L’identité des _Tekrour_ et des _Melli_ est prouvée par

ce fait que Maqrizy donne au premier roi des Tekrour le nom de

Serbendanah, qui paraît être le même que Bermendana, porté,

suivant Ebn Khaldoun, par le premier roi des Melli. Puis, d’après

El-Békri, en l’an 460 de l’hégire (1067-68) les rois de Ghana

étaient encore païens. Ouaqaïmagha, fondateur de cet État,

avait pour fonctionnaires les _Ouakoré_ (Ouakoré, Wangara,

noms sous lesquels certains peuples, entre autres les Haoussa,

désignent aussi aujourd’hui les Mandé) ; il eut pour successeur

_Tonka-ménin_. El-Békri nomme un des rois régnants : _Kanda_. Là

également nous trouvons trois noms mandé. _Ouakoré_ est aussi, de

nos jours, employé un peu partout. _Tonka_ est encore aujourd’hui

le titre que prennent les souverains sonni-nké, et le mot _Kanda_ se

retrouve également dans ce même dialecte ; il signifie « pays »,

royaume et quelquefois chef.

En 1885-1886 j’ai collaboré avec mon regretté maître le général

Faidherbe à un ouvrage intitulé _Langues sénégalaises_, comprenant

l’étude du wolof, de l’arabe-hassania, du sonni-nké et du

serère (Leroux, Paris, 1886). J’ai sans difficulté réussi à

me convaincre que le sonni-nké est un dialecte mandé dans lequel

rentrent en outre dans la proportion de 25 pour 100 des mots arabes et

poular. Ce contact avec les Arabes et les Foulbé prouve que c’est

dans le Bakhounou (l’ancien Baghéna) et sur le cours moyen du Niger

que les Sonni-nké ont dû vivre avec les Arabes et les Foulbé. Ce

qui tendrait encore à le prouver, c’est que le shetou, parlé

à Tichit, près de l’Adrar, et dont Barth a donné un spécimen

dans la _Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft_,

t. IX, 1855, p. 846 et 847), n’est autre chose qu’un dialecte

sonni-nké. Cette note est intitulée : _Der verlorene Sohn in der

Sprache von Shetun ku Sefe oder der Azarareye Sprache_.

Ce qui est certain, et Barth est formel sous ce rapport avec

El-Bekri, c’est que les Wakoré (Mandé), comme ils les appellent,

constituaient l’élément principal de la population du renommé

royaume de Ghanata (Baghéna)[71].

Se trouvant dans une région aussi près de celle des Maures et

des Foulbé, il n’est donc point extraordinaire que les familles

régnantes ou dirigeantes appartenaient ou étaient mélangées de sang

peul. En tenant compte de cette promiscuité d’éléments nègres,

berbères, arabes ou peul, il est facile de comprendre pourquoi Léon

l’Africain dit en parlant de leur origine : _della stirpe di Libya_,

et que cet historien les fait correspondre aux _Leucoæthiopes_

de Ptolémée[72].

De ce que nous venons de dire, il ressort clairement que le Ghanata

était habité par des Wakoré (Mandé), et que, d’après nos propres

recherches, leurs noms de familles, titre de roi, etc., se retrouvent

actuellement sans altération dans la famille des Sonni-nké[73].

Il est aussi certain qu’à cette époque cette famille ne portait

pas encore le nom de Sonni-nké.

En 1607, El-Békri, après avoir cité Ouqaïmagha, parle de

Tonka-Ménin et d’un autre chef nommé _Kanda_, ce qui prouve que

les Wakoré, qui étaient fonctionnaires à la cour de ce premier

chef, sont arrivés peu d’années après au pouvoir ; ils devaient

même encore y être en 1076 au moment de la conquête du Ghanata par

les Senhadja. El-Békri ajoute qu’à la suite de cette conquête

une grande partie de la population est forcée par les Merabétin

d’embrasser l’islamisme, ainsi que de nombreux districts nègres

voisins.

