Ainsi le _to pakhé_, étoffe bleu et blanc ou blanc et rouge, n’est

livré ici qu’à raison de 2000 cauries le mètre carré, tandis

que Kong fournit le même genre, mais plus lourd, à 1500 cauries. Le

_siriféba_, couverture de Kong, bleu et blanc, bordé d’un galon en

coton blanc, orné de longues franges et d’une largeur de 1 m. 80 sur

2 m. 50, vient jusqu’ici par Salaga, et se vend facilement de 12000

à 15000 cauries, tandis qu’à Kong elle en vaut 6000 seulement ;

les Dagomba n’ont malheureusement aucun article à lui opposer.

Les autres dessins de bleu de diverses nuances avec quelques filets

de coton rouge (coton rouge de provenance européenne) reviennent

ici à 4000 cauries le mètre carré. C’est le même prix que

les beaux _el-harotaff_ de Kong, qui sont supérieurs en dessin, en

qualité, et qui ne contiennent presque exclusivement que des fils

venant d’Europe.

Les Dagomba arrivent cependant à écouler leurs tissus, en les faisant

porter dans les villages éloignés des routes fréquentées par les

Haoussa et les gens de Kong, mais ils trouvent surtout à en faire

le placement auprès des Mossi, en échange de bœufs et de moutons.

Quand ils sont forcés de les écouler sur Salaga, Krakye, Kintampo

ou Daboya, ils n’obtiennent, pour un pagne d’une valeur de

8500 cauries à Oual-Oualé, que 10000 à 10500 sur ces derniers

marchés. Les bénéfices sont très restreints.

Le coton et l’indigo viennent par petits lots des villages des

environs ; je n’ai jamais vu 50 kilos de coton ou 10 kilos d’indigo

sur le marché, tandis qu’à Léra, d’où les gens de Kong tirent

beaucoup ces deux produits, il y en avait de grosses quantités.

Ce n’est ni l’industrie du tissage ni celle de la teinture

qui donnent aux gens de Oual-Oualé une aisance relative, c’est

plutôt le commerce de transit du kola qui leur procure quelques

bénéfices. La situation géographique de Oual-Oualé est excellente

entre le Mossi central, Salaga et le Gourounsi.

1o Un des principaux articles d’échange de Oual-Oualé est

le _sel_. Il est tiré de Salaga (sel marin venant de la Côte)

ou bien de Daboya. Les indigènes de Daboya l’extraient des eaux

d’une mare ou plutôt d’un lit secondaire de la Volta Blanche

en communication en hivernage avec Daboya. On arrive à livrer ce

produit au même prix que Salaga livre le sel marin d’Accra. Le sel

de Daboya ressemble à notre sel gris qu’emploient les tanneurs,

mais il est un peu plus menu. A Oual-Oualé, le kilo vaut environ

1300 cauries au détail, mais il est probablement à meilleur marché

quand on en achète une ou deux charges. Celui de Salaga vient ici

en sacs de fabrication européenne, celui de Daboya dans des peaux de

bouc ou encore dans des sacs tressés en feuilles de rônier. Le sel

n’étant guère plus cher ici que le sel en barres à Waghadougou,

les gens de Oual-Oualé peuvent le livrer à meilleur marché dans la

partie sud-est du Gourounsi, où ils l’échangent contre du bétail

et surtout des captifs.

[Illustration : _Tacca involucrata_.]

2o Viennent ensuite les _kolas_, tirés de Salaga, Krakye, Kintampo,

où ils sont achetés 500 à 800 cauries le cent ; ils sont

revendus en temps ordinaire aux Mossi, qui viennent les prendre à

Oual-Oualé à raison de 1500 à 2000 cauries l’_ouroufié-kili_, le

cent. Actuellement, les communications directes sur Salaga et vers le

sud étant interrompues à cause de la guerre qui vient d’éclater

entre les gens de Savelougou et de Kompongou, le cent se vend 4000

à 4500 cauries, pris à Oual-Oualé.

