avec des gens de Ségou, fut le prétexte d’une guerre qui éclata en
1810[82] et dans laquelle Da fut assez heureux pour conserver comme
tributaire le Fouta, c’est-à-dire la partie du Macina située
sur la rive droite du Niger, tout en maintenant sa suzeraineté
sur le Macina proprement dit, situé sur la rive gauche du Niger,
avec Ténenkou comme capitale. Cependant, en 1828, Ahmadou Cheikh,
fils d’Ahmadou Amat Labbo, conquit, dans des circonstances qu’on
n’a jamais pu nous expliquer, le Djenné sur le Ségou.
Da fut le dernier roi du Ségou qui fit la guerre aux Kouroubari
du Kaarta. La paix termina heureusement une série de guerres qui,
commencée sous le règne de Nji, vers 1796, ne se termina que vers
1829, quelques années avant le voyage d’Anne Raffenel.
L’origine de ces guerres entre les Bammana-Kouroubari et les
Bammana-Diara date, comme nous l’avons vu, de 1796, époque où
Daisé, roi du Kaarta, voulait prêter main-forte à Nianancoro
contre Mansong, mais la querelle sourde, l’hostilité permanente,
date de l’arrivée au pouvoir des fils de Kaladian.
On se souvient que le roi institua souverain d’une partie du
Bélédougou son fils Sakhaba, qui résida à Sountian, près de
Mourdia. Sakhaba sut conserver le pouvoir et le transmit à ses fils,
lorsque vers l’an 1700 Bitton ou Tigui-Tou, petit-fils de Dansafari,
fils de Kaladian, voulut réunir sous son sceptre tous les États
Bammana et fit la guerre aux descendants de Sakhaba.
Foulikoro, petit-fils de Sakhaba, fut tué dans un combat contre
Bitton, et le frère de Foulikoro, nommé Seybammana, dut s’enfuir
devant Bitton et se réfugier dans le Khasso, où il fut élu roi.
Il ne restait donc personne pour gouverner le Kaarta. C’est alors
que les Kouroubari se donnèrent comme chef Sébé Kouroubari, connu
surtout sous le nom de Sébé Massa[83]. Ce chef donna son nom à
la dynastie. Il régnait à Nioro en 1754 et eut comme successeur
Daisé Kouroubari, qui régnait dans le Kaarta lors du passage de
Mungo-Park en 1796. Les noms des successeurs de Daisé nous ont été
transmis par Raffenel, ainsi que l’histoire moderne détaillée du
Kaarta. Nous nous bornerons à ajouter que les Massa-si ont conservé
le pouvoir jusqu’à l’apparition d’El-Hadj Omar. A cette époque
c’était Mahmady Kandian Kouroubari Massa-si[84] qui gouvernait
Nioro. Ses descendants se sont réfugiés depuis sur la rive gauche du
Sénégal, et Mari Ciré Kouroubari Massa-si, héritier présomptif,
habite encore un village près de Fatafi, sur les confins du Gangaran.
1830 à 1842. — Tiéfolo, fils aîné de Mansong, succède à son
frère. Il n’arrive au pouvoir qu’après le cadet, à cause d’une
question de priorité d’heure d’arrivée des courriers. Tiéfolo
était né le même jour que Da, mais était fils d’une autre mère,
réputée de moins bonne famille que la mère de Da.
C’est pendant que Tiéfolo était au pouvoir qu’El-Hadj Omar passa
à Ségou revenant de La Mecque. Tiéfolo fit arrêter le pèlerin et
le fit mettre aux fers, mais il dut céder aux instances des musulmans
influents qui lui représentaient cet acte comme devant lui porter
malheur et mettre El-Hadj en liberté. Tiéfolo mourut après 12 ans
de règne.
1842 à 1848. — Kériengolé, dont nous ne connaissons pas le
degré de parenté avec Mansong, succéda à Tiéfolo. Son règne,
qui dura 7 ans, ne fut troublé que par une guerre qu’il soutint
contre le nord du Bélédougou et principalement avec Mourdia.
