Dieu clément, la grande merveille!
une mère a enfanté neuf filles,
et elle en porte une dixième dans son sein,
demandant à Dieu de mettre au monde un garçon;
mais quand son terme fut venu
ce fut d'une dixième fille qu'elle devint mère.
Quand le moment du baptême arriva,
le parrain demanda à la vieille mère:
«Quel nom donnerons-nous à l'enfançon?»
La vieille mère irritée répondit:
«Appelle-la Agnès, puisse le diable l'emporter!»
Agnès devint svelte et grande,
blanche et rose de visage,
et quand on fut pour la marier,
elle prit un seau et alla vers la fontaine.
Mais une fois dans la verte forêt,
voici la Vila qui du bois lui crie:
«Entends-tu, Agnès, la très-belle!
jette ton seau dans l'herbe verte
et viens vers moi dans la forêt,
car ta mère à nous t'a donnée[1],
encore petit enfant qu'on porte sur les bras.»
A ces mots, Agnès, la fille unique,
jette son seau dans l'herbe verte,
et s'enfonce dans la forêt.
Après elle court sa vieille mère:
«Reviens au logis, Agnès, mon unique fille.»
Mais la jeune fille lui répond:
«Va-t'en, toi qui as renié Dieu,
en m'abandonnant (au démon),
encore petit enfant qu'on porte sur les bras.»
[Note 1: C'est le seul exemple que j'aie rencontré de cette assimilation
entre les Vilas et les mauvais esprits reconnus par le dogme chrétien.]