3o Le _koyo_ blanc, dit _taro_ ou _pendé_, est tout ce qui se fait

de plus commun en cotonnade dans tout le Soudan. Cette étoffe est

fabriquée par les Mossi de la partie sud du Mossi, des environs de

Béri et de Koupéla, et leur est payée à raison de 100 cauries

les 1 m. 70 par les Dagomba, qui la revendent, principalement sur les

marchés de Savelougou et de Kompongou, à raison de 100 cauries les 1

m. 30. Cette étoffe, comme je l’ai dit, n’est pas fabriquée dans

le Dagomba ; elle sert à doubler certaines coussabes, à confectionner

de grossiers effets de travail et à vêtir les captifs de cases.

4o Quelques bœufs, moutons et ânes apportés par les Mossi. Ces

animaux sont payés : les bœufs 25000 à 30000 cauries, les moutons

5500 à 6500 et les ânes de 30000 à 35000 cauries.

En échange de ces produits, les Mossi remportent du _cuivre_ en

barres pour bracelets, des _kolas_, de la _cotonnade de couleur_

de Oual-Oualé et surtout des _cauries_.

Pendant mon séjour ici, il est arrivé deux fois des Mossi, dont

une partie est venue camper chez mon hôte El-Hédi Touré. Rien

n’est curieux comme l’arrivée d’une bande de ces gens-là,

car on ne peut qualifier cela de caravane.

Précédés d’un _lounga_, griot jouant du petit tam-tam à cordes

qui se tient sous le bras, les Mossi, au nombre d’une trentaine,

portant chacun sur la tête un rouleau plus ou moins volumineux de

taro, se bousculent et se précipitent dans le village en poussant

de véritables cris de fauves pour annoncer leur arrivée. Ils font

irruption dans tous les _boulou_ inoccupés. Le plus ancien va saluer

l’hôte qu’il a choisi et lui offre pour se faire bien venir la

traditionnelle boule de soumbala.

La vente ne commence que le deuxième ou troisième jour, les gens de

Oual-Oualé se gardant bien de se presser à acheter leur cotonnade,

ils retardent le plus possible leurs demandes, de façon à pouvoir

leur extorquer quelques centimètres de plus par 100 cauries sous des

prétextes plus ou moins fondés. Enfin, arrivés à leurs fins, ils

enlèvent tout dans une journée, en ayant soin de ne leur donner en

payement que de grosses cauries. Leurs achats terminés, les Mossi,

auxquels il reste de trop lourdes charges de cauries, sont forcés de

convertir les grosses cauries en petites, de façon à pouvoir les

emporter, ce qui donne lieu à un agio de 10 pour 100, 1100 grosses

cauries n’en valant que 1000 petites.

Les Mossi sont considérés par les Dagomba comme des brutes, ils les

trompent dans le décompte des cauries, ce qui n’est pas difficile ;

un Mossi mettant presque une journée entière pour compter quelques

milliers de cauries.

Et Dieu sait si les Dagomba sont naïfs cependant.

[Illustration : Arrivée d’une bande de Mossi.]

A ce propos, je me souviens d’une aventure qui m’a bien amusé

à Oual-Oualé.

A Ladio, après la perte de mes ânes, en refaisant mes charges,

je m’aperçus que la plupart de mes cadenas, en tôle légère,

étaient dépourvus de clefs : comme leur prix en France n’excédait

pas 10 ou 15 centimes, je m’empressai de les jeter pour nous

alléger d’autant.

Mes hommes, qui ne laissaient rien perdre, eurent vite fait de les

ramasser et de les serrer dans leurs peaux de bouc.

Je n’y pensais plus, lorsqu’en me promenant sur le marché

de Oual-Oualé, je vis Fondou, un de mes hommes, assis sous un

arbre, ayant un foulard étendu devant lui par terre, sur lequel

s’étalaient trois cadenas sans clefs.

