variété de céréales. D’autres, ruinés par les guerres, ne
s’occupent plus que des cultures hâtives, dont elles mangent
les récoltes au fur et à mesure de leur maturité, se contentant
d’employer comme condiments quelques feuilles d’arbre, des graines
de cucurbitacées sauvages, des chenilles, etc. C’est ce qui explique
comment j’ai dû me nourrir pendant plusieurs mois de _la même
variété de mil_, accommodée tous les jours de _la même façon_.
Dans les pays où règne la tranquillité, les indigènes, en
cultivant toujours les mêmes lieux, ont épuisé leurs terres,
qui, jadis si fertiles, ne produisent plus aujourd’hui que des
produits dégénérés dont les indigènes abandonnent peu à peu
la culture. Malgré les remarques que font les indigènes pour les
terrains bordant le village et engraissés par les détritus du
village, ils ne s’occupent pas du fumage des champs pour augmenter
leurs récoltes. Cette remarque ne s’applique cependant pas à tous
les peuples noirs que j’ai visités : les Soninké, les Mandé,
les Peul fument leurs terres en y parquant des troupeaux.
L’indigène ne jouit pas des produits de sa basse-cour ; quantité
d’œufs se perdent ; on ne s’y entend pas pour faire couver ;
c’est à peine si, de temps à autre, le chef de famille peut mettre
une poule dans son fricot.
Pourtant les animaux de basse-cour pullulent.
J’ai remarqué 4 ou 5 variétés de poules,
2 variétés de canards,
Des pigeons domestiques,
Et 10 variétés de pintades domestiques.
Les animaux de boucherie ne font pas défaut non plus ; nous avons
eu occasion de parler plus haut des diverses races bovine, ovine,
caprine, chevaline et asine ; on y élève plusieurs variétés de
chiens _qui pour eux sont comestibles_.
Le gibier ne leur fait pas non plus défaut.
Je n’entrerai pas dans la riche nomenclature d’animaux de toute
espèce qui peuvent fournir des ressources en vivres.
Je me bornerai à dire que le gibier d’eau abonde et est représenté
par une vingtaine de sortes de canards sauvages, oies, poules d’eau,
râles, etc.
Les échassiers sont représentés à l’infini.
Les outardes, pintades, perdrix grises et poules de rochers se
trouvent un peu partout, ainsi que les oiseaux à plumage brillant,
les perruches et les perroquets.
Parmi le gibier à poil, nous citerons le lièvre, les belettes,
fouines, sortes de furets, les porcs-épics, hérissons, la loutre,
le sanglier et le phacochère. Toutes les variétés de gazelles et
d’antilopes (au moins 20 espèces).
Les girafes et les bœufs sauvages (7 ou 8 variétés).
2 espèces d’éléphants.
L’hippopotame, le lamantin, le caïman et 8 ou 10 espèces de
poissons, les tortues, les lézards et les iguanes.
Enfin, quand nous aurons cité les fauves, hyènes, chats-tigres,
onces, panthères, lions et une belle collection de serpents, nous
aurons fait connaître tout ce que nous avons vu pendant le cours de
notre exploration.
Ces animaux ne font courir aucun danger. Il n’y a que les
imaginations exaltées qui peuvent narrer des scènes comme celles
qu’on lit trop souvent. J’affirme ici que, dans le cours de mon
voyage, et depuis huit ans que je suis constamment au Soudan, je
n’ai jamais entendu parler d’un indigène dévoré ou blessé par
un fauve ; que chaque fois que j’en ai vu, ils ont pris la fuite,
de sorte qu’il est très rare de pouvoir en tuer un.
Quant aux serpents, qui inspirent une terreur si irréfléchie à
beaucoup de personnes, ils ne sont pas plus à craindre, surtout
pour l’Européen, qui marche toujours chaussé. Je n’ai jamais
entendu parler de quelqu’un qui soit mort d’une morsure
de serpent. Les gros serpents, boas, etc., ne quittent pas les
fourrés impénétrables ; il est difficile d’en voir. J’en
ai vu en tout quatre ou cinq, et encore n’avons-nous pas réussi
à les tirer. Quand on songe que tous les indigènes circulent à
peu près nus dans les hautes herbes et dans les fourrés les plus
impénétrables et qu’il n’arrive pas d’accidents, ou presque
jamais, on peut conclure avec moi que les fauves, les serpents et les
animaux nuisibles sont bien moins dangereux qu’on ne le proclame
un peu partout.
