pas être
un espace de non-droit, et c'est un principe qui doit s'appliquer à tout, et
notamment au droit d'auteur. Toute utilisation commerciale d'une oeuvre doit
ouvrir droit à rétribution. Mais également, le web est un lieu de partage.
Echanger entre amis des passages d'un texte qui vous a plu, comme on peut
recopier des passages d'un livre particulièrement apprécié, pour le faire aimer,
cela ne peut faire que du bien aux oeuvres, et aux auteurs. La littérature
souffre surtout de ne pas être diffusée. Tout ce qui peut concourir à la faire
sortir de son ghetto sera positif."
Gérard Fourestier, créateur de Rubriques à Bac: "Les mesures de respect: oui,
mais de protection: non! Et, quoi qu'il en sera, que cela n'aboutisse pas à
freiner la création, tant il est vrai que chaque auteur en a digéré d'autres."
Fabrice Lhomme, technicien informatique et créateur d'Une Autre Terre, site
consacré à la science-fiction. "De par mon travail, je fais plus attention aux
aspects techniques du web qu'aux débats qui s'y rapportent. Il me semble quand
même qu'il y a incompatibilité entre internet et la notion de droits d'auteur.
Internet est un espace ouvert et il me semble impossible d'empêcher quelqu'un
d'y diffuser des documents protégés. Le fait d'en parler est tout de même
important car ça pourra peut-être sensibiliser certaines personnes qui n'avaient
pas pensé au problème. Mais cela n'arrêtera jamais quelqu'un qui le fait en
connaissance de cause. La seule solution qui me semble plausible serait que les
hébergeurs surveillent un peu plus le contenu des pages qu'ils hébergent."
Blaise Rosnay, webmestre du site du Club des poètes: "La diffusion de la culture
doit être facilitée sur l'internet. Les éditeurs et les pouvoirs publics doivent
encourager tous les projets réalisés par des passionnés de tel ou tel auteur qui
partagent leur passion avec les autres sur internet sans en faire profit.
Exemple: il serait absurde qu'un jeune homme qui aime Le Petit Prince de
Saint-Exupéry ne soit pas encouragé à partager son amour et à l'illustrer par
quelques extraits de cette oeuvre qui, soit dit en passant, est un beau
plaidoyer pour le coeur contre les raisons de l'argent. En résumé, il me semble
que l'internet peut encore devenir un moyen de partage de la culture et de la
beauté à condition que la culture et la beauté ne soient pas considérés comme
des biens de consommation. C'est la moindre des choses, car, justement, la
poésie et la beauté véhiculent d'autres valeurs morales et spirituelles."
Patrice Cailleaud, directeur de la communication de HandiCaPZéro: "Pour
l'instant, les déficients visuels sont les grands bénéficiaires du manque de
législation sur la toile. Pourvu que ça dure! Les droits et autorisations
d'auteurs étaient et demeurent des freins pour l'adaptation en braille ou
caractères agrandis d'ouvrage. Les démarches sont saupoudrées, longues et
n'aboutissent que trop rarement."
Gérard Jean-François, directeur du centre de ressources informatiques de
l'Université de Caen: "A mon avis, il n'y a pas de débat. Si on met quelque
chose sur le web, c'est-à-dire ouvert à tout le monde, cela signifie qu'on
l'offre gratuitement à tout le monde. Si on veut en faire du commerce, les
moyens existent pour sécuriser les accès et les copies, il faut tout simplement
les mettre en oeuvre. A l'heure actuelle (et c'est peut-être une bonne chose) on
n'a que deux alternatives, ou bien on met ses créations dans un tiroir et on
vend, ou bien on offre."
Jacques Pataillot, conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young: "A
partir du moment où internet, par conception, est un 'monde ouvert', le problème
des droits d'auteurs est complexe. A mon sens, il y a peu de solutions à ce
problème."
Marie-Aude Bourson, créatrice de Gloupsy, site littéraire destiné aux nouveaux
auteurs: "Il est évident que toute création portée sur support électronique est
copiable. Malgré toutes les protections techniques qui seront inventées, il y
aura toujours un petit malin qui découvrira la clef pour copier le fichier.
Aussi, je ne crois pas qu'on puisse réellement protéger une oeuvre sur internet,
qu'il s'agisse d'un texte, d'une image ou d'une application. D'autre part, on
assiste à une réelle 'révolution' dans le domaine informatique: l'avènement du
logiciel libre qui marque un changement dans les mentalités qui s'étend au monde
de l'internet. Celui-ci se traduit à tous les niveaux: côté développeur de
logiciels et côté utilisateur. Les utilisateurs sont de plus en plus réticents à
payer un logiciel ou de l'info qu'ils peuvent trouver gratuitement ailleurs. Le
modèle économique est donc en train de changer: on ne paiera plus l'outil mais
le service... Malheureusement, ce système n'est valable que pour les logiciels.