De nombreux curieux faisaient cercle autour de lui et examinaient

les cadenas, mais Fondou, tout à fait indifférent, semblait ne pas

tenir à les vendre.

Un des curieux, cependant, finit par s’informer du prix ; Fondou,

après s’être fait prier, en demanda une somme de cauries

équivalant à 2 francs.

Tout le monde se récria, disant que le prix était exorbitant,

d’autant plus qu’il n’y avait même pas de clef.

Fondou les laissa parler, puis leur dit d’un air calme :

« Je ne vous ai jamais parlé de clef, et je ne vous ai pas demandé

de m’acheter mes cadenas ; laissez-les, d’autres plus avisés

que vous seront bien heureux de me les acheter. »

Cinq minutes après, un individu apporta les cauries demandées et

prit les trois cadenas !

Le noir est si enfant, qu’il suffit souvent de ne pas tenir à

vendre un objet pour qu’il veuille à toute force l’acheter.

★

★ ★

Les animaux achetés au Mossi et les captifs de provenance du

Gourounsi sont évacués sur Salaga, Kintampo et Daboya avec un

bénéfice de 10000 à 15000 cauries par bœuf, 3000 à 4000 par

mouton, une fois engraissé. Ce sont encore les captifs qui donnent

le plus beau bénéfice : il n’est pas rare de voir réaliser 100

pour 100 sur des lots de choix, jeunes filles ou jeunes femmes. De

Salaga, outre les kolas, on rapporte naturellement les perles, le

corail, les foulards, étoffes imprimées, la coutellerie et un peu

de poudre, marchandises faciles à écouler. L’eau-de-vie de traite

(le gin) a fait ici son apparition, mais elle est bue en cachette :

Oual-Oualé contenant une forte proportion de musulmans, l’individu

qui boit le _barasou_ est mis à l’index.

Comme après l’hivernage il y a beaucoup de Haoussa se rendant

aux marchés à kolas, une partie d’entre eux — presque toujours

les mêmes — afin d’écouler plus rapidement leurs étoffes et

ouvrages en cuir, et se procurer quelques animaux de transport de

plus, se détournent du chemin direct pour venir jusqu’ici. Les

routes par le Gourma et le Boussangsi, peu sûres, ne sont pas très

fréquentées. Les Haoussa préfèrent se rendre à Salaga par le

Yorouba et le Noufa, Dandoui, Dendi et Yendi.

Oual-Oualé n’a pas non plus de relations avec Oua.

Il existe aussi un petit mouvement commercial entre Sansanné-Mango

et Oual-Oualé. Sansanné est éloigné de dix jours de marche ; il

vient de temps à autre un ou deux porteurs avec du soumbala et du

tabac moulé en petits pains ou emballé dans un tissu de feuilles

de rônier.

Le tabac qui vient de Sansanné-Mango est à très bon marché, environ

200 cauries le kilo, comme celui du Gourounsi, mais il est de qualité

tout à fait inférieure ; cela tient probablement à sa préparation,

qui laisse à désirer : il n’est pas fumable pour un Européen,

même habitué aux tabacs du Soudan. Il se vend en navettes cannelées

allongées, de 50 centimètres, du prix de 120 à 150 cauries, tandis

que celui du Gourounsi se vend en pains plats ovales.

La culture du tabac à Sansanné-Mango semble avoir quelque extension ;

il s’en exporte beaucoup, m’a-t-on dit, sur Kotokolé, Dandoui et

vers le Yorouba. Le pagne de Kotokolé, qu’on apporte également

sur les marchés du Dagomba, est une étoffe à jours en cotonnade

blanche, d’une largeur de 1 m. 30 à 1 m. 50 environ ; il est tissé

d’une seule pièce ou alors les bandes sont adroitement raccordées

au crochet : c’est ce qui doit constituer les jours. J’en ai vu

plusieurs à des femmes de Oual-Oualé. Le prix de ce pagne varie

entre 6500 et 8500 cauries.