1848 à 1849. — Nialouma Koua, frère de Kériengolé, ne régna
que 9 mois. Il eut pour successeur :
1849 à 1855. — Massala Demba, qui régna 6 ans.
1855 à 1859. — Le septième fils de Mansong, Torocoro Mary Diara,
monte sur le trône. Pendant son règne il entra en pourparlers avec
des émissaires d’El-Hadj Omar, déjà très puissant, pour la
soumission du Ségou, ce qui fit naître un mécontentement général
dans le Ségou et coûta la vie à Torocoro, qui mourut empoisonné
en 1859.
1859 à 1861. — Aly Diara, huitième fils de Mansong, succède à
son frère Torocoro Mary Diara.
Ce prince lutta avec énergie contre El-Hadj Omar, et, malgré la
soumission du Kaarta que le prophète venait d’obtenir sur Mahmady
Kandian Kouroubari, Aly Diara résista.
Il se fortifia dans Oïtala, mais El-Hadj Omar, après des alternatives
de revers et de fortune, s’en empara et occupa Sansanding.
A ce moment Aly Diara obtint d’Ahmadou Cheikhou, fils d’Ahmadou
Cheikh et petit-fils d’Ahmadou Amat Labbo, une armée de 15000 hommes
qui lui arriva sous les ordres d’un oncle d’Ahmadou Cheikhou,
nommé Ba Lobbo. Mais l’armée bambara-macinienne fut battue,
et cette victoire donna l’entrée du Ségou à El-Hadj Omar (10
mars 1861).
El-Hadj Omar procéda immédiatement à la réorganisation du Ségou,
et institua Ahmadou, son fils aîné, roi du Ségou. C’est lui que
visitèrent Mage et Quintin, Gallieni, Soleillet, etc., et que le
colonel Archinard vient de battre successivement à Ouosébougou,
Kalé, Koniakary et Nioro.
A la prise du Ségou, au commencement de 1890, Ahmadou, coupé du
Ségou, habitait le Kaarta et le Nioro, et son fils aîné, Madané,
gouvernait le Ségou. A l’approche des troupes du colonel Archinard,
Madané prit la fuite et se réfugia dans le Macina.
Quant à Ahmadou Cheikhou, l’allié d’Aly Diara, battu à
Saëwel par El-Hadj Omar, il s’enfuit vers Tombouctou et fut fait
prisonnier peu après par Alpha Oumar, lieutenant d’El-Hadj, qui
le fit décapiter. La dynastie d’Ahmadou Amat Labbo et celle de
Ngolo Diara furent donc toutes les deux anéanties par El-Hadj Omar,
qui donna le Ségou à son fils Ahmadou, tandis que le Macina tomba
entre les mains de Tidiani, son neveu.
FAMILLE SOUSOU OU SOSO
LES SOUSOU OU SOSO[85]
Actuellement le pays où habitent les Soso est compris entre le
rio Pongo au nord, les rivières Scarcies au sud, l’Océan à
l’ouest ; le Benna, le Tambourka et quelques autres provinces les
plus occidentales du Fouta-Djallo forment sa limite à l’est.
Il est traversé, dans toute son étendue, par la chaîne des monts
Soso, qui le divise en deux parties bien distinctes : le bas pays,
compris entre le versant occidental et la mer ; le haut pays, formé
par les plateaux et le versant oriental.
Les Soso ne sont pas autochtones. Leur occupation ne remonte pas bien
loin dans le passé ; leurs dernières invasions sont même de date
relativement récente ; ce qui ressortirait assez d’ailleurs,
à défaut d’autres preuves, de l’attitude orgueilleuse,
conquérante et hostile qu’ils ont conservée envers leurs voisins,
anciens maîtres du sol, dépossédés par eux. Qui étaient-ils ces
Soso vainqueurs ? D’où étaient-ils venus ? A quel grand groupe
des noirs soudaniens appartenaient-ils ? Et par quelle série de
migrations sont-ils devenus définitivement les maîtres du haut
et du bas pays ? Autant de questions qu’il paraît d’abord bien
difficile de résoudre.
