C’est ainsi que les Mandé de Kong ont adopté le tatouage des

Komono et Dokhosié, les Mandé du Mossi quelquefois le tatouage

mossi, les Dagomba un tatouage mixte se rapprochant du mandé et du

haoussa, enfin les Foulbé du Ouassoulou, du Ganadougou, de Fourou,

de Ouahabou, celui du peuple chez lequel ils vivent, etc. Là encore

il est difficile de trancher sans hésiter la question d’origine.

La linguistique semble aussi offrir de grandes ressources, mais

bien des fois on se trouve en présence de peuples qui, quoique

manifestement d’une race différente des autochtones, ont perdu

leur propre langue et adopté celle des indigènes avec lesquels ils

se trouvent en relation. Conquis ou conquérants parlent souvent un

même dialecte, bien que de races bien différentes. Exemple : les

Foulbé du Ouassoulou, du Ganadougou, etc., qui parlent le mandé et

ont oublié le poular ; les Zénaga, qui ont oublié le berbère pour

parler l’arabe.

Si l’on se rejette sur la numération, on éprouve également souvent

des déceptions : les cinq premiers nombres paraissent devoir donner

une indication, puisqu’un peuple aussi sauvage et aussi barbare

qu’il est doit toujours savoir compter au moins les cinq doigts de sa

main. Malheureusement j’ai constaté dans beaucoup de régions que

les peuples, au fur et à mesure que leurs relations commerciales se

développent, et qu’ils s’élèvent d’un degré dans l’échelle

sociale, abandonnent rapidement leur numération primitive, qui leur

donnait peu de ressources, pour adopter celle des peuples avec lesquels

ils se trouvent en relations commerciales, et leur permet de compter

rapidement avec les marchands ou peuples voisins plus avancés.

Exemple : chez les Bobo-fing, où la langue n’a aucun lien de

parenté avec le mandé, on compte :

1 pilé, 2 fa, 3 sa, 4 na, 5 ko ; — chez les Bobo-Niénigué : 1

pilé, 2 pala, 3 sa, 4 na, 5 ko ; — en mandé : 1 kilé, 2 foula,

3 saba, 4 nani, 5 loulou.

Les meilleurs résultats que l’on obtient dans ces régions pour

l’ethnologie le sont par l’étude des noms de famille ou _diamou_ ;

mais là aussi on ne peut exclusivement s’y appuyer : beaucoup

d’esclaves adoptent ceux de leur maître, et certains peuples qui

n’ont pas de noms de tribu ou de famille, tels que les Komono et

Dokhosié, n’hésitent pas en se civilisant à adopter ceux de

leurs voisins plus policés qu’eux. Aussi ce n’est qu’avec une

certaine réserve qu’il faut noter les analogies et les similitudes

de noms de tribu ou de famille ; mais il ne faut pas pour cela rejeter

ce mode d’informations, qui à mon avis est certainement le meilleur

qui soit à notre portée.

En résumé, mes observations m’ont porté à ne me prononcer

catégoriquement sur l’origine et la parenté de deux peuples que

lorsque certaines coutumes originales, les armes et les habitations

offrent de l’analogie entre elles, et lorsqu’il y a en plus

similitude des tatouages et des noms de tribu.

Tout jugement ne s’appuyant que sur une seule ressemblance est

téméraire ; il faut donc ne donner un avis qu’avec beaucoup de

circonspection.

Ce qui a jeté beaucoup de confusion dans l’histoire de ces pays,

c’est que des traducteurs d’ouvrages aussi importants que

ceux d’Ebn Khaldoun, El-Edrisi, El-Békri, Ahmed Baba, etc., ont

quelquefois négligé de citer à côté du texte français les noms

propres en lettres arabes.

Dépourvus assez fréquemment de points diacritiques, les noms peuvent

être lus de plusieurs manières, ce qui ne manque pas de jeter la

confusion. C’est un peu ce qui s’est produit pour Gago, Gogo,

Koukou, Koukia, Kouka, etc., et pour beaucoup d’autres noms propres.

