Nous avons recherché si les Hongrois sont venus de l'Asie du nord-ouest
ou du nord de l'Europe et s'ils ont suivi à travers la Russie la route
que leur assignent plusieurs écrivains; nous avons vu que cette opinion
n'était pas fondée. En outre nous avons établi ce fait qu'une tribu
hongroise occupait la Transylvanie dès le cinquième siècle, fait qu'il
est impossible d'expliquer si on admet que les Hongrois se rattachent à
la race ouralienne.
En examinant les langues finnoise et magyare, nous avons reconnu que les
racines et les mots primitifs n'avaient aucune analogie, et nous avons
dit, avec Schlœzer, que ces idiomes ne s'étaient pris mutuellement qu'un
nombre restreint d'expressions. Nous avons signalé entre les deux
langues des rapports qui existent d'ailleurs entre plusieurs langues
asiatiques; mais nous avons vu que les caractères spéciaux de la langue
hongroise, les particularités par lesquelles elle se distingue des
autres idiomes, ne se retrouvent pas dans les langues finnoises. Nous
avons cité l'expérience décisive de Sajnovicz, qui démontre que le
hongrois et le finnois sont étrangers l'un à l'autre, car il est
impossible qu'un idiome qui s'est médiocrement altéré en dix siècles ait
subi une transformation complète en cinquante-six ans.
Comparant ensuite les deux races, nous avons rappelé que la race
finnoise a été constamment passive et sans importance, et que le peuple
hongrois est au contraire éminemment historique. Nous avons dit que la
physionomie des Hongrois dénote leur origine orientale, et que la langue
hongroise a le caractère poétique des langues de l'Orient. Enfin nous
avons cité plusieurs expressions populaires et quelques mots primitifs
qui manquent aux Finnois, et qui indiquent d'une matière certaine que
les Hongrois ont dû habiter les contrées méridionales de l'Asie.
Nous croyons donc avoir démontré que les Magyars sont étrangers à la
race ouralo-finnoise.
Nous avons reconnu, avec les traditions hongroises, avec les historiens
hongrois, bysantins, allemands, italiens et français, que les Hongrois
appartiennent à cette nation belliqueuse qui a paru en Europe, au
cinquième siècle sous le nom de Huns, et au sixième sous celui d'Avars.
En étudiant dans l'histoire les mœurs et les croyances religieuses de la
nation hunnique, nous avons signalé chez cette nation certains
caractères communs à tous les peuples asiatiques. Il nous a semblé juste
de dire qu'elle n'a pas été aussi barbare que les historiens l'ont
prétendu.
Enfin nous avons recherché l'itinéraire suivi par les peuples hunniques.
Nous les avons montrés aux frontières de la Chine, en Perse et au
Caucase. De plus nous avons constaté, d'après Csoma, les analogies des
langues hongroise et tibétaine.
Tous ces faits sont venus corroborer l'opinion que nous avions émise en
examinant la langue et la physionomie des Hongrois.
Nous nous sommes donc convaincu que la nation hunnique se rattache à ce
groupe nombreux de peuples nomades que les historiens orientaux
appellent indistinctement Turcs, c'est-à-dire Émigrants, et qui errèrent
long-temps dans l'Asie centrale; peuples qui furent refoulés par la race
mongolique, se jetèrent en partie sur l'Europe, en partie sur l'Asie
occidentale, et dont les plus fameux sont aujourd'hui les Afghans, les
Persans, les Tcherkesses et les Ottomans.
Nous sommes confirmé dans cette pensée lorsque nous comparons les dates
des invasions hunniques avec celles des invasions ottomanes. Ces
migrations, qui suivent des voies différentes, sont motivées par la même
cause, l'irruption des Mongols. Ceux-ci apparaissent derrière les
Hongrois et viennent porter l'effroi, au treizième siècle, jusque dans
l'Europe orientale.
Il reste à étudier l'histoire des peuples hunniques dès leur séjour en
Asie, en les séparant des autres peuples nomades, à montrer leurs
principaux établissements, et à rechercher les détails et les résultats
de leurs invasions diverses. C'est une lacune que nous tenterons un jour
de remplir.