La première mention que font les historiens arabes des Sousou ou
Soso se trouve dans Ebn Khaldoun, tome II, page 110 : « On rapporte,
dit-il, que, du côté de l’Orient, les Ghana avaient pour voisins
les Sousou ou Ceuseu ».
Puis, nous trouvons dans El-Békri, an 1203-4 (600 de l’hégire) :
« Le Ghanata, très affaibli, est pris par les Sousou, une des tribus
parentes des Wakoré ».
D’après ces auteurs, il serait donc établi qu’au commencement
du XIIIe siècle, les Sousou habitaient à l’orient du Ghanata et
qu’à cette époque ils s’emparèrent de ce pays.
Puis nous savons également, par Ahmed Baba, que pendant le règne de
Mari Diara Ier, entre les années 1235 et 1260, ce dernier s’empara
sur eux du Ghanata, ce qui réduit leur domination à une cinquantaine
d’années environ.
D’où venaient ces Sousou ou Soso, voisins du Ghanata, dont
parlent Ebn Khaldoun, El-Békri et Ahmed Baba ? L’histoire ne nous
l’apprend pas, et nous ne pouvons que conjecturer sur leur origine.
Ils sont Mandé ; leur langue a été étudiée, il est impossible
d’en douter. Il est fort probable qu’ils vivaient parmi les autres
Mandé depuis fort longtemps déjà. Nous sommes cependant porté à
croire que dans les temps les plus reculés les Soso vivaient dans
le Sankaran, où l’on retrouve leur trace, et que ceux dont nous
parlent les historiens arabes n’étaient qu’une fraction. Ils
ont dû remonter le Niger, s’établir vers la limite des Senhadja,
puis, profitant de l’affaiblissement des peuples berbères et aidés
des Mandé (qui plus tard ont formé les Sonni-nké), ils ont dû
s’emparer du Ghanata et y prendre le pouvoir.
Chassés par Mari Diara, à la tête de conquérants de même race
qu’eux, qu’ont-ils pu devenir ?
A partir de cette époque, et à mesure que ces peuplades
s’éloignent des centres musulmans, les historiens arabes deviennent
muets.
Toutefois, si l’on considère, d’une part, qu’il leur fut
certainement impossible de continuer leur migration vers le nord,
défendu par les Berbères-Touaregs, et que pour se diriger vers
l’est ils auraient dû traverser les peuples mandé qui venaient
de les subjuguer ; si, d’autre part, on considère que de nos jours
la Haute-Gambie, la vallée du Bakhoy et du Bafing sont peuplées par
des hommes d’origine soso, on est obligé de conclure que les Soso
vaincus se portèrent vers l’ouest.
Le docteur Quintin et le général Faidherbe nous apprennent du
reste que dans le courant du XIIIe siècle les Soso émigrèrent
sur le Haut-Sénégal et qu’ils y restèrent jusqu’au moment de
l’invasion du Fouta par les Dénianké (esclaves peul métissés de
Mandé), sous les ordres de Koli. Ces Dénianké, poussés eux-mêmes
par les Sonr’ay vainqueurs, refoulèrent les Soso ou Socé à
travers le Bondou, le Bambouk, le Ferlo, le Sine, et le Saloum, vers
la Haute-Gambie et la Casamance (cela se passait vers la fin du XVe
siècle ou le commencement du XVIe). Peut-être même les Diallo-nké
se rattachent-ils aux Soso ou Socé ? Je l’ignore. Tant que l’on
n’aura pas étudié les noms de famille (diamou) de l’une et
de l’autre famille, il me paraît impossible de se prononcer avec
quelque certitude.
Nous avons dit plus haut qu’une partie considérable des Soso,
au lieu de remonter au nord, en suivant le cours du Niger, avait
dû rester dans les environs du Sankaran. Cette fraction importante,
devenue musulmane, s’est peu à peu portée vers l’ouest ; nous
avons pour nous guider des traces manifestes laissées par elle dans
le Solimanah, le Kimba, le Tamisso, le Tambourka et le Benna. On peut
observer sa marche lente, mais victorieuse, refoulant devant elle les
tribus fétichistes des Timéné, des Landouman, des Nalou, des Baga,
des Boulam, etc., auxquelles nous n’hésitons pas à assigner une
origine commune. C’est-à-dire que nous pensons qu’elles ne sont
pas autre chose que des tribus détachées de la grande famille mandé.