Que sont devenues les familles mandé pendant la domination des

Senhadja ? L’histoire nous le dit : _musulmanes !_ mais elle est

muette quant à ce qui leur advint d’autre part.

C’est probablement pendant la période de domination berbère, de

1076 à 1203, que quelques-unes de leurs familles allèrent se fixer

à Tichit et dans l’Adrar pour plus tard venir envahir le Kaarta,

le Diafounou et le Guidimakha.

Mais cette migration n’a pas dû être bien importante, et il est

presque certain que l’influence mandé ne disparut pas du coup, car,

cent vingt-sept ans après la conquête du Ghanata par les Senhadja,

le pouvoir passe de nouveau entre les mains d’une famille wakoré

ou mandé. El-Békri est formel (1203—4, an 600 de l’hégire) :

« Le Ghanata, très affaibli, est pris par les Sousou, une des tribus

parentes des Wakoré[74]. »

Entre 1235 et 1260, les Sousou sont eux-mêmes subjugués par

Mari-Djata, roi du Melle ou Mali, qui s’empare du Ghanata.

Que sont devenus les premiers Mandé, puis les seconds, les

Sousou ? l’histoire ne nous en apprend pas grand’chose. Ce

que nous pensons, c’est que les uns et les autres ont dû à peu

d’exceptions près accepter la nouvelle domination. N’étaient-ils

pas de même race, ne parlaient-ils point la même langue ? Pour

eux la conquête se réduisait au changement de la famille royale et

à l’arrivée au pouvoir de gens de même race qu’eux, mais ne

portant pas le même nom.

A cette époque les Mandé étaient maîtres partout, dans toute la

partie nord de la boucle du Niger. Les Sousou, les Mali de Mari-Diata

ou Diara étaient Mandé. Plus à l’ouest, l’empire sonr’ay

lui-même était gouverné par des Mandé.

Pendant cette période on peut donc dire qu’il n’y a eu que des

déplacements de peu d’importance, des migrations de peuples de

même race ; les Mandé étaient au pouvoir partout.

Cet état de choses se continua ainsi fort probablement jusqu’à

ce que la dynastie des Za, tributaire de Melle (première dynastie

dite sonr’ay), succédât à celle des Sonni.

A la dynastie des Za (première dynastie des Sonr’ay) succéda

celle des Sonni.

Le premier roi sonni fut Sonni Ali Kilnou, et son successeur fut

Sonni Silman Nar.

Voici ce que l’on sait sur eux d’après Ahmed Baba :

Sonni Ali Kilnou et Sonni Silman Nar étaient deux frères ; ils

résidaient comme otages ou avaient été donnés comme gage de

fidélité au roi de Melle[75]. Cette coutume existe encore dans le

Soudan : chaque fois que des États reconnaissent pour leur suzerain

un État plus puissant qu’eux, les États vassaux envoient à la

cour de leur suzerain un ou plusieurs de leurs enfants.

Lorsque ces enfants deviennent adultes, quelques-uns rentrent dans

leur pays, d’autres prennent des emplois de haut serviteur, de page

à la cour du suzerain.

Ali Kilnou ne se plaisait pas à la cour du roi de Melle et nourrissait

secrètement le désir de regagner sa patrie. A cet effet, il se

procura peu à peu les chevaux et les armes nécessaires, et un beau

jour il quitta avec son frère Silman Nar furtivement la cour du roi

de Melle.

Dès que leur fuite fut connue, on envoya des guerriers à leurs

trousses avec ordre de les ramener morts ou vifs. Les deux frères

furent rejoints plusieurs fois par les gens du roi de Melle, mais

réussirent toujours à se dégager en combattant et gagnèrent

finalement leur patrie.

Ali Kilnou en rentrant fut proclamé par son peuple sultan du Sonr’ay

et prit le titre de Sonni Ali Kilnou.

Pendant son règne il affranchit son pays de la suzeraineté du

Melli. Et à sa mort, son frère Suleyman Nar lui succéda, avec le

titre de Sonni Suleyman Nar.