APPENDICE V
Liste des rois sonr’ay de la première dynastie. — Liste
de la deuxième dynastie. — Notes sur l’histoire générale
de la dynastie sonr’ay-mandé. — Famille mandé. — Famille
sonni-nké. — Famille mandé-bammana. — Famille soso ou sousou
— Famille mandé-mali. — Famille mandé-dioula.
PREMIÈRE DYNASTIE
Les historiens arabes nous apprennent les noms de presque tous
les rois dits du Sonr’ay. On en trouve la liste complète dans
Rolfs (_Beiträge zur Geschichte_, etc.), dans la _Zeitschrift der
Deutschen Morgenländischen Gesellschaft_, Band IV, 1855. Je la
donne ci-dessous :
1. Le premier roi sonr’ay (سغى) ? était Za al-Yamin (vers 771 ? ;
d’après moi, en chiffres ronds, 800).
2. A lui succéda زكى Za Zakajâ ou Za Zaki.
3. — اتَكىْ ou تكى Za Atakaï ou Taki.
4. — اكَىَ Za Akaya.
5. — اكِرُ (اكو) Za Akirou (_Kérou_ ?)
6. — على بُى (على بنى) Za Ali Boy ou Boya, ou encore
Ali Bana (Bani).
7. — بِيَرُ (بيرو كومَىْ) Za Biyarou ou Barou Koumaya ?
(_Barou_ ?)
8. — بِى (ابى) Za Abi ou Aba.
9. — اكُىِ Za Akouyi.
10. — يُم كَروَىَ Za Youma Karaouaya.
11. — يُم دُنكُ Za Youma Dounkou.
12. — يُمَ كيبعَ (كبيع) Za Youma Kiba’a ou
Kibakha ou Kabaya.
13. — كوكِرىَ Za Koukirya.
14. — كِنْكِر Za Kinkira.
Aucun de ces rois ne croyait en Dieu et à ses prophètes.
Le premier qui embrassa l’islamisme fut :
15. Za-Kasi كَسى 400 de l’hégire (1009 à 1010), il régna
jusqu’en 1020.
16. A lui succéda كُسُرْ دارى Za Kousour Dari, peut-être _Diara_
(1020 à 1038).
17. — اهِرْ كَرُنْك دُمْ Za Ahir Karounkou Doum
(1038 à 1062).
18. — بيىْ كى كَيْمَ Za Bayouky Kayma (1062 à 1078).
19. — يُمَ داعُ (نتاسنى) Za Youma _Da’ou_ (_Natanansi_)
(1078 à 1100).
20. — بَيىَ كَيْرِ كِنْبَ Za Baya Kayri Kinba
(1100 à 1119).
21. — كُيى شيبيب (كين شنبيب) Za Kouyi Chibiba, ou
Kayan Chanbib (1119 à 1140).
22. — اتيبا (تب) Za Atiba ou Taba (1140 à 1158).
23. — تنبا سِنَى Za Tanba (Tenéba) Sinay (1158 à 1176).
24. — يُمَ داعُ Za Youma _Da’ou_ (1176 à 1200).
25. — فدازو (فدزر) Za Fadazou ou Fadazara (1200 à 1218) ;
ce règne correspond à celui de Baramindana.
26. — على كِرُ Za Ali _Kirou_ (1218 à 1235), correspondant
au règne de Mari Diara.
27. — بير فَلك Za _Birou_, ou Bayarou Falaka,
correspondant au règne de Mansa Wali.
28. — باسبيى ? Za Basabia, ou Basabi (Yasabi),
correspondant aux règnes de Mansa Wali, Mansa Kalifa et de
Mansa Abou Bakr.
29. — درر ? Za Darar, _Za Dazara_ ? }
} Serki Diara, Gao,
30. — زنك بار Za Zanaki, _Barou_. } Mohammed, Abou Bakr,
} Mansa Mouça, noms
31. — بسا فار Za Basa Farou ou } des rois mandé
Fara ou _Basi-Fara_. } correspondants.
}
32. — فد Za Fada, Za Fa-_Dé_. }
DEUXIÈME DYNASTIE
Les Sonni. — 1331 (date mentionnée sous le règne de Mansa Magha,
par Ahmed Baba).