L’époque et les causes de leurs migrations remontent assez haut
dans le passé pour que la filiation semble se perdre dans cette
obscurité du temps, mais les caractères linguistiques nous aident
singulièrement à rétablir la chaîne interrompue.
Vers la fin du XVIe siècle, les Soso eurent des luttes terribles
à soutenir contre les peuples que nous venons d’énumérer ;
le souvenir en est encore conservé par leurs griots. Enfin, ils
luttèrent également contre les Foulbé du Fouta-Djallo, et leur
soumission (?) ne date que du siècle dernier.
FAMILLE MANDÉ-MALI
L’histoire des Mandé-Mali-nké est l’histoire générale des
peuples de même origine qui ont concouru à la formation du puissant
empire de Mali.
Par son nombre, cette fraction semble pourtant avoir occupé une
situation prépondérante dans l’empire de Mali, auquel elle a
donné son nom.
Au moment de la désagrégation du royaume de Mali sous le règne
du roi sonr’ay Askia Mohammed (commencement du XVIe siècle) nous
avons vu plus haut que le Mali se divisa en cinq groupements ou
gouvernements autonomes.
Les Mali-nké, dispersés un peu partout dans les pays tributaires du
Mali, durent probablement chercher à se concentrer et se retirèrent
vers les pays où habitaient les gens de la même fraction qu’eux,
c’est-à-dire vers le Haut-Niger et les pays qui constituent
actuellement les provinces méridionales des États de Samory.
Seules quelques fractions de Malin-ké étaient encore fixées le
long du Niger, vers Ségou, et occupaient les rives du Bakhoy et
le Fouladougou.
Elles prirent même part à la lutte mémorable entre Ngolo et Sagoné,
lutte qui mit le Soudan occidental à feu et à sang pendant plusieurs
années vers le milieu du XVIIIe siècle.
Plus tard, vers la fin du XVIIIe siècle, Mansong, roi des Bammana
du Ségou, vint attaquer sans succès Bangassi, leur citadelle du
Fouladougou, puis ni l’histoire ni la tradition ne nous transmettent
plus de faits saillants jusque vers la première moitié du XIXe
siècle, époque des luttes de Kankan Mahmady avec les Siène-ré du
Tengréla et le Ouassoulou (voir le chapitre _États de Samory_).
FAMILLE MANDÉ-DIOULA
Nous avons vu comme l’avènement de la dynastie des Sonni sur
le trône sonr’ay-mandé a donné naissance à la famille dioula
en 1350.
Cette fraction ne paraît pas avoir été bien nombreuse à
l’origine, disent les Dioula eux-mêmes ; ils ne comptaient que
cinq familles : les Da’ou, les Kérou, les Barou, les Touré[86]
et les Ouattara.
La tradition conservée par les gens de Kong dit que les Dioula
voulaient bien faire partie des gens de Mansa Sliman, mais dans leur
adhésion il y avait une clause par laquelle ils n’abandonnaient
pas leurs droits au commandement. C’est probablement pour cette
raison que nous les voyons, sous le règne de ce sultan, gouverner
plusieurs provinces.
Ahmed Baba mentionne dans la presqu’île un des gouverneurs sous
le nom de _Ouattara_ Koy ; deux dans le Bendougou sous les noms de
_Touré_ Koy, _Da’ou_ Koy ; et enfin un autre sur la rive nord
du Niger sous le nom de _Barou_ Koy. Un _Kérou_ Koy est mentionné
également par l’historien arabe ; mais comme l’orthographe du
nom laisse à désirer et que sa lecture n’est pas absolument sûre,
nous n’avons cru devoir le citer que pour ordre.