Aussi, comment l'appliquer aux créations littéraires ou artistiques? Seuls les
droits moraux peuvent pour l'instant être reconnus (incrustation d'un copyright
sur les images, copyright moins évident pour les textes). Conclusion: on ne peut
pour l'instant que se reposer sur l'honnêteté de l'homme... fragile, donc. Une
expérience intéressante existe concernant la littérature: le lyber. Il s'agit de
présenter une oeuvre en lecture complète sur le web. Libre ensuite au lecteur
d'acheter l'ouvrage papier qui pourra rémunérer l'auteur. On part du principe
que le lecteur voudra conserver chez lui une trace de sa lecture s'il l'a jugé
vraiment digne d'intérêt. C'est ainsi un bon moyen d'éliminer les oeuvres de
mauvaise qualité. Pour ma part, je proposerais une solution intermédiaire:
proposer à la lecture sur le web le tiers du livre. Pour lire la suite, le
lecteur commande l'ouvrage papier. Car je crains qu'un lecteur ne veuille pas
forcément acheter un ouvrage qu'il a déjà lu entièrement... et l'auteur perd
ainsi une partie de sa rémunération, ce qui est dommage et n'encourage pas à la
création littéraire."
Jacky Minier, créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et
littéraires: "Le problème est simple. La solution l'est aussi. Avant l'invention
du net, les contrats d'édition ne tenaient pas compte de ce nouveau support, et
pour cause. Cette nouvelle interface fait craindre aux éditeurs la perte de
sources de profits par les risques de copies pirates. Mais quel est ce risque?
Est-il réel? Ce n'est pas un risque de 'manque à gagner', c'est une opportunité
de promotion. La plupart des gens qui accèdent à une oeuvre de manière illégale
sont des lecteurs ou auditeurs qui n'auraient sans doute jamais acheté l'oeuvre
en question, parfois même n'en auraient jamais entendu parler! Le simple fait
qu'ils aient l'opportunité de la lire (ou de l'écouter en MP3) - et de la faire
lire ou écouter à leurs amis - constitue de la promotion gratuite, du bouche à
oreille qui participe de la découverte et de la promotion des artistes. Les
grandes maisons de logiciels le savent bien, qui distribuent leurs programmes
entiers, gratuitement pour une période limitée. Ceux qui peuvent les acheter les
achètent, ceux qui ne peuvent pas les utilisent quand même et leur font de la
publicité quand le produit est bon. (Quand le produit n'est pas bon, ils ne
l'auraient pas acheté de toute manière!) Alors, où est le problème? Le seul
problème réside dans les prix prohibitifs pratiqués par les sociétés d'édition,
dans les marges commerciales de produits qui n'ont plus rien à voir avec la
création artistique ou les droits d'auteurs, mais relèvent de marketing, de
parts de marché, de ratios comptables et de marges de profits. Certains artistes
l'ont d'ailleurs parfaitement compris qui mettent leurs oeuvres directement sur
le net. En matière d'édition numérique, il suffit de créer des droits
spécifiques, distincts des droits relatifs aux éditions ordinaires sur support
papier. Le tatouage des oeuvres lors de l'impression personnelle est un
excellent moyen de limiter la diffusion d'impressions excessives. En même temps,
permettre cette impression pour utilisation personnelle est aussi un excellent
moyen de promotion de l'auteur et de son oeuvre. Même si c'est un exemplaire
gratuit. Et quand cet auteur (ou artiste) deviendra très connu, les mêmes
éditeurs papier qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu'ils
auraient à peine lu son manuscrit auparavant!"
Jean-Paul, webmestre du site des cotres furtifs, qui raconte des histoires en
3D: "Nous ne nous sentons pas concernés. a) S'il s'agit de 'respect', c'est une
question de morale et d'élégance, qui n'est pas suceptible de débat: sur la
toile comme ailleurs, on cite ses sources. Total respect. Pour la plupart
d'entre nous. b) S'il s'agit de 'droit d'auteur', on est dans le domaine
juridique, instable par essence. Le 'droit' d'auteur est une notion récente --
que les Français attribuent à Beaumarchais, homme d'ombres, d'affaires,
trafiquant d'armes et grand auteur. L'apparition du numérique, et donc du
clonage (qui pose un autre problème que celui de la copie, résolu depuis
longtemps), oblige à reconsidérer cette notion. c) S'il s'agit de 'droits
d'auteur' (au pluriel, donc), on est dans la sphère de l'économie, dont la
logique est connue: concurrence et rétention: devenir le premier de la classe,
empêcher les autres de le devenir. Et pas vu, pas pris.