C’est de ce moment-là, de l’avènement de Sonni Ali Kilnou (vers

1331), que date vraisemblablement l’origine de l’appellation

Sonni-nké. Et je l’explique comme il suit. Sonni Ali Kilnou

ayant réussi à affranchir dans une certaine mesure son pays de la

domination de Melle, il lui fallut des partisans, car les Sonr’ay,

à eux seuls, n’étaient pas assez puissants pour soutenir le roi

qu’ils venaient de se donner. Ce furent donc un certain nombre

de familles wakoré ou mandé qui embrassèrent sa cause, et par ce

fait furent nommées Sonni-nké, « hommes de Sonni ». D’autres

Mandé, au contraire, soutinrent l’ancienne dynastie, celle des

Za, dans laquelle ils comptaient de nombreux parents, les Barou et

Kérou. Ceux-là, au lieu d’être partisans des Sonni, restèrent

partisans des Za, et pour le prouver ils prirent le nom de _Diou-la_,

comme je l’ai dit au chapitre précédent, « qui sont du trône,

de la souche ».

Sonni Ali et ses successeurs luttèrent en vain contre les autres

Mandé (le royaume de Melle) ; ils ne réussirent que longtemps après

à s’affranchir totalement.

Ce fut le seizième roi de la nouvelle dynastie, qui portait également

le nom de Sonni Ali, auquel était réservée la gloire d’affranchir

son pays.

Son avènement date de 1465.

En 1469 il s’empare de Tombouctou sur le Mali,

Fait le Bakhounou tributaire,

Hâte et provoque la chute de Melle,

S’empare de Djenné, qui avait toujours résisté aux Mali.

Fonde Agadès.

Enfin, en 1492, Sonni Ali II se noya en revenant d’une expédition

contre le Gourma.

L’armée du défunt roi quitte Bé-naba (capitale du Gourma), pour

se diriger sur Dangha, et Abou Bakr Da’ou, fils de Sonni Ali II,

monte sur le trône.

Puis Ahmed Baba dit : Mohammed ben Abou Bakr, un _indigène du

Sonr’ay_ (cette remarque prouve que la famille royale des Sonni

n’était pas sonr’ay et par conséquent mandé ; ce qui le prouve

encore, c’est que le fils de Sonni Ali II est désigné par le nom

de Abou Bakr _Da’ou_), officier de Sonni, marcha avec ses troupes

contre le nouveau roi et le battit complètement.

Mohammed ben Abou Bakr monta sur le trône avec le surnom de _e

Thouri_ (Touré)[76] et le titre d’Émir el-Mouménin et de Khalifa

el-Moslémin, mais comme roi il se nomma : Askia ou Sikkia.

De cette époque, dit le docteur Quintin (et nous nous associons

pleinement à sa façon de voir), date l’émigration des principales

familles qui soutenaient l’ancienne monarchie du Sonr’ay, celle

des Sonni.

Les Bakiri et Diawara, entraînant d’autres familles, se

détachèrent de l’empire sonr’ay, émigrèrent dans l’empire

de Melle ou Mali et continuèrent à être désignés dans la suite

par le nom de Sonni-nké.

On remarquera que Sonni Ali II avait soumis et réuni sous sa

couronne tous les peuples et royaumes de la boucle nord du Niger,

et qu’il les ravagea presque tous. Seul le Baghéna ou Bakhounou

ne fut rendu que tributaire. Cet acte est encore un indice sérieux

de l’influence dont jouissaient les familles sonni-nké dans ce

pays. Ayant dans son armée beaucoup de guerriers de cette famille,

il dut leur faire quelques concessions : ce n’est qu’ainsi que

l’on peut expliquer cette mesure de clémence envers le Bakhounou.

A partir de l’avènement d’Askia, il est impossible de suivre

la famille sonni-nké ; elle a, comme les autres peuples mandé,

subi à la fin du même siècle le joug des conquérants marocains

et passé par les mêmes vicissitudes que l’empire de Mali.