Kotokolé est un grand village situé à une dizaine de jours de

marche dans le sud-est de Oual-Oualé. Pour s’y rendre, on passe

entre Sansanné et Yendi. Kotokolé ne se trouve pas éloigné de

Zogo ou Sokho, porté au nord de l’itinéraire Skertchly.

Alpha Boukary m’a amené un jeune homme ayant été à

Kotokolé. Celui-ci m’a affirmé que le travail des pagnes est

exclusivement fait par les femmes, qu’on ne parle à Kotokolé

ni le dagomba, ni l’achanti, ni le mandé, ni le gondja, que

la région est très montagneuse, et qu’au loin dans la même

direction il y a des montagnes très hautes. Je n’ai pu obtenir

d’autres renseignements : au delà de Karaga il ne se rappelait le

nom d’aucun village, il ne se souvenait que du passage d’une grosse

rivière coulant vers le sud, probablement la rivière Oti ou Sabran.

Comme dans presque tous les pays où il y a un petit mouvement

commercial, on voit un peu d’argent porté en bagues ou en

bracelets. Le prix d’un thaler de Marie-Thérèse (5 fr. 50) est

de 4000 cauries. On le nomme ici _réal_.

Oual-Oualé, qui n’est encore qu’un gros village, pourrait

rapidement se développer et acquérir beaucoup plus d’importance

si sa population était un peu plus remuante.

Certainement les Mampourga sont bien au-dessus des Mossi au point

de vue intellectuel, mais il ne faut pas oublier que l’impulsion

est donnée par les Mampourga dits _Dagomba_ et par les Mandé. Il

semblerait que ce peuple se soit laissé un peu engourdir par son

contact avec les Mossi, je l’ai constaté à maintes reprises. Ainsi,

actuellement, au lieu de profiter de la hausse extraordinaire

des kolas, causée par la guerre de Savelougou et de Kompongou,

et d’envoyer toutes les forces vitales et moyens de transport à

Salaga chercher ce fruit, ils prétextent que c’est l’époque

des cultures et qu’il est impossible de disposer des captifs pour

aller à Salaga. Or, si jamais j’ai vu des cultures négligées,

c’est bien ici. En allant me promener aux environs, j’ai été

écœuré de voir que les lougans de l’imam seuls et les cultures

d’ignames étaient en état ; les champs d’arachides, de mil, sont

envahis par les herbes et l’ivraie. Du reste, aucun propriétaire ne

visite ses lougans, les captifs ne sont pas surveillés, les maîtres

sont d’une coupable négligence. Il y a quelques années, il y

avait dans le village de nombreux citronniers et quelques orangers :

tout a péri faute de soins.

Cependant, cette population ne manque pas d’esprit d’ordre et

d’économie. C’est ainsi que les cultures sont délimitées

soigneusement à l’aide de bornes marquées au noir[16] d’une

croix ou de tout autre signe pour la distinguer de celle du voisin,

et que les femmes se livrent activement au petit commerce de kolas,

tabac, niomies, etc. Mais, comme je l’ai dit plus haut, ce peuple

est moins actif que le Mandé Dioula, et par conséquent les affaires

sont moins prospères que celles de ce dernier peuple.

Il n’y a pas non plus de griots, et, comme chez les Mandé Dioula,

on renvoie impitoyablement tout individu de ce genre qui tenterait

d’exercer sa verve. Malheureusement les gens de Oual-Oualé font

à tort subir aux ouvriers en cuir le même sort qu’aux griots,

de sorte qu’il est impossible de se procurer une simple sandale

dans le pays : tous les ouvrages en cuir sont de provenance haoussa.