Sony est éditeur de CD (audio et Rom) parce que ça rapporte. Et il fabrique des
graveurs (qui permettent de cloner ses propres CD, comme ceux de la concurrence)
parce que ça rapporte. Philips faisait de même, jusqu'au jour où il a vendu sa
division Polygram (que les lois de l'économie lui permettront de racheter le cas
échéant). 'Il ne suffit pas d'être grand pour être performant, mais, dans un
monde financier totalement mondialisé, ça aide. Surtout si on a l'ambition de
jouer les premiers rôles.' (Hervé Babonneau, Ouest-France du 6 août 1999). (...)
Bien que tangent à la sphère économique (il faut payer le nom de domaine, et
l'abonnement au serveur), notre cotre-espace (le site des cotres furtifs, ndlr)
ne s'y réduit pas, notre esprit n'est pas celui de la concurrence. Notre site
est en téléchargement libre, et nous téléchargeons les sites que nous trouvons
créatifs. C'est normal de cloner une oeuvre d'autrui pour en faire cadeau ;
c'est partager. Ce qui est dégueulasse, c'est de vendre ce clone. (...)
Copyright ou droit d'auteur, vision européenne ou vision américaine, qui va
l'emporter? Le principe de propriété privée. La propriété tabou de ceux qui ont
les moyens de la faire garder. Par l'OMC (Organisation mondiale du commerce) par
exemple, chargée de régler la question des 'droits' partout dans le monde (même
virtuel) et, espèrent-ils, pour toujours. Ceux dont la maison est sur le tracé
d'une future autoroute savent le prix réel d'un tabou. Alors les droits des
auteurs, créateurs, inventeurs... Mais si Orson Welles s'est fait bouffer par
les studios, Kubrick s'est méthodiquement rendu indépendant des mêmes. Peu
importe la loi que se fera tailler sur mesure Onc' Picsou. Les petits mammifères
ont bouffé les tyrannosaures, avec le temps. Et les anciens rois, qui tenaient
pourtant leur pouvoir des dieux, nous leur avons coupé la tête. En moins de
temps."
5.2. Le respect du droit d'auteur est essentiel
Barbara Grimes, directrice de publication de l'Ethnologue, encyclopédie des
langues, jusqu'en 2000: "Tous les copyrights doivent être respectés, de la même
façon que pour l'imprimé."
Caiomhín Ó Donnaíle, webmestre du principal site d'information en gaélique
écossais: "Je pense que la durée du copyright est beaucoup trop longue. A part
cela, je pense que le copyright devrait être respecté en général."
Nicolas Ancion, écrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique: "Je
ne vois pas de débat. Le droit d'auteur est un droit, il n'y a pas à revenir
là-dessus. La question intéressante est de savoir comment appliquer ce droit
inaliénable à la nouvelle réalité de diffusion des oeuvres. Mon point de vue est
très simple: l'auteur doit être rémunéré pour son travail. Mais il reste maître
de son oeuvre et peut aussi décider lui-même de céder ses droits gratuitement
(par exemple pour l'encodage en alphabet braille à destination des malvoyants)
ou de diffuser certains de ses textes gratuitement (ce que je fais sur
internet). Je tiens beaucoup au respect du droit de paternité de l'auteur, mais
je ne pense pas que tout échange sur cette planète doive être monnayé. Je suis
très heureux d'offrir des textes gratuitement. Mais je ne tolère ni le vol ni la
piraterie. Si quelqu'un vole un texte et le diffuse sous un autre nom, il commet
un délit grave, bien entendu."
Anne-Bénédicte Joly, écrivain qui auto-édite ses livres: "Le respect du droit
d'auteur, c'est la survie de la création. Le web, de par son universalité et la
grande facilité avec laquelle quiconque peut s'approprier ou copier ce qu'il
souhaite, constitue à n'en pas douter une limite à la diffusion de toute
création. Je suis réticente à l'idée de placer mes textes en exhaustivité sur la
toile car je crains les copies et plagiats. Je pense qu'il serait sans doute
astucieux de présenter par exemple les premiers chapitres d'un livre ou un
extrait puis d'inciter le lecteur à acquérir l'ouvrage sous forme papier ou sous
forme électronique grâce à une gestion sécurisée des moyens de paiement."
Naomi Lipson, écrivain multimédia, traductrice et peintre: "En tant qu'auteur,
j'aimerais que mes droits soient protégés, bien sûr. Mais rien ne semble plus
difficile aujourd'hui..."
Murray Suid, écrivain et auteur de logiciels éducatifs multimédia: "Je pense que
la solution est de créer des unités d'information ne pouvant être volées. En
d'autres termes, l'oeuvre qui est vendue doit avoir plus de valeur que sa copie.