33. Sonni Ali Kilnou.
34. Sonni Silman Nar.
35. Sonni Ibrahim Kiba ou Kibya.
36. Sonni Ousman Kanou ou Kanwa.
37. Sonni Basakin Aukabaya ou Bara Kina Abaky.
38. Sonni Mouça.
39. Sonni Boukar Zanka ou Zanaka ou Zoniké.
40. Sonni Boukar Dal Binba.
41. Sonni _Barou_ Kouya.
42. Sonni Mohammed _Da’ou_.
43. Sonni Mohammed Koukia.
44. Sonni Mohammed _Barou_.
45. Sonni Mari Koul Khoum ou Mari fi Koul Khoum.
46. Sonni Mari Râkar.
47. Sonni Mari Aranadan.
48. Sonni Souleyman _Da’ou_.
49. Sonni Ali.
50. Sonni _Bara_ ou _Barou_, appelé aussi Abou Bakr Da’ou.
51. Askia _Thouré_ : El-Hadj Mohammed (1500 ?).
La première dynastie est celle des Za, titre dont nous donnons
l’origine à propos de l’histoire des Sonni-nké.
Cette dynastie se divise en deux moitiés, dont la première, la
plus ancienne, ne comprenait que des rois païens (infidèles). Ils
sont au nombre de 14. Za al-Yamin, le premier dont le nom soit connu,
devait, d’après nos calculs, régner vers l’an 800 de l’ère
chrétienne. Le quatorzième, Za Kinkira, a dû mourir vers l’an
1000.
L’énumération des noms des rois de cette première moitié de la
dynastie des Za nous rappelle peu de noms propres mandé ; on ne peut
y relever que ceux du cinquième souverain, nommé Akirou, nom qui
rappelle le diamou mandé-dioula _Kérou_, et celui du septième
souverain, dans lequel on trouve le nom Birou, qui rappelle le
mandé-dioula _Barou_.
Mais nous ne tenons pas pour une preuve suffisante ce rapprochement
de noms pour en déduire que réellement les cinquième et septième
souverains de cette dynastie étaient d’origine mandé.
Il n’en est pas de même pour la deuxième moitié de la dynastie
des Za. Elle comprend 18 rois, tous musulmans. Le premier d’entre
eux qui embrassa l’islamisme (le quinzième de la dynastie des Za)
se nommait Za Kasi.
El-Békri rapporte que la date de sa conversion remonte à l’an
1009-1010.
Si, en dehors de la conversion de Za Kasi, les historiens arabes ne
rapportent aucun événement sur le règne des 18 rois _musulmans_
Za, nous apprenons par la liste de leurs noms que neuf d’entre
eux, c’est-à-dire la moitié, portaient des noms ou surnoms
mandé. C’est là un point très important pour l’histoire de ces
peuples. Il prouve tout simplement que pendant cette deuxième moitié
de dynastie les Mandé sont au pouvoir dans le Sonr’ay. Ainsi le
16e roi de la dynastie des Za est un Diara ; le 19e et le 24e, deux
Da’ou ; le 26e, un Kérou ; le 27e, un Birou.
Le 29e est écrit دزر. En haoussa c’est l’expression _Diara_. Le
_di_ ou _d_ mouillé se change toujours en _z_. C’est pourquoi nous
n’hésitons pas à croire que le 29e roi était un _Diara_. Le 30e
était un _Barou_. Le 31e porte un surnom mandé, _Basi-Fara_. Le
32e est nommé _Fa-Dé_, le père _Dé_.
Nous avons dit plus haut que l’histoire ne nous apprend que la
date de la conversion de Za Kasi (1009-10), nous devons ajouter
qu’El-Békri annonce qu’en l’an 1153 (548 de l’hégire), la
domination des Mandingo ou Wangara s’étendait jusqu’à Tirka ou
Tirekka (environs de Bourroum), même Kougha dépendait des Wangara,
dit-il, seule Gogo était libre et indépendante. Il est curieux
d’observer que précisément l’année 1153 correspond avec
l’apparition des noms mandé dans la chronologie des rois sonr’ay
de la dynastie des Za musulmans, et probablement au règne du roi Za
Youma Da’ou II (à ce roi ne succèdent que des souverains portant
des noms mandé).