A ces familles se sont jointes, au moment de la scission avec les
Sonni-nké, diverses autres familles :
Une deuxième famille ouattara, les Sakhanokho, les Sissé, les Kamata,
les Kamakhaté, les Timité, les Daniokho.
Les deux familles ouattara et Sakhanokho se disent apparentées
aux Diawara ; elles ont le même tenné que les Diawara Sagoné :
la tête de chèvre.
Les Dioula sont à classer parmi les premiers peuples mandé qui ont
adhéré à l’islamisme. Habitant les environs de Djenné, région
qu’on pourrait appeler le berceau de la civilisation musulmane
du Soudan, les Dioula se sont adonnés principalement au commerce ;
ils s’érigèrent peu à peu en ligue commerciale, fondèrent de
nombreuses colonies et acceptèrent dans leur sein d’autres Mandé
comme adhérents.
On trouve parmi eux des Diara, des Kouroubari, des Sakho, des Bamba,
des Diabakhaté, des Traouré.
A l’époque de la désagrégation du Mali, vers 1500, à la suite
des victoires de Mohammed Askia, et plus tard vers la fin du XVIe
siècle au moment de la conquête marocaine, de nombreuses fractions de
Mandé-Dioula quittèrent le Bendougou, le Mianka et le Kénédougou
et vinrent se fixer dans le Follona, le Kouroudougou, le Tagouano et
surtout le Ouorodougou.
La plupart des Dioula prirent parti pour Sagoné dans la lutte contre
Dabo ou Ngolo, de 1748 à 1754. Mais, à la mort de Sagoné, craignant
les représailles du parti vainqueur, les colonies qui occupaient
le Ségou avec une partie des Dioula du Bendougou émigrèrent à
travers le Dafina et se fixèrent dans le Mossi.
Ngolo, n’ayant pas réussi à entraver le mouvement d’émigration
et voyant échouer tous ses moyens de conciliation, se décida à
aller leur faire la guerre pour tâcher d’obtenir des Dioula leur
retour sur le Niger.
La première expédition fut impuissante et nous savons que Ngolo
tomba malade et mourut pendant la seconde, en 1787.
Quand Mansong succéda à son père Ngolo, les premières années
de son règne furent occupées à se disputer le pouvoir avec son
frère Niancoro, puis à expéditionner contre Daisé Kouroubari et
les Mali-nké du Fouladougou. Ces circonstances ayant porté, pendant
près de quinze ans de règne, le théâtre des opérations de guerre
vers l’ouest, il est tout naturel de voir Ahmadou Amat Labbo fonder
le Macina et Sékou Ouattara créer un empire dioula à Kong ; 1790
est en effet la date de la prise de Kong par Sékou Ouattara.
Aujourd’hui les Dioula ou Dioura constituent en quelque sorte un
peuple. Tous les Mandé qui ne sont pas musulmans sont pour eux
des Bambara, ce qui équivaut à infidèle, mais il ne faudrait
pas croire que s’il s’agissait de s’emparer du pouvoir, ils
renieraient leurs compatriotes mandé et qu’ils ne seconderaient
pas les Bammana ou les Mali-nké.
A part l’État mandé-dioula de Kong, il existe des régions
entières peuplées de Dioula et de nombreuses colonies disséminées
un peu partout. Le Djennéri, le Macina, le Mossi, le Mianka[87],
le Bendougou, le Kénédougou, le Follona, le Diammara, le Tagouano,
le Kouroudougou et le Ouorodougou renferment des colonies dioula
très puissantes. Dans toutes les autres régions et surtout dans les
centres commerciaux on trouve toujours des familles de Dioula : il y
en a qui se sont infiltrées jusque vers le golfe de Guinée. On en
rencontre quelques-unes à Krinjabo, et j’en ai vu une à Yacassé
sur le Comoë et une autre à Mouosou (Grand-Bassam).
Quand on sait parler le mandé il est rare de ne pas trouver de
gens pouvant vous servir d’interprète, surtout dans les pays où
il existe un mouvement d’affaires. Le voyageur qui avec le mandé
saurait parler le haoussa et l’arabe serait à même d’aller sans
interprète du cap Vert en Égypte.
