température ; maximum à l’ombre, 30
degrés. — Commencement des nuits
froides. Vers quatre heures du matin,
à l’intérieur des cases, la
température s’abaisse à 13 degrés.
1888, janvier. _Bassins du — Pas de pluie. — Bonne et saine
Niger et du température le matin jusqu’à sept
Comoë._ heures. Dans la journée, température
maximum à l’ombre : 34 degrés. La
nuit le thermomètre à l’intérieur des
cases, vers quatre heures du matin,
descend à 12 degrés. Une seule fois
j’ai observé 8 degrés ; c’est la
température la plus basse que j’aie
constatée.
— février. _Bassin du — Du 20 au 29, 4 fortes pluies. Plus
Comoë._ de thermomètres. — La température est
très élevée, au moins 42 degrés à
l’ombre. Dans la première partie de
la nuit il est impossible de dormir à
l’intérieur des habitations, elles
sont trop surchauffées pendant la
journée ; ce sont de véritables
étuves.
— mars. _Id._ — 7 pluies de durées variables. —
Température très élevée, vers la fin
du mois surtout. On voyage avec
difficulté dans la journée,
heureusement que le pays est assez
élevé (700 à 800 mètres d’altitude)
et qu’il fait un peu d’air.
— avril. _Id._ — 10 pluies. — Température presque
insupportable de neuf heures du matin
jusqu’à deux heures et demie. On
bénéficie d’un peu de vent.
— mai. _Bassin de — 6 pluies et 4 fois quelques gouttes
la Volta._ d’eau seulement. La température
devient plus supportable ; la verdure
commence et empêche beaucoup la
réverbération.
— juin. _Id._ — 12 pluies dont 2 insignifiantes. —
Température très supportable.
Abaissement de 12 degrés après chaque
orage.
— juillet. _Id._ — 15 pluies dont 7 insignifiantes.
Température supportable.
— août. _Id._ — 14 pluies dont 7 insignifiantes et
3 fois quelques gouttes d’eau
seulement. — Les fortes pluies ont
lieu au changement de lune.
— septembre. _Id._ — 20 pluies. 4 fois il a plu toute la
journée ou toute la nuit ; 10 fois de
une heure à trois heures, et 6 fois
c’étaient des orages insignifiants.
— octobre. _Id._ — 22 pluies dont 4 insignifiantes. —
Température très supportable.
— novembre. _Id._ — 1 seule pluie, le 16. Quelques
tornades sèches.
— décembre. _Bassin du — Température supportable. Pas de
Comoë._ pluie.
1889, janvier. _Id._ — 3 fortes pluies. Température
supportable.
— février. _Id._ — Pas de pluie. — Température
supportable.
— jusqu’au _Id._ — 5 pluies. — Température
20 mars. supportable.
TABLEAU COMPARATIF DES PLUIES
Sénégal Volta.
et Niger.
Janvier » »
Février » »
Mars » »
Avril » »
Mai 6 6
Juin 14 12 dont 2 insignifiantes.
Juillet 22 15 — 7 —
Août 23 14 — 10 —
Septembre 16 20 — 6 —
Octobre 12 22 — 4 —
Novembre 1 1 »
Décembre » » »
-- -- --
TOTAUX 94 90 dont 29 insignifiantes.
De ce tableau comparatif il résulte que dans le bassin du Sénégal
et du Niger il tombe environ 90 pluies pendant l’hivernage, avec
une durée variant entre une heure et trois heures, et que dans le
bassin de la Volta il tombe un nombre égal de pluies, mais dont le
tiers est à classer parmi les orages insignifiants.
Dans le bassin du Niger l’hivernage réel comprend les mois de
juillet, d’août et de septembre, tandis que dans celui de la Volta
il ne comprend que septembre et octobre : il est donc en retard de
deux mois sur le bassin du Niger.
Au point de vue des saisons, elles se répartissent comme il suit
dans les deux bassins :
NIGER. VOLTA.
_Grosses chaleurs._ — Avril, _Grosses chaleurs._ — Avril,
mai. mai.
_Semailles._ — Juin (pluies _Semailles._ — Juin, juillet,
rares, mais assez régulières). août (pluies irrégulières,
mais très rares).
_Hivernage._ — Juillet, août, _Hivernage._ — Septembre,
septembre. octobre.
_Récolte._ — Octobre et _Récolte._ — Novembre,
novembre. décembre.