Les Sonni-nké ont pendant longtemps sourdement lutté pour arriver

au pouvoir ; leurs velléités d’affranchissement ne se sont

manifestées ouvertement que de 1748 à 1751 dans la célèbre lutte

entre Sagoné et Dabo.

Comme nous l’apprennent les légendes chantées par les griots

diawara du Ségou, les uns avaient pris parti pour Dabo, les autres

pour Sagoné, ce qui a donné lieu à une nouvelle division dans la

famille sonni-nké et à de nouvelles migrations.

La lutte se continua encore à la fin du XVIIIe siècle entre les

Diawara Sagoné et les Diawara Dabo, mais ils durent tous les deux

se retirer devant les Bambara du Bélédougou, qui forcèrent les

Sagoné à s’établir au nord du Kaarta, à Diawara-Melle, et les

Dabo dans le Kingui, au sud du Nioro.

El-Hadj Omar battit successivement de 1854 à 1860 les Diawara Sagoné

et Dabo et les força de rentrer dans le Ségou, mais sous le règne

d’Ahmadou une partie d’entre eux fit retour dans le Kingui.

Aujourd’hui il n’existe dans le Ségou qu’un seul village

diawara dabo, c’est Fogny, point de passage du Niger entre Yamina

et Ségou, et trois villages diawara sagoné : ce sont Mokottyka,

Samboka, Aïsaka.

Quoique ces deux partis ne soient plus en lutte ouverte, ils restent

toujours divisés, et dans les guerres d’Ahmadou les Sagoné ne

campent jamais avec les Dabo.

De cette époque datent aussi les migrations vers la Haute-Gambie

et la formation des colonies sonni-nké de la Casamance, enfin, plus

récemment, pendant les guerres d’El-Hadj Omar, les Sonni-nké se

sont encore désagrégés davantage.

Aujourd’hui on les trouve à l’état de familles compactes

dans le Guidimakha, le Diafounou, le Kaarta, le Nioro, le Guoye,

le Kaméra, le Bondou, le Bambouk, le Bakhounou et le Ségou dans

le Soudan français, et à l’état isolé un peu disséminés,

partout jusque dans le Dafina.

En 1885-1886, un des leurs, El-Hadj Mahmadou Lamine, trop connu par ses

menées et l’insurrection des Sonni-nké dans le Haut-Sénégal pour

que je m’étende plus longuement sur lui, a essayé de reconstituer

à son profit un nouvel empire sonni-nké et il n’a pas fallu moins

de deux campagnes au colonel Gallieni pour détruire sa puissance et

s’emparer de lui.

FAMILLE MANDÉ-BAMMANA

Nous avons vu dans les chapitres précédents comment, à la suite

des conquêtes de Mohammed Askia, l’empire de Mali se trouvait

divisé en cinq gouvernements ou groupements distincts. A cette même

époque beaucoup d’autres peuples qui faisaient partie de ce vaste

empire s’en détachèrent. Tels sont les Siène-ré, les Tagoua,

les Bobo-Dioula, etc., et en particulier les Gondja.

Enfin les Soso disparurent également et s’éloignèrent du théâtre

de ces événements. L’arrivée des troupes marocaines du pacha

Diodar en 1587 et la conquête de l’ancien empire sonr’ay par les

troupes marocaines permirent aux peuples de race mandé d’espérer un

moment la reconstitution de leur royaume. Aussi une fraction d’entre

eux ne tarda pas à se lever en masse et à chercher à s’emparer

du pouvoir.

Cette fraction est celle des Bammana. Ayant concouru autrefois,

au même titre que les autres, à former l’empire de Mali, elle

cherchait tout simplement à le reconquérir à son profit.

Ce mouvement des Bammana eut lieu vraisemblablement dans la première

moitié du XVIIe siècle : les données que nous possédons sont

précises à cet égard. On peut, sans commettre une erreur de plus

d’une dizaine d’années, estimer que c’est en l’an 1650 que

les Bammana apparaissent sur le haut Niger (dans le Ségou) sous la

conduite de Kaladian Kouroubari.