Par exemple, il est pour le moment plus facile et meilleur marché d'acheter un
de mes livres que de le photocopier dans son intégralité. J'essaie donc de
concevoir mes livres de telle façon que toutes les pages aient leur utilité, et
non seulement quelques-unes. J'aimerais vendre mes livres en ligne - au format
PDF - mais je n'ai pas encore étudié la manière d'empêcher les acheteurs de
redistribuer les fichiers. Ceci est peut-être possible par le cryptage."
Bernard Boudic, responsable éditorial du serveur internet du quotidien
Ouest-France jusqu'en décembre 2000: "Les internautes ont tendance à penser que
c'est un droit d'obtenir tout gratuitement. Non! Le droit d'auteur doit être
respecté."
François Vadrot, PDG de FTPress, société de cyberpresse: "Ces débats sont
fondés. Certaines personnes, souvent d'ailleurs celles qui ont le pouvoir donné
par une institution d'appartenance, s'assoient sur le droit d'auteur, n'hésitant
pas à apposer leur nom sur un texte écrit par un autre. Chez FTPress, nous
appliquons grosso modo le principe de la GPL (general public licence) pour les
logiciels libres. Nos textes sont reproductibles gratuitement dans la mesure où
ce n'est pas fait dans des fins commerciales, et bien sûr sous réserve que la
source soit mentionnée. Quant aux auteurs des dits textes, ils sont rémunérés
normalement, avec un statut de journalistes, et également intéressés dans
l'entreprise, par le jeu de bons de souscription (alias stock options). Cet
intéressement aux résultats et à la valeur de l'entreprise complète la
rémunération traditionnelle du journaliste pour un texte destiné à une
publication déterminée. En contrepartie, FTPress ne paie plus les auteurs si le
texte est revendu à un tiers (qui en fait un usage commercial). Je pense que
c'est une solution à cette question dans le domaine de la presse. Mais c'est un
problème complexe et varié, qui ne peut trouver une seule réponse."
Robert Beard, co-fondateur de yourDictionary.com, portail pour les langues:
"L'accès libre n'est jamais gratuit, puisque ce sont des personnes salariées qui
développent les applications en accès libre appartenant au domaine public. Mon
site web est gratuit, et il n'était pas une affaire commerciale tant que
l'Université de Bucknell (située à Lewisburg, Pennsylvanie, ndlr) m'a versé un
salaire et m'a fait bénéficier de ses propres services d'accès à l'internet.
Maintenant que je prends ma retraite et que je dois retirer mes sites des
serveurs de Bucknell, j'ai eu le choix entre supprimer mes sites, les vendre ou
générer des revenus permettant de continuer cette activité. J'ai choisi la
dernière solution. Les ressources disponibles resteront gratuites parce que nous
offrirons d'autres services qui seront payants. Ces services seront basés sur
les règles du copyright pour garantir le versement des fonds à la bonne source.
En ce qui concerne le débat (et les actions judiciaires) sur les liens, je pense
qu'il y a excès dans l'application du copyright. Un lien vers un autre site
devrait appartenir au site qui crée le lien. Il est normal de créer des liens
vers d'autres sites web appartenant à un réseau public."
Guy Bertrand, directeur scientifique du Centre d'expertise et de veille
inforoutes et langues (CEVEIL, Québec): "Il est très important de respecter le
droit des auteurs et c'est aux auteurs de décider de ce qu'ils veulent en faire.
Le web accorde une place de plus en plus grande à la gratuité des usages. Les
auteurs ne sont pas tenus de s'y plier, mais de plus en plus d'auteurs s'y
adaptent volontairement et avec profit. Les modèles d'affaires sur le web
évoluent très rapidement et n'ont pas fini de le faire. De nouveaux modèles
d'affaires se développeront et la place de la gratuité y sera forte, mais les
droits des auteurs devront être respectés de façon innovatrice de la part des
auteurs et des fournisseurs de services et de contenus."
Cynthia Delisle, consultante au CEVEIL: "Les droits d'auteur devraient
idéalement faire l'objet du même respect sur le web que dans d'autres médias, la
radio ou la presse par exemple. Cela dit, internet pose à ce niveau des
problèmes inédits à cause de la facilité avec laquelle on peut (re)produire et
(re)distribuer l'information à grande échelle, et aussi en raison de la
tradition de gratuité du réseau. Cette tradition fait, d'une part, que les gens
rechignent à débourser pour des produits et services qu'ils trouveraient tout
naturel de payer dans d'autres contextes et, d'autre part, qu'ils ont peut-être
moins d'états d'âme, dans le contexte du net, à utiliser des produits piratés.
La problématique du respect des droits d'auteur constitue, à mon sens, un des
enjeux majeurs pour l'évolution du réseau, et il sera certainement très
intéressant de voir les solutions qui seront mises de l'avant à cet égard."