_Saison fraîche._ — Décembre et _Saison fraîche._ — Janvier,
janvier. février.
_Époque où l’on brûle les _Époque des incendies._ —
herbes._ — Février, mars. Mars.
L’hivernage et les saisons en général paraissent bien mieux
établis dans le bassin du Niger que dans celui de la Volta. Dans ce
dernier bassin, l’hésitation est longue, l’hivernage n’arrive
pas franchement ; les habitants s’y préparent pendant trois mois,
appelant de tous leurs vœux les pluies qui ne viennent pas. Dans
tout le Dafina, le Gourounsi et le Mossi j’ai partout reçu des
députations qui venaient me demander d’user de toute mon influence
auprès du Tout-Puissant pour leur faire avoir des pluies abondantes.
Pour le passage des rivières les observations peuvent avoir une grande
utilité. Je n’ai pas séjourné assez longtemps sur les bords
d’un cours d’eau pour observer méthodiquement sa crue. Mais on
peut cependant déduire ceci : c’est que dans les premiers jours
d’août, le 4 ou le 5, la Volta orientale était encore guéable,
et que vers cette époque le Niger atteignait déjà sa plus grande
hauteur, comme nous l’apprend Mage :
1er juin (crue du Niger devant Ségou) 0m,22
4 août 3m,78
15 août, la crue atteint 4m,52
7 septembre, maximum de la crue 5m,43
26 septembre 5m,15
La baisse se continue progressivement jusqu’en décembre.
Quant au régime des pluies du bassin du Comoë, il est tout différent
de celui de la Volta et du Niger.
L’hivernage commence deux mois avant la saison des pluies des
bassins précités. Les pluies commencent en mars à la côte, puis
elles remontent lentement vers l’intérieur.
En mars j’ai constaté dix pluies ; en avril elles sont déjà
plus fréquentes, ce qui fait qu’entre le 5e et le 7e parallèle
on peut considérer les mois de juillet et d’août comme les mois
d’hivernage de la région.
A ce propos, il serait très curieux de tracer sur une carte les
courants qui amènent les pluies dans tout le Soudan occidental ;
les tracés ainsi obtenus donneraient, à coup sûr, une idée
d’ensemble qui ne manquerait pas de jeter un jour plus complet
sur les courants atmosphériques et la marche des tornades. On ne
serait certes pas en mesure d’en déduire des données absolument
mathématiques, le relief du sol et les cours d’eau jouant un grand
rôle dans cette question, mais on obtiendrait des données qui, à
l’aide d’observations ultérieures plus précises, deviendraient
intéressantes à consulter.
J’ai adopté pour la division de l’année six saisons au lieu
de quatre, c’est la même classification dont se servent les
indigènes. Je suis arrivé à l’employer parce qu’elle me
permettait de préciser, à défaut de noms de mois qui manquent
chez certains peuples, l’époque de mon passage dans telle ou
telle région.
Du reste cette classification en six saisons comporte des températures
bien différentes, qui méritent d’être examinées chacune
isolément ; c’est ce que nous allons faire :
_Saison des fortes chaleurs._ — Elle correspond aux mois d’avril
et de mai. Les températures sont très élevées : de neuf heures
à trois heures de l’après-midi, il y a généralement 40 à
42 degrés Réaumur à l’ombre et à l’air libre. Au soleil la
chaleur est très intense ; il est extrêmement pénible de voyager
pour l’Européen, et même pour les animaux porteurs, qui cherchent
à s’arrêter chaque fois qu’ils rencontrent de l’ombre.
Avec un thermomètre il n’est pas possible de se rendre exactement
compte de la chaleur que l’on supporte. Elle doit atteindre 60
degrés dans les lieux où la chaleur zénithale se cumule avec la
réverbération du sol dépourvu d’herbes et quelquefois de la
réverbération de murs d’enceinte de maisons ou même de parois
verticales des grès de certains soulèvements.
Le soir les parois des habitations en pierres et en terre sont très
surchauffées ; on est tenu de coucher dehors et de ne rentrer que
dans la nuit, après que les murs sont refroidis.
_Saison des semailles_ (juin). — La verdure commence à tapisser le
sol. On prépare les cultures pour les semailles, qui se font après
les premières pluies. Il fait encore bien chaud, l’air est lourd,
saturé d’électricité, on a tout l’ennui de l’approche de
l’orage, sans avoir le bénéfice qui résulte de l’abaissement
de la température après chaque pluie.