Le Dioula est en général musulman ; il ne s’occupe que de commerce,
d’industrie et de culture. En principe, il ne fait la guerre que
pour défendre l’intégrité de son territoire ou pour se venger
de rapines, d’exactions ; rarement la guerre a pour but la chasse
à l’esclave.
Les Dioula n’ont pas à proprement parler de tenné, et ceux qui
en ont n’observent pas les sottes coutumes qui se rapportent à
ces pratiques.
Ils conviennent, à Kong, que ceux qui ont imaginé la coutume
des tenné étaient des gens bien simples, voire même des malins,
disent-ils, car on ne trouve jamais comme tenné le bœuf, le mouton
ou tout autre animal comestible, à moins qu’il ne soit d’une
rareté telle qu’il soit introuvable, comme un bœuf absolument noir,
n’ayant pas un poil de blanc !
Quelle douce privation, en effet, que de se passer de la fantaisie
de manger ou de toucher :
Un merle métallique,
Du vautour urubus,
Un petit-sénégalais (oiseau),
Du boa,
Du trigonocéphale,
Du lion,
Un légume sauvage qui ne rentre jamais dans l’alimentation
courante,
Du lait de fauve,
Ou une certaine variété de mouche !!
Les Dioula l’ont si bien compris, qu’ils ont laissé tomber les
tenné dans l’oubli.
Ils se sont également affranchis de la tyrannie des griots, ces
chanteurs qui pullulent à la cour du moindre souverain, et qui par
les rues chantent les grossières louanges de leur maître. Aussi
n’en voit-on chez eux que bien rarement, ce qui prouve un état
de supériorité bien marqué sur les autres branches de la famille
mandé.
Les Mandé-Dioula se marquent tous d’une façon uniforme : trois
larges entailles partant des coins de la bouche et se terminant en
éventail à hauteur de l’oreille. Certains d’entre eux, les
Barou entre autres, ajoutent une petite virgule sur la joue gauche et
quelquefois sur la joue droite. (Consulter aussi le chapitre _Kong_.)
NOTES :
[Note 1 : Le bonnet dit _mafou_ a la forme d’une toque ; il est en
coton brodé en losanges, de couleurs diverses. C’est la coiffure
favorite de Naba Sanom et des nabiga de Waghadougou.]
[Note 2 : En quittant le Soudan français je ne savais parler que
le bambara, dialecte mandé sur lequel j’avais publié un petit
essai en 1886 ; j’ai dû par la suite me perfectionner dans cette
langue, et en arrivant à Kong je le parlais très bien. Entre temps
j’avais appris le siène-ré, et en arrivant dans le Mossi je ne
possédais qu’un vocabulaire d’une cinquantaine de mots mossi,
ce qui était loin d’être suffisant pour s’exprimer. Mon court
séjour dans ce pays et la pénurie d’interprètes m’empêchèrent
de m’y perfectionner autant que je l’aurais désiré, de sorte
que je ne parlais qu’imparfaitement le mossi et comprenais peu ou
pas le gourounga. J’ai essayé de me constituer un vocabulaire,
mais la diversité des idiomes et les nombreuses préoccupations de
tout genre m’en ont empêché. Dans certains villages j’étais
très embarrassé et bien moins fier que dans le Mossi, où je servais
d’interprète à mes hommes.]
[Note 3 : C’est la seconde fois que je trouve des arachides de cette
espèce ; la première fois c’était à Niélé. Les coques sont bien
pleines, comme des arachides du Cayor et de la Casamance, mais elles se
différencient par leurs dimensions, qui se rapprochent des arachides
de bas prix du Bas Sénégal, et par leur couleur, qui est d’un
rouge sang très accentué qui les fait reconnaître immédiatement.]
[Note 4 : Le _bombo_ est une farine de petit mil passé au feu avant
d’être moulu et mélangé de piments rouges pilés et délayés
dans de l’eau. Cette boisson est offerte comme bienvenue aux
voyageurs. Dans tous les pays du Soudan où les gens sont tant soit
peu civilisés, il est de règle de ne vous poser de question sur
votre voyage que lorsqu’on a bu le bombo.]