Doit-on en déduire que ce n’est qu’en 1153 que les Mandé ont
fait leur apparition dans le nord de la boucle de Niger ? Nous ne
le pensons pas. Les Mandé devaient être là depuis beaucoup plus
longtemps. Leur aile gauche, comme nous l’avons constaté, occupait
déjà vers les IVe et Ve siècles de l’hégire le Ghanata, il n’y
a pas de raison pour ne pas les trouver sur le même parallèle plus à
l’est vers le Sonr’ay. Mais là comme ailleurs ils n’arrivent au
pouvoir qu’après la domination et l’affaiblissement des Senhadjô
(des Berbères). L’avènement des premiers rois mandé au trône
sonr’ay ne dut avoir lieu que vers la fin du XIe siècle, mais ils
ne devinrent réellement puissants au détriment des Sonr’ay que
dans le courant du XIIIe siècle ; ce n’est du reste que vers cette
époque que les historiens arabes en font mention avec méthode et
suite. On peut donc en inférer que les empires sonr’ay et mandé
se sont longtemps confondus.
El-Békri nous apprend que les Mandé étaient déjà puissants
dans l’est en 1153, mais il omet de nous donner le nom de leurs
souverains. Le premier souverain qu’il cite est Baramindana ou
Sérbendana ; il le mentionne parce qu’il est le premier qui ait
embrassé l’islamisme ; sa conversion date de l’année 1213.
Au commencement du XIIIe siècle la situation est donc la suivante :
A l’ouest : le pouvoir appartient aux Sousou ou Soso, fraction des
Mandé, de 1203 à 1235.
Au centre : Baramindana, premier roi musulman du Mali, règne de 1213
à 1235.
A l’est : un empire ou royaume dit Sonr’ay, gouverné par des
rois pour la plupart mandé.
De 1235 à 1260. — Mari Diara Ier, roi de Mali, successeur de
Baramindana, absorbe le royaume de Ghanata et subjugue les Sousou.
A dater de cette époque il n’existe plus que deux pouvoirs :
le Mali et le Sonr’ay.
Mari Diara Ier eut pour successeur son fils, Mansa Wali Ier, qui
fit le pèlerinage de la Mecque, sous le règne du sultan Bibars ;
il régna de 1260 à 1276.
1276-77. — Mansa Wali II, frère du précédent, règne très peu
de temps.
1277 à 1311. — Mansa Khalifa, successeur de Mansa Wali II, est
pauvre d’esprit et tué par son peuple.
Puis vient Mansa Abou Bakr, neveu, fils de la sœur de Khalifa.
Le trône est occupé ensuite par un usurpateur nommé Sakoura
ou Sabkara, qui entreprend un pèlerinage à la Mecque au temps
d’El-Malik é Nassir.
A lui succèdent Serki[66] Diara, Gao, Mohammed, Abou Bakr, Mansa
Mouça.
1311. — Avènement de Mansa Mouça, dit Konkour Moussa.
1311-1331. — Mansa Mouça Ier (Konkour Mouça) arrive au trône ;
il devient le plus grand roi de Melle. Il réunit sous son sceptre
toute la puissance militaire et politique de ce royaume, qui,
selon Ahmed Baba, constitua une force sans mesure ni limites. Tout
en étendant sa domination sur tous les peuples noirs environnants,
il se ménagea d’amicales relations avec Abou’l-Hassan du Maghreb
(Maroc). Mansa Mouça plaça sous sa domination :
1o Le Baghena, y compris le Tagant et l’Adrar ;
2o Sagha et le Tekrour occidental, capitale Silla ;
3o Tombouctou ;
4o Et enfin le Sonr’ay avec sa capitale, Gogo. Ahmed Baba le dit
formellement : Konkour Mouça est le premier roi de Mali, suzerain
du Sonr’ay.
Djenné, grâce à sa position dans une île, semble ne pas avoir
été annexé.
1326. — Mansa Mouça entreprend un pèlerinage à la Mecque. Tous
les auteurs anciens parlent d’une façon détaillée de l’escorte
du roi pèlerin, des richesses qu’il emportait et de l’armée
qui l’accompagnait.