_Hivernage._ — Excellente saison pour l’Européen ; c’est presque
une chaleur de pays tempérés. La pluie donne des abaissements
brusques de température de 10 à 15 degrés desquels il faut se
méfier en se couvrant. Si le mauvais état des chemins et la grosseur
des cours d’eau n’étaient des obstacles sérieux pour les voyages,
il faudrait toujours profiter de cette saison pour aller visiter un
pays. La végétation est splendide, il y a de la verdure partout,
l’œil se repose, et le voyageur peut réellement juger de la
richesse d’un pays.
_Récolte_ (octobre et novembre, et, pour quelques produits,
décembre). — La verdure subsiste encore, c’est l’époque des
fortes rosées. La chaleur est très supportable ; vers la mi-novembre,
cependant, il y a quelquefois des journées excessivement chaudes.
Les eaux commencent à se retirer et les marigots et flaques d’eau
sont asséchés. L’air est dans ces endroits chargé de miasmes
qui engendrent le paludisme. Il est bon pour s’en préserver de ne
jamais se mettre en route à jeun et de faire usage des kolas.
_Saison fraîche_ (décembre et janvier). — Très bonne saison
pour les Européens. Les nuits sont très fraîches, il n’est pas
rare d’avoir 16 degrés de chaleur seulement dans la nuit. Dans
la journée la chaleur est supportable. Les convalescences sont
extrêmement rapides en cette saison.
_Époque où l’on brûle les herbes_ (février et mars). —
Les hautes herbes séchées sont allumées, le Soudan entier est en
feu. Vers cette époque il tombe aussi quelques pluies, qu’on appelle
le petit hivernage. L’eau tombée et les cendres des herbes servant
d’engrais donnent un regain à la végétation : on aperçoit des
jeunes pousses aux arbres, et le manteau noir dont est recouvert le
sol se trouve pendant quelques jours émaillé de verdure. C’est
la meilleure saison pour les voyages : les rivières deviennent
guéables ; mais on ne peut pas se rendre compte de la valeur et de
la beauté du pays que l’on traverse : juger le Soudan en février
et mars, serait juger la France en décembre et janvier.
Le climat des régions que j’ai visitées n’est pas aussi insalubre
qu’on le proclame en France.
Quelques pessimistes viennent, dès qu’on parle de colonisation,
vous opposer l’inclémence du climat. Tout cela est bien exagéré.
Nous n’avons pas la prétention de faire croire que le climat est
aussi salubre que celui de la France, mais ce que nous affirmons
bien hautement, c’est que l’Européen peut vivre partout à
la condition de s’entourer d’un certain confort. Sur la côte
même, les agents français de nos factoreries résistent bien et
supportent gaillardement des séjours prolongés à la condition de
pouvoir venir se retremper tous les deux ans pendant quelques mois en
France. Il ne nous serait pas difficile de citer des Français qui y
ont séjourné pendant de nombreuses années, qui sont très valides
et dont l’intelligence est loin d’être atrophiée, comme on nous
le raconte trop souvent. Il est des peuples, pour ne citer que les
Anglais, les Hollandais, les Portugais, qui vont plus volontiers dans
les colonies que nous, et ces races ne périclitent pas, loin de là.
Trop souvent on nous renvoie à des statistiques, en disant qu’à
l’époque de l’occupation de la côte par des troupes françaises
la mortalité était d’un pour cent trop élevé pour songer à
s’y établir.
Il y a une différence considérable dans l’état de santé des
hommes qui vont dans ces régions dans un but déterminé, pour y
faire du commerce ou se livrer à des études intellectuelles,
et un malheureux troupier qui y vient sans objectif. De
quoi peut-il s’occuper, à part les heures d’exercice, de
service ? L’oisiveté dans laquelle vit le soldat engendre chez
lui la mélancolie ou le prédispose à noyer son chagrin dans des
libations funestes à la santé. C’est pourquoi il ne faut voir de
statistique vraie que dans celles qui comprennent des sujets occupés
par un travail quelconque qui chasse l’ennui.
Nous avons toujours constaté qu’au Sénégal et dans nos postes
du Soudan français, les officiers les mieux portants sont ceux qui
s’occupent le plus, en usant modérement de la chasse, du cheval,
et se livrent à un travail intellectuel quelconque, de façon à
trouver à employer leur temps. On peut très bien se conserver une
bonne santé, à part quelques malaises passagers qui n’ont aucune
gravité.