D’où venaient ces Bammana ? Le docteur Quintin dit qu’ils

viennent du Torong d’après la tradition ; c’est ce qu’on nous

a appris aussi ; mais là où nous différons d’avis, c’est que

nous pensons que les Bammana habitaient déjà depuis de longues

années des régions beaucoup plus rapprochées du Ségou que le

Torong, et qu’on les trouvait aussi nombreux qu’aujourd’hui

dans le Baninko, le Bolé, le Ganadougou et le nord de l’empire

de Samory[77]. Le docteur Quintin ajoute que c’est pour la seconde

fois qu’ils fuyaient l’Islam.

Quel est donc le peuple qui aurait cherché à les convertir à

l’Islam ? C’est vainement que nous nous sommes posé cette

question.

Il n’existe aucun peuple, à notre connaissance, qui à cette

époque-là aurait été à même de faire des conquêtes religieuses,

si ce n’est les Mandé eux-mêmes, c’est-à-dire les Mandé-Mali

et les Mandé-Dioula. Ce sont donc ces deux fractions de la race

mandé qui par leur zèle pour la religion et leur fanatisme auraient

provoqué un déplacement chez la fraction des Bammana. Cela peut

exister, et nous y croyons bien volontiers, mais nous pensons que

là n’est pas la seule cause qui ait déterminé les Bammana à se

remuer, c’est surtout le désir d’arriver à leur tour au pouvoir,

la soif d’indépendance qui les a portés sur le Ségou.

Ce pays était occupé par des Sonni-nké au moment de l’arrivée

des Bammana ; et ces derniers ont dû s’y établir sans lutte,

car ni les légendes que je connais, ni les traditions rapportées

au docteur Quintin lors de son séjour à Ségou, ne font mention de

luttes violentes.

Ce que l’on sait, c’est que Kaladian Kouroubari, premier chef

bammana, qui avait six fils, en établit cinq sur la rive droite

du Niger et un, l’aîné, à Sountian, près de Mourdia, en plein

Bélédougou.

Kaladian, pendant son règne, reconstitua en partie l’ancien empire

de Mali.

A la mort de Kaladian, vers 1680, succéda une période de gouvernement

oligarchique pendant laquelle l’influence des Bammana diminua au

profit des Sonni-nké.

Vers 1700, Bittou, appelé aussi Tigui-Ton, arrière-petit-fils de

Kaladian Kouroubari, et petit-fils de Danfasari, réussit à mettre

tous les districts bammana sous son pouvoir.

Il fit fortifier Ségou-Koro, dont il était le chef, fit la guerre

à la plupart de ses cousins, héritiers de Boufouné et de Sakhaba,

mais la tradition ne dit pas s’il réussit à les rendre tributaires,

ou s’il se borna simplement à piller leurs domaines.

Bittou régna plus de trente ans. Il eut quatre fils : Diécoro,

Bagny, Bakary, Diatalaké.

1732. — Diécoro, fils aîné de Bittou, succéda à son père ;

il fixa sa résidence à Ségou-Bougou, et fonda pendant son règne

Ségou-Sikoro.

Ce chef, se voyant déborder par ses captifs influents, chefs de

districts institués par son père, résolut de se défaire des plus

influents, mais son plan fut découvert et il fut assassiné par ses

captifs avant d’avoir pu le mettre à exécution.

1740. — Bakary, troisième fils de Bittou, succède à son frère

Diécoro, mais ce roi disparut quinze jours après son avènement

sans que personne sût ce qu’il était devenu. Avec lui finit la

dynastie des Kouroubari.

Les chefs des villages importants et les captifs influents élevèrent

au pouvoir un des leurs, de la famille des Diara. Il régna sous le

nom de Tomassa Diara et mourut en 1743.

De 1743 à 1746 règne un métis peul nommé Kanoubagnouma Mbari ;

il est élevé au pouvoir par les captifs de la couronne. Ce roi

meurt également après trois années de règne.

1746-1748. — Kafadiougou ne règne, lui aussi, que trois ans.