Il faut laisser au géographe et à l’explorateur la faculté

de lire le nom en arabe et de l’interpréter. Sa connaissance du

pays, des mœurs, sa familiarité avec les noms propres indigènes,

le mettent à même d’affirmer avec plus d’exactitude et lui

permettent d’en confirmer la lecture.

FAMILLE MANDÉ

La famille mandé se divise en de nombreuses branches, que nous allons

énumérer avec leurs noms de famille.

Nous avons vu au début la famille ndé, divisée en Ndé et en

Ma-ndé, ces derniers ayant pour _tenné_ (idole ou fétiche) le

_lamantin_, qui était à la fois leur bon et leur mauvais génie.

Aux Ndé se rattachent les Dioula ou Dioura et probablement les Sousou.

Chez les Mandé, auxquels se rattachent aussi les Sonni-nké, les

_tenné_ étaient et sont encore :

1o Le caïman ou _bamba_, _bamma_. Cette famille porte actuellement

le nom générique de _Bammana_. Dans le Soudan français nous leur

donnons le nom de Bambara, c’est une appellation impropre en mandé ;

dans tous les pays que j’ai visités, le mot Bambara est synonyme

de _kafir_, infidèle.

2o L’hippopotame ou _mali_. Cette famille porte le nom générique de

_Mali-nké_. Elle comprend les Mali-nké proprement dits, les Kagoro,

les Tagoua.

3o L’éléphant ou _sama_. Cette famille porte le titre générique

de _Sama-nké_.

4o Le serpent ou _sa_. Cette famille porte le titre générique

de _Sa-mokho_.

Cette division en _tenné_ a donné lieu à plusieurs grandes

familles, qui sont : les Bammana, les Sousou ou Soso, les Mali-nké,

les Sama-nké et les Sa-mokho.

Ces grandes familles ont eu chacune leur propre histoire ; elles

étaient groupées en tribus ayant chacune un ou plusieurs tenné et

un _diamou_ particulier (_diamou_, nom de tribu).

Certaines de ces tribus se sont même scindées et figurent à la

fois dans deux ou plusieurs des cinq grandes familles, telles les

Diara, Kouroubari, Sissé, etc. ; elles se désignent actuellement

non seulement par leur _diamou_, mais elles y adjoignent quelquefois

pour se différencier entre elles le nom de leur _tenné_ particulier.

1o Famille des _Bamba_, dite _Bammana_ (caïman).

{ Kouroubari Massa-si, }

{ }

{ Kouroubari Kalari, }

{ }

{ Kouroubari Daniba, }

{ } _Tenné_ :

{ Kouroubari Mana, } les calebasses fêlées

{ } et souvent le chien.

_Familles { Kouroubari Mou siré, }

royales._ { }

{ Kouroubari Sira, }

{ }

{ Kouroubari Bakar, }

{

{ Diara Kounté, }

{ } _Tenné_ :

{ Diara Fissanka, } le lion, le chien,

{ } le lait de fauve.

{ Diara Barlakao, }

{ Konéré ou Koulankou, }

{ }

{ Sokho, }

{ } _Tenné_ :

_Familles { Dambélé, } le _bandougou_

de forgerons._ { } (condiment), le _koban_,

{ Traouré, } singe vert, le chien.

{ }

{ Niakané, }

{ }

{ Mériko, }

A cette famille se rattachent deux autres, dont les membres sont :

_a._ Celle des _Sama_ (éléphant), désignée par le nom de

Sama-nké. Elle comprend des Touré, des Sissé, des Traouré,

des Dambélé.

_b._ La famille des _Sa_ (serpent), dite Sa-mokho. Elle comporte des

Kouloubari et des Sokhodokho.

2o Famille des _Mali_ (hippopotame), dite Mali-nké.

{ Keïta, Koïta, }

{ }

_Famille { Bakhoyokho, }

royale._ { }

{ Kamara, } _Tenné_ :

} le rat palmiste des

{ Kourouma, } arbres, la panthère.