Pendant le cours de mon exploration j’ai été deux fois très
gravement malade, mais comment en serait-il autrement ?
Mon voyage s’est effectué dans des conditions excessivement
pénibles : on ne reste pas impunément deux ans sans vin ni pain,
ni rien de ce que nous mangeons en France.
Il faut aussi traverser des marais et des rivières à la nage,
on est exposé à toutes les intempéries sans pouvoir changer de
linge. J’aurais fait mon voyage dans de semblables conditions en
France, j’aurais certes eu autant de jours de malaise et de maladie.
Mais quand on a une installation confortable, on peut très bien
conserver une bonne santé.
« Un excellent moral et la volonté de vivre sont les meilleurs
facteurs pour se bien porter. »
APPENDICE IV
Flore et faune.
Il est impossible de donner des renseignements utiles sur la flore et
la faune d’un pays sans tomber dans une fastidieuse énumération
des divers produits. — Il faut cependant dire ce que l’on a vu, et
il est indispensable de signaler les ressources qu’offre l’immense
pays que j’ai visité.
En céréales nous avons observé :
_Deux_ variétés de mil hâtif dit _souna_ (_Penicillaria spicata_),
ou mil chandelle.
_Deux_ variétés de mil tardif dit _sanio_.
_Quinze_ variétés de _sorgho_, qui peuvent se répartir au point de
vue botanique en deux espèces, le _Sorghum vulgare_ et le _Sorghum
saccharatum_. Ces variétés remarquées ne sont peut-être qu’une
seule forme infiniment variée par la culture et la sélection depuis
les temps les plus reculés.
_Six_ variétés de maïs.
Le maïs a été certainement importé d’Égypte. Dans presque
tous les dialectes, langues et idiomes du Soudan occidental, cette
graminée porte un nom rappelant la Mecque ou l’Égypte.
Exemple : _Kaba_ (pierre sainte de Médine), _Maka, maka nion_
(mil de la Mecque), _daou n’Massara_ (mil d’Égypte), etc.
Sa culture doit être récente au Soudan et date peut-être seulement
d’un siècle. Ce qui est notoire, c’est qu’à la fin du XVIe
siècle on ne signalait pas le maïs en Égypte, et que Forskal,
à la fin du XVIIIe siècle, mentionnait le maïs comme encore peu
cultivé en Égypte, où il n’avait pas reçu un nom distinct des
sorghos. De Candolle a prouvé que le maïs est originaire du Nouveau
Monde. Nous pensons donc que pour le Soudan central il a dû venir
par l’Égypte, apporté par les pèlerins revenant de la Mecque,
et aussi par la côte occidentale d’Afrique, apporté par les
négriers et les commerçants européens.
_Quatre variétés de riz_. Strabon, qui avait vu l’Égypte comme
la Syrie, ne dit pas que le riz fût cultivé de son temps en Égypte,
mais il ajoute que les Garamantes le cultivaient.
Il existe encore au Soudan une autre graminée dont le nom scientifique
est _Panicum filiforme_ (_Paspalum ægyptiacum_). En mandé on la
nomme _fini_ ou _fonio_. C’est une graminée plus petite que
le plantain. La tige qui porte l’épi est très fine et a une
légère odeur de foin. Elle est employée et préparée d’une
façon différente des mils et des sorghos. Afin d’enlever la
pulpe du grain, on le fait griller, puis le grain est vanné ; il
est ensuite cuit à l’étouffée. C’est une excellente semoule.
Nous en connaissons _trois variétés_, qui ne diffèrent entre elles
que par la grosseur de la graine et leur teinte plus ou moins foncée.
L’arachide ou pistache de terre est représentée par _trois
variétés_.
Sloane, dans _Jamaïca_, page 184 (cf. de Candolle, _Organes des
plantes utiles_), dit que les négriers chargeaient leurs vaisseaux
d’arachides pour nourrir les esclaves pendant la traversée, ce
qui indique une culture alors très répandue en Afrique. D’autre
part, des graines d’arachide ont été trouvées dans les tombeaux
péruviens d’Aucon, d’après Rochebrune, ce qui fait présumer
quelque ancienneté d’existence en Amérique. De Candolle n’est
pas éloigné de croire à un transport du Brésil en Guinée par les
premiers négriers, et c’est aussi notre avis. Nulle part dans nos
voyages nous n’avons trouvé l’arachide à l’état spontané. Au
Brésil on en compte une dizaine de variétés, et au Soudan nous
n’en avons observé que trois : arachides de Casamance, du Cayor,
et rouge.