D’après Ahmed Baba, traduction de Rolfs, « il emmena 60000
guerriers (?). Partout où passait le sultan, il se faisait précéder
de 500 esclaves dont chacun portait une canne en or pesant 500
mitkal d’or » (6 kil. 500 d’or). Ces données sont évidemment
exagérées, elles offrent cependant un certain caractère de vérité,
puisque plusieurs peuples que j’ai visités ont conservé la coutume
des porte-canne. Ardjouma, chef du Bondoukou, se fait précéder
d’un sabre à pomme d’or pesant environ 1 à 2 kilogrammes.
D’après Ahmed Baba, le poids total de ces cannes aurait représenté
une valeur intrinsèque de 100 millions ! Ce n’est guère possible.
« En allant à la Mecque, il prit le chemin de Walata et traversa le
Touat. Dans ce dernier pays, ajoute l’historien, il dut abandonner
beaucoup de son monde. Atteint d’une maladie dans les jambes,
qu’ils nomment dans leur langue _touat_ (?). » C’est probablement
la filaire de Médine.
L’historien ajoute même que c’est parce que les gens de Mansa
Mouça se fixèrent dans ce lieu qu’il a conservé le nom de _Touat_.
Barth ajoute que cette circonstance est bien connue des habitants du
Touat, dont une grande partie se dit d’origine sonr’ay.
Les Orientaux du Caire et de la Mecque, dit Ahmed Baba, furent éblouis
par sa puissance et sa munificence. Le peuple sonr’ay lui fit sa
soumission dès qu’il entreprit son pèlerinage.
A son retour de la Mecque, il passa par le Sonr’ay.
Ebn Batouta nous apprend que Mansa Mouça ou Konkour Mouça campa
dans le jardin de Sirakh ed-Din ben el-Kouwaïk, notable commerçant
d’Alexandrie, établi dans un lieu nommé Birket-el-Khabas, dans
la banlieue du Caire.
C’est pendant son voyage d’aller et probablement avant de se
diriger sur Oualata que Mansa Mouça soumit Tombouctou et plaça la
ville sous sa suzeraineté.
Il y fit construire un palais, actuellement détruit, que l’on
nommait _Mâ dougou_ et élever un minaret de la grande mosquée.
1331-35 (732-36). — Mansa Magha Ier succède à son père Mansa
Mouça.
C’est sous son règne que Sonni Ali Kilnou et Silman Nar, deux jeunes
Sonr’ay, _otages du roi de Mali_, s’enfuirent de la cour de Mali,
retournèrent dans leur pays et s’emparèrent du pouvoir sonr’ay.
Sous le règne de Mansa Magha, le Mali perdit de sa grandeur et de
son prestige. La mort au bout de quatre ans de règne vint délivrer
le pays de ce triste régent.
1335-1359. — Mansa Sliman ou Suleyman, frère de Mansa Mouça ou
Konkour Mouça, et oncle de Mansa Magha Ier, arrive au pouvoir et
rétablit la puissance du Mali un moment ébranlée.
1351. — D’après Makrizi, un roi de Mali entreprend à cette
date un pèlerinage à la Mecque. Le nom de ce monarque ne nous
est pas parvenu. Nous avons tout lieu de croire qu’il s’agit de
Mansa Sliman.
Sous le règne de Mansa Sliman, le sultanat de Mali s’étendit bien
loin, et sa domination se fit sentir jusque vers Tombouctou.
L’étendue de son royaume força Mansa Sliman de procéder à une
répartition de son territoire en trois grandes provinces, dont Ahmed
Baba nous donne la nomenclature et les noms des gouvernements.
Ces trois provinces étaient :
1o Le _Kala_, le Kalari actuel, avec Ségou ;
2o Le _Bandouk_, le Bendougou ;
3o Le _Sabardougou_ (?).
Dans chacun de ces trois pays il y avait douze sultans.
En ce qui concerne le Kalari, huit sultans régnaient en même temps
sur cette presqu’île.
Le premier d’entre eux régnait tout contre le Djenné.
Il se nommait _Ouarraba Koy_ (Ouarraba est le synonyme de _Diara_).
Les sept autres étaient : 1o وتر كى _Ouattara_ Koy.
2o Le _Koma_ Koy كُمَى كى. Koma veut dire :
grue couronnée ; cet oiseau est fétiche
pour tous les Mali-nké.
3o فَدْكَ كى appelé aussi فَركَ كى Fadka Koy
ou _Farka_ Koy.
4o كُرْكَ كى _Kourka_ Koy.
5o كَو كى _Kawa_ Koy ou Kaba (nom de
famille sonni-nké).