{ }

_Autres { Konaté, }

Familles._ { }

{ Sissokho, }

{ Kouyaté, }

{ }

_Familles { Diabakhaté, } _Tenné_ :

de griots._ { } l’iguane.

{ Dombia, }

{ }

{ Dioubaté, }

2e subdivision des Mali-nké : les _Kagoro_, qui comprennent :

Les Toungara, }

}

Les Magaza, } _Tenné_ : le serpent boa, le campagnol (rat des

} champs), le serpent trigonocéphale.

Les Konaté, }

}

Les Touré, }

3e subdivision des Mali-nké : les _Tagouara_, qui comprennent :

Des Traouré,

Des Diarabasou,

Des Konné,

Des Bamma.

Puis vient l’ancienne famille des _Ndé_, qui avait le lamantin

pour divinité, et dans laquelle nous avons classé les Sonni-nké,

les Dioula et les Sousou ou Soso.

Ces trois groupes n’ont dû se scinder que vers l’an 1350, au

moment de la fin de la première dynastie sonr’ay, à l’avènement

du roi sonr’ay Sonni Ali Kilnou.

Les uns ont voulu suivre la fortune du nouveau roi et ont pris le

titre de Sonni-nké (hommes de Sonni).

D’autres, au contraire, comme les Sousou, n’ont pas voulu perdre

leur autonomie et leur nationalité. Et enfin les descendants des

Da’ou, Barou, Kérou (familles royales de la première dynastie

sonr’ay) ont, pour se distinguer des partisans des Sonni et des

Sousou, pris le titre de _Diou-la_, « couche, souche du trône ».

L’avènement de cette nouvelle dynastie, celle des Sonni, sur le

trône sonr’ay-mandé, a donc donné naissance aux trois groupes

suivants :

3o La famille Sousou[69] ou Soso, dont je ne possède aucun diamou

(nom de famille), ni aucun tenné.

4o Les Sonni-nké ou Saracollé, ou Séré-Khollé, ou Marka-nké,

qui se subdivisent en :

Bakiri,

Sissé,

Sillé,

Diabi,

Doukouré,

Kaba,

Sakho,

Niakhaté,

Diawara,

qui eux-mêmes se subdivisent en Diawara-Sagoné et Diawara-Dabo.

5o Enfin la famille Mandé-Dioula, dont nous parlons page 393.

Parmi ces diverses tribus, qui constituent le grand peuple Mandé,

on rencontre par-ci par-là des groupes de familles qui ne portent

d’autre titre que celui de Fofana.

Ils ne constituent pas, à proprement parler, une famille unique,

ou un groupe comme les Bammana, les Mali-nké, les Sonni-nké, les

Sousou, les Dioula. Ils vivent mélangés parmi les autres Mandé et

forment une sorte de caste.

Aucun caractère extérieur ne les désigne particulièrement et ils

sont musulmans ou fétichistes.

J’ai souvent interrogé sur leur origine, Diawé, qui est un Fofana ;

il n’a pas pu me renseigner ; je dois donc me borner à dire ce

que j’ai appris par moi-même.

Les Fofana observent le dimanche comme jour férié, et chez eux

l’histoire d’Adam et d’Ève ne diffère en rien de la nôtre ;

ils n’ont pas la pomme et le serpent, mais un autre arbre fruitier

et le serpent, ce qui revient au même.

Chez eux, le vendredi est un jour néfaste.

Une autre particularité à signaler, c’est qu’ils sont par tout

le Soudan réputés comme d’une honnêteté à toute épreuve et

que personne ne s’aviserait de les faire captifs, sauf les Maures.

L’étymologie de Fofana m’échappe ; _fo_ cependant veut dire

parler, et _fana_ ensemble. Ils n’ont pourtant pas de langue qui

leur soit propre, et leur famille se divise, comme les autres familles

mandé, en _tenné_, c’est-à-dire en divinités particulières, dont

les pratiques sont plus ou moins respectées. Pour se différencier

entre eux, ils ajoutent généralement à leur titre de _Fofana_

celui de leur _tenné_.