Nous avons aussi trouvé _six variétés_ de _haricots arachides_,
c’est-à-dire de haricots qui croissent de la même façon que
l’arachide. C’est le _voandzou_ de Madagascar (le nom latin est
_Voandzeia subterranea_). Il est très estimé dans le Gourounsi ;
on le cultive aussi au Congo.
Les haricots sont représentés par une dizaine de variétés ; ils
sont constitués par une série de plantes très différentes des
nôtres (_doliques_, _cajans_, etc.). C’est une réelle ressource
pour l’Européen. On les mange secs et verts ; les indigènes
utilisent aussi les feuilles pour les sauces de to.
L’oignon n’est représenté que par deux variétés, qui semblent
dégénérées.
L’igname est représentée par une douzaine de variétés. Elle
croît également à l’état spontané. Je l’ai trouvée
fréquemment et dans des lieux où le doute sur la spontanéité
n’est pas permis.
Une variété de cresson pousse à l’état spontané sur les berges
de certaines rivières et principalement sur les bords du Sénégal
(à la Laoussa entre autres).
Le pourpier pousse partout à l’état spontané.
La chicorée et l’épinard sont représentés par des plantes
offrant de l’analogie avec nos plantes d’Europe, mais elles ne
sont pas semblables.
L’oseille est représentée par trois espèces de malvacées acides
qui jouent le rôle d’oseille.
L’_Hibiscus cannabinus_ est acidulé dans toutes ses parties.
L’_Hibiscus sabdariffa_ a des fleurs rosées ou plutôt des calices
employés comme oseille. Il y a une autre malvacée sans fleurs qui
est beaucoup employée.
Enfin les _Asparagus_ ne sont pas rares en Afrique, mais ce n’est
pas notre asperge ordinaire ; elles sont parfois mangeables, mais
souvent amères.
Deux variétés de tubercules, le _Tacca involucrata_ et le _Dioscorea
bulbifera_, se trouvent à l’état spontané.
Les fourrages sont représentés par une variété infinie de
graminées et plusieurs variétés de bambous.
L’_Indigofera tinctoria_ et l’_Indigofera argentea_ s’y
rencontrent à l’état spontané.
Le henné est cultivé et spontané (_Lawsonia inermis_).
Nous connaissons aussi trois variétés de textile, sorte de chanvre
sauvage employé par les indigènes, connu sous le nom de _dadian_,
_dafou_, etc.
La canne à sucre (importée des Antilles).
Plusieurs variétés de poivre à l’état spontané.
On y rencontre à l’état sauvage le caféier ; mais l’oranger,
le mangotier, le citronnier et le jujubier semblent importés des
Antilles.
Une vigne à tiges annuelles et à souches vivaces, cette fameuse
vigne à propos de laquelle Lécart a fait tant de bruit il y a
peu d’années.
Plusieurs variétés de concombres, melons, pastèques.
Et enfin au moins une trentaine d’espèces de tabac, dont
quelques-unes sont excellentes.
Le tabac semble être originaire du Soudan ; il porte dans les pays
mandé le nom de _taba_. Nous avons trouvé dans l’_Histoire de la
dynastie saadienne du Maroc_ par El-Oufrani, traduction de O. Houdas,
professeur à l’École des langues orientales, le passage, suivant
que nous donnons intégralement :
« En l’année 1001 (8 octobre 1592-27 septembre 1593) on amena à
Elmansour un éléphant du Soudan. Le jour où cet animal entra dans
le Maroc fut un véritable événement : toute la population de la
ville, hommes, femmes, enfants et vieillards, sortit de ses demeures
pour contempler ce spectacle.
« Au mois de ramadhan 1007 (28 mars-17 avril 1599) l’éléphant
fut conduit à Fez. Certains auteurs prétendent que c’est à
la suite de l’arrivée de cet animal que l’usage de la funeste
plante dite _tabacco_ s’introduisit dans le Maghreb, les nègres qui
conduisaient l’éléphant ayant apporté du tabac qu’ils fumaient,
et prétendant que l’usage qu’ils en faisaient présentait de
très grands avantages. La coutume de fumer, qu’ils importèrent,
se généralisa d’abord dans le Drâa, puis à Maroc, et enfin dans
tout le Maghreb.