De 1748 à 1754. — A la mort de Kafadiougou survinrent une période

d’anarchie et une série de guerres entre les chefs influents

bammana et sonni-nké qui cherchaient à arriver au pouvoir. Barth[78]

dit que les deux principaux chefs qui se mirent à la tête chacun

d’un parti se nommaient Dabo et Sagoné et étaient fils du _faran_

ou _farba_ Mahmadou.

Le souvenir de ces luttes s’est perpétué chez les noirs, et

surtout chez les Diawara du Ségou, mais les généalogies de Dabo et

Sagoné sont perdues. Ce que je puis affirmer, c’est que les griots

diawara dans leurs chants ne considèrent pas Dabo et Sagoné comme

des frères, mais comme de simples chefs ayant cherché à accaparer

le pouvoir. Dans la tradition on désigne souvent Dabo sous le nom

de Ngolo, et Sagoné sous le nom de Sangué. Ces noms se retrouvent

aussi dans l’ouvrage du docteur Quintin.

Cette lutte pour le pouvoir dura trois longues années et ne se termina

que grâce à la mort de Sagoné, qui fut tué près de Ségou-Sikoro

en 1754 ; elle eut pour résultat :

1o De consolider les Bammana dans le Bélédougou, le Nioro et

le Ségou ;

2o De permettre aux Ahel-Semborou, fraction de Foulbé, de s’établir

dans le nord du Bakhounou ;

3o De fixer les Ouled-Masouk, fraction des Ouled-Mbarek, sur les

limites du Bakhounou.

Ce fut Hennoun ben Bohedel ould Mebarek, qui avait conduit les

Ouled-Masouk à la guerre, qui fut, d’après les traditions,

investi du pouvoir et proclamé régent du Bakhounou. Barth nous a

rapporté le nom des successeurs de Hennoun, et comme l’un d’eux

a été visité par Mungo-Park en 1796-1797, et que nous savons que

précisément celui-là régna près de 40 ans, nous pouvons facilement

déduire les dates approximatives de l’avènement des autres.

Ainsi Ali ould Omar régna près de 40 ans et reçut la visite de

Mungo-Park peu de temps avant sa mort. Mungo-Park y était en 1797 :

la date probable de la mort du chef est donc environ 1800 ; s’il

a régné près de 40 ans, mettons 38 ans, la date de son avènement

serait 1762.

Le prédécesseur d’Ali ouled Omar fut Omar ouled Hennoun, puissant

chef qui donna son nom à cette dynastie (celle des Ouled-Omar ou

Loudamar, comme les nomme Mungo-Park). Nous estimons qu’il a régné

de 1754 à 1762, c’est-à-dire 8 ou 9 ans.

Quant au prédécesseur d’Omar ouled Hennoun, c’est précisément

Hennoun ben Bohedel ouled Mbarek, celui qui mena les Ouled-Masouk

à la guerre. Celui-là régna de 1751 à 1754, fort probablement ;

nous arrivons donc à une concordance de dates qui laisse peu à

désirer comme exactitude.

Les fractions sonni-nké-siawara qui prirent part à cette lutte sont

aujourd’hui dispersées, cependant nous avons pu retrouver leurs

traces. (Voir page 381, au chapitre _Sonni-nké_.)

L’autre fraction sonni-nké, celle des Ahel-Massa ou Sâro, se

retira en partie vers Djenné, où on la trouve encore disséminée

aux environs de Sâro même ; elle parle un dialecte mandé-sonr’ay

dont on m’a souvent entretenu, mais dont je n’ai pas eu la bonne

fortune de rapporter de vocabulaire.

Quant aux Mandé-Mali-nké qui prirent part à la lutte, ils se

replièrent à travers le Gangaran et le Bambouk, vers le Bouré

et le sud en général. Quelques-unes de leurs tribus ont conservé

jusqu’aujourd’hui le surnom de Mali-nké-Dabo ou Ngolo.