Voici leurs subdivisions :

Les Fofana-Kagoro, qui ont comme tenné la panthère ;

Les Fofana du Nouroukrou, qui ont comme tenné l’éléphant ;

Les Fofana de Nyamina, du Bakhounou, du Ouorodougou, qui ont comme

tenné le lion, la panthère et une variété de serpents ;

Et enfin les Fofana Souransa, qui ont le boa (_maninian_) comme tenné.

J’ai même observé des Fofana qui se disent Sonni-nké et d’autres

qui se vantent d’être Toucouleur ou même Dioula.

Je n’ai parlé jusqu’à présent que des grandes divisions de la

famille mandé, comme on le verra ci-dessous dans l’énumération

des travaux philologiques. Il y a quantité d’autres peuples qui

se rattachent à cet important groupe.

Voici une liste à peu près complète des ouvrages linguistiques

qui ont été publiés sur les langues et dialectes mandé, liste

empruntée en partie à ma propre bibliothèque, en partie à

l’énumération des travaux philologiques de M. René Basset,

dans ses _Mélanges d’histoire et de littérature orientales_

(Louvain, Lefever frère et sœur, 1888) :

1o _Grammar and vocabular of the Susoo language_. 1802, in-8.

2o _A spelling book for the Susoo_. Edimbourg, 1802, in-12.

3o _First, second, third, fourth, fifth and sixth Catechism in Susoo

and English_. Edimbourg, 1801-1802, 4 vol. in-12.

Ces ouvrages ne sont pas signés. Steinthal croit devoir les attribuer

à Brunton.

4o _Allah hu Feï Susuck bé fe ra_ (_Religious instructions for the

Susoos_). Edimbourg, 1801, in-12.

5o _Journal of American-Oriental Society_. T. I, p. 365, qui contient

un vocabulaire de Wilson.

6o _Outlines of a Grammar of the Susu language_. Londres, 1882, in-12,

par Duport.

7o _Idiomes du Rio Nunez_, par le Dr Corre. Paris, in-8.

8o _Catéchisme français-soso, avec les prières ordinaires_, par

le R. P. Raimbault. Vicariat apostolique de Sierra-Leone, 1885.

9o _Dictionnaire français-soso et soso-français_. Mission du Rio

Pongo, 1885, in-12.

10o _The New Testament in Soso_. London, in-8.

11o _The first seven chapters of the Gospel according to Saint Matthew

in the Susoo language_, by the Rev. John Godfrey Wilhelm. London, 1816.

12o _Grammar of the Mandingo language, with vocabularies_, by the

Rev. R. Maxwell Macbrair. London.

13o Du même auteur, _Issa l’anjilo kila matti ye men safe Mandingo

Kangoto_. Macbrair. London.

14o _African Lessons, Mandingo and English_. London, 1827.

15o _Guinea Portugueza_ (_Boletin da Sociedade de Geographia de

Lisboa_. IIIe série, 1882, p. 726).

16o _Vocabulaire et phrases mandingues de Caillié_. T. III.

17o _Vocabulaire mandingue de Mungo-Park_.

18o _Dictionnaire français-wolof et bambara_, par Dard. Paris,

1825, in-8.

19o _Essai sur la langue bambara_, par L.-G. Binger. Paris,

1886, Maisonneuve et Leclerc, in-12. — Cf. aussi _Bulletin de

correspondance africaine_, 5e année, fasc. I et II, p. 156-160.

20o _Éléments de grammaire bambara_. Saint-Joseph de Ngasobil,

1887. Ouvrage publié par les missionnaires du Sénégal.

21o _Outlines of a grammar of the Vei language together with a

Vei-English vocabulary, and an account of the discovery and nature

of the Vei mode of syllabic writing_, by S. W. Koelle. London, 1854.

22o _Despatch communicating the discovery of a native written

character at Bohmar, on the western coast of Africa, near Liberia_,

etc., by lieut. F. E. Forbes, R. N., with notes on the Vei language

and alphabet, by E. Norris, esq. Londres, 1849.

23o _Narrative of an expedition into the Vy, country of West

Africa_. London, 1849, in-8.