« Les docteurs de la loi émirent, à l’époque, des avis
contradictoires au sujet du tabac : les uns déclarèrent son usage
illicite, d’autres licite, et d’autres enfin s’abstinrent de
se prononcer sur la question. Dieu sait ce qu’il faut penser à
cet égard ! »
M. Houdas a encore eu l’amabilité de nous donner la note ci-jointe,
qui confirmerait bien que le tabac est, sinon originaire du Soudan,
au moins qu’il y est connu depuis les temps reculés.
« A Koubacça, le tabac sert aussi de monnaie. Par une singulière
homophonie avec le nom européen, les habitants du Dârfour
l’appellent, dans leur langage, _taba_. Bien plus, ce nom de _taba_
est commun dans tout le Soudan. Au Fezzan et à Tripoli de Barbarie,
on l’appelle _tabgha_.
« J’ai lu une _cassidah_, ou pièce de vers, composée par un
Bakride ou descendant de la famille du khalife Abou Bakr, afin de
prouver que fumer n’est pas pécher. Ces vers, je crois, datent
d’environ le milieu du IXe siècle de l’hégire. En voici
quelques-uns :
« Dieu tout-puissant a fait sortir du sol de notre pays une plante
dont le vrai nom est _tabqha_.
« Si quelqu’un, dans son ignorance, te soutient que cette plante
est défendue, dis-lui : « Comment prouves-tu ce que tu avances ? Par
quel verset du Coran ? »
« Le _taba_ de Kouça, employé comme monnaie, est en forme
d’entonnoir. On cueille les feuilles encore vertes, on les pile dans
un mortier de bois jusqu’à les réduire en une masse pâteuse ;
on en façonne alors des entonnoirs ou cônes vides que l’on fait
sécher et qu’ensuite on met en circulation au marché. Ce _taba_ a
une odeur tellement forte, qu’en le flairant on éprouve parfois une
sorte de vertige. Les cônes de tabac diffèrent de volume ; les grands
sont comme de grosses poires, et les autres comme de petites poires. »
( _Voyage au Dârfour_, par le cheikh Mohammed ebn Omar el-Tounsy,
traduit de l’arabe par le Dr Perron. Paris, MDCCCXLV. Pages 318
et 319.)
Le ficus, plusieurs variétés.
Le bananier (plusieurs variétés), importé des Antilles (?).
Les dattiers, importés de l’Afrique septentrionale.
Le cotonnier, importé d’Égypte.
Le ricin (plusieurs variétés), }
} à l’état spontané.
La pourguère (plusieurs variétés), }
Le cocotier (importé des Antilles).
La patate (plusieurs variétés), }
} importés d’Amérique.
Le manioc (plusieurs variétés), }
Le _diabéré_ se voit aussi dans certains villages à l’état isolé ;
c’est une aroïdée, le _Colocasia esculenta_, ou _taro_, de la
Nouvelle-Calédonie.
La pomme cannelle, }
}
Le corrosol, }
}
Le pommier d’acajou, }
} importés des Antilles et de l’Amérique par
Le goyavier, } les négriers.
}
L’avocatier, }
}
Le papayer, }
Le gombo, }
}
Le piment arbrisseau, } viennent à l’état spontané.
}
L’ananas (plusieurs variétés), }
La tomate doit leur venir d’Amérique. Les petites tomates (tomates
cerises) constituent une espèce bien distincte de la grosse tomate que
nous cultivons en Europe.
Enfin, on trouve plusieurs variétés de champignons comestibles.
A toute cette nomenclature il convient d’ajouter les ressources
qu’offrent l’arbre à beurre, le baobab, le _néré_ (_Parkia
biglobosa_), le bombax, le _finsan_, les palmiers, etc., l’arbre
à kola, les lianes à caoutchouc, arbres desquels nous avons déjà
entretenu le lecteur, ainsi qu’une cinquantaine de variétés de
bois de construction et d’arbres à écorce de fibres qu’on peut
utiliser comme textiles.
Après avoir lu une nomenclature de produits aussi riche que celle
que nous donnons ci-dessus, il ne faut pas en conclure que dans
tous les pays que j’ai parcourus on puisse se procurer aisément
ces produits. Hélas ! non. L’état social des noirs, le peu de
sécurité dans l’avenir et le manque de débouchés entretiennent
l’inertie complète chez ces peuples.