6o فَرَما كى _Farama_ Koy.
7o زر كى _Zara_ Koy.
Les quatre autres sultans régnaient au nord du fleuve.
Le premier d’entre eux régnait contre le domaine de Zago, vers
l’ouest ; il s’appelait كوكِرِ كى _Koukiri_ (peut-être
Kou Kérou Koy).
2o يارَ كى _Yara_ Koy, peut-être سر كى Sara Koy, ou bien بار كى Barou.
3o سَامَ كى _Sama_ Koy.
4o وفال فرن Wafala Faran.
Ce Wafala Faran était celui qui avait le pas sur les autres dans
les audiences ou les visites de corps chez le sultan de Mali.
Tous les sultans du Bendougou régnaient au sud du fleuve.
Le premier d’entre eux régnait à côté de Djenné ; il se nommait
كو كى _Kawa_ Koy.
2o كَعَر كى Ka’ar Koy peut-être _Kamara_ كمَرَ ?
3o سَمر كى Samar Koy.
4o داعُ كى _Da’ou_ Koy
5o تَعب كى Taba Koy.
1359-60. — Mansa Ebn Sliman, fils de Mansa, qui ne règne que
neuf mois.
1360-73. — Mansa Diara, fils de Mansa Magha Ier, prend le pouvoir ;
il envoie une ambassade à Abou el-Hassan, sultan du Maroc.
1373-87. — Mansa Mouça II, fils de Mansa Diara, laisse, par sa
faiblesse, usurper le pouvoir par son vizir Mari Diara.
1387-88. — Mansa Magha II, frère du précédent, lui succède au
trône et est assassiné après un an de règne.
1388-90. — Un autre usurpateur détient le pouvoir.
1390-1400. — Mohammadou ou Mansa Magha III, un descendant de Mari
Diara Ier, règne 10 ans.
1400. — A dater de cette époque, Ahmed Baba ne mentionne plus la
chronologie des rois du Mali.
En lisant attentivement la chronologie, on s’aperçoit immédiatement
qu’en dehors de Konkour Mouça et de Mansa Souleyman, le Mali n’a
guère possédé de rois brillants. Le dernier acte important à
enregistrer date du règne de Mansa Diara, qui envoya une ambassade
à Abou el-Hassan, sultan du Maroc.
Avec la mort de Mansa Diara (1373) commence pour le Mali l’ère
de la décadence ; le sultanat se maintient cependant jusqu’au
commencement du XVe siècle. Puis, sous le règne de Sonni-Ali,
fils de Sonni Mohammed Daou, en 1465, le Mali fut complètement
bouleversé. Enfin, à l’avènement d’Askia Mohammed (1492),
la décadence était complète. Celui-ci et ses successeurs firent
si souvent la guerre au royaume de Mali qu’il succomba.
Il faut donc reporter la désagrégation du sultanat de Melle ou
Mali vers l’année 1540, c’est-à-dire à cinq ans après la
mort d’Askia.
1540 environ. — « Alors, dit Ahmed Baba, le sultanat de Melle
se disloqua en trois royaumes ayant chacun son propre sultan, puis
les deux gouverneurs militaires[67] institués par Konkour Moussa se
soulevèrent à leur tour et se taillèrent chacun un royaume. » De
sorte que Melle divisé a donné lieu à cinq nouveaux groupements,
qui seraient, selon nos recherches :
1o Les Bambara, avec les Samokho et les Sama-nké ;
2o Les Mali-nké ;
3o Les Sousou ;
4o Les Sonni-nké ;
5o Les Dioula.
Un essai sur l’histoire mandé proprement dite n’est donc pas
chose aisée. Les matériaux à notre disposition sont excessivement
rares. Les chroniques arabes, pleines d’omissions, sont confuses. Les
historiens musulmans ont apporté trop de négligence dans leurs
relations pour permettre d’écrire une histoire fidèle et de
retracer avec soin les vicissitudes traversées par les nombreux
États nègres habités actuellement par les Mandé.
Jusqu’aujourd’hui on a désigné ce peuple sous le nom de
Mandi-nké, Mandénga, Mandingue, Mali-nké, et leur royaume très
souvent sous le nom de Mali, Melli et Malal.
La racine du mot est _mandé_[68].