24o _Fac-similé d’un manuscrit en langue veï et en caractères

particuliers_. London, 1851, in-8.

25o _Polyglotta africana_. Londres, 1851, où Koelle traite le

kisi-kisi, le solima, le bambara et ses dialectes, le veï, le

diallonké, le sambouyah, le mandé, le kono, le téné, le gbandi,

le landoro, le gbese, le toma, le mâno et le jyio.

26o _Outline of a Vocabulary of a few of the principal languages

of Western and Central Africa compiled for the use of the Niger

Expedition_. London, 1841.

27o _The Negroland of the Arabs_. Cooley, p. 67, note 18.

28o _Grundriss der Sprachenwissenschaft_, t. I, 2e partie. Vienne,

1877, in-8, p. 143. Fr. Müller.

29o _Nubische Grammatik_, de Lepsius, p. XXXVI et XXXVII.

30o _Notes de linguistique africaine_. Londres et Vienne, 1887,

in-8. Grimal de Guiraudon.

31o _Comparative vocabularies of some of the principal negro dialects

of Africa_. New-Haven, 1849.

32o _Notes sur les trois langues sonni-nké, bambara et malinké_

(_Revue de linguistique et de philosophie_, 1887, p. 130). Dr Tautain.

33o _Vocabulaire sonni-nké_. Faidherbe (_Annuaire du Sénégal_,

1864).

34o _Langues sénégalaises : wolof, arabe-hassania, sonninké et

sérère_. Faidherbe. E. Leroux, 1887, Paris.

35o _Die Mandeneger-Sprachen, physiologisch und phonetisch

betrachtet_. Steinthal, Berlin, 1867.

Ce dernier est l’ouvrage le plus consciencieux que l’on puisse

trouver. L’auteur a réussi à s’assimiler ces langues d’une

façon remarquable, il en a fait une étude sérieuse qui sera encore

consultée longtemps avec fruit.

Il m’a été d’un grand secours dans mes recherches sur la langue

mandé ; je me propose du reste de le traduire en y ajoutant mes

propres observations et en complétant les lacunes inévitables qui

s’y sont introduites, Steinthal n’ayant fait son livre qu’à

l’aide des documents assez confus à sa disposition à cette époque

(1867).

A cette trop longue nomenclature il convient encore d’ajouter :

36o _Vocabulaire diallonké_. Mage, _Voyage dans le Soudan

occidental_. Paris, 1868, in-8, Appendice.

37o _Note sur la rivière Manéah_, par Braouzec (_Bulletin de la

Société de géographie de Paris_, mars 1867, p. 253).

38o _Njia yekpei Kina marki nyegini_ (Evangile selon saint

Marc). Londres, 1871, in-8.

_Njiei yekpei na Johani nyegini_ (Evangile selon saint Luc). Londres,

1872, in-8.

_To-bela ti we hindeisia_ (Actes des Apôtres). Londres, 1872, in-8.

_Paulu to-moi ngi golo nyegingoi Romi bela-ye_. London, 1872, in-8.

Ouvrages publiés par la Mission américaine ; en 1882 et 83 par

M. Schoen.

39o _Der verlorene Sohn in der Sprache von Shetun ku Sefe oder der

Azarareye Sprache_ (_Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen

Gesellschaft_), t. IX, 1855, p. 846 et 847.

Pendant mon voyage j’ai essayé de faire une classification de tous

les mots mandé par peuple ; mais j’ai dû bien vite y renoncer ;

pour mener à bien ce travail, il faudrait y travailler sans relâche

pendant plusieurs années.

Pour qu’on en ait une idée, je vais donner succinctement

l’énumération des divers idiomes mandé non étudiés qui offrent

d’assez grandes différences pour être notés :

Dialecte des Kassonké ;

— Malinké Sissokho du Nouroukrou et du Gangaran ;

— Malinké Dabo du Bambouk et du Bondou ;

— Malinké de Kita, Maréna, Dogofili et des Kagoro ;

— Malinké du Fouladougou ;

— Bammana du nord du Kaarta et du Bélédougou ;

— Malinké du Birgo, du Manding, du Bouré ;

— Bammana du Ségou ;

— Bammana du Bolé, Baninko, Diédougou ;

— Malinké du Gouana, Gouandiakha, Baniakha, Lenguésoro et du

Ouassoulou en général.