1754 à 1787. — Ngolo ou Dabo, resté seul maître du pays, fixa

sa résidence à Ségou-Sikoro et répartit le commandement de son

royaume entre ses cinq fils[79] :

Nji, l’aîné, commanda à Bammabougou ; Mansong, le second, à

Mbébala ; Nianancoro, le troisième, à Ségou-Koro ; Diakélé,

le quatrième, à Kéréniou ; enfin Mamourou, le plus jeune, vivait

avec son père.

C’est sous le règne de ce souverain et pendant la guerre entre

Sagoné et lui, que se produisit un important mouvement des Foulbé,

qui s’acheminaient lentement à travers la boucle du Niger et

s’avançaient jusque dans le nord du Bélédougou.

Hennoun ben Bohedel ould Mebarek avait concédé aux Foulbé

l’occupation de quelques villes dans le Bakhounou, mais son fils,

Omar ouled Hennoun, leur enleva ce privilège et les chassa de la

région. Ngolo, lui aussi, en purgea son territoire et les força à

s’installer dans le Ganadougou et le Ouassoulou, où, mélangés

aux Mandé, ils ne tardèrent pas à se noyer parmi eux. Du Peul ils

n’ont conservé que vaguement les traits et leurs noms de tribus.

Ngolo, disent les traditions, établit son autorité de Bammako à

Tombouctou et fit pendant huit ans la guerre aux Foulbé du Kalari.

C’est peu de temps après la fin de son règne que le Macina fut

fondé par le Peul Ahmadou Amat Labbo (en 1790), qui s’empara

du pouvoir sur Galadjo, chef tombo (autochtone). Le nouvel État,

d’après les indigènes que nous avons interrogés, fut érigé

sous la suzeraineté du royaume bammana du Ségou. Ce qui tendrait

à le prouver, c’est que Ngolo était maître du Niger jusqu’à

Tombouctou, et qu’en 1810 Da Diara, son successeur, avait encore

à sa cour un des fils d’Ahmadou Amat Labbo comme otage.

On dit également qu’il fit deux expéditions contre les Mossi. Ce

fut dans la dernière qu’il trouva la mort au bout de six semaines

de maladie.

« Son armée, dit le docteur Quintin, rentra à Ségou, emportant

avec elle les restes de son chef, qui furent placés, selon la

coutume du pays, dans la peau d’un bœuf noir tué tout exprès

pour la circonstance.

« A Ségou, on fit à Ngolo des funérailles magnifiques, mais ce

qu’il y a de plus flatteur pour ce souverain, c’est qu’il fut

très aimé de ses sujets et qu’il laissa de vifs et sincères

regrets dans son pays. Il avait régné 33 ans. »

1787-1808. — Nji, fils aîné de Ngolo, étant mort dans les

expéditions contre les Foulbé, ce fut Mansong, deuxième fils de

Ngolo, qui succéda à son père.

Niancoro, troisième fils, conteste le pouvoir à Mansong, marche

contre lui avec ses partisans et appelle à son secours Daisé

Kouroubari, roi du Kaarta.

Niancoro fut fait prisonnier et son parti mit bas les armes. Ce

conflit et l’intervention de Daisé Kouroubari[80] servirent de

prétexte à Mansong pour envahir le Kaarta et le mettre à sac.

Mansong expéditionna aussi dans le Fouladougou, le ravagea presque

entièrement, mais ne réussit pas à s’emparer de Bangassi, sa

capitale, qui était défendue par Séré-Noumou.

Mansong[81] mourut vers l’année 1808, après 21 ans de règne.

1808 à 1830. — Da Diara, deuxième fils de Mansong, succède à

son père. Pendant presque tout le règne de Mansong, Ahmadou Amat

Labbo fut chef du Macina. Ces deux pays ne vivaient pas en absolue

bonne intelligence. Le Macina, jeune État, n’osait pas encore

attaquer les Bammana, il attendait cependant une occasion propice

pour se mesurer avec son voisin et s’affranchir de sa tutelle.

Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, tome 2 (de 2) · 第 32 / 35 段