Les gris-gris jouent aussi un grand rôle. Mon diatigué, qui avait

une femme et un enfant à Savelougou, se lamentait tous les jours

sur le sort de sa famille : je lui donnai le sage conseil d’aller

lui-même ou d’envoyer un de ses captifs à Savelougou pour chercher

sa femme, puisque le village n’était pas assiégé. Il semblait

vouloir se ranger à mon avis et s’était décidé à partir,

lorsqu’un musulman lui vendit un gris-gris pour attacher au cou

d’un coq blanc. Il devait amarrer ce coq dans sa propre case et

lui donner à boire l’encre d’un verset du Coran transcrit sur

une tablette en bois — ce qui fut ponctuellement exécuté. De ce

jour toutes les inquiétudes de mon hôte disparurent, sa conscience

était tranquille, il avait fait son devoir.

Une autre fois, j’ai vu vendre à un Mossi un gris-gris destiné

à le rendre invulnérable. Afin de bien faire ressortir la valeur

de cette amulette, le vendeur se livra à l’opération suivante :

L’amulette, enveloppée dans un chiffon, fut attachée sous

l’aile d’un poulet, _soigneusement enduit de savon_. Ce poulet,

muni du gris-gris et attaché par une patte à la porte d’une

case, devait être invulnérable. Le Mossi, muni de son arc et

placé à environ 20 mètres de cette cible vivante, fut convié

à lancer trois flèches sur l’animal, le marabout le défiant

de l’atteindre. Naturellement, ce poulet, qui avait déjà servi

de cible dans les mêmes occasions, dès qu’il vit l’archer en

position, se tint sur ses gardes et, au lieu de rester tranquillement

en place, se débattit et bondit autant que le petit bout de corde le

lui permettait. Bien entendu, les trois flèches ne l’atteignirent

pas. Des compères qui assistaient à cet exploit offrirent au

fabricant d’amulettes l’un 3000, l’autre 4000 cauries, et

finalement le miraculeux gris-gris fut adjugé au crédule Mossi pour

2500 cauries, presque une fortune pour ce malheureux !

Dès que je sentis mes forces revenir, je songeai à organiser mon

départ pour Salaga. Deux de mes ânes étant morts de fatigue en

arrivant, et deux autres se trouvant hors de service pour le moment,

je dus m’occuper de les remplacer. Dans ce but je faisais vendre un

peu d’étoffe imprimée, du galon blanc pour diadème, des hameçons,

des aiguilles et surtout du corail d’un modèle dont jusqu’à

présent je n’avais pu trouver le placement. Je réunis ainsi en peu

de jours 250000 cauries, avec lesquelles j’achetai cinq ânes[17]

et quelques moutons pour la route.

J’étais très embarrassé sur le choix d’un itinéraire,

voulant éviter de suivre la route qu’avait suivie à l’aller

et au retour le lieutenant von François qui vint à Gambakha

pendant le ramadan. J’appris qu’il était venu par la route

de Savelougou. Il m’était facile d’éviter de prendre cette

route, puisque actuellement elle était même réputée dangereuse à

suivre. On ne sut m’affirmer s’il était venu directement de Salaga

à Gambakha ou par l’itinéraire Yendi-Gambakha. D’autre part,

les chemins de l’ouest ne sont praticables qu’avec beaucoup de

difficulté : la Volta Blanche ne reçoit pas moins de cinq affluents

non guéables de Oual-Oualé à Dokonkadé ; je me décidai donc pour

un chemin légèrement Est, afin d’atteindre Karaga, où l’imam

Seydou Touré se chargeait de me faire conduire à son collègue

religieux. Prétextant le mauvais état des chemins, je ne précisai

pas que j’avais l’intention de suivre ultérieurement telle ou

telle direction, voulant me réserver le choix de la route Yendi ou

directe Salaga, suivant le cas où l’explorateur de Gambakha serait

venu par l’un ou l’autre de ces chemins.

Le départ fut arrêté au 17 septembre, le 16 étant dixième jour

de moharem, fête de la Nativité du Prophète.