— Malinké du Torong, du Kounian, du Ouorocoro ;

— Malinké des Foulbé Soumantara du Ganadougou ;

— Dialecte parlé dans le voisinage des Siène-ré ;

— Idiomes des dioula de Kong, de Tengréla, du Kénédougou,

et du Ouorodougou des Bobo-Dioula et des Dafing, etc.

Bien entendu, je ne parle ici que de ceux que je connais et j’omets

avec intention ceux du Sankaran, du Kissi, du Toucoro, du Soulimana,

du Kouranko, du Baléya, etc., que je n’ai pas visités, ainsi que

le Bullom, le Nalou, etc., qui ont été plus ou moins étudiés.

Il est certain que lorsque la linguistique de tous les peuples des

Rivières du Sud sera connue, beaucoup d’entre eux seront encore

à rattacher à cette grande famille ethnographique.

Il est à regretter que les dialectes de ces divers peuples n’aient

pas été l’objet d’études philologiques approfondies, ces

études ne manqueraient certes pas de jeter un nouveau jour sur un

peuple aussi intéressant que le peuple mandé.

FAMILLE SONNI-NKÉ

Pendant toute la période où chacun des groupes Bammana, Mali-nké

et Dioula était intimement lié à un autre, faisant partie d’un

même empire avec les Sonni-nké et les Sousou, il est facile de les

suivre dans leur histoire.

Il n’en est pas de même dès que ces groupes s’affranchissent les

uns des autres, en rêvant chacun de reconstituer à leur propre profit

un nouvel empire sur les bases de celui qui vient de s’écrouler.

C’est une tâche bien aride. Nous allons néanmoins essayer de

démêler l’histoire de chaque groupe, en nous aidant des légendes

que nous avons recueillies. Nous n’avons pas la prétention de donner

des renseignements absolument exacts et à l’abri de la critique,

mais nous pensons qu’en construisant un canevas grossier avec tout

ce que nous avons pu apprendre, nos successeurs pourront utilement

le remplir et me sauront gré d’avoir commencé une œuvre qu’ils

seront certainement heureux de compléter.

LES SONNI-NKÉ

De Saint-Louis au Macina et de Walata et Tombouctou au cap des Palmes,

on trouve des Sonni-nké. Tantôt, comme vers Bakel, dans le haut

Sénégal, ils constituent l’élément principal de la population

dans des pays entiers, tantôt ils forment des villages épars au

milieu des populations de nationalités différentes.

A l’exception de quelques pays où ils vivent en maîtres, les

Sonni-nké subissent partout la suprématie des divers conquérants,

préférant toujours aux luttes à main armée la tranquillité de

leur commerce, qu’on leur fait payer souvent bien cher. Ils sont

aussi de remarquables agriculteurs.

C’est ainsi que s’exprime le docteur Quintin, dans le _Bulletin

de la Société de Géographie de Paris_ de septembre 1881 ; aussi

je lui emprunte bien volontiers cette succincte esquisse. Mais là

où je ne suis plus d’accord avec lui, c’est quand il dit que

les Sonni-nké sont des Sonr’ay.

Les Sonr’ay sont un peuple dont la langue a été étudiée par

Barth, qui n’y a trouvé aucune ressemblance avec le sonni-nké. Ce

dernier peuple est un peuple essentiellement mandé, comme nous le

verrons un peu plus loin.

Est-ce à dire que je sois en désaccord complet avec le docteur

Quintin ? Pas absolument, car je suis tout aussi persuadé que lui

que les Sonni-nké ont fait partie de l’empire son’ray et qu’ils

y ont joué un rôle très grand, mais à côté de cela j’affirme

qu’ils sont mandé.