_Mandi-nké_, _Mandinga_, veulent dire « hommes du Mandé »,
et _Mandingue_ n’est qu’une altération de ces deux premiers
noms. Chaque fois que j’ai demandé avec intention à un Mandé :
« Es-tu Peul, Mossi, Dafina ? » Il me répondait invariablement :
« _Je suis Mandé_ ».
C’est pourquoi, dans le cours de ma relation, j’ai toujours
désigné ce peuple par le nom de _Mandé_, qui est son vrai nom.
D’après les informations que j’ai recueillies, _Ndé_ était
le nom sous lequel on désignait le pays d’origine mandé. Jadis,
ont-ils ajouté, le berceau de la race mandé était divisé en
deux : la partie arrosée par le Niger moyen et ses gros affluents
était désignée sous le nom de Ma-ndé parce que les peuples qui
l’habitaient adoraient pendant la période païenne le lamantin
(_Manatus_, désigné encore aujourd’hui sous le nom de _ma_). Le
restant du pays, la partie sud, éloignée des grands cours d’eau,
portait seulement le nom de _Ndé_.
El-Edrizi et El-Békri rapportent d’autre part, en parlant de
l’origine de la première dynastie des rois du Sonr’ay, que
« pendant la période païenne Dieu apparaissait aux populations du
Niger sous la forme d’un serpent ; il leur donnait des ordres et
ils l’adoraient.
« Un étranger le tua devant la population, et par ce fait il devint
leur roi. En montant sur le trône il prit pour cette raison le titre
de _za_, et ses successeurs firent toujours précéder leur nom de
celui de _za_. » (_Za_, _sa_, en mandé, veut dire « serpent »).
On pourrait supposer que cet incident ne se rapporte qu’aux peuples
sonr’ay : nous ne le pensons pas, car nous trouvons, précisément
dans la chronologie très complète de la première dynastie des rois
sonr’ay que les historiens arabes nous ont conservée, que Za Kasi,
le héros de cette légende et premier roi sonr’ay, a eu de nombreux
successeurs mandé, parmi lesquels nous citerons :
_Da’ou_ II, Za Fa _Dazou_, Za Ali _Kirou_, Za _Zank barou_, Za
_Basa-Fara_, et enfin Za _Fa-Dé_, dernier roi de la première dynastie
des rois sonr’ay, mort vers l’an 1350 de l’ère chrétienne.
_Da-ou_, _Kirou_, _Barou_, sont des noms de famille mandé qui se sont
conservés jusqu’à nos jours ; ils constituent encore aujourd’hui
presque un titre de noblesse ; les plus belles familles portent
actuellement ce nom. Enfin _Za Fa Dé_ veut dire _Za_ père des _Dé_.
Dans le Mossi on désigne les Mandé et en général les étrangers par
le mot _dé_. Exemple : _Ia dé r’a_, « ceux-ci _mandé_ sont ».
Nous retrouvons également le mot _ndé_ en wolof pour désigner
le sud ; ils disent : Dioula _ndé_, ce qui veut dire : « Pays des
Dioula, endroit des Dioula. »
Dans l’étude qui va suivre nous nous sommes basé sur tous les
éléments qui pouvaient nous éclairer : ce sont des résultats
d’interrogatoires laborieux, de longues recherches dans le pays
même, et, comme canevas, les relations fournies par les historiens
arabes.
Raconter fidèlement l’histoire de ce peuple est donc très
difficile ; sa langue n’est pas écrite, et les traditions ne
remontent pas assez loin pour permettre d’en tirer des conclusions
bien nettes ; du reste, chacune des branches de la race mandé a sa
propre histoire.
Ce peuple est mélangé à l’infini. La superposition des races,
le mariage et la promiscuité dans laquelle il vit avec ses esclaves,
sont autant de causes qui font que l’anthropologie n’a pu étendre
avec fruit ses recherches sur les peuples qui nous intéressent.
Le tatouage et les incisions m’ont souvent guidé pour formuler
une opinion, malheureusement les enfants d’esclaves se font tatouer
comme leur maître. Certains peuples vaincus ont adopté le tatouage
et les incisions du vainqueur. Dans d’autres circonstances c’est
le contraire qui s’est produit, ce sont alors les immigrants qui ont
pris le tatouage des peuples chez lesquels ils sont venus s’établir,
afin de leur inspirer la confiance et de s’assimiler plus promptement
à eux.