Avant de quitter Oual-Oualé, il me reste quelques mots à dire sur

Gambakha et les environs. Gambakha est situé à une forte journée de

marche dans l’est-nord-est de Oual-Oualé, 30 à 35 kilomètres. Sa

population n’est pas supérieure à celle de ce dernier village ;

son commerce et son industrie sont les mêmes ; on y fait cependant

des nattes et de la vannerie. Ce village est situé sur le chemin

Waghadougou-Salaga, que j’aurais bien voulu prendre si Naba Sanom

me l’avait permis. Les Mossi comptent vingt jours de marche de

Waghadougou à Salaga.

De Waghadougou à Koupéla 5 jours.

De Koupéla à Tenkoulor’o 3 —

De Tenkoulor’o à Gambakha 4 —

De Gambakha à Salaga 8 —

--

Total 20 jours.

Ce sont de très fortes journées de marche, comme celles que font

les Mossi seulement et qui correspondent au trajet d’hommes peu

ou point chargés. Avec des porteurs ou des animaux de bât, il faut

compter le tiers en plus, c’est-à-dire environ trente jours.

Les Mossi nomment aussi Gambakha : Gambakha Natenga, « capitale

du Gambakha », quoique ce village ne soit plus depuis longtemps la

résidence de Mampourga Naba.

Gambakha n’a pas de relations avec les Bimba (Gourma) et fort

peu avec les Boussanga. Ces deux peuples ont une aussi mauvaise

réputation que les Gourounga. Les Boussanga viennent cependant de

temps à autre vendre quelques chevaux aux Mampourga. Ces animaux

sont réputés très vigoureux et d’une taille élevée. Je n’ai

pas eu l’occasion d’en voir ; à Oual-Oualé et aux environs,

il y a bien quelques chevaux, mais ils sont tous en mauvais état et

d’une race dégénérée.

Les Foulbé du Boussangsi viennent également à Gambakha vendre du

beurre et quelquefois du bétail.

Comme l’étymologie de son nom l’indique, Gambakha ou Gambaga

semble avoir été fondé ou au moins longtemps habité par des

étrangers. Gamba ou Diamba signifie, dans beaucoup de langues

ou dialectes de cette partie du Soudan, « étranger » ; _ga_

n’est qu’un suffixe qui veut dire « gens de, peuple, nation et

même pays ». En mandé, en mor’, en dagomsa et même en wolof,

quantité de noms de peuples ont cette terminaison. Point n’est

besoin d’imaginer toute une histoire et un dialogue pour prouver

l’étymologie de _Ga_lam et de _Ga_nar (voir _Bulletin de la

Société de Géographie_ de 1886).

_Ga_lam signifie « gens, pays, peuple du _Lam_ » (souverain du

Fouta-Toro), et _Ga_nar « peuple ou pays des _Nar_ » (_nar_ signifie

« Arabe » en wolof). Cette terminaison _ga_ se change en haoussa

en _ba_. Exemple : Dagom_ba_, Yarrou_ba_, Bar_ba_, Bim_ba_, etc.

[Illustration : Retraite aux flambeaux.]

A la fin du siècle dernier il y avait même des Maures établis à

Gambakha. Bowdich (1817) cite ce village comme lieu de naissance de

Bimba, chef des Maures de Koumassi.

La présence de Foulbé non musulmans, assez nombreux dans le

Boussangsi et les régions avoisinantes, semble confirmer le dire de

Duncan qui signale un peuple ayant le caractère du Peul et buvant

du dolo. Barth a peut-être porté un jugement un peu sévère sur ce

voyageur. — Que dans son itinéraire les distances franchies soient

excessives et le chiffre de la population des villages exagéré,

je l’admets ; mais l’emplacement d’Assafouda, de Babakanda,

etc., ne doit pas être loin de celui qui leur est assigné sur la

carte du Dépôt de la Guerre, puisqu’on m’a signalé une région

montagneuse à l’est de Kotokolé. Barth dit qu’il n’a pu se

faire citer un seul nom de l’itinéraire de Duncan : cela n’a rien

qui doive surprendre, moi non plus, et pourtant je suis relativement

à côté de ces régions, en comparaison de l’éloignement de

Barth. Ceci tient à ce que Oual-Oualé n’a pas de relations avec

cette région, qui est plutôt en communication avec le Yorouba,

peut-être aussi ces villages sont-ils actuellement détruits ou sans

importance ou voir même mal orthographiés ; ce qu’il y a de sûr,

c’est que par ici il n’existe aucun centre ayant 10000 ou 12000

habitants.