Quant à l’argument qu’apporte le même auteur en disant qu’une

importante tribu de Sonni-nké se nommant _Sisé_ serait descendante

de Sa, le fondateur de la première dynastie des rois sonr’ay,

ce n’est pas à soutenir, et en cela je suis absolument d’accord

avec le docteur Tautain. Du reste, même en négligeant la voyelle

_a_ de _Sa_, et en admettant que _sa_ et _sé_ soient le même mot,

cela ne prouverait pas du tout que _Sisé_ veut dire « enfant de

Sé ». Pour que ce fût vrai, il faudrait écrire _Sési_, car on

dit _massa-si_, _fama-si_ en mandé, et non _si-massa_, _si-fama_,

comme le pense le docteur Quintin.

L’existence d’un empire sonr’ay aussi puissant que l’ont

décrit les auteurs arabes restera toujours une énigme pour le

monde savant, s’il n’admet pas comme moi que, sous le titre

d’empire de Ghanata, de Sonr’ay, de Melli ou Mali, il faut

comprendre comme facteur principal et élément le plus puissant la

race mandé. Les preuves que j’ai avancées en citant les noms des

rois dits sonr’ay, qui étaient pour la plupart purement des Mandé,

dans la première dynastie au moins, doivent être concluantes. Du

reste, comment expliquerait-on aujourd’hui que cette race sonr’ay,

jadis si puissante, n’existe pour ainsi dire plus ? On ne trouve

actuellement que fort peu de Sonr’ay répartis dans les environs de

Djenné et dans la Yatenga, et quelques tribus isolées confinées

dans le nord de la boucle du Niger et aux environs de Gogo, sur la

rive gauche du même fleuve (dans le Zamberma, au nord du Sokoto). Il

n’est pas possible qu’une race ayant joué un rôle aussi important

dans l’histoire des peuples qui nous occupent ait disparu ainsi

sans cataclysme. Il faut, d’autre part, bien admettre avec moi

que, devant une race aussi imposante par ses divisions et le nombre

de ses familles, comme c’est le cas pour la famille mandé, on ne

peut penser qu’une chose, c’est que les trois empires de Ghana,

du Sonr’ay et de Melle ont toujours été peuplés de Sonr’ay et

de Mandé, dont les sujets, en arrivant alternativement au pouvoir,

par droit ou par usurpation, faisaient changer la dénomination du

royaume. Ce qui est notoire, c’est que si quelquefois les deux

royaumes existaient simultanément, jamais l’empire dit sonr’ay

n’a puisé ses propres forces dans l’élément sonr’ay seul

et que d’importantes fractions de mandé y ont toujours joué un

rôle considérable.

El-Edrizi écrit en 1153 (548 de l’hégire), en parlant de la

description des richesses des peuples habitant Silla et Tekrour

(Sagha), que Tirka ou Tirekka (lieu situé aux environs de Bourroum),

au coude oriental du Niger, appartenait aux Wangara[70]. « Même

Kougha, ajoute-t-il, était tributaire des Wangara. Seule Gogo était

ville libre, et ne dépendait de personne. »

Ce qui est indiscutable, c’est que les peuples qui plus tard ont

pris le titre de Sonni-nké ont depuis les temps les plus reculés

(c’est-à-dire les temps historiques arabes) habité le nord des

régions qui nous occupent.

La première mention que nous trouvons dans Ahmed Baba date de

1040-41 (432 de l’hégire). « Ouar _Diabi_, l’apôtre musulman

du _Tekrour_, meurt. Il convertit entre autres à l’islamisme les

habitants de Silla (près Djenné). »

A première vue, cette mention peut passer inaperçue ; elle a

cependant une importance considérable, car les _Diabi_ constituent

encore aujourd’hui une tribu noble parmi les Sonni-nké.

Nous voyons en outre, dans René Basset (_Mélanges d’histoire et

de littérature orientales_, p. 13), que, sous le nom de Tekrour, les

Melli sont soumis en l’an 320 de l’hégire (932-33) par l’émir

mîknaséen de Fas, Mouça ben Abi l’Afya, qui s’empara de la

ville et du pays de Tekrour.

Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, tome 2 (de 2) · 第 31 / 35 段