[Note 5 : En mossi et en dagomba : habitation de l’imam.]
[Note 6 : Le _banan_ est un hangar couvert en chaume où se tiennent
les réunions d’oisifs pendant certaines heures de la journée. Dans
beaucoup de villages, ce hangar est remplacé par un échafaudage
placé au pied d’un bombax (banan). C’est par extension que le
hangar porte le même nom que l’arbre.]
[Note 7 : Pendant cette saison il est très rare de trouver un arbre
ou un endroit à portée du village pour y établir un campement ;
tous les terrains sont cultivés.]
[Note 8 : En mandé : _sérouba_.]
[Note 9 : Au Sénégal on donne le nom de Petite Côte à la partie du
littoral comprise entre Rufisque et l’entrée de la rivière Saloum.]
[Note 10 : En mampoursa on appelle le _mor’_ (langue du Mossi) :
_moteri_. Ex. : _a oum la moteri_, « il entend le mossi ».]
[Note 11 : Il s’agit du lieutenant allemand von François.]
[Note 12 : Dans le Mampoursi, on appelle le mor’ (langue du Mossi) :
moteri. Ex : _a oum la moteri_ « il entend le mor’ ».]
[Note 13 : Touré est bien un _diamou_ mandé, car il est porté
par des fétichistes kagoro qui n’ont jamais mis le pied dans
le Haoussa. Je fais cette observation pour les étymologistes qui
pourraient dire que Touré vient de _Ba-touré_, homme étranger,
en haoussa. On pourrait en effet supposer que le _ba_ est tombé par
l’usage, comme devant Ba-Haoussa, homme du Haoussa ; mais ici ce
n’est pas le cas, Touré est bien un diamou mandé.]
[Note 14 : L’expression _maître_ est très souvent employée par
les femmes à l’égard de leur mari. Jamais elles ne se permettent
de l’appeler par son nom ou de l’appeler : mon mari ; quand elles
parlent de lui, elles l’appellent _lui_, l’_hôte_, _celui-ci_,
s’il n’a pas de titre connu, _chef de village_ ou _instituteur_,
etc. Elles disent en parlant de lui : c’est l’homonyme de _Moussa_,
de _Mouktar_, etc.]
[Note 15 : Ce qui veut dire : « riz blanc des deux femmes du même
mari ». Cette variété de riz est bien connue dans tout le Soudan
et elle est très appréciée.]
[Note 16 : La propriété foncière n’existe pas : elle n’est
que momentanée, la terre étant réputée appartenir au naba de
Nalirougou, personne ne peut l’aliéner.]
[Note 17 : Le prix des ânes varie à Oual-Oualé entre 30000 et
50000 cauries.]
[Note 18 : Il pourrait très bien se faire que ces traces relativement
petites soient celles d’une variété de petits hippopotames et non
de jeunes animaux comme je le suppose. Cependant les noirs de tous
les pays que j’ai visités citent comme mœurs particulières de
l’hippopotame que dès qu’une femelle a mis bas un jeune mâle
elle est forcée de fuir avec le petit pour échapper aux mâles
adultes, qui tueraient le jeune. Comme à côté des petites traces
je n’ai jamais observé celles de la mère, j’en conclus que
si l’on n’est pas en présence d’une variété plus petite,
la femelle doit abandonner son petit dès qu’il est sevré pour
retourner auprès des mâles adultes, qui se tiennent dans les grands
cours d’eau seulement.]
[Note 19 : Mot dagomsa qui correspond à « hameau », en opposition
à _tenga_, qui est toujours la résidence d’un naba.]
[Note 20 : Le séné est un petit arbuste qui porte des fruits
offrant de la ressemblance avec la mirabelle, c’est le _Ximenia
americana_. L’épicarpe du fruit est astringent, et la pulpe est
légèrement purgative. Le noyau est lisse, et l’amande douce et
bonne à manger.]