17 _septembre._ — La population a été sur pied une partie de

la nuit à l’occasion d’un tam-tam suivi d’une retraite aux

flambeaux. Enfants et grandes personnes, munis de torches en paille,

ont parcouru les rues et sont allés ensuite achever de brûler leurs

torches sous les arbres aux abords du village. On voyait des centaines

de feux errer en désordre par les champs ; ils s’arrêtaient, puis

reprenaient leur course, éclairant d’une lueur terne des groupes

de faces noires et de torses nus : sous prétexte que l’on pourrait

brûler ses effets, hommes, femmes, enfants, circulaient tout nus.

Le son du tam-tam et d’un ou deux _boudofo_ (corne de dagué)

achevaient de donner à cette scène un caractère étrange.

Comme le tam-tam avait résonné presque toute la nuit, le matin tout

le monde était engourdi ; aussi mon départ de Oual-Oualé n’eut

pas lieu de bonne heure. Ce fut au milieu d’une nombreuse affluence

de curieux et d’amis que le vieil imam Seydou Touré me recommanda

à son captif qui devait m’accompagner jusqu’à Karaga. Le brave

vieillard s’était mis en grande tenue pour me faire ses adieux. Sur

la place du petit marché, après une courte prière récitée pour

nous, il prit congé, me souhaitant bon retour vers ma patrie.

CHAPITRE XI

Départ de Oual-Oualé. — Voyage dans des terrains inondés. —

Karaga. — Incidents de voyage, difficultés causées par les

pluies. — Arrivée à Pabia. — Les Dagomba. — Passage de la

rivière de Palari. — Entrée dans le Gondja. — Dokonkadé. —

Arrivée à Salaga. — Les pèlerins de la Mecque. — Bakary, mon

hôte. — Position de Salaga. — Les habitations. — Les quartiers

de la ville. — Le marché. — Le commerce d’eau et de bois. —

Articles d’importation et d’exportation. — Valeur de l’or

et de l’argent. — Nouvelles de Kong. — Je communique avec la

Côte des Esclaves. — Renseignements sur le cours du Comoë. —

Les Ligouy. — Arrivée de quelques caravanes de Haoussa. — Les

mulets du Haoussa.

De Oual-Oualé trois chemins conduisent à Karaga. Celui de l’est,

le plus long, passe à Gambakha ; celui du centre, le plus direct,

passe à Porogo ; mais, le service du batelage n’y étant pas

assuré et le terrain absolument inondé, on me conseilla de prendre

le chemin de Savelougou. Jusqu’à Nasian, ce chemin, quoique plus

long que le précédent, est celui où il y a le moins d’eau à

cette époque. El-Hédi voulut m’accompagner, il ne me quitta

qu’en arrivant au petit village de Louaré. Au delà du marigot de

Louaré, qu’on ne peut traverser qu’en déchargeant les animaux,

le sentier n’est plus qu’un ruisseau et la campagne environnante

est complètement couverte d’eau ; la marche y est extrêmement

pénible, aussi n’atteignons-nous Nasian que dans l’après-midi. A

1 kilomètre au sud du village coule la rivière que nous avons

à traverser demain et qui sert de limite entre le Mampoursi et le

Dagomba, placé sous l’autorité du naba de Yendi.

18 _septembre._ — Ce matin de bonne heure nous sommes réveillés

par une violente tornade, la première de cette année ; elle fut

accueillie avec joie par tout mon personnel, car c’est un indice

certain de la prochaine fin des pluies d’hivernage.

Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, tome 2 (de 2) · 第 4 / 35 段